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Pierre Teilhard de Chardin, Paissy, et le Chemin des Dames

Le cinq juin dernier je racontais sur ce blogue la présence d’un philosophe dans les cavernes de Paissy. Ce jour je vous annonce la tenue d’une journée commémorative prochaine dédiée à la mémoire du Père Pierre Teilhard de Chardin en ce même village et sur le Chemin des Dames en avril-juin 1917. Nous reviendrons bien entendu sur cette évocation d’un aumônier du 4e RMZT, 38 D.I. engagé dans les combats d’alors, après la cérémonie du 2 mai 2009 prochain.

portrait du P. P. Teilhard de Chardin

encre et plume, JPB, d’après photographie

Le cinq avril 1917 le Père P. Teilhard écrit à sa correspondante et cousine, Marguerite Teilhard-Chambon, presque de son âge, érudite et animée de sentiments chrétiens qu’il conforte :

« …Demain, je pense dire ma messe près d’ici dans la caverne-chapelle bien entretenue. »

     la grotte-chapelle et école de Paissy

la « grotte-chapelle » servant aussi d’école

     Je vous dirai en mai bien des détails sur tout cela et si histoire, littérature, environnement et religion vous inspirent tout à la fois, venez vous joindre à nous le

2 Mai 2009 dans le village troglodyte de Paissy

10h 30 messe célébrée par le Père Olivier Teilhard de Chardin, soit dans la creute-chapelle, soit dans l’église, en fonction de la météorologie

11h 45 dévoilement d’une plaque faisant mémoire de l’événement et discours des autorités présentes

Présentation d’une exposition d’oeuvres d’art inspirées par Teilhard de Chardin : travaux de Mmes Anne-Marie Ernst-Caffort, Marie Bayon de La Tour et M. Jean-Pierre Boureux

Vin d’Honneur

Déjeuner libre ; nombreuses possibilités dans un rayon de 10 km

15h 30 conférence de J.-Pierre Boureux : P. Teilhard de Chardin et le Chemin des Dames

16h 30 balade patrimoniale dans les rues du village et ses creutes

Tout ceci avec le concours de :

Municipalité de Paissy

Fondation Teilhard de Chardin du Muséum National d’Histoire Naturelle (Paris)

http://www.mnhn.fr/teilhard 

Association des Amis de P. Teilhard de Chardin 

http://www.teilhard.org

Centre Teilhard de Chardin (Lille)

informations complémentaires et contact :

Fondation et Associations : M. André Peltre 0175470008 

 ajpeltre[arobase]aol.com

localement : Jean-Pierre Boureux 0326474848 ou 0323258511

jp[arobase]boureux.fr

Encore une tour : Septmonts.

     Implantée sur la marge de l’une des sept collines qui enferment Septmonts elle domine élégamment le village et son église, clamant haut et fort la puissance de son constructeur.

     Il peut paraître étrange aux yeux d’un promeneur du XXIe s. que le seigneur bâtisseur soit…un évêque. Mais c’est ainsi que les choses se passèrent : depuis les années 1130, et tout spécialement en 1226 lorsque Jacques de Bazoches reçut là Louis IX, le domaine appartient aux évêques de Soissons. Dès lors il faut bien considérer que ce seigneur est issu le plus souvent des familles nobles, appartient à la culture occidentale et féodale du temps et, comme tel, vit et réagit comme ferait n’importe quel seigneur. Donc ici il construit, et la tour donjon que nous avons sous les yeux est une résidence princière, au goût des années 1370, édifiée par Simon de Bucy dont la famille comptait des gens influents à la cour de France. Les historiens le savent par un « aveu et dénombrement » de 1373 dans lequel cette tour est décrite. Ce seigneur avait du goût et la richesse suffisante pour manifester ainsi ses droits sur le domaine et ses habitants. Les habitués de l’architecture du XIVe s. y verront des analogies de détail avec le décor élégant de Vez évoqué dernièrement et celui de Pierrefonds, que tout le monde a en mémoire.

donjon de Septmonts

     Un pavillon résidentiel, à la mode Renaissance, a été bâti à proximité à l’intérieur de l’enceinte, puis au milieu du XVIIe s. l’évêque Charles de Bourbon installe là un jardin avec allées et canal. Enfin, peu à peu, le château est laissé à l’abandon car les évêques préfèrent leur palais soissonnais et dès les années 1720 le mobilier et les décors sont récupérés pour être vendus ou installés ailleurs. 1791 et la Révolution le voient changer de mains (vente à la bougie pour 11500 livres nous fait savoir feu Bernard Ancien) et une quarantaine d’années plus tard les lieux ont toujours et cependant, quelque chose de magique s’il faut en croire Victor Hugo. L’homme aime les voyages, surtout quand des femmes les agrémentent et on n’est pas étonné de lire dans une lettre adressée à sa femme Adèle :

