Archives pour la catégorie nature

Lumières d’orage

L’été est là et d’un coup sa lumière habituelle fait place à un étrange éclairage connu et craint tout à la fois. Dans le même temps de lourds nuages d’abord fixes se déplacent en tous sens et des tourbillons de vents tempétueux font ployer les arbres, onduler leurs rameaux et soulever de menus débris du sol.

Vous avez deviné l’approche de l’orage.

 

nuages d'avant l'orage
peu avant de lourds nuages emplissent le ciel et semblent conquérir l’horizon

       Puis l’affaire se précise. Les teintes vives s’estompent et font place à une lumière laiteuse qui enrobe tout. Les verts deviennent bleutés puis gris puis jaunâtres, suivant les lueurs dans le ciel tourmenté. Peu avant le paroxysme un jaune orangé terreux suinte de partout :

début d'orage

Sauve-qui-peut ! On est dedans, on attend. L'éclatement va se produire.

Alors tout peut arriver, la crainte est vive. De grosses gouttes explosent que la lenteur du déclenchement de l’appareil convertit en têtards :

des gouttes d'orage

attendues les gouttes d'orage laissent craindre néanmoins la grêle.

Puis la pluie omniprésente jaillit d’un horizon l’autre, dans tous les sens, portée par des vents en bourrasques imprévisibles.

pluie d'orage

à choisir entre 'bâche qui perce' ou 'vache qui pisse'

La période du romantisme d’abord a maintes fois privilégié cette forme d’intempérie pour la traduire en mots, en couleurs et sonorités : Chateaubriand, Hugo… Rousseau, Troyon et toute « l’école de Barbizon« , suivis d’autres, et Beethoven et cent autres depuis. Les cimbales et toutes variétés de caisses ont résonné dans tant de ‘symphonie fantastique’. En peinture le rendu technique de l’éclairage le plus proche qui me soit venu à l’esprit en observant le ciel devant ma vue est celui plaqué de main de maître sur un panneau peint à l’huile par Constant Troyon, appartenant aux collections du ‘Musée Pouchkine’de Moscou. Il date de 1851 et s’intitule justement ‘avant l’orage’. Splendide restitution, voyez ci-dessous :

scène d'avant orage brossée par Troyon

une exactitude des tons et de l'ambiance à couper le souffle (d'Eole ?)

Image subtilisée à Jean Bourete, L’école de Barbizon et le paysage français au XIX ème siècle, Ed. ‘Ides et calendes’, Neuchatel,1972, 272 p.

André Gide, dans ‘les nourritures terrestres’ (1897) décrit ainsi le phénomène météorologique et son ressenti :

« …Le ciel s’était chargé d’orage et toute la nature attendait. L’instant était d’une solennité trop oppressante, car tous les oiseaux s’étaient tus. Il monta de la terre un souffle si brûlant que l’on sentit tout défaillir ; le pollen des conifères sortit comme une fumée d’or des branches. Puis il plut. »

J’aime beaucoup également le synthétisme abrupt et signé de Jean Giono, ici à partir de ‘Jean le Bleu’ (1932) :

« …Les rossignols du lavoir chantaient encore. L’orage maintenant tenait tout le rond du ciel. »

Soleil et lumières d’été de retour roulent les dernières billes de glace, simple jeu naturel vécu comme tel quand, par chance, les éléments déchaînés n’ont pas causé de dégâts.

pour jouer

« T’as d’beaux yeux tu sais ! »

Toujours dans l’oreille et l’oeil en dépit de sa date, 1938, cette interjection prononcée par J. Gabin à Michelle Morgan suivant les dialogues de J. Prévert et la conception de M. Carné. Nelly réplique alors : « embrassez-moi !  » Nous sommes dans la transposition du roman « le quai des brumes » de Pierre Mac Orlan, paru en 1927.

