Archives pour la catégorie nature

Lumières d’automne.

     Dans le théâtre de roches, décor évolutif et grandiose pour pensées vagabondes, les rayons d’un soleil rasant burinent et sculptent les calcaires d’anciennes mers, agitent des guirlandes de lierre, mâts d’un havre repéré.

roches et lierres

enfilade de guirlandes de lierre

voûte et lierres

     Dans la quiétude du couchant, silencieux comme il se doit, froufroutant à peine comme l’aile de la hulotte, un ange passe, se réfugie dans le corridor du souterrain : je le cherche puis l’oublie.  

entrée ou sortie de souterrain refuge

     Vais-je appuyer sur la bonne case pour libérer mon djinn ? Serai-je le pigeon du boulin comme qui dirait le dindon de la farce ?

anciens boulins de pigeons

mangeoires dans la roche

     Où tout cela peut-il conduire ? A quelques mètres, perché sur le sumac de Virginie, le grand oiseau de feu va sans nul doute me renseigner :

feuilles d'automne du sumac

-demande aux enfants ! s’exclame-t-il tout feu tout flamme.

     Je sais bien qu’ils ont levé le camp d’été, que l’accumulation des feuilles brouille la piste près de la cabane vite bâtie en août :

cabane d'été en automne

 

et que les jouets sont remisés dans l’ancien four à pain, attendant la venue des joies enfantines clamées dans la roche qui leur fait écho :

remise à jouets dans la creute

     Tout cela est de la faute de celles qui subitement se colorent en rouge, s’empourprent sans raison autre que de passer le temps

de pourpre vêtues

alors je préfère m’éloigner, voir le jour décliner,

coucher de soleil d'octobre

 tirer un peu la couette duveteuse des clématites en lianes

clématites en lianes indigènes

et une dernière fois contempler les faisceaux orangés des spots du couchant qui embrasent les frênes de la creute aux blaireaux près de l’antre des renardeaux :

rayons de feu sur écorce de frêne

chut ! tout s’endort enfin dans la paix d’un soir d’automne.

« Pendant que, déployant ses voiles,

l’ombre,ou se mêle une rumeur,

s’emble élargir jusqu’aux étoiles

le geste auguste du semeur ».

Victor Hugo, Les chansons des rues et des bois, Paris, Hachette, 1879, p.272

 

 

Merops apiaster L. : pour un portrait haut en couleurs

     Le nom français dit son mode alimentaire et localise l’espèce : Guêpier d’Europe. Il se peut que vous ne l’ayez jamais vu en France septentrionale car il y niche ou y séjourne localement seulement, depuis la fin des années soixante, quittant alors le couloir rhôdanien entre Avignon et le delta, sa zone de prédilection.

     Grégaire il ne passe pas inaperçu. Son vol d’abord, rapides ascensions, brusques virages, longs vol planés attirent l’oeil. Son perchement aussi sur de vieilles tiges sèches, des brindilles, des fils téléphoniques que souvent il fait ployer. Son chant permanent que vous n’oublierez plus sitôt entendu : comme un gazouillis ample, un peu roulant, liquide et qui pourrait trouver dans cette écriture une approche phonétique = kruii, kruik, gruil….répétés à l’infini par la meute en jeux, en chasse.

    L’individu est gracile, de forme allongée, de taille entre merle et tourterelle. Une paire de jumelles au thorax n’est pas de trop pour espérer distinguer un bec long et pointu à peine courbé et une queue effilée elle-même prolongée d’une pointe, comme une signature supplémentaire. La paire de jumelles est une précaution car le sujet est craintif et capricieux, un jour il s’approchera à dix mètres et le lendemain s’envolera à cinquante. Ou rentrera dans son terrier. Oui vous avez bien lu cet oiseau creuse des galeries à l’aplomb d’une berge, d’une falaise, profondes d’environ 2 mètres et parfois un peu plus, au fond desquelles il installe son nid. A force de l’écouter, de l’observer, de noter son comportement on finit par se languir de ce bel oiseau qui hélas disparaît au milieu d’août après un court séjour d’environ six à huit semaines. Pour moi il chante désormais l’été, depuis qu’il a pris l’habitude de nicher dans les ballastières abandonnées des terrasses de l’Aisne ou des sablières avoisinantes.

