Bourg-et-Comin ou apprendre à regarder pour tenter de comprendre

Certains noms de lieux fournissent à l’historien spécialiste une place dans le temps et parfois l’idée d’une forme initiale dans le développement de l’endroit, donc un marqueur de l’espace . Ainsi en est-il des toponymes burg, bourg et leurs dérivés. Dans le cas qui nous intéresse –Bourg-et-Comin- le rattachement de Comin, ancien lieu habité fixé au-dessus de Bourg, peut être aisément isolé et enlevé pour plus de lisibilité du mot qui retient notre attention. Comin, accroché au ‘plateau de Madagascar‘ parce que vu du ciel ce plateau dessine une forme semblable à l’île, présente à la fois une surface accueillante pour l’agriculture et, sur ses bordures, des replis favorables à des abris sécurisants creusés dans la falaise calcaire : habitat troglodyte. Le plateau forme aussi un ‘éperon barré‘, c’est-à-dire une surface autrefois défendue et fermée du côté le plus large par un fossé. Dans notre région ces éperons artificiellement fortifiés datent le plus souvent de l’époque celtique. Il en est ainsi à Comin où des fragments de poterie de ‘La Tène‘ ancienne ont été trouvés. Ensuite jusque la fin de l’époque gallo-romaine on note encore des traces d’occupation. Pour ce qui est des creuttes il convient d’être prudent dans l’interprétation car on n’a aucune certitude : on a bien des restes de poteries devant les entrées ou à proximité mais rien pour l’intérieur. Ce matériel a pu glisser du sommet. Au moyen-âge ‘Coumi’ ou ‘Comi’ ou ‘Coumin’ sont mentionnés de la fin du XIIe au milieu du XIIIe siècles sans plus de détails. Voilà pour cet écart fréquemment associé au nom de Bourg dans l’Histoire.

superposition de l'ancienne carte de Cassini et d'image satellite contemporaine élaborée par David Rumsey

superposition de l’ancienne carte de Cassini et d’une image satellite contemporaine, élaborée par David Rumsey

Revenons au bourg et donc à Bourg. Les mentions écrites les plus anciennes donnent ‘Burgum et Cominum‘ 1184 ; ‘Burgum super Axonam‘, 1224 = Bourg sur Aisne ; ‘Bourc sur Aisne’, 1377 et ‘Bourcq en Launoys’ (Bourg en Laonnois), 1515 et 1628.

Ici le spécialiste de l’évolution des formes urbaines ou d’habitat s’attend à trouver, à cause du toponyme ‘Burg’ issu du germanique, une trace quelconque de fortification ancienne, c’est-à-dire le plus souvent la trace d’une défense par fossés et buttes, où la terre pelletée est omniprésente et signe l’action humaine qui se mue en forme géométrique. La promenade à pieds au travers des rues n’est pas ici signifiante, sauf… Reste encore, en complément souvent productif l’examen du cadastre, de préférence le plus ancien que l’on pourra trouver. Là encore, bien qu’intéressant en soi, l’examen du cadastre de 1832, conservé aux Archives départementales de l’Aisne, visible en ligne, n’apporte pas vraiment ce que l’on attendait.

gros plan sur un extrait du cadastre de 1832 ; AD Aisne, 3P 0117-_08, section C, 2e feuille. Réorienté au nord.

gros plan sur un extrait du cadastre de 1832 ; AD Aisne, 3P 0117_08, section C, 2e feuille. Réorienté au nord.

L’espace bâti, en gris hachuré, ne laisse pas voir nettement une forme qui pourrait faire penser à un dispositif de défense. Toutefois au nord-nord-est de l’église un espace vide intrigue un peu. A l’époque aucune construction n’apparaît dans le village au nord de la route Vailly-Beaurieux.

L’analyse globale de la topographie indique que le village est bâti sur une faible élévation d’environ 30 m. de dénivelé qui l’isole de l’Aisne et de la retombée molle des pentes du plateau dans le sens sud-nord, et d’une vingtaine de m. dans le sens ouest-est. J’ai noté que la promenade n’avait rien apporté de précis sauf… Et bien ce sauf est une invitation à pousser la porte du cimetière et à observer. Là tout devient perceptible : il suffit de voir les maisons accolées sur plus d’un demi-périmètre au pied de ce qui est une butte artificielle, sorte de motte, pour comprendre l’évolution des lieux. La butte n’a pas été faite pour recevoir un cimetière, elle a subsisté au cours des temps et un jour son propriétaire a cédé le terrain à la commune pour y installer le cimetière auparavant sans doute autour de l’église comme cela se faisait partout. Les photos suivantes illustrent mon propos et confirment ces assertions. Le seul obstacle à l’observation des faits est qu’ici la hauteur de la butte excède à peine le toit des maisons et celles-ci cachent le vestige depuis les rues.

AngleNordEstW église depuis talus de la motte ToituresTalusEstWOn peut désormais estimer qu’un jour, vers les XI-XIIe siècles, le seigneur du lieu que nous ne connaissons pas, a fait édifier cette butte de terre dans le but d’y installer sa résidence et celle de quelques associés et que dans son prolongement ouest il a de même modifié quelque peu le terrain d’origine pour y placer des manants protégés par une simple palissade et peut-être des fossés peu profonds aujourd’hui disparus. Le plan cadastral ne fournit pas une forme circulaire nette mais l’implantation des maisons ne laisse pas de doute sur une plus forte expression de cette forme à l’origine.

Toutefois ce site manque singulièrement de documentation écrite et nous ne pouvons y suppléer. Nous devrions avoir des sources sur les détenteurs anciens du territoire, d’autres plus récentes sur l’aménagement de l’espace au XIXe siècle… Or nous n’avons rien. Ceci ne met pas en cause notre analyse mais la rend fragile. Il faut bien que l’appellation de ‘burg‘ et ‘bourg‘ ait été donnée avec assez de raisons, le hasard n’a rien à faire ici. Le lieudit ‘derrière les murs’ au nord de la butte accrédite notre point de vue. Alors cogitons encore et encore. Ensemble ?

autre visualisationtopographie générale et localisation supposée d’une sorte de basse-cour à l’ouest de la défense primitive.