Amoureux de nature comme vous savez j’ai succombé aux charmes tout frais tout neufs d’une jeune libellule de marque « grande Aeschne » sortant des ateliers de cette nature très prodigue tant que l’homme ne la tue pas. En effet ses yeux alors encore en construction étaient superbes. La belle avait quitté son exuvie (non retrouvée in situ cette fois) voici peu et prenait de l’ampleur très lentement aux rayons du soleil, agrippée à la première plante venue. J’ai eu tout temps de photographier car elle ne s’est envolée que 36 heures plus tard. Les photos suivantes sont suffisamment évocatrices pour se passer de commentaire. J’ai déjà par le passé, vers 2000, marqué mon intérêt pour cet insecte ici, reproduisant par le dessin aquarellé l’une de ces exuvies :

http://jpbrx.perso.sfr.fr/aeschna.htm

imago de Grande Aeschne

jeune Grande Aeschne aux ailes non perpendiculaires au corps

imago de Grande Aeschne

insecte presque parfait, prêt au vol

thorax et ailes de Garnde Aeschne

demie carlingue en tenue de première sortie

gros plan sur yeux de libellule Grande Aeschne

thorax et tête de Grande Aeschne fraichement éclose

 

Mésange à longue queue : Aegithalos caudatus europaeus

Après les semaines hivernales pendant lesquelles de petites bandes de mésanges à longue queue voletaient dans les bois-taillis arrivent désormais, accompagnateurs du printemps, des couples agiles et virevoltants d’Aegithalos caudatus europaeus. Leur queue plus longue que le corps, leur chant aisément reconnaissable une fois identifié, leur quête de mousse, lichen et toiles d’araignée et leur parade nuptiale embellissent certaines journée de mars.

Ainsi ai-je eu la satisfaction ce matin d’observer puis photographier cet élégant oiseau.

mésange à longue queue

Il voltige à l’extrêmité de fines branches, s’y pose et inspecte alentour. Bientôt appelle le congénère en un chuintement peu puissant, en une trille sifflante. Ce dernier répond à l’invite puis vient.

mésange à longue queue

J’observe l’attention de l’oiseau orientée vers son partenaire, elle se manifeste par un léger balancement du corps et un lent déplacement du corps autour ou au long du support, un peu comme ferait une perruche ou un petit perroquet. Une rapide toilette ajoute de la prestance à l’élu.

Aegithalos caudalus europaeus

Voici le couple rassemblé. L’un pique les jeunes bourgeons, l’autre attrape des fragments de toile d’araignée et les organise tant bien que mal en boule en les coinçant dans une fissure du bois.

couple de mésanges à longue queue

Envolée rapide dans un grand épicéa et descente vertigineuse dans l’enchevêtrement des branches et aiguilles suivi, m’a-t-il paru, d’un accouplement des plus fugaces, avant de voleter à nouveau de tiges en brindilles, devant la vitre d’une baie, au long d’un mur refuge de tant de toiles d’araignée si prisées. Soudain, sautillant et lançant sa trille puissante le troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes) participe lui aussi aux ébats, joint sa note aigüe au babillage assourdi, se réchauffe dans le levant.

troglodyte mignon

Ainsi viennent, devant ma fenêtre, un printemps et ses hôtes qui, dans l’éclat des trilles, la douceur pastel des couleurs et la frénésie reproductrice clament à tous vents la rupture des temps astronomiques que ce long hiver avait trop longtemps masquée.

Dans un ouvrage presque ancien rédigé par Otto Fehringer(1922), dans une autre musique de langue que la nôtre puisque allemande, ces mésanges sont rattachées à la famille des Paridés -celui de la plupart des autres mésanges visibles ici, alors que désormais elles sont les seules classées dans la famille des Aegithalidés. Cet hiver de nombreuses bandes de la variété A. caudatus caudatus, qui est nordique, ont envahi notre pays ; sa caractéristique principale est la tête blanche. Sur la planche aquarellée par Walter Heubach ci-dessous illustrant cet ouvrage les deux espèces sont représentées.

 

Otto Fehringer, Singvögel

mésange à longue queue par Walter Heubach

Vous n’aurez aucune difficulté à compléter votre information si besoin en cherchant sur le web, mais n’oubliez pas d’abord de guetter l’oiseau, de l’écouter et de bien l’observer dans la nature. Maintes fois répétées dans ces notes de blog ces remarques sont à mon sens capitales : rien ne remplacera jamais l’observation directe de la nature. Les écrans de toute nature qui envahissent nos vies sont un moyen rapide et pratique de s’informer, ils ne mettent cependant pas en branle l’ensemble de nos sens, ne permettent pas un stockage efficace de l’information. Un leurre, un miroir à alouettes alors ? Pas exactement non plus. Plutôt un pis-aller pour l’homme pressé du XXIe siècle qui ne prend pas assez le temps de vivre véritablement, de se passionner assez et donc, dit autrement, de s’aimer lui-même et d’aimer alentour en partageant les biens communs engrangés. Pensez à cela une fois ou l’autre même si vous n’êtes pas alors en présence de cette gracieuse boule de plumes à balancier, car ce qui vaut pour l’oiseau est vrai pour toute autre forme de vie ou d’espace. Quant au temps il perd de sa prégnance dans l’attention vive et concentrée, il s’annihile par oubli tant vous êtes immergés dans l’instant qui …dure, sans avant et sans après perceptibles : un éternel paradis sur terre en quelque sorte.

