Archives pour la catégorie carnet personnel

Maternité : constantes et surprises.

Au niveau de l’espèce quoi de plus banal qu’une naissance. Elle perpétue tout en modifiant légérement, elle est sensée adapter en permanence l’individu à son environnement global par le processus évolutif. En somme rien que de la normalité.

A titre personnel elle est événement, suscite les émotions. Les artistes l’ont en permanence représentée, dans tous les domaines du sensible. J’en retiens trois en peinture. Deux que l’on peut qualifier de ‘classique’ et une plus inattendue dans le traitement de la scène. La plus simple, sobre en moyens est extraite de l’oeuvre de Mary Cassatt : une pointe sèche de 1891, 23,5 x 17,6 cm, des collections du MMA de New-York que j’ai copiée dans Jay Roudebush, Mary Cassatt, Flammarion, 1989, p. 66

mère et enfant par Mary Cassatt 1891

A peine plus complexe d’apparence, des traits à la pierre noire et quelques notes colorées au pastel, nous vient du talent de Whistler : ‘Mother and Child, the Pearl’. Pastel sur papier gris-brun de 18,4 x 27,7 cm, v. 1880-90, conservée à la Freer Galery of Art de Washington. Elle est publiée dans James Abott McNeill Whistler, pastels, par Robert H. Getscher (trad. Pierre Janin), ed. Anthese, Arcueil, 1991, p. 150.

Whistler, mère et fille, la perle.

‘Mère et Fille, la Perle.’

La dernière, sobre mais délicatement réfléchie, est une sanguine rehaussée de blanc qui révèle immédiatement son auteur, Auguste Renoir. Elle mesure 92 x 73 cm, exécutée sur toile préparée. Présentée au Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg elle figure dans l’ouvrage récent (2009) édité chez Hazan : Renoir, Pastels, crayons, sanguines, aquarelles par Emmanuelle Amiot-Saulnier, pl. 30 p. 119.

Auguste Renoir, Maternité

deux petits portraits du bambin, comme apparitions dans un nuage, s’accrochent  discrètement dans les volûtes de craie blanche. Des anges en langes ?

Evénement, émotions.

Simone de Beauvoir va jusqu’à écrire quelque part dans ‘le deuxième sexe’ que :

« le mystère de l’incarnation se répète en chaque femme ; tout enfant qui naît est un Dieu qui se fait homme ».

Joie et allégresse pour nous grands-parents de découvrir Benoît le premier jour de sa vie ce 17 juillet 2010. Nous lui souhaitons tout le bonheur du monde, toutes découvertes et tous émerveillements. Exceptionnellement nous dévoilons à nos lecteurs deux images de sa présence parmi nous.

« Lorsque l’enfant paraît… » vers toujours d’actualité…

Benoît

 

Benoît et sa maman

 

s’il pleure je lui ferai entendre Schubert : Mille cherubini in coro

Dormi, dormi, sogna, piccolo amor mio

Dormi, sogna, posa il capo sul mio cor.

De la proximité d’Orléans et de Fontaine-sur-Ay

Si Orléans est connu de tous il n’en est pas de même de Fontaine-sur-Ay modeste village viticole sur les pentes sud de la Montagne de Reims, à proximité d’Ay et d’Epernay.

Le fait de lire ‘viticole’ serait un indice de proximité certain, les vins ayant bonté en rives de Loire et en celles de Marne et même de Livre. Tout vigneron sait cela. J’avais même noté naguère qu’un archevêque de Reims avait fait venir des cépages de Loire et d’Orléans vers la fin du XIV e siècle ; toutefois mes notes étant rémoises et mon séjour paissois je n’ai pas cette assertion sous les yeux et complèterai peut-être un jour prochain. Quoi qu’il en soit je me trouvais tout dernièrement, le 10 exactement, à Fontaine en compagnie d’amis dont certains ont des attaches tant fontainoises qu’orléanaises mais cette privauté n’a pas à tenir lieu de proximité dévoilée.