     Je sens que cette description commence à vous agacer car vous attendez son portrait photographique. Bien sûr il vient. Vais-je vous décrire ou vous laisser contempler ses splendides couleurs tropicales ? Par facilité, pour le plaisir des yeux, je vous les montre de suite, vous laissant le soin de tourner les pages d’un manuel d’ornithologie pour préciser ces lignes.

couple de guêpiers d'Europe

guêpier d'Europe

groupe de guêpiers

     Encore une ? J’ai tiré le portrait de cet oiseau magnifique après une longue attente, plusieurs heures à guetter immobile et dissimulé, peu après le lever d’un jour d’été, un affût d’incertitude puis, magique, imprévisible, merveilleux cadeau de la nature la pose soudaine d’un individu sur une tige de bouillon blanc (Verbascum trapsus).

guépier d'Europe

     Serait-ce une aile d’oiseau de cette espèce que Dürer a peinte en 1512 ? Non mais celle d’une espèce voisine, le rollier d’Europe aux couleurs tout aussi prononcées. Cette peinture au pinceau, encre et aquarelle sur parchemin est conservée à l’Albertina de Vienne et je la tire de l’ouvrage :

Madeleine Pinault, le peintre et l’histoire naturelle, Flammarion, 1990, p. 188.

rollier d'Europe par DÛrer en 1512

et voici le guêpier vu par John Gould en 1867 :

guêpiers par J. Gould en 1867

in « Les oiseaux, John Gould, CELIV, Paris, 1987, p. 60

A défaut de le contempler de visu, que ceux qui rêvent en couleurs l’engrangent dans leur mémoire et que ceux qui rêvent en noir et blanc reviennent une autre fois sur cette page !

Cette année, en ce mois de mai 2009, un aimable internaute m’offre l’une de ses photographies récentes, un portrait en gros plan, afin que nous partagions ensemble les joies de la découverte et de la photographie de cet oiseau. Je remercie par ces lignes l’auteur, M. Frédéric Florentin.

portrait d'un guêpier d'Europe

Après la pluie le beau temps…

     On espère tous quelque chose de mieux après une épreuve. Ce proverbe illustré par une image météorologique a été repris par des titres de film, de roman, de chanson. Qu’en est-il de son aspect naturaliste ? L’averse, on connaît, on la sent venir, elle s’annonce par l’emballement des couleurs dans le ciel.

l'averse menace

     Et quand s’échappent les nues alors il faut courrir et saisir les rayons de soleil capturés dans les milliers de gouttes déposées ici et là, en particulier par temps de pluie fine et sans vent, ce qui n’est pas si fréquent et ne correspond pas à l’averse mais à l’embellie attendue après la pluie. La feuille d’herbe d’ordinaire si banale revêt d’un coup un costume de soirée et les touffes cotonneuses de clématite sauvage une parure diamantée. Folles les herbes jettent des étincelles qui allument le feu aux sens endormis et font ralentir le pas du promeneur attentif qui guette le prochain éclat.

perles d'eau

gouttelettes

     Et voici, voici deux pas plus loin la toile peinte d’un pointillisme de peintre inspiré. Les gouttes d’eau s’accrochent aux fils radiants, désespérées déjà de devoir s’évaporer l’instant d’après. Ces spectacles sont éphémères. Tant mieux. Pas possible de savoir s’ils reviendront demain, ou dans un an. Pour la nature la durée n’a guère de sens, le millème de seconde vaut une éternité. Mais l’homme, lui, qui se sait mortel, veut toujours conditionner les choses du monde à son attente pressée. Ce faisant il lui arrive de passer près d’elles sans les voir : on a tôt fait de détacher les guirlandes de Noël.

toile d'araignée enguirlandée

    Mais là je lis bien que ce que je viens d’écrire ne correspond plus à l’idée du proverbe d’entrée. Alors il me faut inventer, et en plein soleil je peins au lavis. C’est-à-dire qu’avec rien je décris un monde ancien que cette manière de voir rend vivant. Le rien c’est l’eau du pinceau qui vient délaver l’encre que la plume a déposé sur la feuille, comme l’eau du ciel s’était amassée sur la toile de l’arachnide. Seule une pensée orientée -donc rien de mesurable- fait la différence entre les deux phénomènes. Parce qu’alors je ne suis pas pressé de placer ce clocher extraordinaire d’une église du dernier quart du XII e s. sur mon support de papier. Sans doute sur cette note suis-je assez fidèle au titre du blog, à défaut de l’être au proverbe.