Solstice d’hiver du 21 décembre 2010

En ce jour du solstice d’hiver qui se produit le plus souvent les 21 et 22 décembre et très exceptionnellement les 20 ou 23 de ce mois je n’ai guère pu vérifier le mouvement du soleil et la durée du jour et de la nuit.

Un brouillard léger et tenace, une neige en fusion depuis quelques jours mais bien présente -hauteur moyenne encore 22 cm- ainsi que l’observation des traces d’animaux et quelques bricolages maison m’ont empêché de noter significativement la course de l’astre du jour. En son sens et terminologie latine le mot est employé depuis le premier siècle avant J-C. Presque évident. On peut même avancer que la course du soleil fut notée avec précision depuis sans doute le troisième millénaire avant notre compteur, que la période de quelques jours pendant laquelle le soleil hésite entre ses déplacements apparents est et ouest dans notre ciel a de longue date été marquée par des fêtes de la nuit et de la lumière avant d’être récupérée par les religions monothéistes.

Loin de ces pensées presque savantes j’ai pelleté. Cela offre la liberté de ne point penser à autre chose qu’au mouvement du dos et du bras, j’ai lancé de la neige pour former un igloo destiné aux jeux d’enfants. La luge donne l’échelle :

faux igloo pour enfant dans un jardin

faux igloo pour enfant

Je laisse votre imagination déambuler tout comme celle des enfants et souligne avec l’appareil photographique la magie des jours enneigés mise en valeur par des lignes horizontales surlignées de blanc par la neige :

jardin sous la neige

jardin sous la neige

Le graphisme des lignes dans un paysage est admirablement évoqué par M. Pierre Gilloire dans sa « Petite collection de paysages » chez ‘l’Arpenteur’, Gallimard, 2009. S’agissant des terrasses, par exemple, il note, p.30 : « leur valeur esthétique est le fruit d’une heureuse combinaison entre lignes horizontales, verticales et obliques. Horizontalité des murets, des gradins et des sillons épousant les courbes de niveau ; verticalité des piquets et des rideaux d’arbres ; rythme oblique des rampes d’accès et des escaliers perpendiculaires à la pente ou longitudinaux. »

Je suis d’autant plus sensible à cette argumentation que notre jardin est bâti entièrement sur ces modules optiques que dégagent le rythme des pans de falaises auquel répond celui de notre propre ordonnancement.

Quant à la représentation de l’hiver chez les peintres, si fréquente, peu parviennent à un rendu suffisamment évocateur de la neige sans inutiles rajouts. L’incomparable dessinateur que fut Millet nous donne un crayon noir saisissant, pensé et rendu à Barbizon en 1853, sous l’appellation de ‘la porte aux vaches par temps de neige’, petit dessin sur papier beige de 28,2 x 22,5 cm tel que je l’ai extrait du riche catalogue de Roseline Bacou, Millet, Dessins, Bibliothèque des Arts, Paris, 1975, p. 59 :

Millet, 'La porte aux vaches par temps de neige'

Vous aussi guettez bien les nuances infinies des coloris de la neige en ses paysages que tout spécialement cette année elle nous offre en abondance !