Quant au déplacement de population entre l’habitat de Comin et celui de Bourg, il se vérifie en maints endroits du territoire, soit par excès de population, soit, plus souvent, à cause de l’insécurité des temps. La population se réfugie sur une hauteur mieux défendue que le fond de la vallée, passage obligé. La possibilité ici de creuser soi-même des abris dans la falaise calcaire incite encore à trouver refuge sur la hauteur de Comin.

Notre ‘Ronde’ de février 2014

J’ai le plaisir d’accueillir ici en ce mois de février un texte et des photographies de Franck, http://quotiriens.blog.lemonde.fr/ sur le thème « Lumière(s)« fixé par notre ronde, dans sa sixième édition. Les participants à cette ronde sont énumérés en fin d’article et j’écris sur ‘le blog graphique‘ : http://gilbertpinnalebloggraphique.over-blog.com/

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Peindre la lumière du temps

Monet, des peupliers au fil du temps

des peupliers par Monet

La lumière est l’unique sujet peint par Monet. La lumière maquille le sujet qui n’est que prétexte, valet de chambre pour habits de lumière, miroir aux alouettes. Il peint l’atmosphère et les couleurs ont la lumière du temps qui change. Ses toiles traduisent les impressions avant l’aube frissonnant quand le noir se dilue, les ombres se détachent sur la pâleur de l’horizon, le premier chant timide transperce le voile flottant que le matin retire. Plus tard, au mitan du jour, quand le soleil à son zénith dompte les ombres soumises, au crépuscule qui allonge les formes jusqu’à l’ultime rupture: peindre, peindre à nouveau et encore, sous le même angle, le même portail de cathédrale, la même meule de foin, le même coude de la Creuse où fuit infiniment -comme le temps- un rapide sous le filtre des nuages qui glissent silencieux. A vouloir traduire le kaléidoscope capricieux de la lumière d’un jour qui passe, immortaliser ses impressions, comment Monet peut-il laisser sur ses toiles « le transitoire, le fugitif, le contingent » qui, par définition, ont déjà disparu dès que l’œil s’en détache, ne serait-ce que le bref instant pour chercher sur la palette leur miroir. Les plus grands s’en étonnent, jusqu’à Cézanne pour qui « Monet n’est qu’un œil, mais quel œil ! »

Monet, des ‘Creuse’

Monet, les Creuse

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En touches de couleurs, la Petite Creuse court et oblique pour retrouver la Grande Creuse derrière la butte. Au loin, plusieurs collines s’entrecroisent et le ciel -sa lumière- qui semble écrasé mène pourtant le bal, ou l’ambiance, quand terre et eau se teintent de son humeur.

La vue qui se présente à la sortie de l’ascenseur du neuvième étage chaque matin et chaque soir m’évoque Claude Monet. Un irrépressible besoin de fixer la lumière de l’instant me pousse à prendre, avec le même cadrage, la photo du même point de vue dont la variation de teintes en fait un paysage chaque fois sinon nouveau, du moins différent. Une infinie variation de tons et d’éclairages qui fascine quand on assemble les clichés en série, quand un seul vu isolément pourrait sembler banal. Je me demande ce qu’aurait fait Monet si il avait eu accès aux moyens technologiques actuels de photographie. Comment aurait-il utilisé son œil exceptionnel? On sait ce qu’en ont tiré d’autres artistes postérieurs au peintre, comme Warhol ou Wesselmann, en reprenant le concept des séries. Dans son immense production (plus de deux mille toiles recensées), Monet va peindre vingt-trois tableaux pendant son séjour de deux mois en Creuse, de mars à mai 1889, dont une série, une des premières, de onze toiles sur le coude de la Creuse à différents temps de la journée et sous des temps –ciels- différents.

« La vue qui se présente à la sortie de l’ascenseur du neuvième étage chaque matin et chaque soir m’évoque Claude Monet… »

l'Oratoire

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Quelles sont cette rage qui l’habite, cette obstination qui le nourrit, lui qui peste et se désespère, sur les berges de la Creuse, du temps capricieux qui l’oblige à peindre sous la pluie, jusqu’à attraper des gerçures qu’il calme en plongeant sa main meurtrie dans un gant imbibé de vaseline? Immortaliser l’instantanéité, c’est comme mettre en bouteille le flux et le reflux d’un océan millénaire. A quoi bon s’entêter? Quoi de plus fluctuant que les reflets de la lumière sur une mer agitée, ou sur un plan d’eau où flottent des nuages? Qu’à cela ne tienne, le porte-drapeau de l’impressionnisme, le pilier du pleinairisme est avant tout le peintre de la lumière et de ses reflets sur l’eau.

Monet, les nymphéas

Giverny

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Il finira par trouver les sources de la lumière dans l’étang de Giverny, son jardin qu’il va peaufiner pendant plus de trente ans. Il perdra la vision du scintillement des couleurs éteint sous le rideau d’une cataracte qu’il fera opérer en désespoir de cause, quand les couleurs deviendront magma incohérent d’une rétine obscurcie. Jusqu’à la fin, les impressions retrouvées de sa rétine directement transmises à la pointe de son pinceau, sa quête de la lumière l’amènera au fil de l’eau où il la trouvera flottant au milieu des nymphéas. Il ne lèvera plus son regard, fasciné par le monde et les fées qui défilent sur le miroir de l’eau.

nympheas de GivernyMerci à ‘Quotiriens‘ pour ses lignes vibrantes de ‘Lumières‘ et rendez-vous chez les rédacteurs qui participent à cet échange dans notre Ronde de Février en suivant les liens ci-dessous :

Guy (chez Jacques) : Emaux et gemmes des mots que j »aime  –>  http://wanagramme.blog.lemonde.fr/ 
 
Jacques (chez Elise) :  un promeneur  –>   http://2yeux.blog.lemonde.fr/ 
 
Elise (chez Danielle) : même si  –>   http://mmesi.blogspot.fr/
 
Danielle (chez Cécile) :  mine de rien  –>   http://dangrek.blog.lemonde.fr/
 
Cécile* (chez Dominique): cecile-r–>   http://cecile-r.over-blog.com/
 
Dominique (chez Alain) : la distance au personnage–>   http://dom-a.blogspot.fr/
 
Alain (chez Franck) : rumeur d’espace–>   http://rumeurdespace.wordpress.com/
 
Franck (chez Jean-Pierre) : quotiriens–>   http://quotiriens.blog.lemonde.fr/
 
Jean-Pierre (chez Gilbert) : voir et le dire, mais comment ?–>   http://voirdit.blog.lemonde.fr/
 
Gilbert (chez Céline): Gilbert Pinna, le blog graphique–>   http://gilbertpinnalebloggraphique.over-blog.com/
 
Céline (chez Hélène) : mesesquisses–>   http://mesesquisses.over-blog.com/
 
Hélène (chez Guy) : loin de la route sûre –> http://louisevs.blog.lemonde.fr/
Nous sommes redevables à Hélène (ci-dessus) de l’organisation de cette ronde et la remercions pour son indéfectible attachement à nos échanges.

