Archives pour la catégorie Le Printemps

Sons d’avril.

     Bien difficile de décrire les bruits qui nous entourent. De l’entrée d’une creute j’entends, très proche, le chuintement aigu d’une chauve-souris à l’abri d’une crevasse et immédiatement au-dessus de la falaise les pépiements d’appel d’un couple de mésanges bleus occupé à charrier de la mousse pour remplir une cavité, suivis de l’éclatement soudain d’une trille flûtée d’un troglodyte. A quelques pas le martellement d’un pic à l’intérieur d’un vieux tronc de frêne anime le sous-bois d’un tambourinement continu et rapide distribué en salves courtes. La présence de l’oiseau m’était signalée en outre par la projection au sol d’une multitude de copeaux lancés à la volée.

copeaux qui trahissent la présence du pic

     A quelques centaines de mètres des pics noirs communiquent par code connu d’eux seuls, dans un crépitement puissant, très au-dessus de celui du pic-vert qui, tout d’un coup passa sa tête empourprée et s’élança dans le sous-bois qu’il salua de son habituel rire inimitable. Dans le vallon le claquement d’une porte de benne provoqua le coup de klaxon du faisan auquel fit écho un cageolement de geai des chênes * et plusieurs hullulements de hulotte. Dans les hautes ramures rousses aux lourds bourgeons gonflés de sève, un couple de ramiers ronronne et un écureuil voltige. Surpris de me voir il s’agace, observe en tournant autour d’une branche maîtresse et secoue violemment sa queue déployée en panache rouillé. En colère il crachouille un peu comme un lérot puis disparaît d’un saut habile sur un baliveau proche. Des merles font bruire des feuilles mortes au pied d’un érable et signalent ainsi leur présence tandis qu’une linotte pousse la chansonnette bec grand ouvert, bientôt suivie du répertoire mélodieux et varié d’une fauvette à tête noire. Ce matin le concert est magique, en pleine stéréophonie, chargé des promesses d’un printemps tardif et toujours enchanteur.

printemps jaune et bleu

     Sur la pierre à usage de banc, auprès de la cascade, l’envie me prît, non d’enregistrer ces sons, mais d’évoquer par le trait et les mots cette magie annuellement mise en scène. Une malhabile entreprise de haïku et quelques touches de pastel gras sur le carnet de croquis suffisent à dire en peu de mots, en peu de traits, le retour toujours attendu du printemps.

mots et couleurs d'avril dans le sous-bois

* Le geai des chênes, que l’on sait beau parleur me dit : « tu veux ma photo ? » Non, répondis-je, je l’ai déjà, avec bien d’autres portraits d’oiseaux photographiés par Gaston Gast et Patrick de Korte, dans « Au plus près de l’oiseau« , paru aux éditions VM en 1999. Je vous la livre, tronquée, vous incitant par ailleurs à vous rendre parmi ces pages qui offrent de splendides cartes d’identité d’oiseaux.

portrait d'un geai

Coquetteries

fougères scolopendres

     A l’abri des regards, dans le bosquet près de la creute aux blaireaux, longuement elles se préparent puis vérifient leur apparence en ce miroir d’eau d’un jour sans vent. Sans doute ne vont-elles pas me tirer leur « langues de cerf » lancéolées mais bien plutôt disposer à ma vue, comme si de rien n’était, leurs jeunes frondes qu’elles tournent en accroche-coeurs pour midinettes.

jeunes frondes de scolopendres

     Apparemment peu convaincues de l’effet tant espéré elles se mettent alors à danser, siffler, dodeliner du chef, certaines de leurs appas.

frondes érigées

     A ce manège de najas je fais mine de ne rien voir. Alors d’un coup d’un seul et dans un geste élégant, subrepticement me montrent leurs dessous. Il faut bien que jeunesse se passe. Et puis avouez que cet ordonnancement brun-orangé, ces lignes disposées en feuilles de fougères, annoncent immanquablement un travail de professionnelles : elles ont gagné ces sirènes, mon coeur chaloupe et s’emballe ; elles connaissent la faiblesse du poète, la bonhommie des sylves et la vigueur des passions inassouvies.