Dans le sens des lignes du paysage, de celui du vent parmi les flocons, une lectrice fidèle d’un village au nord de Beauvais -Le Crocq, Mme Baumer, m’a envoyé une photographie que je m’empresse de placer en vitrine de cette note toute blanche orientée en verticales, horizontales et obliques :

la place du village de Le Crocq, dans l'Oise

Rubans, vignettes et paillettes d’or d’automne

coucher de soleil novembre Paissy      Ce jour à la recherche de la lumière changeante de novembre me voici attrapant ces paillettes que les feuillages et la roche dérobent au soleil quand il daigne émerger des sombres nuages pourtant somptueusement colorés.

coucher de soleil novembre Paissy

un ruban d’or flotte au-dessus des falaises

feuillages d'or de  novembre

or et bronze des feuillages

ou bien des post-it sont déplacés au fil des heures sur la roche, dedans et dehors :

éclats végétaux et éclats solaires

projections solaires sur la roche

projections solaires au-dedans

pustules de lichens sur écorce de frêne

Vers quelle représentation en image, en peinture, orienter ma mémoire visuelle en référence à ces coloris métalliques d’automne ? L’évidence est de se tourner vers une scène automnale et nous y cédons plus bas. Mais avant cela nous souhaitons échapper un peu au tout prêt et avons pensé à une scène angélique toute parée d’or. Il s’agit d’une Annonciation exposée au Petit-Palais d’Avignon. Elle est l’oeuvre de Gherardo Starnina, de l’Ecole de Florence au tout début du XVe s. et appartient au style gothique international. Le fond doré à la feuille convient tout à fait à nos ors du moment.

Annonciation par Gh. Starnina, Avignon

Annonciation de Gh. Starnina, AvignonAnnonciation de Gh. Starnina, AvignonJean-Pierre Boureux, d’après G. Starnina, huile sur toile marouflée sur panneau et dorure à la feuille

Fermons la journée par une chasse interprétée par Claude Monet, 1876, huile sur toile de 170 x 137 cm publiée dans « Caillebotte au jardin » de Pierre Wittmer, Editions d’Art Monelle Hayot, 1990, p. 39. (original de collection privée)

une chasse vue par Claude Monet

une chasse par Claude Monet

L’automne en lumières

Une fois n’est pas coutume, je vous propose aujourd’hui dix images de suite, à peine commentées.

La journée commence ainsi. La gelée blanche s’évapore et le projecteur solaire tire sur la scène des rideaux vaporeux.      rayons solaires en contre-jour

Derrière ce rideau un autre acteur de l’ombre intervient, le photographe au travail, tel l’arroseur arrosé =                    théâtre d'ombres sur fond de falaises

Entre les deux scènes le cerisier tient la pose colorée

couleurs d'automne

Plus tard, plus loin, les brouillards matutinaux sommeillent

brouillard dans le chemin creux

quelque part sur le Chemin des Dames

lentement s'éveille le village

Enfin, bientôt couchant le jour resplendit dans les zébrures de l’air vif soutenues par les bouleaux, dans le Mourson :

entre Moulins et Paissy le Mourson et ses bouleaux

pastel sur papier granuleux, Jean-Pierre Boureux

danse de moucherons dans le couchant

Derniers éclats et scène finale avant le prochain lever de rideau dont nul ne peut prédire la première scène :

coucher de soleil vers Bourg-et-Comin

Sait-on jamais ? Et si l’acteur venait, dans l’élan de la dernière scène bissée, à s’égarer dans le temps et rejouer une scène de mai, au lieu d’automne ? Peu importe :

brouillard de mai sur fond de colzales bronzes d’automne font place à l’or du colza. Hurtebise, Oulches-la-Vallée-Foulon, Chemin des Dames en mai.

 

Au-dessus des chaumes jaune paille

Au-dessus des chaumes jaune paille piquetées de rares brins encore verts surgit sur le plateau l’angle vif du vieux clocher ruiné encadré de grands arbres.

le clocher ruiné de Bourgon

A l’approche, intrigué après avoir lu sur la carte IGN au 100 000e que se tient là une ruine nommée exagérément « cathédrale », le promeneur découvre d’abord un chemin qui longe un étroit ravin et débouche à proximité du sol en place d’une ancienne carrière de pierres à ciel ouvert que l’on croirait une ma&re asséchée :

sol de base d'une ancienne carrière de pierres

Derrière des arbres apparaît bientôt ce qui reste d’un choeur d’église et d’une nef

choeur de Notre-Dame de Bourgon

 

nef et choeur

Des commentaires reproduits sur panneaux nous permettent de comprendre l’histoire du lieu. Nous sommes ici en présence d’un village des XI-XIVe siècles nommé Bourgon, détruit et donc abandonné en grande partie lors d’un épisode de la Guerre de Cent-Ans puis revigoré au XVIe siècle, moment où l’on fait quelques extensions à l’église alors réparée et toujours accompagnée de son cimetière.