 

 

Reims et les vitraux contemporains de sa cathédrale, dedans, dehors, ailleurs.

L’histoire et les retentissements de la pose des vitraux contemporains dans la cathédrale de Reims sont bien connus. La première artiste contemporaine présente sur le verre de la cathédrale de Reims fut Brigitte Simon en 1961 (puis 1971 et 1981),

Brigitte Simon
grisaille de Brigitte Simon, transept sud de la cathédrale

vint ensuite Marc Chagall en 1974, installé dans la chapelle axiale

Marc Chagall, chapelle axiale du choeur de la cathédrale
Marc Chagall, chapelle axiale de la cathédrale, vue partielle

le troisième en date, Imi Knoebel, fut choisi à l’occasion du huitième centenaire de 2011, présenté immédiatement à la gauche et à la droite du deuxième dans deux chapelles latérales.

Imi Knoebel, vue partielle de l'une des verrières
Imi Knoebel, vue partielle de l’une des verrières

A la fréquentation de Simon et Chagall les Rémois se sont peu à peu habitués, avec Imi Knoebel ils laissent paraître encore, comme moi, quelque effarouchement, de même que les visiteurs, du moins pour ce que j’en entends sous les voûtes. Le figuratif doux de Chagall ne voisine pas bien avec l’abstraction vive de Knoebel, dès lors que les vues simultanées de l’un et de l’autre provoquent la confrontation d’images et donc d’opinion, la mienne étant par définition fort subjective.

confrontation visuelle Chagall - Knoebel
confrontation visuelle Chagall – Knoebel
confrontation reconstituée après rééquilibrage des tonalités et rapprochement artificiel des vues
confrontation reconstituée après rééquilibrage des tonalités et rapprochement artificiel des vues

Depuis l’extérieur, ce qui n’est pas prévu par ailleurs dans le cadre d’une vision habituelle de vitrail, la virulence éclate également, comme on le voit ci-dessous. A gauche Knoebel, à droite Chagall. Ci-dessous des vues plus rapprochées de l’un et de l’autre.

Verrières latérales de Knoebel en vision partielle inversée
Verrières latérales de Knoebel en vision partielle inversée, depuis l’extérieur
vitrail de Chagall en position inversée, de nuit, depuis l'extérieur de la cathédrale
vitrail de Chagall en position inversée, de nuit, depuis l’extérieur

Cette façon de voir est accidentelle et ne correspond en aucun cas à une volonté de mettre en valeur ces vitraux ; elle résulte de l’effet fortuit d’éclairage intérieur de la cathédrale. Cela ne signifie pas que cette manière de voir ne serait pas à développer, après tout la mise en valeur de nuit de nos bâtiments patrimoniaux n’est que la résultante de modalités pratiques et techniques initiées par l’électricité. La généralisation de cette pratique à l’égard des vitraux permettrait de leur donner une vie nocturne et de compléter autrement l’illumination scénographiée de nos édifices. La seule nuisance est l’inversion par rapport à la volonté initiale de l’artiste.

Dernièrement la visite de la nouvelle exposition du Musée des Beaux-Arts, ailleurs donc, installée en hommage aux fondateurs du musée avant le transfert souhaitable et programmé des collections dans un futur musée à édifier au Boulingrin, m’est apparue comme une épiphanie de cathédrale idéale.

Ai-je été jusqu’alors assez stupide pour n’y avoir point songé ? Mais bien sûr, ce ne sont pas les vitraux de la cathédrale qui sont l’objet d’un débat, qu’on se satisfasse ou que l’on se chagrine de leur présence, depuis l’intérieur ou l’extérieur de leur écrin, mais seulement le manque de lisibilité de la cathédrale depuis le vitrail de Knoebel offert au musée lors des cérémonies dudit huitième centenaire. C’est ailleurs et non dedans ou dehors que la rumination d’art fait saliver, et c’est ici. Voyez ce vitrail, puis approchez et vous serez vous aussi convaincus de cette intuition diabolique.

KnobelVitrailMuseeW
vue sur la cathédrale depuis le vitrail de Knoebel au Musée des Beaux-Arts de Reims
tours de la cathédrale et clocheton de l’ancienne caserne des pompiers
gros plan sur la cathédrale depuis le vitrail

Les tours de la cathédrale ne sont pas nettes, sa représentation est floue tout comme celle de la tour de séchage des tuyaux de l’ancienne caserne des pompiers de la cité. Là est le feu qui couve. Voilà bien ce qui provoque l’ire ou le contentement de quelques Rémois ; ici la querelle des Anciens et des Modernes n’est qu’une affaire de myopie, d’absence de netteté de vue et en conséquence le point de vue que l’on s’en faisait jusque-là était donc faussé par un énoncé fallacieux de la question. Encore fallait-il le démontrer et peut-être ne s’agit-il que d’un cas d’école rémo-rémois.

Conseil de l’auteur : au cas où mon propre jugement se serait égaré à cause d’une défectuosité de vue inconnue de moi, venez et constatez de vos propres yeux, vous ne regretterez pas votre déplacement quoi qu’il en soit. De même qu’au moins depuis Montaigne nous savons que la vérité est différente d’un côté et de l’autre des Pyrénées, désormais vous saurez que la vision d’un vitrail depuis ses faces internes ou externes et plus encore au-delà de ces faces inspire des réflexions variables et subjectives.

Vous trouverez sur le site de la DRAC : http://www.cathedrale-reims.culture.fr ou celui des ‘Amis de la cathédrale‘ : http://www.amis-cathedrale-reims.fr/                                         des informations sur les vitraux de la cathédrale ou sur leur restauration, dans une tonalité et un sérieux bien différent de la légèreté de cette libre expression.