sporanges de scolopendres

     Mais là comme ailleurs la concurrence est rude et l’une d’elles tente encore de raffler la mise dans la surabondance d’un goût douteux. Oh oui, assurément elle en rajoute :

effet de perturbation sur frondes

     Redevenons sérieux. Que se passe-t-il ici ? Je ne sais trop. Ces ruptures de direction dans les cellules apicales qui s’orientent en plan orthogonal, ces découpes multiples des extrêmités qui se divisent en fractales ou par dichotomie évoquent une perturbation par hormones, par virus ou par transmission de maladies dues à un insecte vecteur. Bien fait ! Diriez-vous par anthropisme exagéré, le vice est toujours vaincu par la vertu. N’empêche, j’aimerais en savoir plus, comprendre la cause derrière l’effet. Je constate la déformation initiale : d’une fronde en faire deux, toujours le besoin d’en rajouter. Mais je suis mauvaise langue d’écrire que nous sommes ainsi en présence d’une langue, non de cerf, mais de vipère.

     division apicale de fronde

Et vous, ami(e)s, qu’en pensez-vous ?

     A ce moment de l’année elles semblent pourtant spécialement en forme après un été frais et humide qui convenait parfaitement à leurs exigences et leur mise éclatante s’en ressent. Sur environ 300 pieds seuls 3 présentent ces anomalies, ce qui correspond à environ 1% de l’effectif, pourcentage bien faible.

     Sans doute est-ce raisonnable de penser que l’anomalie va disparaître d’elle-même. En décembre dernier, j’ai pour la première fois observé (cela fait six ans que je suis ce peuplement) que les blaireaux ont ravagé presque totalement les pieds situés à proximité de leurs terriers dans les creutes pour rendre confortables leurs ‘nids’, coupant et transportant les frondes séchées comme on le devine sur la photographie ci-dessous :

scolopendres coupés par les blaireaux

A moins que ce ne soit à titre médicinal ? On sait en effet qu’autrefois un bon matelas de fougères était fort apprécié.

     Toujours est-il que faute de combattants les minauderies cessent séance tenante et que bientôt un édredon de neige va revêtir ces belles pour quelques jours ou semaines, comme je l’ai déjà présenté sur ce blog en date du 28 février. Alors, comme ce sont des stars, l’une d’elles me fait un (dernier ?) caprice : elle se prend pour une étoile des neiges !

scolopendre et neige

 

     Qu’écrire encore ? Son nom bien sûr. Il s’agit de Phyllitis scolopendrium (L.) et en français Scolopendre ou Langue-de-cerf. Autrefois officinale (Herba linguae cervinae) la plante était utilisée contre les affections hépatiques, la diarrhée et la dysenterie. On lui prêtait aussi quelque vertu contre bronchites et tuberculose. Cette fougère aime avant tout les sous-bois sombres et humides sur pentes d’éboulis calcaires. On la trouvera donc aussi dans les ruines d’anciens bâtiments ou les entrées de puits. De jeunes pieds se sont établis dans les canaux anciens de circulation d’eau à l’intérieur du banc du lutétien moyen, bien abrités en ces cavités aujourd’hui mises à jour à l’intérieur de quelques parois de nos creutes, comme on le constate ici :

jeune pied de scolopendre dans une creute

La langue-de-cerf, en ses goguettes et goguenarde, dans tous ses états, vous tire la langue et vous salue.

Sexe et graphisme

     Entre pré et bois l’idée m’est venue. La chaleur d’été ? Non, la vue d’un couple enlacé. Pas n’importe lequel certes mais une paire de limaces accouplée en une curieuse ronde immobile, un graphisme d’agence de com. On connaît leurs moeurs, un jour mâle, un jour femelle, en tout cas pas les deux à la fois. Ce jour des mâles échangeaient leurs spermatophores qu’ils stockent jusqu’à ce que devenus femelles ils puissent ainsi féconder leurs oeufs à pondre dans un minuscule terrier bien au frais. Notre espèce commune a ces habitudes que vous avez tous vues ou entr’aperçues sans être certains d’y voir bien clair dans l’expression de ces corps flasques et humides agglutinés.

