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Soissons et la vallée de l’Aisne au temps des Celtes et Gaulois

L’exposition présentée par le Musée de Soissons et l’Institut national de recherches archéologiques préventives, associés à leurs partenaires institutionnels, intitulée : « Celtes et Gaulois, deux chemins vers l’au-delà » présente et met en scène la vie dans la vallée de l’Aisne entre 475 et 50 avant J-C., à partir de découvertes effectuées depuis environ un siècle et issues des pratiques funéraires d’antan.

Elle a lieu de décembre 2011 au 15 avril 2012 à l’Arsenal (site de l’abbaye de Saint-Jean-des-Vignes, -profitez donc de la circonstance pour traverser et admirer le remarquable réfectoire à deux travées !) du lundi au vendredi de 9h-12h et 14h-17h et les samedi, dimanche et jours fériés de 14h à 18h. Voir aussi : http://www.musee-soissons.org De plus, c’est gratuit !

façade de Saint-Jean-des-Vignes de Soissons

Les pratiques de l’inhumation puis et ou de l’incinération ont laissé suffisamment d’objets de la vie courante entre les Ve et 1er siècle pour que l’on se fasse une idée de la vie des Celtes puis des Gaulois dans cette région de Picardie. Ces objets sont présentés par thèmes d’utilisation dans un parcours aisé à parcourir et comprendre. Ils sont accompagnés de frises chronologiques et de commentaires suffisants pour qu’un visiteur peu informé au départ sur le second âge du fer sorte de cette exposition avec une information concise, claire et imagée sur la période nommée « La Tène ».

Un intérêt autre de cette exposition est de mettre en scène un moment donné des pratiques de nos ancêtres par d’habiles et soignées reconstitutions. Si l’archéologue est souvent réticent devant cet exercice de rendu cela se comprend par le fait qu’il lui faut sortir alors un peu du champ usuel purement scientifique, espace mental ordinaire nécessaire à la pratique du métier pour se balader en songe dans un univers matériel recomposé et vous entraîner ainsi dans une sorte de concret à jamais insaisissable.

inhumation féminine reconstituée à Soissons

proposition de restitution de l'inhumation féminine de Bucy-le-Long par Sylvain Thouvenot et l'équipe scientifique : oser montrer par une mise en scène pour faire comprendre autrement.

Deux maquettes au 1/40e participent de la même orientation d’esprit : aider à imaginer un moment du passé que l’archéologie a permis d’identifier et de décrire. Nous présentons l’une des deux réalisées par M. Patrick Guéneau :

enclos funéraire circulaire avec fossé et palissade de pieux vers les Ve et IVe siècle avant notre ère

Pour notre part nous avons spécialement apprécié le souci documentaire de l’ensemble y compris dans l’évocation des fouilles anciennes, relayé par ces procédés de reconstitution. De plus, attiré par l’aspect ornemental des objets, nous avons perçu ici outre l’habileté technique des Celtes et Gaulois, leur originale création artistique dans la netteté des formes, une abondance de décors variés cependant ramenée à l’essentiel dans une sorte de simplification qui  rend l’émotion possible dès la perception première de l’objet. Un ‘design’ avant l’heure, comme un art ‘celtico-gaulois’ qui serait une épure géométrique ‘art déco’ issu d’un ‘art nouveau’ exubérant ainsi calmé.

Cet art, très vigoureux dans les monnaies (non présentes ici) est perceptible par exemple dans la forme des armes et de la protection ainsi que dans les décors de harnachement. Nous l’illustrons sur cette note de blog par la magnifique fibule en bronze d’Orainville à ‘la Croyère’ :

fibule de bronze d'Orainville

fibule de bronze où figurent directement ou indirectement lisibles des motifs à caractère anthropomorphe

Vous sortez donc passionné celtico-gallo-dingo. Mais vous regrettez bien sûr vos lacunes culturelles sur cette période de notre histoire soudain révélées. Qu’à cela ne tienne, les scientifiques ont prévu de vous accompagner dans l’au-delà d’avant-hier par un ouvrage d’aujourd’hui, copieux (216 pages et des centaines d’illustrations) composé d’une quinzaine de chapitres rédigés par des spécialistes et suivi du catalogue proprement dit, lui-même enrichi par 111 photographies ou planches d’objets. Il est intitulé « Celtes et Gaulois, deux chemins vers l’au-delà« , Musée de Soissons/Inrap, 2011.  Vendu sur place au prix de 25 euros vous pouvez également vous le procurer dans toute  librairie ou au Musée de Soissons.  ISBN : 2-913705-31-6

Dans l’incertitude probable de l’au-delà futur optez donc pour celui d’avant notre histoire écrite et visitez cette présentation archéologique tout à fait digne d’intérêt.