Puis peu à peu le village décline à nouveau, est abondonné au bénéfice de Morcourt à moins de 500 mètres au nord-ouest. Morcourt modeste hameau dépendant de Feigneux qui a attiré quelques peintres au tournant du XXe siècle.

Après avoir salué et félicité en pensée le propriétaire du terrain et des ruines qui entretient joliment ce site d’allure très romantique nous lisons la description relatée en 1851 par un certain Victor Offroy, de Dammartin et publiée le 28 octobre dans « le Journal de Senlis« 

« …Bientôt on arrive à Morcourt ; ce village s’adosse sur le versant de la plaine qui descend dans la vallée, ses chaumières s’isolent chacune dans le petit champ qui l’enferme, et fument parmi les arbres qui les abritent ; on dirait des nids d’homme se cachant là, dans les touffes de végétation. Ses habitants vivent de la terre qu’ils cultivent, ils ne connaissent d’autres biens que ceux de leurs récoltes, d’autres révolutions que celles des saisons : c’est une petite colonie séparée du monde et demeurant étrangère à tout ce qui s’y passe ; heureux qui se plaît là ! »  

Ici encore debouts une pierre tombale de 1857, quelques bases de monuments funéraires, un chemin pierré et même la vieille porte du cimetière dorment en paix entre althéas et hybiscus.

Passants qui passez là laissez les choses en l’état et ne pensez qu’au repos des os et des pierres d’ici ; les uns attendent la résurrection annoncée, les autres repoussent grâce aux soins attentionnés de nos contemporains la lente érosion dans le temps !

J’attendais Froissard et les Chroniqueurs mais je suis plutôt chez Gérard de Nerval et ses « Filles du feu » et « Sylvie ».  Entre chevauchées et rêveries il faut choisir pour préserver au mieux ces pierres, dentelle mîtée du temps qui est, qui était et qui fut.

Le sujet des ruines peint évoque chez l’amateur Hubert Robert parmi d’autres peintres. Pourtant je choisis une église de Rouen, en ruines, dessinée par Corot, sans doute lors de sa jeunesse. Il doit s’agir de l’église Saint-Pierre de Rouen et je la prends dans : Dessins français, de Prud’hon à Daumier par André Vantoura et coll., Ed. Art et dessins S.A., Fribourg, 1966, n°79.

église Saint-Pierre de Rouen, dessin par Corot

mine de plomb du Musée du Louvre ; 28,4 x 22,9 cm

Un extrait d’un poème de Pierre Seghers s’accorde à l’harmonie du site :

« Qui passe renaîtra                                                     Se fera mot, couleur, musique, sera pierre                     et poussière demain, mais la vie reviendra                      et tous les incendies, les guerres, les massacres              la corrosive écume,les pollens et les vents                     en vain seront sur nous. Rien ne nous atteindra. » 

Pierre Seghers, Derniers écrits, Poèmes pour après           Eclats. Postface de Colette Seghers.                               Editions Fanlac, 2002, p.66




Blaireau, un vrai blaireau, je vous le dis, vous le montre !

« Meles meles L. 1758«  ainsi est-il officiellement enregitré. Je ne lui demande pas ses papiers chaque fois que je croise ses pas. Il est en veille et il me faudrait l’être, de préférence de nuit. Cela étant je vois bien ses traces dans le sable ou la neige, ses photos et séquences automatiquement enregistrées, elles me renseignent bien sur ses moeurs.

patte de blaireau dans le sable

trace de patte de blaireau sur le sable

blaireau sortant d'une creute

blaireau sortant de son terrier installé à l’intérieur d’une creute

Notre blaireau est un mustélidé partiellement carnivore : il mange tout ce qui l’intéresse en fonction des disponibilités environnementales, aussi n’est-il guère apprécié par certains qui craignent quelques dégâts de sa part aux cultures, quelque effondrement imprévisible de terrier. Ses mâchoires présentent la particularité d’être liées et l’inférieure ne peut se désarticuler de la supérieure comme on peut voir sur la photographie d’un crâne ci-dessous :

crâne de blaireau

Ainsi ne peut-il ‘rire à s’en décrocher les mâchoires.’ Autre particularité, voyez la forte crête sagittale à la partie postérieure de la boîte crânienne ; sur elle se greffent de puissants muscles temporaux qui lui donnent une grande force de broyage et d’arrachage.