limaces accouplées

     Si la limace luisante vous fait lever le coeur je vous propose une figure plus cordiale. Pas tout à fait d’accouplement car je n’ai pas d’image de bonne qualité mais de ponte en couple. La scène vous l’avez vue, justement en croyant peut-être faussement deviner un accouplement. En effet le mâle des ‘demoiselles, agrions et autres petites nymphes à corps de feu’ tient par ses pinces abdominales la femelle qu’il déplace ainsi de feuilles en feuilles sur la surface de l’étang et cette dernière dépose ses oeufs généralement sous la feuille qui touche l’eau ou le long de la tige sous l’eau. Romantique non ? Et superbement graphique :

libellules en ponte

     Pyrrhosoma nymphula ou ‘petite nymphe à corps de feu’ que vous pouvez également retrouver sur un autre de mes sites ici = http://jpbrx.club.fr/juin.htm

     Et plus loin, plein soleil et forte chaleur voici, je vous l’offre en solde, le dernier costume ‘in’ que la carotte sauvage exhibe avec superbe, noeud pap compris. Oh, punaises ! (pour de vrai) disent les intéressés qui ajoutent rouges de honte et rayés d’inutile crainte : vus, mais pas pris ! (car les oiseaux se méfient de cet éclat coloré qui annonce mauvaise saveur en bec)

accouplement de punaises

Graphosoma italicum ou scutellère rayée

     Les papillons aussi, en position d’accouplement, engendrent souvent une forme inattendue, bien avant leur progéniture. Tous ces graphismes d’instants, nouveaux à l’oeil font que la nature est une perpétuelle invention, au sens où il nous appartient de découvrir et de décrire ces phénomènes. Les plus grands observateurs et écrivains l’ont fait. J’ai déjà cité ici Fabre et ce jour je retiens Maurice Genevoix, précurseur d’un certain écologisme non radical.

          

accouplement de papillons nocturnes

       

papillons accouplés

  

     « ….deux bombyx de l’ailante accouplés, opposés, ne se touchant que par la pointe de l’abdomen, mais chacun étalant ses ailes en un demi-cercle parfait, les bords inférieurs de ces ailes rapprochant leurs franges frémissantes et faisant surgir à mes yeux une créature inconnue, double et une, admirable, un cercle fauve, vivant, d’une perfection inoubliable. »       Maurice Genevoix, Bestiaire sans oubli, Plon, 1971, p.156

     Je vais en rester là du thème sexe et graphisme dans la nature, objet d’énumération presque infinie. Toutefois me direz-vous, et l’homme ? Bien. Je vous laisse choisir le graphe le plus adapté à vos fantasmes, à vos besoins. Vais-je de ce pas vers l’érotisme ? Sans doute. Modérément et par idée graphique de rapprochement évocateur, le propre de l’érotisme en somme. Car dans le sous-bois une odeur pestilentielle chagrine mon nez, ne serai-je pas en présence d’une charogne sans la découvrir encore ? Que nenni mais d’un impudent, d’un fatigué, et ça arrive, de la panne manifeste. Quoi, allez-vous dire, vous osez dévoiler ici sur ce blog d’ordinaire propret et bien tenu la luxure et j’en passe ? Phallus impudicus cachez ce signe que je ne saurais voir, même en cet état….

phallus impudicus 

     Quitte à poursuivre sur ce chemin autant vous dire que je préfère m’adresser aux peintres et autres artistes pour clore cette notule sexy. Picasso m’est venu en tête, après la limace. Le voici dans un « couple« , brossé à l’huile en 1969 sur une toile de 162 x 130 cm que je subtilise à « Picasso laureatus » de Klaus Gallwitz, ed. La bibliothèque des arts, Paris et Lausanne, 1971, N°312 p.197.

Couple par Picasso, 1969

     ou encore cette encre suméi sur papier peinte par Robert Guinan en 1963, ‘effigies of Adonis and Aphrodite’ publiée par le Cercle d’Art par Agnès de Maistre en 1991 dans Guinan

Robert Guinan, encre sur papier

     Enfin, parmi quantité d’artistes présents sur la toile j’ai flashé pour Marie-Lydie Joffre, ses peintures et encres qui par suggestion laissent place aux rêves :

encre sur pierre de Marie-Lydie Joffre M.-L. Joffre, encre sur pierre

site de M.-L. Joffre  (cf.blogroll) et http://www.marielydiejoffre.com/

Que d’agitation dans les nids !