 

Léon-Henri Liévrat, Vailly-sur-Aisne et les bergers

Parmi les peintres qui ont un rapport de proximité avec Vailly-sur-Aisne, Léon-Henri Liévrat est sans doute le plus connu. Né et mort à Vailly (1854-1913) il s’installe à Paris et travaille chez un peintre sur porcelaine tout en fréquentant de temps à autre l’Ecole des Beaux-Arts où il étudie la peinture avec, parmi ses maîtres, Jean Léon Gérôme. Ses dessins et même ses peintures ont quelque affinité avec ceux de Millet ; il appartient au courant dit des ‘Naillistes’ désignant les peintres qui, pour leur déjeuner du jour, avaient pour habitude de fréquenter à crédit le restaurant du couple Nail, aubergistes à proximité de la ‘rue de Seine‘. H. Liévrat a peint beaucoup de paysages, d’arbres en fleurs présentant une touche de japonisme, des scènes champêtres et des crépuscules ou des nuits. Sa touche est précise et sensible, de même que ses traits.

J’ai choisi l’atmosphère d’un couchant de fin d’automne, un dessin de saison, une date anniversaire : 20 décembre 1904. Sous un petit format L.-H. Liévrat offre un crépuscule tout en nuances et un clin d’oeil biblique à la saison. Il s’agit presque d’une allusion tant le signe est discret. L’un des deux bergers a le bras levé et son doigt pointe quelque chose dans le ciel, que son compagnon observe de concert. Une certaine attention est nécessaire pour détecter, non un ovni, mais les rayons d’une étoile. En effet les rayons de l’étoile, -car c’est bien une étoile qui s’allume dans un ciel plombé, présentent quelque similitude avec les branches qui hérissent les troncs maigres de jeunes ormes. Presque un message crypté où seul un berger peut retrouver la brebis égarée, ou un spectateur le sens caché de la scène par ailleurs baignée d’une lumière très habilement rendue.

l'étoile des bergers

l'étoile des bergers par Henri Liévrat, dessin sur papier, 19,9 x 10,4 cm, 20 décembre 1904.

signé en bas à gauche : LH Liévrat avec son monogramme LLH entrelacé, répété timidement à droite à côté de la date : 20 déc 04.

Cette représentation de pâtres avec troupeaux est des plus fréquentes alors et l’on rencontre maints traitements de ces pastorales chez Millet ou Lhermitte pour ne citer qu’eux.

Remarques : il y a bien ici une ‘étoile des bergers‘. Cependant ceci manifeste une collusion entre les deux seuls récits évangéliques de Noël. Dans celui de Luc les bergers voient d’abord un ange de l’armée céleste qui donne son message, puis il est ensuite accompagné d’une multitude d’anges dans le ciel. Point d’étoile ici. Dans celui de Matthieu en revanche il est bien question d’une étoile qui guide les mages jusque la crèche. Dans les contes et les peintures on voit apparaître, peut-être pas avant le XVIII e siècle (je n’ai pas eu le temps de vérifier vraiment) la représentation d’une ‘étoile des bergers‘ à laquelle Henri Liévrat fut sensible. De plus on appelle aussi ‘étoile du berger‘ la planète Vénus souvent très brillante et qui apparaît la première et s’éteint la dernière dans le ciel étoilé. D’où une nouvelle occasion de confusion par rapport aux deux textes d’origine.

Dans le catalogue de vente daté samedi 11 décembre 1982 établi par la Galerie des Ventes d’Orléans pour les peintres Liévrat et Alleaume il semble que le numéro 22 corresponde à ce crayon. Dans le catalogue de la première vente daté du 16 octobre 1982 Maître Savot introduit le catalogue par une puissante évocation de notre peintre rédigée par son ami Ludovic Alleaume. Celui-ci note : « …Liévrat a fait beaucoup de soirs, de crépuscules, des nuits avec une belle lune et, chose incompréhensible : il n’y a jamais placé une étoile. Je ne puis m’expliquer cela ?… »  Et bien voici l’étoile, tellement discrète que Ludovic Alleaume ne l’a point vue !