église de Nouvion-le-Vineux (02)

église de Nouvion-le-Vineux, sud de Laon, Aisne

Solstice

     En nos creutes bien souvent, intéressé, le soleil pérégrine. Avec la faconde des puissants il mégote, espérant trouver le gîte et le couvert. Plusieurs fois je l’ai surpris tel un rôdeur, passant de l’ombre, s’excusant à peine une fois la lumière faite sur ses véritables intentions : dormir à l’oeil mais pas à la belle étoile. Un jour il est entré par effraction dans la chambre :

soleil au travers du volet roulant

un autre, franchissant le portail grand ouvert, ce qui lui permit d’explorer chaque cavité :

couchant automnal

porte

roche ensoleillée

     En chemin, inquisiteur, il demande l’heure à l’horloge de Yannick, non remontée ce jour-là, et quelque peu déconfit de la farce,

horloge

 

s’en inquiète auprès de la Piéride du chou qui, flattée du peu mais honorée, lui répond négligemment d’un signe de tête, cinq heures moins deux :

horloge de la piéride du chou

     dubitatif il questionne l’escargot qui se languit de la fraîcheur vespérale et lui rétorque : « -six heures et quart ! »

horloge d'escargot

 

     Enfin, incommodé par tant d’irrévérence, s’en est allé sonner à d’autres portes. Curieux il s’attarde un long moment dans l’axe de l’entrée de la vieille carrière -est-ce un hasard ?

entrée de la carrière

     éclabousse un oeil dedans, histoire de marquer son territoire

gouttes de soleil dans le vestibule de la carrière

     Il est déjà 21 heures (heure de Paris) lorsque reprenant sa course de char solaire, blindé qu’il est des réactions des créatures terrestres, il franchit le ravin du Mourson qu’il éclaire parcimonieusement, sans dérangement

ravin du Mourson, solstice d'été

avant de le saluer, majestueusement de ses rayons du 21 juin, à 21 h 40, heure de ce royal coucher paissois du solstice d’été.

21 juin 2008 solstice et couchant

(aucun montage, la diffraction des rayons sur la lentille de l’objectif a produit cet effet)

     Toujours aussi à l’aise, fier du prestige millénaire que son aura clame au monde, il se couche dans de beaux draps, assuré d’un réveil royal. La cour applaudit, un héraut d’or vêtu lit quelques lignes d’au-revoir :

     « J’ai beaucoup aimé ce monde qui est si dur et les horreurs de la vie. Je n’ai jamais pensé, comme Cioran, que le mieux, pour un homme, était de ne pas être né. J’étais content d’être né et d’avoir vu des arbres, des chats, la mer, le soleil qui n’en finit pas de se coucher le soir pour se relever le matin, les étoiles et la lune dans le ciel de la nuit, des coccinelles sur les feuilles blanches où je racontais Gabriel et de grandes catastrophes. »

Jean d’Ormesson, Le rapport Gabriel. Gallimard, 1999, p.256

et tire le rideau sur cette royale journée, découvrant ainsi le char d’Apollon auquel déjà le Grand Roi avait naguère songé, abandonnant momentanément à Morphée les rênes du pouvoir :

Werner, Louis XIV sur le char d'Apollon

Werner, Louis XIV sur le char d’Apollon

     Chers lectrices et lecteurs le rideau sera également tiré sur ce blog pendant la période estivale et s’ouvrira de nouveau en septembre prochain. Cependant quelques rappels offriront peut-être une scène ou une autre. Bonnes vacances et bel été à tous !  

Circonvolutions

     Ces mots étranges qui invitent à parler autour, en circonlocution donc, conviennent assez à l’esprit de ce blog apparemment sans queue ni tête qui comme l’abeille butine ici et là. Peut-être après tout l’ordinaire fonctionnement cérébral qui à partir de sensations multiples organise tant bien que mal une pelote parfois bien ficelée. Ainsi a procédé l’antique apothicaire fort de la théorie des signatures, ainsi l’écrivain sculpte  des images dans le corps des phrases.