     Ne pas se fier à l’eau qui dort dit-on. Ici dans le sous-bois peuplé de ces scolopendres qui viennent de prendre l’habit vert éclatant du printemps le vacarme des nids semble bien improbable.

miroir d'eau

     Pourtant les couvées vont bon train. Juste au-dessus de cette mare un couple de sittelle torchepot (Sitta europaea L.) a pris possession -comme il se plaît à faire, d’un ancien nid de pic à environ six mètres de hauteur et dont il a maçonné l’entrée pour la rétrécir. L’oiseau rebondi, ocre et cendre, monte ou descend, parfois cul par dessus tête, poussant de petits sifflements et quelques roulades finales flûtées. J’aime à le rencontrer en toute saison ou presque ou à trouver, coincée dans l’écorce la noisette qu’il a oubliée là. On le sent vif, un maître dirait intelligent. En tous cas il s’active à nourrir sa nichée qui pour l’instant stridule doucement ; à peine l’entendrai-je si la roche proche ne faisait réflecteur dans ce cirque d’ordinaire paisible à peine troublé par les discrets chuintements brefs et répétitifs des écureuils.

sittelle nourrissant ses petits

sittelle devant l'entrée du nid

     Près de la maison l’agitation est à son comble dans le nichoir à mésanges. Des charbonnières (Parus major), les plus nombreuses, ravitaillent une colonie de becs oranges toujours grands ouverts et constamment en manque. Les vols se succèdent à une fréquence élevée (de l’ordre de 500 par jour) et le couple s’habitue à ma présence. Les cris ne cessent pas de l’aube au crépuscule et les jeunes commencent à utiliser le langage des parents. Ces derniers apportent surtout ce jour des chenilles vert tendre et des tipules.

adulte et jeunes mésanges au nid charbonnière au trou de vol

      Du balcon les adultes attendent parfois que l’un des deux soit sorti pour prendre la suite des becquées, ils doivent repousser les oisillons plus âgés qui occupent l’entrée et à leur sortie emportent dans leur bec l’enveloppe fécale qu’ils ont pincée depuis la source de manière à ne pas encombrer le nid qui serait vite un cloaque puant sans cette opération de salubrité familiale.

attente de nourrissage sur le balcon

mésange au trou de vol

que de contorsions pour parvenir à ses fins

opération de nettoyage

     Lorsque Mathieu 6, 26 fait dire à Jésus que :  » regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne moissonnent… » on constate là que l’image n’est pas celle d’un naturaliste d’aujourd’hui, encore moins d’un ornithologue mais uniquement celle de celui qui veut montrer que Dieu protège d’abord l’homme. Aujourd’hui on sait mais on ne pratique pas assez que c’est à l’homme qu’il revient de protéger les oiseaux du ciel (et la nature en général) s’il veut se préserver lui-même et seul des calamités qui vont advenir s’il continue à détruire la biodiversité. Du reste depuis peu l’Eglise a pris le train en marche et s’inquiète des dérives et excès du temps à ce sujet. Elle aurait pu ne pas oublier saint François, cela lui aurait fait prendre une longueur d’avance sur les naturalistes vigilants. Agir peut être une suite logique à l’observation.

     Dans le même temps d’autres couvent encore. Dans la discrétion comme la poule faisanne invisible à quelques pas du chemin

poule faisanne couvant

     ou en pleine visibilité comme cette merlette qui a installé son nid dans une niche de la creute

nid de merlette

    Il en est souvent de même des linottes qui construisent quantité de nids à des emplacements visibles de tous côtés de l’approche et d’où vient peut-être l’expression ‘avoir une tête de linotte’ ?

     Conclusion ‘à la Renard Jules’ :

…. »Tant qu’elle peut, elle nargue, piaille, siffle et s’égosille. Ainsi de l’aube au crépuscule, comme des mots railleurs, pinsons, mésanges, martins et pierrots s’échappent des jeunes arbres vers le vieux noyer. Mais parfois il s’impatiente, il remue ses dernières feuilles, lâche son oiseau noir et répond : Merle ! ».

Jules Renard, Histoires naturelles, Flammarion, 1967, p.161

Crachat et cratère, habitats inattendus.