Reste encore la date : 20 décembre. Après recherches il apparaît que ce jour l’ancienne liturgie honorait plusieurs saints dont saint Dominique de Silos (Castille), mort en 1073. Il est le patron des bergers, des prisonniers et des femmes enceintes. De plus le 20 décembre est également le jour d’entrée dans les vigiles de Noël pour les églises orthodoxes et gréco-catholiques. Je n’ai pu établir de rapports entre ces dernières et notre peintre, en revanche durant son enfance sous le Second Empire Henri Liévrat a nécessairement rencontré des bergers car la période fut très propice à l’élevage de nombreux ovins. Au long des pentes escarpées établies sur le revers de la cuesta d’Ile-de-France et tout spécialement sur celles du rebord de plateau au nord de Vailly vers ‘la Justice‘, ‘les Grands Riez‘, ‘Rouge-Maison‘ et ‘l’Abondin‘ quand elles n’étaient pas garnies de vignes, ces pentes accueillaient les ‘savarts’ parcourus par le pacage des troupeaux.

Philippe Jaccotet : « le don inattendu, d’un arbre éclairé par le soleil bas de la fin de l’automne comme quand une bougie est allumée dans une chambre qui s’assombrit ».

Raymond Genty, Les petites lumières, 1943, (trois dernières strophes ici) :                            … ….

Un air de Berlioz, quelques toiles/De Corot dans un magasin/                                       Ce sont encore des étoiles/Dans le ciel d’un noir de fusain.

Pour élever notre souffrance,/Pour que nous regardions plus haut/                          On dirait parfois/Que la France se révèle quand il le faut.

Ayons donc une foi plus vive,/Croyons en son destin plus doux/                               Pour que notre pays revive/Il faut d’abord qu’il vive en nous. 

Recueilli dans Anthologie de la Société des poètes français, tome 1, 1947.

Et pour ce qui regarde la France, espérons que la foi de Raymond Genty soit efficiente !

Oh la vache ! Autre histoire courte

Ce à quoi conduit la passion du terrain. Encore en pleine jeunesse, celle qui mène à tout, j’aidai ce jour-là mon frère aîné à étudier et relever des traces géologiques dans la haute vallée de l’Aisne. Nous avions laissé la voiture, alors une Simca 1000, à l’entrée d’une pâture, sans déceler aucune présence alentour. Au retour quelques heures plus tard nous avons eu la surprise de découvrir le troupeau encerclant notre voiture et l’une des bêtes s’intéressait de très près à son contenu. Un imperméable posé sur le siège a fait les frais de l’affaire et beaucoup de bave recouvrait le siège arrière. Ce fut donc l’objet d’une photo surprise. Surprise qui fait dire : « oh la vache » dans une expression admirative alors qu’en langue courante imagée on trouve aussi bien l’expression dans un sens péjoratif et de rejet.

Laissons là ces subtilités de langage et revisitons Rimbaud, le jeune adolescent de seize ans qui en 1870 dans un poème contenu dans ‘le cahier de Douai’ et intitulé : « les réparties de Nina«  nous emmène bucoliquement dans les prés ardennais :

…  …

« Nous regagnerons le village
Au ciel mi-noir ;
Et ça sentira le laitage
Dans l’air du soir ;

Ca sentira l’étable, pleine
De fumiers chauds,
Pleine d’un lent rythme d’haleine,
Et de grands dos

Blanchissant sous quelque lumière ;
Et, tout là-bas,
Une vache fientera, fière,
A chaque pas  » …

Terminons avec Lepetit, non le camembert qui ne serait pas trop calembredaine avec la vache mais avec le peintre Luc Lepetit (1904-1981) et sa « rentrée du troupeau à Manneaux« . Je suis le troupeau avec Noël Coret, Autour de l’impressionnisme, Les peintres de la vallée de la Marne, La Renaissance du Livre, Tournai, 2000, p.110

peinture de Luc Lepetit

Oh les vaches ! et chèvre, et cheval, et âne

Histoire courte, longues histoires.

L’enfant sait l’eau toute proche, comme bêtes il y court. Au-dessus du miroir d’eau mille reflets cueillent ses pensées vagabondes. D’une main il agite la surface et multiplie la donne, de l’autre il puise cette eau, la verse en un creux sableux et mélange de suite.

sous l'arche d'un étrange royaume

 Trop songeur il n’a pas perçu l’approche discrète du photographe qui surprend l’acteur mais n’attrape pas le rêve.

le jeu renvoie à l'observation

Bientôt il expérimente. Le mélange sablo-calcaire issu de la décomposition des roches proches est tout désigné pour préparer ciments, sable de moulage et …     Tout à ses rêveries il oublie le temps, la présence adulte et le monde tant extérieur à ses songes.