Alors que reste-t-il à trouver ? Et bien ce que je vis dans l’église de ce village de Fontaine. Quand vous saurez qu’elle a pour patron saint Aignan en personne alors vous serez sur la voie d’Orléans. En effet saint Aignan fut évêque de cette cité aux tous premiers temps du christianisme gaulois. Il serait né vers 358 et est mort en 453. Or dans l’église de Fontaine figure un tableau du XIXe siècle où l’on voit ceci :

siège d'Orléans par Attila

Attila tient haut les cornes, diantre !

Les historiens disent que la scène se déroule en 451 devant Orléans assiégée. L’évêque Aignan échange avec le roi des Huns tandis qu’au-delà des remparts de la ville (vus par des yeux et l’imagination d’un peintre d’autrefois) on devine l’armée d’Aétius le général Romain et celle de Théodoric venues au secours de saint Aignan qui était allé demander leur aide à Arles peu auparavant. Une nuée tempétueuse anime les cieux comme il est fait mention dans les récits d’alors.

Toujours est-il qu’Orléans fut épargnée en partie et que Aignan trouva là le chemin de la gloire (bien que peu fréquente en Champagne la dédicace de plusieurs lieux en France et le patronage de quelques églises ne font pas de doute sur la renommée d’Aignan et sa sainteté dès l’époque mérovingienne) et même celui de la sainteté comme il en fut aussi pour d’autres évêques négociateurs avec Attila, ce dernier n’était point celui derrière lequel l’herbe ne repousse plus -comme les maîtres d’école nous enseignaient jadis, mais un prince des steppes tout aussi cultivé que ses interlocuteurs gaulois et romains ou encore wisigoths et francs.

Où l’on voit donc qu’une proximité bien réelle existe bien entre Fontaine et Orléans mais qu’il était sage de  la démontrer car son chemin n’est pas celui de fer et de certitude qui firent de la ligne Paris-Orléans l’une des premières liaisons régulières de France vers 1840 peu après l’établissement de la compagnie qu’évoque la médaille d’argent ci-dessous gravée en 1838 par Bovy :

Compagnie de Chemin de fer de Paris à Orléans

la Seine et la Loire pour le Chemin de Fer

Aucune nécessité n’impliquait cette illustration sauf à considérer que tous les chemins, même de fer sans doute, mènent à Rome comme l’a assez suggéré ici Aignan dans ses saintes préoccupations pour ses ouailles.

Ma tonkiki matonkiki ma tonkinoise…

jonque tonkinoise, maquette du XIXe s.

Comme vous le voyez, ma tonkinoise est cette jonque. Elle me vient d’un arrière-grand-oncle côté maternel qui selon la tradition orale familiale aurait participé à l’une des guerres du Tonkin, il était du reste surnommé le Tonkinois. Loin dans le temps et l’espace mais essayons d’y comprendre quelque chose. Le Tonkin est une ancienne province annamite, aujourd’hui rattachée au Viêt-nam, lui même issu d’une partie de l’Indochine française.

France et Tonkin sur un globe allemand de 1869

La France est intervenue dans cette région à partir de 1873. Elle a lutté (Garnier, Courbet) contre des troupes irrégulières chinoises nommées les ‘Pavillons noirs’ -T’ai-P’ing jusqu’en 1885 (Lang Son) puis la Chine accorde à la France le Tonkin et un protectorat sur l’Annam. A la fin du siècle la Chine est démantelée, la France et la Grande-Bretagne dominent le monde et l’Europe est la première puissance mondiale.

image d'Epinal représentant la guerre du Tonkin

troupes françaises contre ‘Pavillons noirs’ sur une image d’Epinal.

 

le Tonkin sur une carte d'atlas en 1923

carte du Bas-Tonkin sur l’Atlas Universel Quillet, le Monde français, 1923

 

Voilà comment à partir d’un objet on peut refaire le monde, s’interroger sur l’histoire, voyager jusqu’à cette magnifique Baie d’Along (orthographe française) et ses étranges pains de sucre surgissant des flots, formation karstique que l’on retrouve aussi dans la province de Guangxi, à Guilin en Chine. Bien des souvenirs de la colonisation demeurent, amers ou heureux, témoins d’une page de notre histoire souvent disputés avec nos voisins, britanniques en premier lieu car on ne prête qu’aux riches. Il est vain de débattre des avantages et inconvénients de la colonisation car c’est le principe même de colonisation qui est vicié dès l’origine ; il ne pouvait aboutir qu’à la décolonisation. Entre les deux points des êtres humains ont souffert pendant que d’autres ont amassé des biens, souvent dans des zones de non droit où règne la loi du plus fort.