     Crachat de coucou, ainsi est formulé l’avis de maison d’hôtes. Est-ce si surprenant ? Pas tant que cela quand on voit cette architecture au fond très contemporaine d’assemblage de bulles comme ferait tel poisson.

bulles de larve de cicadelle

 nid de bulles d’air de la cicadelle.

     Toquons et entrons, chassant ces bulles précautionneusement. Au beau milieu est la larve, vert tendre aux yeux foncés. Sitôt repérée elle cherche à s’abriter du soleil en secrétant un liquide qu’elle insuffle d’air par une réserve qu’elle a dans l’abdomen. Ainsi se forme ce curieux cocon protecteur. Gonflé, non ? L’insecte adulte est celui qui saute plus qu’il ne marche et qui se pose parfois sur nous lors des chaudes journées d’été. Son nom est philène spumeuse ou cicadelle écumeuse [de Cicada = cigale, pour la forme générale] (Aphrophora spumaria L.), les deux adjectifs évoquant bien la mousse. Le maître en observation et description que fut Jean-Henri Fabre n’a pas manqué notre insecte : .. »L’insecte relève le bout du ventre hors du bain où il est noyé. La poche s’ouvre, hume l’air atmosphérique, s’emplit, se referme et plonge, riche de sa prise… l’air captif jaillit comme d’une tuyère et donne une première bulle d’écume… » Jean-Henri Fabre, Souvenirs entomologiques, T.II, Bouquins, R. Laffont, 1989, p.362 et ss.

larve de cicadelle

          Autres moeurs. A l’abri du promontoir rocheux, dans le sable provenant de l’érosion accumulé là au pied de la falaise s’étend une zone au relief lunaire : une multitude de cratères ponctue la surface terreuse.

cratères de fourmilions dans le sable

     Tout à coup l’entonnoir s’anime. Des jets de sable fusent du fond vers la surface car un insecte minuscule, une cicadelle en fait, a glissé le long de la paroi et n’en revient pas de ce qui lui arrive. Sous la force des grains de sable qui lui tombent dessus en permanence elle ne peut regagner la bordure du cratère. Bientôt deux longues pinces l’enserrent, son compte est bon.

piège mortel du fourmilion

on voit la bête retournée et saisie par des pinces dont l’une se devine à droite

     En fait la larve de fourmilion cachée au fond de ce piège diabolique jette du sable dès que des grains de sable parviennent au fond, sur son corps enfoui. Si elle sent une proie comestible elle s’empresse alors de la saisir et de s’en nourrir, aspirant ses sucs et vidant la proie dont on retrouve parfois l’enveloppe.

larve du fourmilion en gros plan

gros plan sur la larve, les pinces sont bien visibles.

Conclusion : ces architectes aiment l’habitat fonctionnel mais ne donnent pas dans le social ! Âmes sensibles passez votre chemin.

Concomitance et muguet (suite)

      Poursuivre l’action de regarder au-delà des brins du muguet, s’échapper du grillage rassurant qui supporte la clématite mais empêche l’aller et venir.

clématite 

     être attiré par un premier appel puis voir dedans, s’immiscer. Ainsi mon oeil est-il d’abord intrigué par cette chandelle verte qui émerge parmi le lierre, les aspérules, jeunes orties et vertes herbes. Puis m’approchant je vois certaines de ces bougies chlorophyllées entr’ouvertes et suis sûr que si j’étais un moucheron je tomberais dans le panneau, en fait l’entonnoir. A voir donc de plus prêt.

inflorescence du gouet  spathe du gouet  spathe et moucheron

     N’étant point mouche je découpe l’enveloppe et découvre ce piège bien surprenant. En effet l’insecte explorateur est d’abord retenu par une barrière de poils puis des fleurs mâles plus ou moins flêtries avant de marcher sur le rideau de boules des fleurs femelles. Quelle affaire ! Impossible de sortir. Puis deux ou trois jours plus tard l’enveloppe s’avachit, tout se rétrécit et la bestiole peut s’échapper.