« …je te l’achèterai mon Adèle, c’est la plus ravissante habitation que tu puisses te figurer… »

bien évidemment il ne dit rien de sa montée au vieux donjon où, en compagnie de Juliette Drouet, il grave dans la pierre :

« Victor – Hugo – Juliette – 29 juillet 1835 »

     Le château résiste aux deux guerres mondiales et est aujourd’hui aux mains de la commune. Cerise sur le gâteau d’une commune gâtée, coût de la confiserie aussi. Mais saluons dans l’au-revoir, l’action intelligente et dynamique de l’Association des Amis de Septmonts qui fait en sorte de préserver au mieux et rendre vivant ce lieu charmant. Alentour croît un arboretum, repose une église digne d’être visitée, s’étale un village aux maisons de pierres garnies des ‘sauts de moineaux’ si joliment caractéristiques des villages du Soissonnais et du Valois.

http://www.amisdeseptmonts.net

Jeux de lumières depuis la tour : Vez.

      donjon de Vez depuis la courtine 

      Vez. Le toponyme dérive de « vadum », le gué ; v, g, et b se confondant bien souvent dans la prononciation. Le passage dont il est question est sur la bien jolie rivière d’Automne et il conduit au plateau passant par un éperon sur lequel est édifié le « donjon de Vez ».

     Délimité par un carré d’environ 60 à 70 m. de côté ce domaine seigneurial fortifié comprend murailles, donjon et logis. On sait que l’ensemble a été dévasté par les Jacques en 1358, puis reconstruit. Le logis l’a certainement été par Raoul d’Estrées dans les années 1360 alors que le donjon est une construction attribuée à Jean de Vez, sans doute entre 1380 et 1390. C’est ce donjon qui attire l’oeil dès l’entrée par la légéreté de son style et une froide élégance. La lumière s’accroche sur ses mâchicoulis et chute vers les courtines accessibles depuis son premier niveau. Lieu quelque peu stratégique mais de médiocre force durant la Guerre de Cent Ans, il est assez vite dénué de tout caractère militaire, sauf de celui d’observation. Crépy-en-Valois et Pierrefonds sont tout près, ainsi que Villers-Cotterêts.

donjon de Vez

américain l’X anime le vieux donjon

donjon de Vez

végétalisé comme pour conduire au jardin

jardin de M. Pascal Cribier

Du paysagiste M. Pascal Cribier le jardin et son bassin accueillent le « Pot doré » de M. Jean-Pierre Raynaud, ici vu de dessus, sans or apparent. ‘Tout ce qui brille n’est pas d’or’.

     Le logis et sa chapelle, beaucoup trop restaurés par Léon Dru

tombeau de Léon Dru

cosaque endormi, Léon Dru gardé par un drôle de hibou

au tournant du XXe s., ont perdu leur caractère de témoin d’époque mais non leurs charmes.

     Ces derniers sont notablement accentués par des présentations d’art contemporain que M. Francis Briest et l’association des « Amis du donjon de Vez » qu’il préside proposent chaque année, et qui enrichissent petit à petit le site depuis les années 1990. C’est pourquoi l’oeil vagabonde de découvertes en découvertes, se délectant d’un Bourdelle ou se vivifiant d’un Buren.

     Descendant du grenier abrité de sa charpente de fer -tiens Eiffel est aussi passé là !

charpente d'Eiffel

du fer agencé par Eiffel

mon regard fut attiré par de vives lumières colorées, d’abord entr’aperçues puis fixées. Bien qu’elles soient créées par un vitrail de M. Daniel Buren qui projette sur les parois des murs et le dallage du sol des bandes chaudes et froides ordonnées géométriquement, ce n’est pas à lui que j’aie d’abord pensé mais à Frantisek Kupka, à cause des couleurs, à cause de l’agencement des lignes :

F. Kupka série CVI

Kupka, « Série CVI », huile sur toile, 1935-1946, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, in revue « Beaux-Arts », 1989, N°74, p.95 

Daniel Buren, « Transparences colorées »

d’où l’on voit, en Art, que transparences et projections, autrement dit irréalité matérielle engendrée par l’artifice, sont tout un.

Ainsi quittons-nous VEZ, non sans regrets, mais illuminés.

JPB, visite du 27 juillet 2008

Au firmament du Chemin des Dames, des anges pour Martin.