carte postale de la présence française au Tonkin

carte postale extraite de l’ouvrage d’E. et G. Deroo et M.-C. de Taillac « Aux Colonies, où l’on découvre les vestiges d’un empire englouti », France-Loisirs, Paris, 1992, p.99

Je ne saurais clore sans évoquer l’illustre chanson ‘Ma tonkinoise’ musique de Vincent Scotto et paroles d’Henri Christiné, inspirée par ‘le Navigatore’ de G. Villard. Chantée par Polin en 1906 elle a intégré le répertoire de nombreux artistes dont Mistinguett, M. Chevalier puis Joséphine Baker en 1930. Ses paroles ont été détournées par Théodore Botrel qui en fit une romance d’amour troupier également célèbre. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette chanson qui fait partie du répertoire culturel français en chansons vous pourriez consulter avec profit :

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Petite_Tonkinoise

et sur l’Indochine le très beau et riche site lié ci-dessous où vous pourrez admirer entre autres quelques clichés d’époque coloniale et lire des écrits des plus signifiants :

http://belleindochine.free.fr/sommaire.htm

Blaireau, un vrai blaireau, je vous le dis, vous le montre !

« Meles meles L. 1758«  ainsi est-il officiellement enregitré. Je ne lui demande pas ses papiers chaque fois que je croise ses pas. Il est en veille et il me faudrait l’être, de préférence de nuit. Cela étant je vois bien ses traces dans le sable ou la neige, ses photos et séquences automatiquement enregistrées, elles me renseignent bien sur ses moeurs.

patte de blaireau dans le sable

trace de patte de blaireau sur le sable

blaireau sortant d'une creute

blaireau sortant de son terrier installé à l’intérieur d’une creute

Notre blaireau est un mustélidé partiellement carnivore : il mange tout ce qui l’intéresse en fonction des disponibilités environnementales, aussi n’est-il guère apprécié par certains qui craignent quelques dégâts de sa part aux cultures, quelque effondrement imprévisible de terrier. Ses mâchoires présentent la particularité d’être liées et l’inférieure ne peut se désarticuler de la supérieure comme on peut voir sur la photographie d’un crâne ci-dessous :

crâne de blaireau

Ainsi ne peut-il ‘rire à s’en décrocher les mâchoires.’ Autre particularité, voyez la forte crête sagittale à la partie postérieure de la boîte crânienne ; sur elle se greffent de puissants muscles temporaux qui lui donnent une grande force de broyage et d’arrachage.

Notre petit-fils Yannick, dix ans, le voit ainsi, nous aussi, je veux dire cette étrange signalétique en barres noires (ou blanches) qui le rend immédiatement identifiable.

tête de blaireau = aquarelle d'enfant

aquarelle par Yannick Boureux

Elle lui vaut du reste son nom anglais: badger, le bien nommé dans cette langue. Dans la nôtre aussi mais il faut chercher un peu pour comprendre.

En effet le nom français ‘blaireau’ provient, cas relativement rare, du gaulois ‘blaros’ terme qui suggère l’idée de blancheur comme le vieux français ‘bler’ = tache blanche sur la robe d’un animal. De même les termes ‘blarel’ ou ‘blariau’ ont été employés au moyen-âge. Ses autres désignations communes : ‘tesson, taisson’ et dérivés locaux sont issues du celte ‘tasgos, tascos, taxos’ tout comme ‘taxonaria’ qui nomme sa tanière dont le mot dérive du reste. Chez nos voisins c’est le terme celte et latin qui a aussi servi de base : ‘tejon, texigo, tasso, Dachs’. Existe encore en langue celtique insulaire : ‘broccos’.  Ce mot associé au latin broccus pour broche, pointe -et il en va de même avec taxos, peuvent faire référence à la forme pointue et conique de l’animal. Plus curieux est le fait que tant taxos que broccos font également référence, à l’époque, à un personnage que l’on tient en dénigrement. Décidément il y a de la persistance dans nos pensées ordinaires ! Pour en savir plus sur la question vous pourriez lire par exemple, le ‘dictionnaire de la langue gauloise, Une approche linguistique du vieux-celtique continental’ par Xavier Delamarre, ed. Errance, 2003, 440 p.