pièces florales du gouet  gros plan sur les fleurs du gouet

     En fait les fleurs mâles sont actives avant les femelles et le visiteur tentant de fuir s’est frotté sur les étamines chargées de pollen. Puis s’est échappé à la première faiblesse de l’enveloppe. Il recommence son manège intéressé par l’odeur du cornet. Et là il se fait prendre à nouveau dans une deuxième inflorescence qu’il vient naturellement féconder en se frottant sur ses pièces femelles mûres. Et ainsi de suite. Belle invention ou adaptation des plantes durant les millénaires de l’évolution que l’inspection attentive d’un pied de gouët ou pied-de-veau ou arum tacheté (Arum maculatum) nous fait comprendre. Dans quelques semaines ne dépassera du sol qu’une tige surmontée d’un décor de boules rouge-orangé : on ne sait pas toujours que ce sont les fruits toxiques de cet arum.

fruits du gouët en août

     Vous pouvez voir cette aquarelle et d’autres de plantes du bord des chemins sur le site internet que j’ai construit vers 2000 ici :

http://jpbrx.club.fr/arum.htm

     Dans le sous-bois, aux abords ou dans le savart les premières orchidées tout juste en boutons apparaissent. Ce sera l’occasion d’autres découvertes et peut-être émerveillement dans une note à venir. Admirons seulement ce jour, en conclusion, les fleurs de l’Orchis purpurea et celles non écloses de la listère à feuilles ovales = Listera ovata :

   Orchis pourpre

Listera ovata

     Vous êtes d’ordinaire aimables et indulgents envers l’auteur -ce pourquoi je vous suis reconnaissant, mais je vous recommande de délaisser la magie virtuelle de l’écran pour aller dans la nature, in situ, examiner de près ces ‘curiosa’ car rien ne vaut l’observation personnelle et le contact des choses : cela seul fait éclore des sentiments aptes à déclencher de fertiles passions. Car comme il est écrit magnifiquement ci-dessous :

     « C’était là que parfois, le samedi après-midi, les grands de l’école partaient pour une étude appelée leçon de choses, et je n’ai compris que plus tard combien les choses en effet ont à dire pour ceux qui les voient. »

Pierre Moinot, La Saint-Jean d’été, Gallimard, 2007

le fait de savoir observer et rendre compte est la clé de tout enseignement. Il est impératif devant le déferlement virtuel -dont pourtant j’use et abuse- de revenir à cette réalité, passionnément.

7 mai 1945 à Reims

Quand on est Rémois le jour du 7 mai n’est pas celui du 8. En effet l’événement historique que fut la reddition des armées nazies de l’ouest garde ici toute sa signification. Il est patrimonial, quand bien même cela soit un peu oublié ailleurs. La signature de l’acte de reddition fut accomplie dans ce qui est aujourd’hui le Lycée Roosevelt de Reims, le 7 mai à 2H41 du matin. L’heure complique la mémoire du fait et une autre signature voulue par l’U.R.S.S. le lendemain à Berlin ne facilite pas la compréhension des événements. Le lycée, « la petite école rouge » selon l’appellation donnée par la secrétaire d’Eisenhower est situé au nord de la ville, le long de la voie ferrée et proche de la gare. Le voici tel qu’il apparaît sur ‘Google Earth’ :

lycée Roosevelt où fut signée la reddition

on voit ci-dessous l’arrivée du Gl allemand von Friedeburg quelques heures avant la signature

arrivée du Gl allemand von Friedeburg

puis la signature elle-même qui eut lieu dans la salle de jeux des internes du lycée où avait été apportée une table de la salle des professeurs.

signature de la reddition le 7 mai 1945

la salle des cartes du QG devenue Salle de Reddition

la salle de Reddition sur un dépliant édité par la Ville de Reims

Pour plus d’informations vous pourriez consulter le site que j’ai construit sur cet épisode :

http://lyc-roosevelt.fr/reddition/index.html

quant aux amateurs éclairés qui voudraient approfondir :

http://www.cndp.fr/crdp-reims/memoire/lieux/2GM_CA/musees/reddition.htm

ou bien encore, si vous appréciez les panoramiques :

http://www.ecliptique.com/vrac/ww2.html

     Evidemment la Ville de Reims commémore avec faste lors des anniversaires majeurs. Ainsi en 1995 j’avais eu la joie de rencontrer par hasard un vétéran américain, Walter R. Christopher qui avait participé à la libération de mon bourg natal, Vailly-sur-Aisne, en 1944 et qui figure sur une photographie pour la bonne raison qu’il est porte-drapeau de son unité, devant le Monument aux Morts en 1945. Extraordinaire circonstance s’il en est !