Pour entrer dans l’art d’Imi Knoebel et sa conception des vitraux de Reims une approche synthétique est donnée par un numéro hors-série de ‘Connaissance des Arts‘, le numéro 499, Reims, la cathédrale et les vitraux d’Imi Knoebel, 2011, 67 p.

Rilly-sur-Aisne, Le Chesne, Stonne et autres villages ardennais

Dernièrement des amis nous proposent une journée en Ardennes, entre val d’Aisne et crêtes voisines au nord. Y songez-vous bien avons-nous dit de suite, à cette saison, dans cette contrée ? Et bien ils avaient raison contre tous préjugés : de la lumière par un jour de bruine et une température inférieure à 5 degrés, mais quelle lumière, celle de l’art !

Pourquoi une telle appréciation, pour des écarts si peu connus ? Elle est toute dans la lumière diaphane, filtrée par les verres colorés ou agencés de verrières resplendissantes, même en l’absence de soleil. Il faut dire que l’on s’est battu dans la région autour de la mi-mai 40, ou bien que des bombes venues du ciel ont anéanti quelques églises ultérieurement. Alors on a reconstruit comme on a toujours fait ici depuis des siècles. Voyez plutôt. Dans l’église de Rilly-sur-Aisne que les maçons viennent de restaurer, que des verriers d’aujourd’hui parent de vitraux nouveaux tandis que sur les murs fraîchement chaulés se camouflent encore d’anciens regards de tir, éclate le talent de Jacques Le Chevallier (1946) sur une douzaine de somptueuses verrières. Voici six exemples qui devraient aiguiser votre envie d’aller voir un jour si ces Ardennes valent ce que j’en dit.

crucifixion RillyFrcsDomGPW RillyJdArcVaastW RillyMattLucGPW RillyNativiteW RillyAgneauMedWAutre lieu, autre surprise. Nous voici au Chesne ou à Le Chesne, c’est selon que l’on est passant ou indigène. Toujours est-il que la surprise est là encore ; nous complèterons les données ultérieurement, aujourd’hui c’est seulement la lumière de décembre que nous soulignons, sans autre discours ou commentaire. Sans doute parce qu’il faut bien compenser la brièveté mesurée du jour par un éclat désiré, comme si toute mort annonçait une renaissance. Encore six exemples issus de la dextérité et de l’art, ici mis en perspective par les artistes rémois de la lignée Simon-Marq, spécialement Brigitte Simon :

CheminTombeauW ChesneEgliseLSimon2008W ChesneHippoBrSimon58W ChesneMedaillonW ChesnePelerinW ChesneSteFoyWPour clore provisoirement cette note tout en apportant de nouvelles lumières un passage par Stonne s’impose. Dans ses dalles de verre de R. Savary et plus encore dans sa fresque de Maurice Calka (1959) l’église de ce tout petit village ne manque pas d’étonner, plus encore peut-être, que la bravoure des soldats*, la force du canon, la hardiesse du coq et au-delà l’altière motte castrale d’antan. Venez-y vite, des éléments se dégradent mais les habitants font en sorte que la porte en soit ouverte le plus souvent possible :

Stonne étonne StonneFreskGPW StonneFreskMarieGPW StonneViergeEnfantFreskGPWStonneAdorationFreskGPW

Bien de saison la crèche, d’heureuse facture, fait bonne figure

StonneCrecheWDans le lointain des clochettes tintinnabulent, alors « venez, venez et venez » !

Et pour mes fidèles lecteurs cette carte montage d’après la Nativité de Rilly :

carte de Noël d'après la verrière de la Nativité par Jacques Le Chevallier à Rilly-sur-Aisne

Pour étoffer :

Michel Coistia, Jean-Marie Lecomte, Les églises des reconstructions dans les Ardennes, Ed. Noires Terres, 2013

*Gérald Dardart, Ardennes 1940 Tenir ! par l’association : « Ardennes 1940, à ceux qui ont résisté » 2000. [à Stonne il s’agit de la 3e DI dont la 3e DCR]

Ronde de décembre entre amis

Vous vous souvenez sans doute de nos rondes épistolaires précédentes, la dernière est ici sur ce blog : http://voirdit.blog.lemonde.fr/2013/02/01/des-departs-une-ronde-dechanges-epistolaires/

Celle de ce jour rassemble des textes échangés sur le thème de « Regard(s) ». J’ai le plaisir d’accueillir sur mes pages les réflexions de Céline accompagnées d’une photographie.Vous pouvez suivre la globalité de cet échange comme suit :

 un promeneur chez mesesquisses chez Voir et le dire, mais comment? chez loin de la route sûre chez quotiriens chez Gilbert Pinna-le blog graphique chez la distance au personnage chez memesi chez Mine de rien chez un promeneur.

PhotoCelineRondeDec2013

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In & Out

Elle marchait et le paysage glissait à côté, sans prise sur elle.

Fouillant parmi les particules aux multiples sens et choix dans l’immense chaos de son intérieur agité qu’elle tentait de mettre en ordre de marche (comme s’il était possible

de lire en plein tourbillon assis au beau milieu d’une ruche en ébullition), elle cherchait les raisons, et puis les pourquoi et les comment, si les pourquoi étaient bien nécessaires pour trouver les raisons et si les raisons justifiaient du pourquoi ou si l’inverse n’était pas plus honnête, et puis les comment, incessants, pour comprendre les sens – Con(-)centrée sur des détails, des enchaînements, des dédales de dominos, et des moyens de percer un verre pour qu’il ne déborde pas sans se vider, et de tous les regards – celui qui perce, celui qui tue, celui qui attend on ne sait quoi et qui laisse dans le vide, celui qui toise, qui règne, celui sans concession, celui qui gêne, celui qui plie, celui qui visse, celui qui hisse, celui qui crâne, celui qui ne regarde pas – Elle se sentit soudain rebelle et prête à cracher son cri qu’elle retenait si souvent pour ne pas perdre la face (parce qu’elle ne connaissait pas le côté pile). Tant pis, oui, elle allait crier, à condition de trouver ce qu’elle avait à crier, car finalement, elle avait juste mal au crâne…

C’est en ces pensées existentielles et philosophiques qu’elle prit un poteau en pleine face.