Notre petit-fils Yannick, dix ans, le voit ainsi, nous aussi, je veux dire cette étrange signalétique en barres noires (ou blanches) qui le rend immédiatement identifiable.

tête de blaireau = aquarelle d'enfant

aquarelle par Yannick Boureux

Elle lui vaut du reste son nom anglais: badger, le bien nommé dans cette langue. Dans la nôtre aussi mais il faut chercher un peu pour comprendre.

En effet le nom français ‘blaireau’ provient, cas relativement rare, du gaulois ‘blaros’ terme qui suggère l’idée de blancheur comme le vieux français ‘bler’ = tache blanche sur la robe d’un animal. De même les termes ‘blarel’ ou ‘blariau’ ont été employés au moyen-âge. Ses autres désignations communes : ‘tesson, taisson’ et dérivés locaux sont issues du celte ‘tasgos, tascos, taxos’ tout comme ‘taxonaria’ qui nomme sa tanière dont le mot dérive du reste. Chez nos voisins c’est le terme celte et latin qui a aussi servi de base : ‘tejon, texigo, tasso, Dachs’. Existe encore en langue celtique insulaire : ‘broccos’.  Ce mot associé au latin broccus pour broche, pointe -et il en va de même avec taxos, peuvent faire référence à la forme pointue et conique de l’animal. Plus curieux est le fait que tant taxos que broccos font également référence, à l’époque, à un personnage que l’on tient en dénigrement. Décidément il y a de la persistance dans nos pensées ordinaires ! Pour en savir plus sur la question vous pourriez lire par exemple, le ‘dictionnaire de la langue gauloise, Une approche linguistique du vieux-celtique continental’ par Xavier Delamarre, ed. Errance, 2003, 440 p.

blaireau de retour au terrier

semble paisible. Un mâle peut atteindre 20 kg, sa longueur est comprise entre 70 et 90 cm et sa hauteur est d’une trentaine de cm. On s’en rend compte si l’on s’arrête pour observer, hélas, les nombreux cadavres au long des routes. Il est pourtant souvent facile d’éviter de le percuter, ce qu’il est prudent de faire car sa masse peut infliger quelques dommages à votre véhicule dans les zones où il est répandu.

blaireau en ses latrines

Soucieux de marquer son territoire et de le spécialiser notre blaireau use de latrines. Soit il creuse des sortes de pots dans lesquels il dépose ses excréments, soit il utilise un diverticule de son terrier à cet usage (vérifié localement dans une galerie de creute très sableuse réservée à cet usage)

 

blaireaux, gravure de Robert Hainard

très expressive et artistique représentation de blaireaux par le peintre naturaliste Robert Hainard. Cette gravure sur bois est reproduite sur le site officiel qui lui est dédié ; adresse web ci-dessous :

http://www.hainard.ch/images/oeuvres/RHONE_41.JPG

Sur notre terrain avec creutes il abonde au point de se promener dans notre jardin en toute tranquilité nocturne. Depuis 2008 il a pris l’habitude en hiver de couper des frondes de scolopendre pour améliorer sa couche, auparavant il ne procédait pas ainsi. Manque d’autres végétaux utilisables à cette fin ?

entrée de creute avec frondes de scolopendres découpées

frondes découpées et emportées dans un terrier dont l’entrée est situéau fond de cette creute

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce mammifère assez peu connu, peut-être y reviendrai-je dans une autre note ultérieurement. Bonnes rencontres avec lui si c’est le cas !

voir une vidéo de nuit

 

Savart, larris, friches et Conservatoire des sites naturels de Picardie

Le Conservatoire des sites naturels de Picardie intervient, sous forme associative, dans la sauvegarde et la mise en valeur d’espaces spécifiques remarqués par leur remarquable biodiversité. A ce titre les savarts, larris, friches, pelouses calcicoles font partie de ces espaces particuliers qu’il convient de préserver.