     Pas si étonnant en la circonstance qu’après l’abondance d’eau qui permît l’apparition de nombreuses trémelles et autres champignons apparentés me soit venue au cerveau circonvolutionné comme on sait, l’image non de la noix, mais une autre plus étonnante. D’abord la trémelle.

Tremella mesenterica

     Cette trémelle mésentérique (Tremella mesenterica Retz) est bien plaisante à voir sinon à toucher. Couleur plus ou moins orangée, toucher gélatineux et tremblant. Apparaît sur bois de feuillus, mort ou non, aux périodes fraîches et humides. D’une famille proche, celle des Auriculariaceae, on rencontre parfois, aux mêmes périodes, mais sur du bois mort et la plupart du temps du bois de sureau, lAuricularia auricula-judae Wettstein ou Oreille de Judas. Par grande pluie elle accroche ses oreilles plus ou moins translucides, gélatineuses violacées-ocrées sur le bois nu qu’elle envahit en quelques heures alors que la sécheresse la recroqueville au point de la rendre quasiment invisible. Séchée et réduite en poudre elle rivalise tout à fait avec sa cousine asiatique dans la préparation des sauces auxquelles elle donne texture.

oreille de Judas

     Mais c’est bien vers la trémelle que ma pensée s’est orientée ce dimanche 15 juin 2008 à Reims. Car je l’avoue maintenant l’idée associée est partie de là et non de l’inverse, elle a pris naissance d’abord à cause de la couleur et ensuite de la forme. Ce purent être des voix -nous Rémois fêtions alors Jeanne d’Arc- et donc un renvoi inattendu vers les oreilles de Judas (sa traîtrise vaut bien celle de Cauchon) était dans l’ordre des choses, mais non ce furent des formes virevoltantes et des couleurs vives et chatoyantes qui firent surgir la trémelle en image de fond d’écran dans ma mémoire. Je vous les livre.

robes de danse

danses folkloriques du Vénézuela

     Par beau temps elles colonisent le macadam en groupes compacts. Les circonvolutions dessous la taille présentent des marges ourlées pourprées sur fond translucide orangé. La pluie, qu’elles craignent, les rend d’humeur maussade. Leur toucher est … non gélatineux, non tremblant ?

Ne m’en veuillez pas de ce commentaire imparfait : c’est la première description de l’espèce et rédigée en français elle ne sera pas recevable. Et sans elles pourtant, sans l’attrait du mouvement et des couleurs mon esprit n’aurait pas vagabondé vers la trémelle. C’est pourquoi lorsque j’ai l’air songeur et que ma femme, faute de réponse me dit : « à quoi penses-tu ? », je n’ai pas toujours la possibilité de donner une explication logique au cours de ma pensée. Peut-être ai-je des circonvolutions cérébrales contournées ? Ayez s.v.p. l’amabilité d’y songer dans la suite de la lecture de ce blog.

    Château de Montmirail, 19 juin 1940, Ernst Jünger songe :

     « …Des vitres à travers lesquelles je contemple cette image, celle du milieu a éclaté de telle façon que le morceau resté dans le mastic reproduit exactement en silhouette la tête de la reine Victoria. Sa bouche un peu hautaine est figurée par une délicate fêlure du verre. »

Ernst Jünger, Jardins et routes, Plon, 1942.

 

Sexe et graphisme

     Entre pré et bois l’idée m’est venue. La chaleur d’été ? Non, la vue d’un couple enlacé. Pas n’importe lequel certes mais une paire de limaces accouplée en une curieuse ronde immobile, un graphisme d’agence de com. On connaît leurs moeurs, un jour mâle, un jour femelle, en tout cas pas les deux à la fois. Ce jour des mâles échangeaient leurs spermatophores qu’ils stockent jusqu’à ce que devenus femelles ils puissent ainsi féconder leurs oeufs à pondre dans un minuscule terrier bien au frais. Notre espèce commune a ces habitudes que vous avez tous vues ou entr’aperçues sans être certains d’y voir bien clair dans l’expression de ces corps flasques et humides agglutinés.