     Depuis les collines qui dominent l’Ailette et ouvrent l’horizon du Chemin des Dames, d’un repli d’ailes ils surgissent et prennent place autour de l’écrin pour signifier que là est merveilleuse richesse enclose.

clocher de Martigny-Courpierre

     Trop loin des hommes ils s’ennuient. Je les appelle. Virevoltant et planant ils daignent descendre du piédestal céleste et entrent dans l’église dédiée à saint Martin, qui protège les Francs. Là, surprise, ils volent alors directement vers le maître-autel où ils se posent élégamment. Laissez-vous aller à chantonner avec le ténor : « Anges du paradis couvrez-là de votre aile… » in Mireille, de Charles Gounod » ou bien encore le plus connu « les anges dans nos campagnes » et son Gloria’ évoqué ici.

     Il faut dire qu’ici tout a été combiné pour impressionner le pèlerin. Pas un mètre carré laissé libre : verre, fer, terre cuite, terres des fresquistes, tout concourt à glorifier Dieu dans le travail des hommes de l’art.

céramique de Saint-Martin de Martigny

     Le céramiste Maurice Dhomme, les verriers Louis Barillet, Théodore Hanssen et Jacques Le Chevallier illustrent le Nouveau Testament dans ses messages simples, qu’accompagne également le fresquiste Eugène Chapleau.

Christ de la voûte du choeur de Martigny

     Il ne serait pas judicieux que je vous dévoile tous les trésors de cette église d’un si petit village momentanément anéanti dans la grande tourmente que fut 1914-1918. Quand vous serez de passage dans la région, quand vous serez peut-être assez imprégnés des eaux tropicales du Center Parc de L’Ailette aux rives proches, pensez à venir ici plonger aux sources vives de l’Art Déco. Cherchez par vous-même la signification des symboles employés * et des phrases peintes. Partez à la chasse au trésor dans les ors rutilants, soyez assez observateurs pour dénicher quelque part les portraits des collaborateurs de l’architecte Paul Müller qui a oeuvré là, ainsi qu’au village de Monthenault à proximité, ou, à peine éloigné, dans celui de Brancourt-en-Laonnois.

les artistes de Martigny

     Et comme il n’est jamais interdit de rêver, planez donc et voletez de concert et de conserve avec les anges, tournoyez autour et dans Saint-Martin de Martigny-Courpierre. Cela décoiffe mais vous n’y laisserez aucune plumes, à la différence des pigeons qui s’abandonnent ici trop fréquemment, singeant malhabilement nos anges.

     « L’univers et l’histoire chantaient, dans un silence assourdissant, la gloire de l’Eternel. Toute une vallée de larmes coulait sur mon visage. J’étais plus mort que vif -mais j’étais déjà mort. … …L’archange qui se tenait dans l’ombre du Très-Haut se déplaçait avec la grâce que je lui connaissais, mais les ailes lui étaient revenues et un feu intérieur semblait le consumer. « 

Jean d’Ormesson, le rapport Gabriel, Gallimard, 1999, p. 414

clocher de Martigny-Courpierre

     * Bavard je ne résiste pas plus longuement et vous mets sur la voie. Les anges de l’autel sont des thuriféraires selon l’assemblage des mots latins qui signifie ‘porte -encensoir’. Ils font partie de cette cohorte innombrable si souvent représentée dans l’art religieux, notamment sur des pierres tombales car l’encens est utilisé pour manifester la part divine des corps humains. Les anges [du grec aggelos=messager] sont très présents dans l’Ancien Testament et semblent directement issus des cultes babyloniens et perses, le Nouveau Testament minimise leur part mais l’Apocalypse de Jean, par exemple, en est toute peuplée.

Deux poids, deux mesures

     Et oui, c’est comme cela, que cela nous plaise ou non la nature n’a aucun état d’âme, aucune morale. Elle n’est qu’un état évolutif de l’univers, à peine modifié par l’homme. Alors le titre de ce billet ne doit être considéré que pour ses mots et leur sens physique. 

     Ainsi dernièrement l’absence de vent, la température négative et un brouillard particulier ont provoqué la formation et la chute de paillettes ou bâtonnets de glace, qui n’étaient ni du givre, ni du grésil, ni non plus des cristaux organisés en flocons neigeux. Il fallait vraiment se pencher pour voir, soupeser les toiles d’araignée qui les ont accueillis  pour découvrir le phénomène. Et prendre la loupe pour distinguer leur forme.

paillettes de glace sur toile d'araignée

     Ces menues barrettes glacées ont recouvert toute surface, mais l’effet produit étant quasi identique à celui de la neige il était plus facile d’être trompé sur la nature véritable du phénomène que de le percevoir, comme on peut le constater sur ce tronc de noisetier :

tronc de noisetier et paillettes de glace

     Ainsi dernièrement la glace s’étant développée dans certaines fissures de la roche par condensation a agi comme un coin, fait pression sur des lits de calcaire de composition variée et a entraîné la chute de quelques tonnes de blocs.