L’oiseau soudain, une buse, de belle taille, très près de la cime des arbres lance un miaulement aigu et plaintif. Aussitôt l’enfant lève la tête et le photographe déclenche. Le monde redevient d’un coup tout plat, le rêve s’évapore dans l’ordinaire d’un jour d’automne. Mais l’image témoigne, enregistre jeux et merveilles du temps d’enfance.     « non pas aux prises avec un passé qui serait une préfiguration de l’avenir, mais restitué à l’ignorance de lui-même dans la lumière aveuglante du présent ».                                              Louis-René des Forêts, Ostinato, 1997.

J’aime vous la faire connaître en ces temps indécis et incertains pour favoriser momentanément un retour vers une enfance heureuse dans la mesure où précisément elle ignore largement les soucis d’après-demain. La voici :

le commentaire sera celui inspiré de vos propres souvenirs ébahis

 

Et nous, adultes, ne serions-nous pas ravis de voir émerger du miroir de l’eau, des cercles concentriques déclenchés par une onde de choc, une sirène attirante se peignant d’un peigne d’or (Heine, die Lorelei :  … . …                                                      « Die schöne Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar :
Ihr goldnes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Harr »)
ou une baigneuse se mirant, voire… ? Non, plutôt voir de suite :

Roy Lichtenstein, "swimming figure with mirror"

Roy Lichtenstein, 1977, huile sur toile, 15,4 x 177,8 cm, Sotheby's Preview, november 2001

sous l’arche d’un étrange royaume….. rêvez !

Raymond Genty et Vailly-sur-Aisne.

Dramaturge et poète Raymond Genty est né et mort à Paris (7 juin 1881-9 août 1950). Etudes secondaires à ‘Montaigne‘ et ‘Louis le Grand‘, faculté de droit. Mais ce sont littérature et poésie qui le motivent réellement et très vite il  consacre à ces muses l’essentiel de son temps libre.

En 1913 il est secrétaire de rédaction de la revue satirique ‘le Gil Blas‘ et en 1914 il est mobilisé puis blessé grièvement en novembre. Dans l’incapacité de combattre il est démobilisé et rejoint en 1916 ‘l’Odéon’ en tant que secrétaire général. De sa guerre il rédige un carnet de route édité en 1917 par Berger-Levrault :’La flamme victorieuse‘. Sa carrière littéraire d’auteur dramatique est lancée par ‘L’anniversaire, à propos à la gloire de Corneille’ joué à l’Odéon dès 1905.

Quant à son oeuvre poétique elle lui vaudra également une renommée certaine dans les années Trente et divers prix honorent ses travaux riches d’une bonne dizaine de recueils parmi lesquels « Les chansons de la Marjolaine » dont les poèmes ont tous pour cadre la bourgade et les environs de Vailly-sur-Aisne. C’est ce recueil publié en 1932 que l’Association du Patrimoine et de l’Environnement VaillysiensAPEV– a réédité en 2003 avec une préface de M. Philippe Battefort, condisciple d’école et de lycée, à qui j’emprunte quelques extraits de cette note. Toute sa vie Raymond Genty est resté particulièrement attaché à cette terre de ses ancêtres qui habitaient l’écart puis hameau de ‘Saint-Précord’ suspendu au-dessus du bourg dans les collines autrefois garnies de pampres aux origines pluri-centenaires ; refuge d’un ermite irlandais éponyme ce lieu a connu l’implantation d’une église et d’un cimetière mérovingiens.

Raymond Genty, probablement à Saint-Précord vers 1895

Raymond et son père probablement à Vailly vers 1900

Raymond Genty, 23 ans, dans l'appartement de ses parents à Paris, rue de Varennes, en 1904

Je remercie Madame Nicole Genty qui nous autorise aimablement à publier les photographies anciennes ci-dessus et qui suit de près ce qui se passe à Vailly en mémoire de son grand-père.

En ce matin du 11 novembre 2011 des enfants de l’école primaire encadrés par Mme Annie Fournier directrice et certain(e)s de ses collègues ont lu le poème « L’étoile sur le tombeau » -poème lu à l’Opéra Comique en 1922 et dit encore le 11 novembre 1923 au ‘Théâtre de l’Odéon‘.

Je vous livre ici les deux premières strophes et la dernière

« Puisque un astre luit dans la brume                                                                                         Sous l’arche immense des vainqueurs                                                                                            Il faut qu’un astre aussi s’allume                                                                                               Dans l’ombre tiède de nos coeurs.   

Onze novembre. La Victoire.                                                                                                     Quelle date dans l’avenir !                                                                                                   Allumons dans chaque mémoire
La lampe d’or du souvenir.  …/…

Et pour que celui-là sommeille                                                                                                    Celui qui nous a tout donné                                                                                                               Il faut que le souvenir veille                                                                                                        Dans votre coeur illuminé ».

lecture d'un poème de R. Genty par des enfants de Vailly

des enfants de l'Ecole de Vailly-sur-Aisne devant le Monument aux Morts

Ces enfants vont lire le poème mentionné ci-dessus. Attentifs, de gauche à droite :         Louis, Léa, Lucas, Linon et Benoît ; la photographie est de M. Didier Lalonde, qu’il en soit remercié !