blaireau de retour au terrier

semble paisible. Un mâle peut atteindre 20 kg, sa longueur est comprise entre 70 et 90 cm et sa hauteur est d’une trentaine de cm. On s’en rend compte si l’on s’arrête pour observer, hélas, les nombreux cadavres au long des routes. Il est pourtant souvent facile d’éviter de le percuter, ce qu’il est prudent de faire car sa masse peut infliger quelques dommages à votre véhicule dans les zones où il est répandu.

blaireau en ses latrines

Soucieux de marquer son territoire et de le spécialiser notre blaireau use de latrines. Soit il creuse des sortes de pots dans lesquels il dépose ses excréments, soit il utilise un diverticule de son terrier à cet usage (vérifié localement dans une galerie de creute très sableuse réservée à cet usage)

 

blaireaux, gravure de Robert Hainard

très expressive et artistique représentation de blaireaux par le peintre naturaliste Robert Hainard. Cette gravure sur bois est reproduite sur le site officiel qui lui est dédié ; adresse web ci-dessous :

http://www.hainard.ch/images/oeuvres/RHONE_41.JPG

Sur notre terrain avec creutes il abonde au point de se promener dans notre jardin en toute tranquilité nocturne. Depuis 2008 il a pris l’habitude en hiver de couper des frondes de scolopendre pour améliorer sa couche, auparavant il ne procédait pas ainsi. Manque d’autres végétaux utilisables à cette fin ?

entrée de creute avec frondes de scolopendres découpées

frondes découpées et emportées dans un terrier dont l’entrée est situéau fond de cette creute

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce mammifère assez peu connu, peut-être y reviendrai-je dans une autre note ultérieurement. Bonnes rencontres avec lui si c’est le cas !

voir une vidéo de nuit

 

Châlons-en-Champagne honore Robert-Louis Antral.

Si vous ne connaissez pas Châlons-en-Champagne ci-devant Châlons-sur-Marne ce pourrait être l’occasion de flâner un peu dans ses rues et ruelles, au long du Mau, du Nau ou de la Marne, vers St-Alpin, vers N.-Dame-en-Vaux… dans cette ville injustement méconnue et quelque peu dénigrée par ses voisines plus prestigieuses que sont Reims et Troyes. Constatez de vous-même que les quatre photographies ci-dessous vont dans le sens de cette introduction.

Châlons, maisons à colombages

St-Alpin toute englobée dans le bâti urbain

préfecture et jardin de Châlons

ancien couvent XVIIe s.

Je ne suis pas venu déambuler sans but mais pour redécouvrir Robert Antral en ses murs : il naquit dans cette ville en 1895 et y séjourne jusqu’en 1899 année du décès de sa mère, c’est alors qu’il devient parisien tout en conservant, comme le fera sa femme un attachement affectif certain à sa ville natale.

L’exposition présente plus d’une centaine d’oeuvres qui retracent le parcours de ce peintre figuratif et économe en effets qui mourut jeune en 1939. Ainsi peut-on contempler bien des ports, des scènes, des paysages et quelques travaux d’illustration d’ouvrages.

L’impression d’ensemble laisse s’écouler une sorte de sérénité bon enfant, toute contenue dans des tons le plus souvent froids mis en valeur par de larges touches englobant des surfaces où la lumière jaillit des toits, de l’eau, des ciels ou de la neige. Un peu celle de ce jour à Châlons où, d’appartion en cachette le soleil s’habituait au phénomène des giboulées de mars survenu tardivement cette année et restituait sur les toitures, dans les flaques et les nuages l’atmosphère des visions d’Antral. Je donne seulement quelques exemples non commentés, localisés à la souris pour ne pas déranger votre propre observation et parce qu’il est préférable que vous veniez. Ou bien encore, mais c’est moins riche d’émotions, achetez le catalogue au prix très abordable référencé plus bas.