Instant figé des passants en arrêt devant sa mine déconfite.

La rue reprit sa danse, elle y vit une marée haute, se sentit marée basse, elle remercia le poteau et partit plus légère, avec une envie d’encornets.

Céline, décembre 2013.   Chez Céline, c’est ici :

http://mesesquisses.over-blog.com/

A l’occasion de cette ronde Louise Blau m’accueille sur ses pages et je l’en remercie : http://louisevs.blog.lemonde.fr

Jean de La Ville de Mirmont tué le 28 novembre 1914 à Verneuil (Moussy-Verneuil), Aisne

Un talentueux écrivain. Peu connu mais toujours lu depuis la parution de ses premiers poèmes (à partir de 1903), de son « Horizon chimérique » (1911-1912) dont quelques poèmes seront ultérieurement mis en musique par Gabriel Fauré et plus récemment par Julien Clerc, et encore de son original roman à la tonalité toute contemporaine : « les dimanches de Jean Dézert » (1914), Jean de La Ville de Mirmont enchante nos lectures.

Son oeuvre nous est accessible par l’intelligente publication qu’en fit Michel Siffran en 1992 chez Champ Vallon : Jean de La Ville de Mirmont, Oeuvres complètes, poèmes-récits-correspondance. Introduction et présentation générale par Michel Suffran avec un avant-propos de François Mauriac. Seyssel, Champ Vallon, 1992, 352 p.

Jean de La Ville pendant son serviceen 1906

Celui qui a lu, entre autres exemples, le poème XIV de l’Horizon chimérique est tant aspiré par ces vers initiaux qu’il ne peut qu’y revenir encore et continuer ailleurs sa quête d’images et de sonorités, de dépaysements et d’enchantements :

« Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse                                                                           Et roule bord sur bord et tangue et se balance                                                                                   Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins ;                                                                                   Les vagues souples m’ont appris d’autres cadences                                                                       Plus belles que le rythme las des chants humains. … »

Le 24 novembre il écrit à sa mère : « Ma chère Maman, je viens de recevoir ton colis contenant une peau de lapin, un sac de couchage, des chaussettes et le passe-montagne de Suzanne. … … Cette nuit ma fourrure m’a fait rêver que j’étais devenu Cosaque, avec une grande lance et un costume rouge et jaune. Voilà qui amuserait Fanfan si c’était vrai. … Au fond je suis le plus heureux de vous tous, car si je suis emporté, j’espère ne pas même m’en apercevoir ; si je suis blessé, je coucherai dans un bon lit et je serai soigné par d’aimables dames et si je persiste tel quel, grâce à toi je n’aurai pas trop froid. Au revoir, ma chère Maman, bons baisers à vous tous. Ton fils si loin et si près de toi -et sur qui veillent non seulement son étoile, mais toutes les étoiles du ciel.En cette foy je veux vivre et mourir.’ (refrain de la ballade que fit Villon pour sa mère.)

Quatre jours plus tard le sergent Jean de La Ville est tué au front sur le Chemin des Dames, enseveli, la nuque brisée, lors d’un bombardement dans sa tranchée alors qu’il venait de refuser une relève, à Verneuil-Courtonne, aujourd’hui commune de Moussy-Verneuil au nord de la rivière Aisne, entre Vailly-sur-Aisne à l’ouest et Bourg-et-Comin à l’est, à proximité de la ferme du Metz et du Bois des Boules. Engagé volontaire il s’était fait remarquer pour sa bravoure le 2 novembre dans le même environnement. On note que les tranchées allemandes sont très proches et du reste Jean de La Ville cite un exemple de ‘fraternisation’ dans sa correspondance.

citation en l'honneur de Jean de La Ville. JMO 26N646/1, 2 novembre 1914, p.39

citation en l’honneur de Jean de La Ville. JMO 26N646/1, 2 novembre 1914, p.39

57eRI010115_26N646_1La ferme de Metz est à gauche du canal, il n’en reste rien de nos jours. Le Bois des Boules est à sa droite, au-dessus de l’inscription ‘Moussy’. Plan copié sur le site ‘Mémoire des hommes’ 26N646_1 le 1er janvier 1915. Ci-dessous le site de la ferme de Metz en 2013 avec la maison d’écluse et sa plaque.

la ferme était immédiatement au-delà du canal et de l'écluse à gauche

la ferme était immédiatement au-delà du canal et de l’écluse à gauche

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Si le JMO des 27 au 29 novembre mentionne bien des actions énergiques et des disparitions d’hommes dans tout le secteur de Verneuil, Moussy et Beaulne je n’y ai pas trouvé le décès de Jean de La Ville. Il doit figurer dans l’annexe que mentionne ce rapport de JMO et que je ne parviens pas à lire en ligne. Le 28 novembre est signalé un « …bombardement ininterrompu de Moussy, à la fin du jour l’ennemi lance encore quelques grosses bombes sur la partie gauche de nos tranchées du 4e sous-secteur, elles nous tuent un homme et enterrent la section de mitrailleurs du 123e qui est au saillant gauche… »

D’abord inhumé dans le cimetière provisoire de Verneuil son corps fut déplacé en 1919 vers la nécropole de Cerny-en-Laonnois avant que sa famille ne le fasse revenir à Bordeaux dans le cimetière protestant.

Un autre écrivain mort jeune, Emile Despax, a été tué quasiment au même lieu le 17 janvier 1915. J’ai évoqué son souvenir sur ce blog ici : http://voirdit.blog.lemonde.fr/2013/01/18/emile-despax-pensee-pour-lui-ce-17-janvier-2013-en-reference-au-17-janvier-1915-a-la-ferme-du-metz-de-moussy-verneuil-02/

Notons encore qu’une approche originale du parcours créatif de Jean de La Ville a été produite par Jérôme Garcin dans son roman ‘Bleus horizons‘, nrf, Gallimard, 2013, 224 p.

La « Lettre du Chemin des Dames », de bonne tenue, a également évoqué la vie et la mort de Jean de La Ville  par la plume de Guy Marival, Lettre n° 23 de l’automne 2011, p. 5-8.