Certaines activités de l’école primaire de Vailly-sur-Aisne figurent ici :

http://blogs.ac-amiens.fr/0021771p_ecole_de_vailly_sur/

 

Hommage aux infirmières de la Première Guerre Mondiale : Reims, Pierrefonds et dans les coeurs.

La lecture du titre laisse entendre que Reims et Pierrefonds ont quelque chose à montrer, en dehors de l’attachement tout à fait justifié à la cause du dévouement des infirmières lors des conflits et spécialement lors de la guerre de 14-18.

En effet ces deux villes à caractère historique sont, au moins selon les sources dont je dispose, les seules à avoir ériger un monument consacré à la cause des infirmières.

      Celui de Reims est installé Place Aristide Briand, ex Square de l’esplanade Cérès comme on disait avant 1932 et fut inauguré le 11 novembre 1924. Les photographies ci-dessous vous en offrent des vues assez précises. Un ajout y fut placé pour honorer la mémoire d’infirmières et brancardiers tués à proximité lors d’un bombardement allié sur la ville le 30 mai 1944. Ce blog présente des notes courtes et si vous souhaitez connaître dans le détail l’histoire de ce monument rendez-vous ici :

http://www.crdp-reims.fr/memoire/lieux/1GM_CA/monuments/reims_infirmieres.htm

monument aux infirmières à Reims place Aristide Briand

le monument de la Place Aristide Briand à Reims

 Outre ce monument la Ville de Reims conserve un Livre d’Or des Infirmières où sont recensées toutes les infirmières tuées dans leur service, en France et dans le monde lors de la Grande Guerre.

L’autre monument destiné à prolonger la mémoire du sacrifice des infirmières est celui qui fut érigé à Pierrefonds après la guerre, dans le même but que celui de Reims, avec une mention spéciale pour Elisabeth Jalaguier, infirmière de l’hôpital n°226 tuée en ce lieu le 20 août 1918 lors d’un bombardement. Inauguré après restauration en 1955 il intègre à sa base une statue en bronze de Real del Sarte dont le plâtre original est conservé dans l’église Saint-Sulpice de Pierrefonds.  Là encore vous aurez plus de renseignements sur ce monument dans le site mentionné ci-dessus, ainsi que sur celui fort connu des passionnés de 14-18 nommé ‘les découvertes du chamois’ auquel j’emprunte la photographie jointe ci-dessous, en voici la référence :

http://chamois.canalblog.com/archives/2008/01/30/7760497.html

Monument aux infirmières de Pierrefonds

Monument aux Infirmières, square de l'Hôtel des Bains à Pierrefonds, photographie "le Chamois"

Voilà pour les deux monuments français. En ce qui concerne les coeurs ce n’est pas cette note qui va épuiser ni le sujet ni la reconnaissance des soldats et de leur famille. Observons seulement quelques photographies souvenirs.

Bien entendu des infirmières ont tenu parfois des carnets ou des albums avec photographies. De l’un de ceux-ci je vous propose ces trois infirmières suisses dont je ne connais pas les noms et qui figurent dans l’un de ces recueils de souvenirs émouvants

trois infirmières suisses en repos lors d'une excursion

trois infirmières suisses en repos lors d'une excursion

autres photographies du même album

éclats d'obus enlevés dans la peau de blessés

assez étonnants ces éclats d'obus extraits du corps des blessés et cousus sur carte !

Eclats d’obus recueillis à l’infirmerie de la Gare Saint-Jean de Bordeaux et expédiés par le service. Je ne dispose pas d’autres renseignements liés à cette pratique.

image très connue d'un brassard d'infirmière

brassard officiel avec tampons d'affectation

Il arrivait fréquemment que des soldats rédigent des lettres de reconnaissance à leurs infirmières préférées, leur offrent des cadeaux. Quelques soldats ont épousé leur infirmière, rien d’étonnant au fait. Plus étonnant est un ensemble de témoignages annotés par 78 soldats et inscrits dans un carnet spécialement rédigé pour la circonstance. Certains ont accompagné leur texte ou poème d’un dessin, d’une aquarelle ou gouache, ce que permettait de faire ce registre qui alterne page pour écrire et page pour dessiner. Je place ici l’un des textes et l’une des illustrations extraits de ce recueil rédigé à l’hôpital auxiliaire n° 110 de Caluire, pensionnat de l’Oratoire, à l’attention de mademoiselle Paule Cordet en 1915.