Antral, cavalier

Sous-bois au cavalier, aquarelle, 48,3 x 31,7cm, Nantes, Musée des Beaux-Arts,

Antral, Granville

port de Granville, huile sur toile, 54 x 65 cm, Paris, musée d’Art moderne de la ville

port de Toulon par Antral

port de Toulon, huile sur toile, 50 x 65 cm, coll. particulière

Antral, Paris, Panthéon

Paris, le Panthéon, huile sur toile, 54 x 65 cm, coll. Lucien Menez

Antral, bords de Marne à Châlons

bords de Marne à Châlons, aquarelle, 32 x 47,6 cm, musée des Beaux-Arts et d’archéologie de Châlons

Et pour finir cette note de manière figurative, pourquoi pas un buste de Robert-Louis Antral exécuté par le sculpteur Léon Borgey (1888-1959) et offert à la Ville de Châlons par Madeleine Antral veuve de l’artiste, en 1953 ?

buste d'Antral, bronze de Léon Borgey

Robert-Louis Antral, buste de bronze par Léon Borgey, cire perdue d’Attilio Valsuani, 1952

A supposer qu’en quittant Antral il vous reste quelque liberté, prenez l’escalier et repérez quelques sculptures, meubles, tableaux -flamands notamment et même une galerie ornithologique très riche (2818 individus ! dont la grande outarde qui parcourait naguère nos plaines), façon cabinet de curiosité… Pour ma part j’ai sélectionné une tête d’évêque en pierre provenant de Notre-Dame-en-Vaux (dont le cloître à lui seul vaut une découverte) et un aperçu général de la galerie. J’avais souligné d’entrée que Châlons méritait bien votre visite…alors il vous faudra même revenir !

tête d'évêque musée de Châlons

galerie d'ornithologie

 

« …quoiqu’il soit l’un de nos plus cultivés peintres actuels, Antral n’est souillé d’aucune littérature, il a devant le monde une vision directe. »  Henri Vendel (conservateur d’alors et bibliothécaire) in ‘le Journal de la Marne’, 1940

Catalogue de l’exposition : ANTRAL, Musée des Beaux-Arts et d’archéologie de Châlons-en-Champagne, 2010

Exposition ouverte du 5 février au 29 août 2010

 

Musée : Place Alexandre Godart 51022 Châlons-en-Champagne

Tél : 03.26.69.38.53. Mél : musee.mairie@chalons-en-champagne.net

 

 

Savart, larris, friches et Conservatoire des sites naturels de Picardie

Le Conservatoire des sites naturels de Picardie intervient, sous forme associative, dans la sauvegarde et la mise en valeur d’espaces spécifiques remarqués par leur remarquable biodiversité. A ce titre les savarts, larris, friches, pelouses calcicoles font partie de ces espaces particuliers qu’il convient de préserver.

le savart du Mourson à Paissyle savart du Mourson

Le mot savart semble employé depuis la fin du Moyen-Age en Champagne, partie de Picardie et Est pour désigner un espace en friche. Aujourd »hui il désigne toujours un espace en friche mais s’applique surtout aux anciens « bâtis » ou « patis » qui correspondent à des terres parcourues par le bétail, notamment le bétail communal. En ce sens il se confond avec le larris. Il s’ensuit que ces espaces sont très stables mais sur une longue durée ils finissent par être (re)colonisés par la végétation forestière. Tant qu’ils sont partiellement ou totalement pâturés ils correspondent à ce que les écologistes nomment un « climax », une pelouse calcicole. A Paissy nos savarts commencent comme ailleurs à être envahis par des espèces colonisatrices : bouleaux, genévriers (pétréaux), noisetiers, épineux en général. Ils ont donc tenu pendant environ un siècle [certains semblent implantés depuis l’abandon de la vigne, dès avant 1914, d’autres sont issus de la déprise culturale qui a suivi le conflit, voire de la « Zone rouge »] sans intervention humaine. En l’espace d’environ cinq ans la reprise forestière était particulièrement sensible et ils ils sont donc nettoyés et restaurés.

chantier nature à Paissy

A cet effet une convention a été signée entre la Communauté de communes du Chemin des Dames, la commune de Paissy, l’O.N.F et le Conservatoire.