avec W.R. Christopher en 1995 à Reims

Walter Christopher à Vailly en 1945

     Ainsi l’Histoire a-t-elle prise avec plus ou moins de force sur nos sentiments selon les circonstances et les événements. En 2005, pour le soixantième anniversaire d’autres cérémonies eurent lieu. J’illustre ci-dessous avec la présence dans notre lycée Roosevelt de Mme la Ministre de la Défense avec notre proviseur M. S. Gautier lors de la participation d’une classe à cette commémoration, après la visite du Musée de la Reddition.

visite officielle au lycée Roosevelt en 2005

  et nous nous souvenons

Reims, le Monument aux Morts

heureux de vivre en paix, une paix qui nécessite de combattre pour qu’elle puisse durer.

     Allant faire cours il m’arrivait tôt le matin, dangereusement depuis le boulevard, de passer sous la Porte-Mars, arc de triomphe romain, avant de franchir celle du lycée qui vit la chute du Reich, et de penser au texte de Pline vantant la Pax Romana : … »ce bienfait des dieux qui semblent avoir donné les Romains au monde comme une seconde lumière pour l’éclairer. » (Histoire naturelle, XXVII,3)

Concomitance

     En même temps que la plus célèbre des fleurs porte-bonheur que trouve-t-on dans le sous-bois ? Quels sons emplissent la futaie ? Sous quels cieux ?

giboulées annoncées 

d’encre et d’émeraude, grêle en vue…

éclaircies

… »si tu te fais nuage, nuage blanc, je me ferai étoile… »

Voilà bien des questions qui connaissent des centaines de réponses possibles. Un tri sévère s’impose, celui que le hasard des rencontres propose au marcheur du jour.

clochettes du muguet

muguet sur un gobelet ciselé à Verdun

gros plan d’une fleur stylisée de muguet ciselé par un Poilu à Verdun sur un gobelet

     Ce muguet, ‘lis de la vallée’ est un puissant cardiotonique utilisé dès le XVIe s. dans la pharmacopée mais peu employé de fait car trop dangereux. A ses côtés commence à fleurir l’aspérule, qualifiée avec raison ‘odorante’ (Asperula odorata) mais qui exhale surtout un parfum de coumarine quand elle se déssèche. Les Alsaciens fabriquent avec ces fleurs le ‘Maitrank’ ou vin de mai.

aspérule odorante

fleurs d'aspérule

     Sur le bord du chemin, nonchalamment, de noir et de violacé vêtus, tout en rondeur se positionnent des chrysomèles noires en vue du maintien et peut-être même de l’accroissement de l’espèce. Ce sont des timarques (Timarcha tenebricosa)ou ‘crache-sang’ parfois abondants à proximité des gisements de gaillets dont leurs larves raffolent. Dérangés ils laissent sourdre de leurs mandibules quelques gouttes rouge-orangé clair, d’où leur appellation.

timarque crache-sang

     Dans la nuit le rossignol plaçait bien haut sa ritournelle mélodieuse ; au matin la linotte qualifiée de même commence à transporter des brins d’herbe pour construire n’importe où de multiples nids tandis que la fauvette à tête noire s’égosille. Concert qui aurait fait plaisir à Olivier Messiaen et qui sans doute réjouit les deux imitateurs d’oiseaux de la baie de Somme qui excellent désormais dans cet art et que M. J.-Fr. Zygel invite dans sa « boîte-à-musique » régulièrement.

     Les oreilles et les yeux emplis des plaisirs de mai sans doute allez-vous pouvoir attendre ma prochaine note pour suivre encore ce chemin buissonnier en compagnie des hôtes des clochettes du joli muguet ?

Bien roulées !