remerciements du soldat Marius Bruchon à son infirmière

poème et peinture en reconnaissance de soins

poème en anglais et peinture du soldat Maurice Ducot à son infirmière

Il faut bien clore et je le fais en citant une nouvelle fois Vailly-sur-Aisne et deux infirmières du lieu honorées spécialement pour leur conduite exemplaire :

Mademoiselle Adèle-Olympe Crochard (en religion soeur Sainte-Geneviève) a reçu la Croix de Guerre et la Médaille de la Reconnaissance Française ainsi que la ‘British Red Cross War Medals‘.

Il en fut de même pour mademoiselle Anna Heinrich, aide de Mlle Crochard, qui reçut la Croix de Guerre, la ‘British REd Cross‘ et fut élevée au rang de chevalier de la Légion d’Honneur.

Ce onze novembre 2011 est l’occasion de rappeler l’immense dévouement de ces femmes dans la guerre. Ne les oublions pas !

 

 

11/11/11/11

Ecrit ainsi on parvient à lire onze novembre deux mil onze onze heures selon le moyen d’écriture conventionnel de la date, hors des habitudes anglo-saxonnes. En poursuivant la même logique avec les heures et en ajoutant encore deux ’11’ on pourrait encore comprendre onze minutes onze secondes ce qui n’est d’ailleurs pas nécessaire ici puisque faux si l’on réfère au cessez-le-feu officiel sonné à onze heures, soit six heures après la signature officielle de l’armistice signé dans la clairière dite de « Rethondes » dans le célèbre wagon.

Tout cela est si connu que je ne vais pas développer cet aspect de la question mais deux autres thèmes qui retiennent plus spécialement mon attention cette année 2011 et que je présente dans deux notes distinctes qui suivent. L’une est consacrée à la mémoire de l’engagement souvent admirable des infirmières dans le secours aux blessés, vocation qui a fait perdre la vie à plusieurs centaines d’entre elles de par le monde et l’autre à un poète et dramaturge français aujourd’hui oublié, Raymond Genty, qui a connu ses heures de gloire dans les années vingt et trente et dont l’attachement sentimental à la petite ville de Vailly-sur-Aisne sera évoqué et sa mémoire rappelée par les enfants des écoles en ce 11 novembre 2011 en cette localité.

Vailly-sur Aisne : le cimetière des pauvres et le docteur Jean-Joseph Brocard.

monument audocteur Brocard en 2011

monument élevé par des Vaillysiens en 1847 en hommage au docteur Brocard

L’Ancien Régime et l’Eglise avaient institué l’obligation de réserver un endroit dédié à l’ensevelissement des plus démunis, à l’intérieur du cimetière paroissial ou en un autre lieu de la paroisse. Les nouvelles normes d’hygiène apparues dans le même temps et qui vont se développant à mesure que les découvertes scientifiques croissent vont amener le législateur à isoler le cimetière du centre des agglomérations. Il en est ainsi à Vailly en 1829. A cette date les inhumations ne se feront plus que dans le cimetière actuel dans lequel on trouve donc des sépultures datant du second tiers de ce siècle et notamment celle des généraux d’Empire.

Cependant un médecin du bourg philanthrope et soucieux de la dignité des plus pauvres leur avait légué sa fortune, souhaitant être enterré en leur voisinage en un lieu réservé à l’origine pour les défunts dits de « la maison des pauvres vieillards » (cette « Maison des pauvres vieillards » n’est pas documentée par les archives, j’ai seulement trouvé dans l’inventaire de la série B aux AD Aisne qu’elle avait été réparée en 1787, mais ces archives font hélas partie de celles  détruites lors du bombardement de Laon en 1940).

Ainsi, au-delà de la date de désaffection officielle, le docteur Brocard fut inhumé dans ce cimetière de la rue des Jardinets où des Vaillysiens reconnaissants lui élevèrent le monument que l’on voit toujours aujourd’hui et que le Général Vignier décrivait comme « en bien mauvais état » vers 1920, dans ses « documents pour servir à l’histoire de Vailly-sur-Aisne » publiés en 1927. On ne s’étonnera guère outre mesure que 90 ans plus tard il soit toujours dans un état dégradé.