buts du Conservatoire

L’appel lancé a été entendu mais n’a pas encore reçu sans doute tout le retour d’écho qu’il mériterait. Pourtant quelques bénévoles se sont joints aux techniciens du Conservatoire et ont entamé le débroussaillage avec énérgie. Chaleureuse pause pique-nique à l’abri d’une creute locale puis le soir, satisfaction de poser pour le photographe en compagnie de visiteurs.

pause repas sous la creute

sur le tas témoin du labeur du jour

visite d'amis en soirée

http://www.conservatoirepicardie.org

 

Conservatoire des sites naturels de Picardie

1, place Ginkgo – Village Oasis

80 044 Amiens cedex 1

Tél : 03 22 89 63 96

courriel : contact@conservatoirepicardie.org

 

La Russie et Paissy, curieuse rencontre.

Allez donc faire se rencontrer ces deux-là, drôle d’idée. Un espace géant, un espace minuscule et partiellement souterrain. Et bien justement il y a du souterrain là-dessous.
Dans les multiples galeries souterraines de Paissy, en un endroit donné figure, inscrit  au charbon de bois : 1814.

1814 écrit au charbon de bois sur la paroi

Ailleurs, un peu plus loin on devine gravée dans la paroi rocheuse une liste de noms propres et des mots tels que peur, cachés… Alors l’historien de service fait une rapide recherche :

1814 à Paissy

Mais oui c’est vrai existait à Hurtebise avant la Première Guerre mondiale un monument du reste remplacé par un autre de nos jours. Et puis à l’horizon au-delà et un peu caché par un château d’eau la silhouette de l’empereur se détache sur l’horizon plat du Chemin des Dames. Massif et lorgnant, c’est lui, Napoléon. Alors tout s’explique d’un coup. 1814 ce sont les dernières batailles d’un empire français acculé par les ennemis en nombre, des sursauts à Montmirail et puis ici encore le 7 mars.
Et à quelques enjambées à l’occident une église se découpant sur le ciel : Saint-Remy de Paissy, remplacée de nos jours par une autre, comme le susdit monument . Toujours est-il qu’au soir de la bataille, certains des braves villageois de Paissy, n’eurent qu’une idée en tête : châtier les ennemis prisonniers, leur faire payer diverses exactions. Bien que quelques habitants aient secouru des blessés, d’autres ont été achevés et certains prisonniers ont été enterrés vivants après avoir été grillés sur de la paille enflammée : nos sources sont contradictoires ! Ce qui fâche des officiers russes. Les Russes et c’est de bonne guerre se mettent donc en chasse des Paissois détrousseurs de cadavres. Voilà nos villageois contraints de trouver refuge dans une ancienne carrière de pierres qu’ils connaissent bien. L’ennemi les y retrouve, bouche les entrées/sorties et y met le feu. Onze Paissois vont mourir dans les boyaux, enfumés comme blaireaux et renards. « Un de nos témoins, M. Billiard, était dans la carrière avec sa mère. Le nombre de personnes qui périrent atteignit le chiffre de onze » relate l’instituteur dans une monographie de Paissy rédigée en 1888. Les autres, connaissant des galeries ignorées de l’ennemi parvinrent à s’échapper. Quelle histoire !

La Russie ensuite n’inquiète plus Paissy. Ni la France. Mieux même une véritable russomania se met en place à la fin du XIXes. dans le contexte des recherches d’alliance. Ainsi une convention d’assistance militaire est signée dès 1891 entre la France et la Russie et ratifiée officiellement par les Etats en 1893 et 1894. Elle met fin à la stratégie de Bismarck et scelle l’alliance franco-russe.

buvard des « Entremets Francorusses » établissement « La Confiserie Franco-Russe » fondé par Emile Cornillot en 1896

Vous ne me croirez pas mais Paissy joue le jeu et s’invite indirectement à la table des grands, fait la fête et lève son verre au tsar Alexandre III. Incroyable, non ? Lisez-vous-même :

le Conseil municipal lève son verre à la santé d'Alexandre III

Procès-verbal du Conseil Municipal de Paissy le 15 octobre 1893

(l’amiral Avellan commandait l’escadre russe ancrée à Toulon)