     Dans les deux cas un seul phénomène responsable : le gel, mais des effets de masse et de poids bien différents. Dans le premier cas il convient de s’approcher délicatement au plus près pour découvrir avec plaisir, dans le second il convient de s’éloigner au plus loin et le plus vite possible, pour ne pas mourrir ou souffrir !

éboulement sous l'effet du gel

éboulement dû au gel

     Y aurait-il une morale de l’histoire ? La seule recevable est une forme d’analyse prudente et hors jugement moral. Opposables aux forces naturelles seule la science apporte quelque indication thérapeutique et la pensée théologique relativise leurs effets en obligeant l’homme à se chercher une place entre cette nature, lui-même et les autres. L’homme trouve bonheur et malheur en parcourant ce monde en tout temps. Se réjouir dans la contemplation des beautés naturelles sans doute, s’indigner des effets de cette même nature, à quoi bon ? Hasard et ? Le risque est là, la joie aussi. A quelle aune les mesurer ?

     Le peintre préfère doser à sa manière, ainsi croit-il peser sur le rendu de son art.    J’ai donc pris du charbon bien noir qu’on nomme alors fusain, pour rendre au mieux l’effet supposé de la neige et du gel, car c’est connu, si le bleu blanchit, le noir éclaircit.       Que de réflexion avant de poser ces parcelles carbonisées sur le papier blanc au relief accusé qui accroche le moindre trait, que de précaution pour ne pas salir, et de vigueur retenue pour placer les valeurs maximales qui vont obliger l’oeil à circuler dans le dessin comme la lumière est sensée faire parmi les flocons amassés ! Ici le seul danger serait de prendre froid ou de s’exaspérer du fait de n’avoir pas réussi l’entreprise folle de raconter sur le papier l’incident d’un jour de décembre.

fuain pour la neige

église de Paissy sous la neige

Je souhaite une année 2009 la plus heureuse possible à mes lectrices et lecteurs !

 Afin de varier un peu l’approche de ce blogue, dans les semaines à venir nous évoquerons subjectivement quelques lieux entre Champagne, Picardie et Ile-de-France.

La « blessure de Vailly » et Joë Bousquet.

Vailly, qui se prononce ‘Véli’ est un bourg d’environ 2200 habitants situé à 18 km à l’est de Soissons et à 45 km à l’ouest de Reims. L’Aisne borde sa limite sud et le plateau du Chemin des Dames s’incline en de multiples découpes digitées sur son flanc nord. Au cours de l’Histoire sa position l’a souvent placé sur le trajet des troupes, 1914-1918 étant la période qui l’a vu presque totalement détruit.

Carte postale allemande célébrant la victoire de Vailly

carte postale allemande célébrant la victoire à Vailly le 31 octobre 1914

Prise et reprise la ville sera à nouveau sous le feu de l’ennemi lors de son avancée éclair du 27 mai 1918. Le général Ludendorff parvient quasiment à retrouver lors de cette offensive les positions allemandes de septembre 1914.

Dans ce contexte survient un épisode célèbre en littérature que l’Association du Patrimoine et de l’Environnement Vaillysiens mettra en valeur entre les 8 et 21 novembre prochain comme en témoigne l’affiche ci-dessous que j’ai conçue pour l’occasion.

Affiche relative à Joë Bousquet et Vailly

Nous appuyant sur l’aide du Centre Joë Bousquet de Carcassonne qui nous prête l’exposition relatant les deux rencontres entre Denise Bellon photographe et J. Bousquet en 1946 et 1947 et avec la participation des institutions représentées par leur logo sur l’affiche, nous présentons en effet un ensemble de photographies et de correspondances, moyen pour nous de mettre en avant et faire connaître l’événement singulier que fut la « blessure de Vailly » dans la vie littéraire de Joë Bousquet.

            Contexte affectif propre à Joë Bousquet en mai 1918 : 

Il a reçu trois jours auparavant, le 24 mai, une lettre de sa bien aimée Marthe qui lui fait part de la réaction de son père à l’annonce de leur amour, fait qui l’oblige à s’engager moralement. Il décide alors de la quitter et lui en fait part. Il se trouve donc en position de dépit et réagit en s’exposant inutilement à l’ennemi. Réaction isolée de sa part ? Non.