     Tandis que dans la grotte, drapée de ses ailes enroulées du manteau de la nuit, rêve la pipistrelle…

pipistrelle endormie

     Au-dehors voyez ces herbes comme roulées en un cylindre, presque une sphère de 7 cm de long et 6 cm de diamètre suspendue entre les branches griffues des épines noires au pied du talus pierreux. Une entrée -à peine plus d’un centimètre de diamètre, permet à l’architecte et constructeur d’aller et venir. L’occupant a pour nom muscardin (Muscardinus avellanarius L.), est de moeurs nocturnes et de grande discrétion. Sa famille est celle des gliridés, tout comme le loir et le lérot, il en a hérité une queue touffue, vous savez bien qu’on ne choisit pas son physique. Je ne l’ai vu qu’une seule fois au cours de mes balades naturalistes.

nid du muscardin

     Bien roulées encore ces curieuses frondes de fougère scolopendre (Scolopendra scolopendra L.). Les plus délurées évoquent des najas encapuchonnés dodelinant du chef au son du flûtiau.

jeunes frondes de scolopendre

     Les plus timides, faisant coeur, font penser aux crosses ornées médiévales des évêques et des abbés, aussi bien processionnent-elles tout au long du revers humide de la falaise tertiaire où les rayons du couchant les revêtent d’un placage argenté soyeux.

frondes de scolopendre

     J’attendrais bien là leur lent déroulement avec l’impatience du voyeur qui, transporté dans ses rêves illumine ses nuits d’une vision de filles bien roulées, sauvageonnes apprivoisées qu’a si bien fait surgir de ses toiles, dans la luxuriance d’une végétation tropicale chauffant la scène, le peintre Anders Zorn, comme ci-dessous dans une toile nommée ‘Hindar‘ :

peinture de A. Zorn

huile sur toile, in Sotheby’s Preview, 1998, p. 83

     A mon réveil la linotte mélodieuse égrène les notes pointées d’une roulade de symphonie pastorale qui s’égouttent depuis la jeune frondaison.

couple de linottes mélodieuse

     Pas de doute le printemps est bien là, se déroulant en majesté. Cafardeux s’abstenir d’y voir, enjoués promeneurs claironnez donc cette renaissance avec les cuivres les plus sonnants !

16 avril 1917, l’heure H

Il n’est pas anodin d’habiter un champ de bataille, chaque pas vous menant droit dans la mémoire du lieu. Ainsi en est-il quelque part entre le carrefour de l’Ange gardien et Craonne, entre Ailette et Aisne, vers Soissons, vers Laon, sur le Chemin des Dames.

Ravins du Mourson

Musée de la Caverne du Dragon

Un jour vous trouvez un paquet de cartouches, l’autre un fragment d’obus ou de douille.

paquet de huit cartouches françaises      douille éclatée d\\\\\'un 75

En cet avril 2008 souvenons-nous du 16 avril 1917, dans le matin glacial quand des milliers d’hommes sautèrent le parapet des tranchées vers ce qui devait être une victoire, vers ce qui fut leur destin. Des milliers n’en revinrent pas.

ordre d\\\\\'attaque du 16 avril 1917

montre 1914-1918

Beaucoup auraient voulu la paix, beaucoup la trouvèrent dans la mort.

marque à la fumée : Vive la paix

Quelques jours auparavant, le 5 avril 1917 à Paissy l’aumônier Pierre Teilhard de Chardin avait dit la messe dans l’une des nombreuses ‘creutes’ du village en grande partie détruit, grotte qui servait alors d’école et de chapelle.

« Demain, je pense dire ma messe près d’ici dans une caverne-chapelle bien entretenue. Il y a ici plusieurs aumôniers : un entre autres est typique et touchant : un vieux missionnaire, à longue barbe blanche, à bonne figure paternelle, qui s’appuie sur un bâton de 2 mètres de long, aussi patriarcal que sa personne. »

     Pierre Teilhard de Chardin, Genèse d’une pensée, Lettres (1914-1919), Grasset, 1961.

une grotte école et chapelle à Paissy 

     Plus de documentation sur Teilhard de Chardin et le Chemin des Dames dans mon article publié dans le bulletin de la Société des Amis de Pierre Teilhard de Chardin ici :

http://www.teilhard.org/panier/P/site/ACTIVITES/Pierre-Teilhard-de-Chardin-et-le-Chemin.pdf

     Dans la nuit du 16 avril 2008 lors d’une cérémonie simple et émouvante 2000 bougies furent allumées au pied de chaque tombe du cimétière militaire de Craonnelle et des chants basques résonnèrent dans les collines :

cimetière militaire de Craonnelle

tombes de Craonnelle

chorale basque