D’autres renseignements vous seront accessibles sur Internet, par exemple et entre autres sur le site consacré au 57e RI par Bernard Labarbe qui publie les récits de son grand-père Raymond Labarbe : http://raymond57ri.canalblog.com.

Le mot de la fin avec Michel Suffran op. cit. p. 49 :

« Ne l’idéalisons pas. Ni stèle, ni piédestal. Donnons-lui ce qu’il demande, et rien de plus. Voilà. Accordons à ce jeune homme intact la place qu’il mérite et qu’il a conquise : non celle d’un gisant, non pas même celle d’un survivant… La place d’un vivant. Et non point devant nous mais parmi nous. Debout, juste au milieu de nous. »

 

Philippe Borrell et « la main de Massiges », in memoriam

Des circulations d’idées bâtissent aléatoirement ce blog nourri de passions et d’amitiés. En ce jour du 11 novembre mettons en avant Philippe Borrell que des liens ‘aliniens’, familiaux ou de localisation géographique font émerger soudain.

La lecture du dernier bulletin (n°36, octobre 2013) publié par l’Association des Amis du Musée Alain et de Mortagne m’apprend par la plume alerte de la Présidente Catherine Guimond dans ses ‘Lectures croisées Alain-Mauriac‘ que la vie de Philippe Borrell a croisé celle de Mauriac et d’Alain avant de se terminer dans le chaos de septembre 1915 en Champagne. En quelques lignes Alain puis Mauriac donnent à lire rapidement quels faits ont lié ce jeune homme à leur parcours. En fait ces deux auteurs célèbres ont oublié par accident ou délibérément jusqu’à l’existence de notre combattant et c’est de son dernier combat qu’il va être question ici en ce jour favorable à remembrance guerrière. Vous trouverez dans le bulletin cité ci-dessus les circonstances ‘littéraires’ propres à chacun (p. 86-87).

Philippe Borrell naquit à Bordeaux le 26 janvier 1890 et fut élève du lycée de Bordeaux de 1897 à 1906 en même temps que Mauriac. Il obtient l’agrégation de philosophie en 1913 après un brillant passage à l’E.P.H.E.S.S. et   à Normale Sup où Alain l’a connu.

Survient la mobilisation et la guerre *. D’abord en Lorraine son régiment, le 146 e d’infanterie dans lequel il officie en tant que capitaine se trouve en Champagne à partir de la fin août 1915 quand débute une bataille de reconquête voulue par l’Etat Major à partir du 22 septembre. Philippe Borrell commande le 2e Bataillon, 7e compagnie à environ 15 km au nord-ouest de Sainte-Menehould, à proximité de la bordure occidentale de la sylvestre Argonne. Après une intense préparation d’artillerie, l’une des premières de cette ampleur, son bataillon est chargé de prendre des tranchées allemandes puissamment fortifiées dans une zone de collines peu élevées mais très découpées et assises en un chapelet de buttes successives en forme de doigts de main et dans un contexte de  craie propre à cette région que la pluie forte des jours précédents a rendu particulièrement glissante et gluante. Nous sommes dans ‘la main de Massiges’ devenue si tragiquement célèbre dans les communiqués officiels.

Les Journaux de Marche et d’opération (JMO) publiés désormais sur le site bien connu des spécialistes et amateurs ‘mémoire des hommes’ rendent parfaitement compte de l’âpreté des combats et de la complexité stratégique de l’affaire. Ainsi en est-il du JMO 26N695/4 du 146e RI. La bataille s’engage en effet sur un front d’environ 25 km d’ouest en est, entre Aubérive et Ville-sur-Tourbe. Le relief, bien que modéré, cache nombre de replis de terrain aux artilleurs, contre-pentes exploitées par les Allemands pour y installer des abris sûrs que l’artillerie n’a pu détruire tous.

D’abord victorieuse sur la première ligne allemande la percée française va s’arrêter sur les secondes lignes au prix de pertes importantes. Dans ce contexte saisissant d’horreurs et de bravoure mêlées le bataillon de Borrell se déporte sur sa gauche et se trouve immobilisé par les mitrailleurs et l’artillerie ennemie. Le 25 septembre 1915 Philippe, 25 ans, tombe au champ d’honneur. On ne sait exactement où, il est porté disparu tout comme ce triste soir, 25 officiers sur 29 et 528 hommes de troupe sur 2260 pour ce régiment, l’un des composants de cette attaque. Médaille militaire avec croix, voilà tout. Toute cette boucherie pour en moyenne 4 km en profondeur de terrain récupéré sur l’ennemi qui perd dans la bataille 26000 prisonniers et 140 000 blessés, tués ou disparus sur l’ensemble du front de cette bataille de Champagne.

fiche signalétique au nom de Philippe Borrell, porté disparu le 25 septembre 1915 à Massiges

liste partielle (suite sur la page suivante du journal) des officiers blessés, tués ou disparus d’après le JMO 26N695/4 du 146 RI

circonstances et raisons de l’imparfaite reconquête du 25 septembre 1915 d’après le JMO du 146 RI en Champagne

Ces lignes sont bien peu pour rappeler ces faits qui pourtant ne guérissent pas l’Homme de sa folie meurtrière quand des événements la déchaînent. Notre  héros espérait sans doute un avenir autre, probablement d’exception, vu son parcours. Il n’a eu le temps d’écrire, encore élève, qu’un court article sur la notion de pragmatisme publié en 1907 dans la Revue de Philologie ainsi qu’une étude sur Spinoza publiée en 1911 chez Bloud et Cie.

Avant de mourir il a pu voir ces ciels profondément bleus de la Champagne autrefois dite ‘pouilleuse’, souvent non cultivée encore en 1915, sauf en finage des villages et parsemée de pinèdes. Une sorte de lande de forte amplitude thermique parcourue de moutons qui à certaines heures n’est pas sans évoquer des paysages de l’Oranais. Il l’a sentie sous ses souliers cloutés depuis le Perthois de Vitry jusqu’à ces terres à outardes plus au nord où les villages exposent leurs maisons de torchis et de bois bien protégées des toitures à faible pente débordantes, lignées de tuiles ‘canal’.

tuile canal employée en Argonne

aspect d’un toit couvert de tuiles ‘canal’ ou courbes, certaines sont encore surmontées d’un nez d’appui pour la tuile supérieure, comme plusieurs exemplaires trouvés en fouilles à Vanault-le-Châtel prouvent l’existence aux XIIe-XIVe siècles.