En juin 1917 et vers le même lieu il s’était déjà illustré par bravade, peu de temps après son baptême du feu le 16 avril 1917 car engagé le 10 janvier 1916, à l’âge de 19 ans, il n’avait pas encore eu l’occasion de combattre. Mais ce 2 juin 1917 donc, alors qu’il était en observation il prend seul la décision de tirer sur un Allemand de la tranchée adverse, ce qui déclenche une riposte immédiate et un assaut au cours duquel est tué son ami le sergent Canet et bien d’autres soldats français.

De plus en janvier 1918 il avait reçu une lettre de Marthe qui lui annonçait son intention de se suicider : sa réaction d’alors était encore et toujours la même, s’exposer et combattre. Par chance son engagement volontaire dans le combat lui vaut cette fois non la mort mais une nouvelle citation à l’ordre de l’armée.

      Toujours est-il qu’on est en présence d’un jeune combattant audacieux prêt à tout pour prouver sa bravoure et pensant de cette manière contrôler des sentiments personnels qui ont pour objet la passion amoureuse. Dit d’une manière plus abrupte cela donne : la mort il l’a bien cherchée ! Et de tout cela nous avons la preuve en recoupant tous les témoignages qu’il a lui-même donnés à ses correspondants et visiteurs au cours de sa vie d’écrivain et d’amateur d’art. On ajoute encore, s’il le fallait, que ce jour du 27 mai notre jeune homme (21 ans) agité portait une paire de bottes rouges, sans doute un modèle du genre : ‘bottes d’aviateur’ et de couleur sans doute plus proche du fauve que du rouge vif. Une façon bien voyante en tout cas de monter à l’attaque, plus proche de la tenue flamboyante des premiers mois de la guerre que des vêtements bleu horizon portés peu à peu depuis l’année 1916. 

Conséquences de « la blessure à Vailly » :

     Paralysé des membres inférieurs J. B. passera le restant de ses jours dans sa chambre aux volets fermés de la rue de Verdun ou dans quelques rares lieux proches. Il entre progressivement en littérature et fait du même coup entrer « la blessure de Vailly » dans la littérature française et internationale.

      Hier 8 novembre nous inaugurions cette exposition racontée ci-dessous par quelques instantanés numériques faisant écho en quelque sorte aux clichés argentiques de Denise Bellon  :

 Mme Annick Venet, Maire et M. Jean-Marie Lebrun, Président de l’APEV

partie de l’assistance

 quelques panneaux de l’exposition photographique

Joë Bousquet par Denise Bellon en 1947

 Joë Bousquet par Denise Bellon en 1947, collection du Centre J. Bousquet de Carcassonne

     Au moment où J. Bousquet fait retour dans la littérature par la publication récente de « Lettres à une jeune fille » par Nicolas Brimo chez Grasset, Vailly-sur-Aisne s’honore d’être associé aussi vivement et douleureusement à la littérature du XXe s. et notre association s’active pour que localement la vie et l’oeuvre de ce poète, écrivain et résistant, amoureux épistolaire des jeunes femmes faute de pouvoir l’être physiquement et passionné d’art, soit mieux connue et demeure vivante.

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     Parmi les nombreuses pages consacrées à J. Bousquet sur le Web on retiendra par exemple la présentation du Centre Joë Bousquet et la Maison des Mémoires de Carcassonne par le Conseil Général de l’Aude :

http://www.cg11.fr/www/contenu/perspectives/P131-05.pdf

Le blog très riche et précisément documenté ‘choses lues, choses vues’ de M. Alain Paire, galeriste et critique d’art aixois qui évoque dans plusieurs notes la singularité de Joë Bousquet, notamment dans un entretien avec Louis Pons ici :

http://www.galerie-alain-paire.com/index.php?option=com_content&view=article&id=35:louis-pons-parle-de-joe-bousquet-et-de-gerald-neveu&catid=7:choses-lues-choses-vues&Itemid=6

http://www.galerie-alain-paire.com/index.php?option=com_content&view=article&id=273:1928-1950-max-ernst-et-joe-bousquet&catid=7:choses-lues-choses-vues&Itemid=6

le site personnel très synthétique et à caractère pédagogique suivant :

http://poete.villalier.fr

La présentation de notre exposition par le Conseil Général de l’Aisne :

ici

Une évocation personnelle de Joë Bousquet sur le blogue original, littéraire et aux mille facettes que voici :

http://le-blog-a-vincent.blogspot.com/     (note en date du 7 août 2009)

Lumières d’automne.