A l’arrière de ce monument figurait la liste des donateurs et à l’avant une autre plaque portait le texte suivant :

                                                                    Ci -gît                                                                                      M. Jean-Joseph Brocard                                                                                                Maître en chirurg(ie) à Vailly décédé le 18 juin 1847                                                               Agé de 68 ans                           

     Le général Vignier  ajoute encore que « son zèle pour la vaccine lui mérita une médaille du gouvernement royal » dont je ne trouve pas trace. Soucieux de son prochain ce médecin examinait avec attention tout ce qui pouvait être nocif à l’être humain et nous pouvons lui en être reconnaissants. Aussi serait-il opportun que le texte de cette plaque retrouve sa place sur son monument. Réfléchissons-y, nous Vaillysiens amoureux du passé de notre bourg et trouvons une solution afin que nul n’ignore qui il fut ni ce qu’il fit.

La place où se trouve le monument est aujourd’hui réduite et l’implantation d’un cimetière, même de taille réduite apparaît peu. Autrefois cet espace était bien plus vaste comme a pu le lire le général Vignier avant la disparition de cette liasse d’archives. Ainsi en 1787 il était entouré d’une haie de 21 vieux ormes âgés de plus de 60 ans. Elle ne figure pas sur le cadastre ancien de 1832 car il n’y a alors aucune construction dans cette zone extérieure aux anciens remparts.

 

Paul Landowski, vos « Fantômes » sont revenants !

Dans le contre-jour d’un soir d’automne ils surgissent de l’argile enherbée de la Butte Chalmont’. Vers quel dernier assaut s’élancent-ils ? La mort ? Une nouvelle vie ? Ils sont huit et l’un d’entre eux n’appartient pas au même monde, il revêt la légèreté que seule la nudité habille. Tous scrutent les collines de ce Tardenois de juillet 1918 quand le sort des armes hésite entre vainqueurs décimés et vaincus agrippés au moindre relief dans une retraite solide et organisée ; un même panache ceint leurs casques d’acier.

les Fantômes de Landowski à Oulchy-le-Château      Sept hommes lourdement équipés, sept combattants des différentes armes engagées dans la Grande Guerre. On ne sait trop qui est le huitième, bien présent et tout aussi absent au groupe ; il s’envole. En bas, 250 mètres plus loin, « la France », forte femme que protègent trois boucliers assignés à la devise républicaine, les devance, leur montre la voie de la victoire tant attendue après quatre années de combats symbolisées par les quatre terrasses successives.

les sept soldats évoquent les sept armes présentes lors des combats

      Déjà ils voient au-delà, contemplent, se recueillent, acquiescent. Immobiles dans l’attente comme ils furent habitués à être depuis tant de mois ; désormais ils semblent rassurés par la présence de ce jeune homme nu au regard volontaire, martyr parmi d’autres.

le paysage du Tardenois depuis la butte Chalmont

affrontement des masses d’ombres et de lumières, élans d’immobilité

En 1916 Paul Landowski était affecté à une section de camouflage. Il aurait un jour déclaré : « ces morts je les relèverai ! »

Mission accomplie est-on amené à affirmer devant un tel monument, peut-être l’un des plus émouvants qui ait été élevé après la guerre. Commande de l’Etat dès 1919, une maquette de plâtre est honorée au Salon des Artistes de 1923. Le lieu choisi, cette « butte Chalmont » s’ouvrant sur des horizons amples vers les villes de Soissons, Laon et Reims s’inscrit sur le territoire d’Oulchy-le-Château, à proximité de Fère-en-Tardenois, deux bourgs ayant connu quelque célébrité durant le Moyen-Age. Vers 1920 ils s’honorent de la proche et illustre présence de Paul Claudel et la force de son verbe ainsi que de celle d’Etienne Moreau-Nélaton pour son engagement dans l’art, l’histoire et l’écriture, que deux deuils cruels cruels enracinent à jamais dans cette terre. Ce lieu est le point de départ de la reconquête territoriale après le 28 juillet 1918 dans le mouvement qualifié de « seconde bataille de la Marne« .

Plus près de nous, le Général De Gaulle, libérateur de la France illustre par sa présence et un discours  l’exceptionnelle attraction et l’insigne symbole du lieu et du monument, en juillet 1968, à l’occasion du cinquantenaire de la fameuse bataille.

La commande officielle est passée en 1926 et Albert Lebrun, Président de la République, inaugure le monument le 27 juillet 1935, monument classé « Monument historique » en 1934, avant même son achèvement. Cette sculpture monumentale est placée dans un rectangle d’environ 260 m sur 100 mètres, qui la met en perspective et que le Conseil Général de l’Aisne a décidé avec raison de réaménager quelque peu car la nature avait repris beaucoup de vigueur autour d’elle depuis quelques 80 ans.