Chacun alors pressentait la guerre mais personne ne savait que son imminence allait provoquer tant de souffrances et de deuils. Avec Louis-Robert Carrier-Belleuse et son frère Pierre (dont le père Albert-Ernest Carrier de Belleuse sculpteur célèbre était né à Anizy-le-Château en 1824) on préférait s’illusionner d’une guerre rapide, vivement victorieuse grâce à la force de nos armées et celles de nos alliés :

victoire des Alliés vue et illustrée par L.-R. Carrier-Belleuse

A l’heure où des pourparlers discrets font écho à ces anciennes alliances dans les couloirs de la diplomatie française, ce jour de la venue du Président de Russie, M. Dmitri Medvedev, il n’est pas sans intérêt de signaler qu’un modeste village du Chemin des Dames caché dans les creux de ses falaises, Paissy, a subi, avec bien d’autres lieux, les péripéties qui lui ont été imposées par l’histoire de la Nation. Espérons du moins que de nos jours la grande Russie, la France et nos voisins puissent construire un espace de paix en Europe, dans une commune Maison Europe comme aiment à formuler les Russes. Saint-Petersbourg et l’Ermitage Oui, Leningrad et la guerre Non.

Dans la neige, des traces, des tracés.

Paissy, ravin du Mourson enneigé

Une fois laissée en son lointain stratifié, la plaque neigeuse, tout près, garde la trace de ses passants, indique leurs moeurs, leurs élans.

traces d'un merle

un merle a atterri, ses ailes et ses pattes révèlent son passage.

et la vieille motte, comme le hérisson se planque sous ses pointes

motte herbue devenue hérisson de neige

traces de garenne

la marche du garenne dans la neige en petits bonds tranquilles

et celle pataude du blaireau, chut… taisson(s)-nous !

traces de blaireau

on dirait la patte d’un petit ourson, d’un fouisseur né

gros plan sur trace de patte de blaireau

traces à la sortie du terrier

marche assurée du blaireau dès la sortie du gîte

coeur de neige

sur l’antique rocher la neige trace un coeur ourlé de broderies alors que sur le plateau du Chemin des Dames, quelques mètres plus haut

vieux rouleaux

elle renforce la rudesse du plateau en hiver par le contraste du métal des vieux rouleaux et la mise en avant d’une mâchoire d’acier aux dents broyeuses ; tout cela  par oubli de grasse graisse grince et grelotte.

crosskill

coudrier = noisetier

le général hiver n’en finit pas de manifester sa victoire… alors qu’en contrebas

pente enneigée paisible

la fine couche neigeuse renforce les lignes et les structures organisées par le fontainier auprès de la mare.

Sur la lune : certains n’ont pas voulu croire à cet exploit magique. Mais qui refusera de voir en cette sculpture appuyée la trace des semelles de sabots de votre serviteur ?

traces de semelles dans la neige

et la gendarmerie vous dira que c’est du 41 Made in France.

Mais là. Fichtre, quel bazar ! « bien que sous un joli toit protecteur… »

abri pour plante gélive

Vous trouverez la réponse en compagnie de Hermann Hesse dans une lettre qu’il envoie le 20 février 1934 à Gunter Böhmer :

« Le grand cactus devant l’atelier, qui cette année a passé pour la première fois l’hiver dehors, bien que sous un joli toit protecteur, me cause du souci. Nous ignorons encore s’il s’en sortira ou s’il a gelé… »

Hermann Hesse, Brèves nouvelles de mon jardin. Calmann-Lévy, 2005    depuis Freude am Garten, Insel Verlag Frankfurt am Main, 2002

P.S. : pour ce qui est du ‘joli toit protecteur’, chacun appréciera.

…pas très catholique !

Largement déployée par les médias ces jours derniers l’expression « pas très catholique » employée par M. Georges Frêches fait effectivement partie du registre populaire français. Dire que dans sa bouche elle fut neutre est une affaire entre lui et sa conscience mais elle pouvait et fut relevée dans la mesure où elle fait référence à M. Laurent Fabius.