     Dans le théâtre de roches, décor évolutif et grandiose pour pensées vagabondes, les rayons d’un soleil rasant burinent et sculptent les calcaires d’anciennes mers, agitent des guirlandes de lierre, mâts d’un havre repéré.

roches et lierres

enfilade de guirlandes de lierre

voûte et lierres

     Dans la quiétude du couchant, silencieux comme il se doit, froufroutant à peine comme l’aile de la hulotte, un ange passe, se réfugie dans le corridor du souterrain : je le cherche puis l’oublie.  

entrée ou sortie de souterrain refuge

     Vais-je appuyer sur la bonne case pour libérer mon djinn ? Serai-je le pigeon du boulin comme qui dirait le dindon de la farce ?

anciens boulins de pigeons

mangeoires dans la roche

     Où tout cela peut-il conduire ? A quelques mètres, perché sur le sumac de Virginie, le grand oiseau de feu va sans nul doute me renseigner :

feuilles d'automne du sumac

-demande aux enfants ! s’exclame-t-il tout feu tout flamme.

     Je sais bien qu’ils ont levé le camp d’été, que l’accumulation des feuilles brouille la piste près de la cabane vite bâtie en août :

cabane d'été en automne

 

et que les jouets sont remisés dans l’ancien four à pain, attendant la venue des joies enfantines clamées dans la roche qui leur fait écho :

remise à jouets dans la creute

     Tout cela est de la faute de celles qui subitement se colorent en rouge, s’empourprent sans raison autre que de passer le temps

de pourpre vêtues

alors je préfère m’éloigner, voir le jour décliner,

coucher de soleil d'octobre

 tirer un peu la couette duveteuse des clématites en lianes

clématites en lianes indigènes

et une dernière fois contempler les faisceaux orangés des spots du couchant qui embrasent les frênes de la creute aux blaireaux près de l’antre des renardeaux :

rayons de feu sur écorce de frêne

chut ! tout s’endort enfin dans la paix d’un soir d’automne.

« Pendant que, déployant ses voiles,

l’ombre,ou se mêle une rumeur,

s’emble élargir jusqu’aux étoiles

le geste auguste du semeur ».

Victor Hugo, Les chansons des rues et des bois, Paris, Hachette, 1879, p.272

 

 

Coquetteries

fougères scolopendres

     A l’abri des regards, dans le bosquet près de la creute aux blaireaux, longuement elles se préparent puis vérifient leur apparence en ce miroir d’eau d’un jour sans vent. Sans doute ne vont-elles pas me tirer leur « langues de cerf » lancéolées mais bien plutôt disposer à ma vue, comme si de rien n’était, leurs jeunes frondes qu’elles tournent en accroche-coeurs pour midinettes.

jeunes frondes de scolopendres

     Apparemment peu convaincues de l’effet tant espéré elles se mettent alors à danser, siffler, dodeliner du chef, certaines de leurs appas.

frondes érigées

     A ce manège de najas je fais mine de ne rien voir. Alors d’un coup d’un seul et dans un geste élégant, subrepticement me montrent leurs dessous. Il faut bien que jeunesse se passe. Et puis avouez que cet ordonnancement brun-orangé, ces lignes disposées en feuilles de fougères, annoncent immanquablement un travail de professionnelles : elles ont gagné ces sirènes, mon coeur chaloupe et s’emballe ; elles connaissent la faiblesse du poète, la bonhommie des sylves et la vigueur des passions inassouvies.

sporanges de scolopendres

     Mais là comme ailleurs la concurrence est rude et l’une d’elles tente encore de raffler la mise dans la surabondance d’un goût douteux. Oh oui, assurément elle en rajoute :

effet de perturbation sur frondes

     Redevenons sérieux. Que se passe-t-il ici ? Je ne sais trop. Ces ruptures de direction dans les cellules apicales qui s’orientent en plan orthogonal, ces découpes multiples des extrêmités qui se divisent en fractales ou par dichotomie évoquent une perturbation par hormones, par virus ou par transmission de maladies dues à un insecte vecteur. Bien fait ! Diriez-vous par anthropisme exagéré, le vice est toujours vaincu par la vertu. N’empêche, j’aimerais en savoir plus, comprendre la cause derrière l’effet. Je constate la déformation initiale : d’une fronde en faire deux, toujours le besoin d’en rajouter. Mais je suis mauvaise langue d’écrire que nous sommes ainsi en présence d’une langue, non de cerf, mais de vipère.

     division apicale de fronde

Et vous, ami(e)s, qu’en pensez-vous ?

     A ce moment de l’année elles semblent pourtant spécialement en forme après un été frais et humide qui convenait parfaitement à leurs exigences et leur mise éclatante s’en ressent. Sur environ 300 pieds seuls 3 présentent ces anomalies, ce qui correspond à environ 1% de l’effectif, pourcentage bien faible.