Après guerre nombre de villages ne seront pas reconstruits, tels Tahure, Hurlus, Mesnil-les-Hurlus, Perthes-les-Hurlus…

* Dans une lettre d’Alain à Elie et Florence Halévy datée du 30 septembre 1914 on lit : « Mon Borrell est blessé, convalescent à Nice« . Etat de fait qu’Alain avait du reste signalé le 28 septembre dans un courrier à Mme Salomon. Sources : Alain, correspondance avec Elie et Florence Halévy, nrf, Gallimard, 1955, p. 147 et note p. 419

Dans sa biographie d’Alain, André Sernin évoque les relations d’Alain et Borrell dans plusieurs passages et en particulier celui-ci : « L’autre ‘vétéran’ auquel Alain faisait allusion dans ses Notes de 1946, sans le nommer, est Philippe Borrell… …citation d’Alain = « Il était de tous le premier parti à la guerre, mais il n’alla pas plus loin que la bataille de l’Aisne (sic) ». la localisation est fausse dans l’esprit d’Alain en 1946 mais si le département de Massiges est bien la Marne, la rivière Aisne n’en est éloignée que de sept petits kilomètres.

André Sernin, Alain Un sage dans la cité, Robert Laffont, Paris, 1985, 478 p. Extrait p. 103

Si des lecteurs trouvent des renseignements plus précis sur cet élève d’Alain et relation de Mauriac, qu’ils veuillent bien me les communiquer.

Marcel Proust, Mme Williams sa voisine et Reims.

On a oublié que Marcel Proust qui aimait tant se coucher de bonne heure fut aussi un voisin délicat. Mais comment le savoir si ce n’est écrit quelque part et comment aurait-on deviné que cet auteur renommé ait pu écrire à une voisine du troisième étage lorsqu’il résidait 102 boulevard Haussmann à Paris ? La découverte récente de quelques lettres retrouvées et publiées chez Gallimard et disponibles à notre lecture et plaisir ce jour, comble cette lacune et pour nous Rémois nous dit l’attachement de Proust envers notre cité.

références sur la première de couverture et ISBN = 978-2-07-014224-8
septembre 2013, 86 p.

L’intérêt autre que littéraire, est que Marcel Proust donne dans une de ces lettres datable de Noël 1914 son point de vue sur la récente destruction partielle de la cathédrale suite à l’incendie provoqué par un bombardement allemand en date du 19 septembre 1914.

L’affaire a fait grand bruit et Reims devient alors le symbole de la barbarie germanique. Au reste, astucieusement, Proust assure que « le désastre de Reims, mille fois plus funeste à l’humanité que celui de Louvain – et à l’Allemagne d’abord, dont Reims à cause de Bamberg était la cathédrale préférée – n’est-il pas un crime aussi froidement conçu. »

De fait l’incendie de Reims est relaté partout dans la presse et différents supports écrits, figuré et photographié, pendant et après l’incendie. Marcel Proust analyse ensuite ce qui lui fait apprécier Reims, comparativement à Amiens, Chartres ou Paris. Il évoque également des séjours à Reims qui : « …tant que ma santé me le permet fais aux pierres de Reims des pèlerinages aussi pieusement émerveillés qu’aux pierres de Venise… »

J »aimerais trouver la trace de ces pèlerinages ! Non spécialiste de littérature ma mémoire n’a pas retenu de telles citations chez cet auteur et un rapide parcours de mes notes, une brève excursion chez des amis plus au fait ne m’apporte rien non plus. Attendons la sagacité de quelque érudit concitoyen pour expertiser l’anecdote.

Evoquant ‘le sourire de Reims‘ Proust est dans la mouvance de ce qui s’écrit en son temps ou peu avant (Emile Mâle puis André Michel en particulier) sur cette superbe cathédrale. Peut-être a-t-il lu également dans ‘Le Matin‘ en date du 21 septembre 1914 le bel article d’Albert Londres : « ils ont bombardé Reims et nous avons vu cela ! »  où l’auteur établit également des comparaisons avec les cathédrales de Chartres et Paris ? Ce n’est qu’à cause de l’incendie et du bombardement volontaire que ce sourire va devenir à jamais ‘l’Ange au sourire‘. Cela dès 1915 à la suite d’un article du New-York Times relatant l’achat d’une tête d’ange de Reims par un riche industriel américain. Non fondée l’assertion déclenche des recherches à Reims et l’architecte Max Sainsaulieu retrouve la plus grande partie de la tête qui avait été mise à l’abri sitôt l’incendie par l’abbé Thinot. Cet ange, celui de Saint-Nicaise, la tête lui tourne et tourne désormais de par le monde, parfois en voisine  de nos non moins célèbres bulles. On ne choisit pas ses voisins.

 pastel réalisé par mes soins en 1996 avant que ne se soient répandues les reconstitutions virtuelles colorées sur les monuments. Ci-dessous l’ange au sourire projeté sur la façade de la cathédrale lors de l’une de ces soirées-spectacles par ailleurs évocatrices de certaines formes du passé, même si le contenu ‘scientifique’ est laissé de côté.

l’‘Ange au sourire’ tel qu’il sourit en 2013 sur le portail latéral nord de la façade de la cathédrale Notre-Dame de Reims

Alors, amis lecteurs, si vous trouvez chez Proust une allusion à ses ‘pèlerinages de Reims’ racontés autrement qu’à sa charmante voisine, Marie Williams, je vous serais reconnaissant de me le faire savoir.

-pour en savoir plus sur « l’Ange au sourire » vous pourrez lire nos bons auteurs historiens rémois aux références multiples sur le web, parmi lesquels MM. Patrick Demouy et Yann Harlaut.

-pour fréquenter la compagnie des principaux auteurs qui ont écrit sur ou autour de Reims la lecture de : Dominique Hoizey, Reims entre les lignes, Messene, 1995, 93 p. sera une excellente approche. On complètera utilement par un article récent du même Dominique Hoizey, précis dans sa documentation autant que par son écriture,  sur son blog :  http://lechatmurr.eklablog.com/recent .                                                                                         Il y expose une correspondance peu connue entre Romain Rolland, Stephan Zweig et Emile Verhaeren au sujet de la cathédrale de Reims. A lire absolument, y compris par des historiens.