A titre d’information je souligne que ce secteur géographique au sens large a la chance de présenter dans l’église Saint-Martin du village de Ciry-Salsogne (une vingtaine de km au nord) une maquette de pierre (1924) haute de plus de deux mètres, du Christ Rédempteur du mont Corcovado dominant la baie de Rio de Janeiro par Paul Landowski.

Sur l’oeuvre de Paul Landowski et le Monument des Fantômes on lira avec profit : Thomas Compère-Morel, Paul Landowski, La pierre d’éternité, catalogue de l’exposition présentée à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, éditions Somogy, 2004.

Sur la bataille de l’été 1918 le site suivant fournit des détails historiques précis http://batmarn2.free.fr/chalmont.htm

détails soldats et homme du monument des Fantômes

L’écrivain Michel Bernard évoque et transcrit en phrases sensibles et précises ses impressions ressenties sur place au pied et autour de ce monument d’exception : « Ceux qui ont approché ce monument solitaire, campé au bord du désert, ont été frappés par sa troublante grandeur, par l’émotion violente qu’il impose. L’artiste officiel a dépassé son talent. Toute son oeuvre indiquait qu’il n’atteindrait jamais que la froide éloquence de la pierre. Il a produit avec les Fantômes, à l’effrayante mesure de la Grande Guerre, un monument essentiel de la miséricorde humaine. »        

Michel Bernard, Le Corps de la France, La Table Ronde, Paris, 2010, p. 179-190        

Taille de guêpe

L’homme aime beaucoup rendre perceptibles ses déclarations en accentuant ses propos à l’aide d’images, de comparaisons et certaines d’entre elles sont si prisées qu’elles deviennent locution. Ainsi en est-il de la forme du corps de la guêpe et autres hyménoptères de même allure qui montrent une quasi rupture entre thorax et abdomen.

Le mot ‘guêpe’ au sens figuré au XIXe siècle désigne une personne à l’esprit fin et rapide, d’où l’expression : « pas bête la guêpe ». S’en suit un relatif oubli, puis en 1939 Arletty, dans le film  » Circonstances atténuantes » remet à l’honneur notre insecte avec la nouvelle expression : « pas folle la guêpe » encore conservée aujourd’hui.

Quant à la taille fine, très à la mode vers les années 1880, elle prend en anglais l’appellation de ‘wasp wait’ = taille de guêpe‘ depuis la création de la ‘Gibson Girl‘ par Ch. Gibson en 1887. Mais n’oublions pas que le mot guêpière trouve son origine au XVIe siècle en France, [guespière]mot désignant une sorte de corset serré à la taille et la faisant ressortir. L’habit ne faisant pas le moine, venons-en cependant à l’insecte lui-même.

Il se trouve que cette année, à l’été d’abord précoce avant que d’être frais et humide en juillet, certaines espèces d’hyménoptères, dont certaines guêpes ont été favorisées par ce type de climat. Ainsi ai-je pu photographier; à cause d’une destruction hélas nécessaire car en un lieu de passage obligé, le nid de l’espèce Dolichovespula media. En voici quelques images.

coupe d'un nid de Dolichovespula

on observe les étages successifs enveloppés à mesure dans des couches isolantes, hauteur 20-30 cm

Dolichovespula media, alvéoles

de la régularité dans le travail

larve de Dolichovespula media

larve de Dolichovespula en phase tardive

reine de Dolichovespula de profil

reine de Dolichovespula media, légèrement plus grande que les ouvrières

Cette espèce, à la différence de la guêpe commune, Vespula vulgaris, construit à l’extérieur. Elle mesure environ 15 à 22 mm de long contre 11 à 19 mm pour l’espèce commune. Elle peut présenter sur son clypeus tout jaune (entre yeux et mandibules) de face, un bâtonnet vertical noir.

face de Dolichovespula media

entièrement jaune comme ici (reine) ou bien avec bâtonnet vertical

le thorax de la Dolichovespula media ressemble fort à celui du frelon

Dans le nid dont il est question étaient rassemblées environ 200 individus et plusieurs dizaines de larves réparties sur les étages d’alvéoles empilées.

Cette guêpe que piquante vous craignez, qu’à taille de guêpe et esprit subtil vous louez, vous raillez, vous… voyez-là ci-dessous telle qu’illustrée dans l’excellent blog graphiste : ‘Design et Typo le Blog‘ à partir de la revue « L’essentiel de la Mode« , année 1943, juin.                                                                   http://paris.blog.lemonde.fr/2011/08/01/l%E2%80%99officiel-de-la-mode-les-archives-de-la-mode-depuis-1920-publication-2/  

couverture de l'officiel de la Mode, juin 1943

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