le savart du Mourson à Paissyle savart du Mourson

Le mot savart semble employé depuis la fin du Moyen-Age en Champagne, partie de Picardie et Est pour désigner un espace en friche. Aujourd »hui il désigne toujours un espace en friche mais s’applique surtout aux anciens « bâtis » ou « patis » qui correspondent à des terres parcourues par le bétail, notamment le bétail communal. En ce sens il se confond avec le larris. Il s’ensuit que ces espaces sont très stables mais sur une longue durée ils finissent par être (re)colonisés par la végétation forestière. Tant qu’ils sont partiellement ou totalement pâturés ils correspondent à ce que les écologistes nomment un « climax », une pelouse calcicole. A Paissy nos savarts commencent comme ailleurs à être envahis par des espèces colonisatrices : bouleaux, genévriers (pétréaux), noisetiers, épineux en général. Ils ont donc tenu pendant environ un siècle [certains semblent implantés depuis l’abandon de la vigne, dès avant 1914, d’autres sont issus de la déprise culturale qui a suivi le conflit, voire de la « Zone rouge »] sans intervention humaine. En l’espace d’environ cinq ans la reprise forestière était particulièrement sensible et ils ils sont donc nettoyés et restaurés.

chantier nature à Paissy

A cet effet une convention a été signée entre la Communauté de communes du Chemin des Dames, la commune de Paissy, l’O.N.F et le Conservatoire.

buts du Conservatoire

L’appel lancé a été entendu mais n’a pas encore reçu sans doute tout le retour d’écho qu’il mériterait. Pourtant quelques bénévoles se sont joints aux techniciens du Conservatoire et ont entamé le débroussaillage avec énérgie. Chaleureuse pause pique-nique à l’abri d’une creute locale puis le soir, satisfaction de poser pour le photographe en compagnie de visiteurs.

pause repas sous la creute

sur le tas témoin du labeur du jour

visite d'amis en soirée

http://www.conservatoirepicardie.org

 

Conservatoire des sites naturels de Picardie

1, place Ginkgo – Village Oasis

80 044 Amiens cedex 1

Tél : 03 22 89 63 96

courriel : contact@conservatoirepicardie.org

 

Dans la neige, des traces, des tracés.

Paissy, ravin du Mourson enneigé

Une fois laissée en son lointain stratifié, la plaque neigeuse, tout près, garde la trace de ses passants, indique leurs moeurs, leurs élans.

traces d'un merle

un merle a atterri, ses ailes et ses pattes révèlent son passage.

et la vieille motte, comme le hérisson se planque sous ses pointes

motte herbue devenue hérisson de neige

traces de garenne

la marche du garenne dans la neige en petits bonds tranquilles

et celle pataude du blaireau, chut… taisson(s)-nous !

traces de blaireau

on dirait la patte d’un petit ourson, d’un fouisseur né

gros plan sur trace de patte de blaireau

traces à la sortie du terrier

marche assurée du blaireau dès la sortie du gîte

coeur de neige

sur l’antique rocher la neige trace un coeur ourlé de broderies alors que sur le plateau du Chemin des Dames, quelques mètres plus haut

vieux rouleaux

elle renforce la rudesse du plateau en hiver par le contraste du métal des vieux rouleaux et la mise en avant d’une mâchoire d’acier aux dents broyeuses ; tout cela  par oubli de grasse graisse grince et grelotte.

crosskill

coudrier = noisetier

le général hiver n’en finit pas de manifester sa victoire… alors qu’en contrebas

pente enneigée paisible

la fine couche neigeuse renforce les lignes et les structures organisées par le fontainier auprès de la mare.

Sur la lune : certains n’ont pas voulu croire à cet exploit magique. Mais qui refusera de voir en cette sculpture appuyée la trace des semelles de sabots de votre serviteur ?

traces de semelles dans la neige

et la gendarmerie vous dira que c’est du 41 Made in France.

Mais là. Fichtre, quel bazar ! « bien que sous un joli toit protecteur… »

abri pour plante gélive

Vous trouverez la réponse en compagnie de Hermann Hesse dans une lettre qu’il envoie le 20 février 1934 à Gunter Böhmer :

« Le grand cactus devant l’atelier, qui cette année a passé pour la première fois l’hiver dehors, bien que sous un joli toit protecteur, me cause du souci. Nous ignorons encore s’il s’en sortira ou s’il a gelé… »

Hermann Hesse, Brèves nouvelles de mon jardin. Calmann-Lévy, 2005    depuis Freude am Garten, Insel Verlag Frankfurt am Main, 2002

P.S. : pour ce qui est du ‘joli toit protecteur’, chacun appréciera.