 

 

 

Salon de lecture et de méditation

Le soleil refuse de collaborer plus avant. Jusque-là il consentait à m’envoyer ses rayons lumineux dans mon repaire des jours tièdes. Mais depuis une semaine son trajet dégressif laisse dans l’ombre les deux portes qu’il osait franchir depuis le printemps. Aussi ai-je décidé de capter et d’amplifier ses derniers éclats avant fermeture automnale et hivernale.

L’un de mes alliés, Apollon lui-même, se désespère de ne plus avoir la tête échauffée et s’en agace. Quant au poisson porc-épic ou balloonfish (ou mieux encore Diodon holocanthus) indifférent jusque là, il pense désormais que cet astre d’orgueil le gonfle. Alors prenant quelque accessoire j’agis…

situation au couchant jusqu’au 25 septembre

dernière porte franchie par les rayons solaires vus depuis l’entrée en trou de serrure.
J’ai nommé le vitrail ‘paysagé’ parce que sa structure prend appui sur le paysage rocheux aperçu derrière cette entrée.

vous constatez que devant la nouvelle situation ci-dessus, celle de l’absence compensée par la lumière réfléchie, il m’est apparu nécessaire de contrer momentanément le tragique de l’affaire

avec l’aide d’un réflecteur photographique et de cet objet détourné…

éclairant d’abord mes compagnons d’infortune tel ce poisson mérovingien qui renvoie d’ordinaire ma pensée vers notre saint indigène, Rémi, né dans le village voisin de Cerny-en-Laonnois…

ou cet autre poisson, le porc-épic ou balloonfish, Diodon holocanthus, apprivoisé et chargé de me rappeler l’origine marine de toute la roche qui m’abrite

j’envoie, facétieux, les rayons de mon disque en inox sur l’icône du Christ librement inspirée de celle de N.-D. de Laon qui dessine autour de la sainte face sculptée une mandorle de lumière au-delà de l’auréole habituelle. Cela ne dérange en rien mon imagination qui continue à échanger dans ma cervelle cette image contre celle des chanoines de Laon qui ont acheté des parts de la seigneurie de Paissy au mitan du XIIIe siècle, de manière à exploiter la pierre locale pour leur plus grande gloire, avant celle de ce Dieu fait homme qui peut-être n’en demandait pas tant…

Ainsi ai-je voulu faire toute la lumière sur le début de la pénombre, ainsi ai-je osé mettre en lumière ces lueurs de l’esprit qui, de l’Antiquité à nos jours, embellissent le parcours des hommes sur terre, hommes devenus aujourd’hui quelque peu étrangers au trajet infini des sphères et des astres célestes. Que la lumière soit !

Et pour éclairer encore votre lanterne je me permets de vous offrir de l’éclairage solaire tout à fait gratuit. Eureka !

ampoule solaire allumée

Des médecins vaillysiens des XVIIIe et XIXe siècle

 

A l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, l’Association du Patrimoine et de l’Environnement Vaillysiens (APEV) a honoré la mémoire de deux médecins qui ont marqué la vie vaillysienne autrefois.

Il s’agit de Jean-Joseph Brocard et d’Edouard Ancelet.

Le docteur Brocard selon une inscription relevée par le général Vignier, notre principal informateur sur l’histoire de notre bourg,  serait décédé à Vailly le 18 juin 1847 à 67 ans. Or l’examen des actes de l’Etat civil conservés aux Archives départementales de l’Aisne ne mentionne aucun membre de la famille Brocard au milieu du XIXe siècle à Vailly. En revanche un Jean-Joseph Brocard décédé le 18 juin 1819 à Vailly, âgé de 67 ans est inscrit dans le registre des décès de cette ville.

Après plusieurs débats au sein de notre association et compte-tenu qu’il nous est apparu que deux Jean-Joseph Brocard décédés le même jour, le même mois, au même âge est hautement improbable nous avons arrêté notre choix sur ce qui est officiellement inscrit dans un acte officiel et non sur ce qui était sensé figurer autrefois sur le monument. Mais nous n’écartons aucune piste ultérieure qui remettrait en cause notre point de vue actuel.

pose d'une plaque en mémoire du Dr Brocard à Vailly-sur-Aisne

Jean-Pierre Boureux, président de l’Apev, Mme Annick Venet, maire de Vailly, des membres du Conseil municipal et de l’Apev dévoilent une plaque de pierre sur le monument du Dr Brocard.

L’autre médecin, connu pour ses publications scientifiques au nombre d’au moins 18 dans le cours du XIXe siècle, est totalement ignoré dans la mémoire colportée du bourg. Pourquoi ? Aucune autre supposition qu’une ‘mise en quarantaine’ par le général Vignier, ou à tout le moins un oubli, ne s’est révélée. Ce qui me fait penser à un rejet est le fait que ce médecin n’avait pas la langue dans sa poche comme le soulignent ses amis venus lui rendre hommage lors de ses obsèques (propos rapportés par le journal ‘l’Argus du Soissonnais »). Il se trouve que ce médecin, républicain convaincu en était venu à s’opposer au préfet de l’Aisne et à faire preuve de combativité à une époque où il ne faisait pas bon s’opposer par l’oral ou l’écrit aux décisions du gouvernement du Second Empire, même dans sa période libérale après 1862. Ainsi notre médecin contestataire d’un certain ordre établi s’est-il momentanément retrouvé en prison à la Maison d’Arrêt de Soissons en 1866, sans que j’aie pu toutefois retrouver le mandat d’écrou. Mais l’affaire est certaine et je suppose que là réside la raison du mutisme à son endroit.

Raison suffisante à mon sens et surtout motif dérisoire par rapport aux qualités humaines et au travail de recherche scientifique effectués par ce médecin décédé à Vailly en 1891, d’où notre décision associative de lui rendre hommage en même temps que celui que nous rendons à son prédécesseur lors de la journée du Patrimoine 2013.

Vous trouverez plus de renseignements sur ces hommes sur le blog de notre association :  http://apev-vailly.info/WordPress3/monument-docteur-brocard/

ou bien sur ce blog du Voirdit en tapant : ‘Brocard’ dans le rectangle de recherche.