     Sans doute est-ce raisonnable de penser que l’anomalie va disparaître d’elle-même. En décembre dernier, j’ai pour la première fois observé (cela fait six ans que je suis ce peuplement) que les blaireaux ont ravagé presque totalement les pieds situés à proximité de leurs terriers dans les creutes pour rendre confortables leurs ‘nids’, coupant et transportant les frondes séchées comme on le devine sur la photographie ci-dessous :

scolopendres coupés par les blaireaux

A moins que ce ne soit à titre médicinal ? On sait en effet qu’autrefois un bon matelas de fougères était fort apprécié.

     Toujours est-il que faute de combattants les minauderies cessent séance tenante et que bientôt un édredon de neige va revêtir ces belles pour quelques jours ou semaines, comme je l’ai déjà présenté sur ce blog en date du 28 février. Alors, comme ce sont des stars, l’une d’elles me fait un (dernier ?) caprice : elle se prend pour une étoile des neiges !

scolopendre et neige

 

     Qu’écrire encore ? Son nom bien sûr. Il s’agit de Phyllitis scolopendrium (L.) et en français Scolopendre ou Langue-de-cerf. Autrefois officinale (Herba linguae cervinae) la plante était utilisée contre les affections hépatiques, la diarrhée et la dysenterie. On lui prêtait aussi quelque vertu contre bronchites et tuberculose. Cette fougère aime avant tout les sous-bois sombres et humides sur pentes d’éboulis calcaires. On la trouvera donc aussi dans les ruines d’anciens bâtiments ou les entrées de puits. De jeunes pieds se sont établis dans les canaux anciens de circulation d’eau à l’intérieur du banc du lutétien moyen, bien abrités en ces cavités aujourd’hui mises à jour à l’intérieur de quelques parois de nos creutes, comme on le constate ici :

jeune pied de scolopendre dans une creute

La langue-de-cerf, en ses goguettes et goguenarde, dans tous ses états, vous tire la langue et vous salue.

Merops apiaster L. : pour un portrait haut en couleurs

     Le nom français dit son mode alimentaire et localise l’espèce : Guêpier d’Europe. Il se peut que vous ne l’ayez jamais vu en France septentrionale car il y niche ou y séjourne localement seulement, depuis la fin des années soixante, quittant alors le couloir rhôdanien entre Avignon et le delta, sa zone de prédilection.

     Grégaire il ne passe pas inaperçu. Son vol d’abord, rapides ascensions, brusques virages, longs vol planés attirent l’oeil. Son perchement aussi sur de vieilles tiges sèches, des brindilles, des fils téléphoniques que souvent il fait ployer. Son chant permanent que vous n’oublierez plus sitôt entendu : comme un gazouillis ample, un peu roulant, liquide et qui pourrait trouver dans cette écriture une approche phonétique = kruii, kruik, gruil….répétés à l’infini par la meute en jeux, en chasse.

    L’individu est gracile, de forme allongée, de taille entre merle et tourterelle. Une paire de jumelles au thorax n’est pas de trop pour espérer distinguer un bec long et pointu à peine courbé et une queue effilée elle-même prolongée d’une pointe, comme une signature supplémentaire. La paire de jumelles est une précaution car le sujet est craintif et capricieux, un jour il s’approchera à dix mètres et le lendemain s’envolera à cinquante. Ou rentrera dans son terrier. Oui vous avez bien lu cet oiseau creuse des galeries à l’aplomb d’une berge, d’une falaise, profondes d’environ 2 mètres et parfois un peu plus, au fond desquelles il installe son nid. A force de l’écouter, de l’observer, de noter son comportement on finit par se languir de ce bel oiseau qui hélas disparaît au milieu d’août après un court séjour d’environ six à huit semaines. Pour moi il chante désormais l’été, depuis qu’il a pris l’habitude de nicher dans les ballastières abandonnées des terrasses de l’Aisne ou des sablières avoisinantes.

     Je sens que cette description commence à vous agacer car vous attendez son portrait photographique. Bien sûr il vient. Vais-je vous décrire ou vous laisser contempler ses splendides couleurs tropicales ? Par facilité, pour le plaisir des yeux, je vous les montre de suite, vous laissant le soin de tourner les pages d’un manuel d’ornithologie pour préciser ces lignes.

couple de guêpiers d'Europe

guêpier d'Europe

groupe de guêpiers

     Encore une ? J’ai tiré le portrait de cet oiseau magnifique après une longue attente, plusieurs heures à guetter immobile et dissimulé, peu après le lever d’un jour d’été, un affût d’incertitude puis, magique, imprévisible, merveilleux cadeau de la nature la pose soudaine d’un individu sur une tige de bouillon blanc (Verbascum trapsus).