Mme Martine Aubry chante-t-elle pour autant l’une des célèbres rengaines des Années Trente ? C’est à voir ou à entendre…

En effet écoutant avec attention : « c’est un mauvais garçon » je ne peux m’empêcher d’y découvrir une analogie de mots sinon de sens avec l’affaire qui occupe la pré-campagne des Régionales. Le refrain de cette chanson extraite et inspirée du film de Jean Boyer et Raoul Ploquin « Un mauvais garçon » (1936) interprétée par Henri Garat en 1936 (Emile-Henri Garat 1902-1959) est le suivant :

« C’est un mauvais garçon, il a des façons pas très catholiques, on a peur de lui quand on le rencontre la nuit, c’est un méchant P’tit gars, qui fait du dégât sitôt qu’il s’explique ; mais y a pas mieux pour donner de grands frissons qu’un mauvais garçon »

L’écriture bleue n’est qu’un clin d’oeil de ma part et ne saurait avoir aucun lien avec la querelle évoquée ci-dessus. Au reste le fait d’employer des tournures d’expressions populaires permet bien évidemment de jouer sur les mots quand on a assez de sagacité dans le maniement de la langue. Le plus souvent nos politiques n’en manquent pas.

Autant le dire en chantant. Ou en écoutant la chanson, par exemple sur ‘Youtube‘ telle que référencée ci-dessous, ou bien de manière plus approfondie sur le site de l’INA http://www.youtube.com/watch?v=Am9xDJgzvHo

http://www.ina.fr/art-et-culture/arts-du-spectacle/video/CAF91031349/henri-garat.fr.html

Henri Garat

Henri Garat, photographie dérobée au site « Encinematheque » ici :

http://encinematheque.net/seconds/S40/index.asp

Lettre morte ? Non, des mots dans la lettre qui disent des maux.

Coulvagny le [s.d. du jour] septembre 1899

             Cher Patron Je viens de faire une boulette comme je n’en ai jamais fait je suis

partis comme un fou dimanche matin sans savoir ou jallais je me suis reconnu aujourdhui

a Coulvagny et je suis honteux de moi je n’ose plus me represente chez vous apres une paraille

abcence je vous prie de bien vouloir me pardonne car je sais bien que je suis fautif quoi que je n’ai

fait de mal a personne qua moi et ama sante Vous me retiendrez 50 francs si vous voudrez j’y consent

Vous voudrez bien me repondre ce que vous voulez faire de moi car je compte bien que vous aurez

cher[cher] un berger pour me remplacer Reponse si vous plait je ne m’occupe pas de mes chiens car ils

sont bien j’en suis sur

Nommesch qui vous serre la main

Je suis a Coulvagny en attendant votre reponce je suis chez Comenil »

Adresse : Monsieur Camuset Maire de Vanault le Châtel par Vanault les Dames Marne

Cachet postal : 29 et 30 septembre 1899

Support standard = République Française, carte lettre prédécoupée avec adresse à remplir

Lettre adressée  par un employé de ferme, berger, à son patron en 1899 :

Ecriture sans ponctuation ni renvoi sauf là où cela figure sur cette frappe. Néanmoins la lecture étant aisée je vous laisse le soin de parcourir ces lignes émouvantes qui décrivent une situation sociale dans la dernière année du XIXes. en Champagne qualifiée alors de ‘pouilleuse’, terroir alors voué largement à l’élevage du mouton depuis le milieu de ce siècle et environ cinquante ans avant une nouvelle mise en valeur du sol qui aboutira à la situation actuelle d’une vaste plaine crayeuse céréalière.

Un berger nommé Nommesch, employé par le maire de Vanault-le-Châtel (51) a fugué et quitté son poste de travail. Il se retrouve là où il a dû faire un peu trop la fête et supplie son patron de bien vouloir le reprendre. Il s’inquiète également de ses chiens qu’il pense en bonnes mains. Il donne l’endroit où on doit lui écrire, dans ce village qu’il a gagné, sans doute à pieds, et éloigné d’une douzaine de kilomètres de Vanault-le-Châtel, chez Coménil à Coulvagny. (le long de la petite rivière du Fion, tout contre le charmant village aux maisons à colombages de Saint-Amand-sur-Fion et de sa superbe collégiale du XIIIes.)

Lettre d'un berger champenois à son patron en 1899