guépier d'Europe

     Serait-ce une aile d’oiseau de cette espèce que Dürer a peinte en 1512 ? Non mais celle d’une espèce voisine, le rollier d’Europe aux couleurs tout aussi prononcées. Cette peinture au pinceau, encre et aquarelle sur parchemin est conservée à l’Albertina de Vienne et je la tire de l’ouvrage :

Madeleine Pinault, le peintre et l’histoire naturelle, Flammarion, 1990, p. 188.

rollier d'Europe par DÛrer en 1512

et voici le guêpier vu par John Gould en 1867 :

guêpiers par J. Gould en 1867

in « Les oiseaux, John Gould, CELIV, Paris, 1987, p. 60

A défaut de le contempler de visu, que ceux qui rêvent en couleurs l’engrangent dans leur mémoire et que ceux qui rêvent en noir et blanc reviennent une autre fois sur cette page !

Cette année, en ce mois de mai 2009, un aimable internaute m’offre l’une de ses photographies récentes, un portrait en gros plan, afin que nous partagions ensemble les joies de la découverte et de la photographie de cet oiseau. Je remercie par ces lignes l’auteur, M. Frédéric Florentin.

portrait d'un guêpier d'Europe

des gris

     Tout peintre a déja tenu un petit gris, ce pinceau formé des poils du ‘petit gris’, écureuil du nord de l’Europe qui fournit aussi le vair des héraldistes. Mais le peintre oeuvre-t-il en gris pour autant ? La difficulté est grande d’animer la toile par des gris, la baie par une grisaille.

vitrail à allure de grisaille

dans l’église de Glennes (02) l’Atelier rémois J. Simon a réalisé ce vitrail protégé en arrière par un grillage qui lui donne une allure de grisaille, ce qu’il n’est pas.

     Quand le peintre appelle un gris mille s’approchent. Ils sont riches, chauds ou froids. Certes ajouter du blanc au noir donne un gris, fade et qui va tirer vers la teinte qui a permis de donner le noir, un noir forcément particulier et non un noir absolu. C’est pourquoi on peut pratiquement écrire que la majorité des peintres peignent en gris colorés séparés par quelques teintes primaires pures. 

     La souris peut être grise, la taupe et la musaraigne également ainsi que nombre d’animaux.

musaraigne

     Sorex araneus L., la musaraigne ou musette (ci-dessous) appartient à la famille des soricidae ; longue queue et museau de même animé de vibrisses et se terminant presque en trompe. Agile et rapide vous la repérez facilement dans l’herbe du jardin à la recherche de nombreux insectes.

  La prochaine fois que vous verrez un gris, pensez qu’il n’y en pas deux pareils et essayez de préciser sa teinte. Le métal délivre de jolis gris, voyez cet étain et cet argent mis en  médaille et pièce.

médaille d'étain

ici l’effet de lumière inverse le volume : on voit en creux ce qui est en relief ! Sans être gris pour autant…. Médaille d’étain réalisée à l’occasion de la naissance de notre aîné.

Ci-dessous des gris chauds animent les reliefs poinçonnés d’un denier de Charles VI :

pièce de monnaie dite 'gros' du roi Charles VI

     L’exercice est tentant, effectivement, de peindre en gris. Un jour d’été, en plein soleil, sur le versant sud d’une de ces collines de la Montagne de Reims si apte à l’élevage des trois cépages réservés au champagne je me suis entraîné à cette forme d’expression si chère à tant de grands peintres -Morandi, Le Greco, Millet, Cézanne,  noms qui m’arrivent sur le champ en mémoire et ouvrent l’une de leurs oeuvres avec abondance de gris. Voici le résultat exprimé au pastel tendre sur fond de papier gris bleuté sur lequel vibrent et miroitent nombre de gris argentés qui évoquent la vapeur chaude faisant danser les images au midi caniculaire. Mirage de gris que même les Mirages gris de la B.A. 112 de Reims ne parviennent à disloquer dans leur vrombissement de flèches d’acier. Brisant parfois le mur du son ils font momentanément éclater la pacifique beauté de l’ordonnancement de cette bourgade proche d’Ay et d’Epernay au pied du Val d’Or, bordée par le ruisseau de la Livre que naguère Berthe avait fait jaillir. Touches colorées qui éclatent à la surface du gris, harmoniques sonores qui s’échappent du verre quand, en fête et en liesse, mille bulles diffusent vers le monde entier le nom de ma Champagne. J’aurai bien l’occasion de revenir vers ces bulles un autre jour et d’ici là je vous souhaite, amis lecteurs et fidèles lectrices une soirée à l’esprit festif à laquelle la couleur grise n’est pas généralement associée. D’où la sottise de ce blog sans queue ni tête.

Avenay, pastel JPB