limaces accouplées

     Si la limace luisante vous fait lever le coeur je vous propose une figure plus cordiale. Pas tout à fait d’accouplement car je n’ai pas d’image de bonne qualité mais de ponte en couple. La scène vous l’avez vue, justement en croyant peut-être faussement deviner un accouplement. En effet le mâle des ‘demoiselles, agrions et autres petites nymphes à corps de feu’ tient par ses pinces abdominales la femelle qu’il déplace ainsi de feuilles en feuilles sur la surface de l’étang et cette dernière dépose ses oeufs généralement sous la feuille qui touche l’eau ou le long de la tige sous l’eau. Romantique non ? Et superbement graphique :

libellules en ponte

     Pyrrhosoma nymphula ou ‘petite nymphe à corps de feu’ que vous pouvez également retrouver sur un autre de mes sites ici = http://jpbrx.club.fr/juin.htm

     Et plus loin, plein soleil et forte chaleur voici, je vous l’offre en solde, le dernier costume ‘in’ que la carotte sauvage exhibe avec superbe, noeud pap compris. Oh, punaises ! (pour de vrai) disent les intéressés qui ajoutent rouges de honte et rayés d’inutile crainte : vus, mais pas pris ! (car les oiseaux se méfient de cet éclat coloré qui annonce mauvaise saveur en bec)

accouplement de punaises

Graphosoma italicum ou scutellère rayée

     Les papillons aussi, en position d’accouplement, engendrent souvent une forme inattendue, bien avant leur progéniture. Tous ces graphismes d’instants, nouveaux à l’oeil font que la nature est une perpétuelle invention, au sens où il nous appartient de découvrir et de décrire ces phénomènes. Les plus grands observateurs et écrivains l’ont fait. J’ai déjà cité ici Fabre et ce jour je retiens Maurice Genevoix, précurseur d’un certain écologisme non radical.

          

accouplement de papillons nocturnes

       

papillons accouplés

  

     « ….deux bombyx de l’ailante accouplés, opposés, ne se touchant que par la pointe de l’abdomen, mais chacun étalant ses ailes en un demi-cercle parfait, les bords inférieurs de ces ailes rapprochant leurs franges frémissantes et faisant surgir à mes yeux une créature inconnue, double et une, admirable, un cercle fauve, vivant, d’une perfection inoubliable. »       Maurice Genevoix, Bestiaire sans oubli, Plon, 1971, p.156

     Je vais en rester là du thème sexe et graphisme dans la nature, objet d’énumération presque infinie. Toutefois me direz-vous, et l’homme ? Bien. Je vous laisse choisir le graphe le plus adapté à vos fantasmes, à vos besoins. Vais-je de ce pas vers l’érotisme ? Sans doute. Modérément et par idée graphique de rapprochement évocateur, le propre de l’érotisme en somme. Car dans le sous-bois une odeur pestilentielle chagrine mon nez, ne serai-je pas en présence d’une charogne sans la découvrir encore ? Que nenni mais d’un impudent, d’un fatigué, et ça arrive, de la panne manifeste. Quoi, allez-vous dire, vous osez dévoiler ici sur ce blog d’ordinaire propret et bien tenu la luxure et j’en passe ? Phallus impudicus cachez ce signe que je ne saurais voir, même en cet état….

phallus impudicus 

     Quitte à poursuivre sur ce chemin autant vous dire que je préfère m’adresser aux peintres et autres artistes pour clore cette notule sexy. Picasso m’est venu en tête, après la limace. Le voici dans un « couple« , brossé à l’huile en 1969 sur une toile de 162 x 130 cm que je subtilise à « Picasso laureatus » de Klaus Gallwitz, ed. La bibliothèque des arts, Paris et Lausanne, 1971, N°312 p.197.

Couple par Picasso, 1969

     ou encore cette encre suméi sur papier peinte par Robert Guinan en 1963, ‘effigies of Adonis and Aphrodite’ publiée par le Cercle d’Art par Agnès de Maistre en 1991 dans Guinan

Robert Guinan, encre sur papier

     Enfin, parmi quantité d’artistes présents sur la toile j’ai flashé pour Marie-Lydie Joffre, ses peintures et encres qui par suggestion laissent place aux rêves :

encre sur pierre de Marie-Lydie Joffre M.-L. Joffre, encre sur pierre

site de M.-L. Joffre  (cf.blogroll) et http://www.marielydiejoffre.com/

Que d’agitation dans les nids !

     Ne pas se fier à l’eau qui dort dit-on. Ici dans le sous-bois peuplé de ces scolopendres qui viennent de prendre l’habit vert éclatant du printemps le vacarme des nids semble bien improbable.

miroir d'eau

     Pourtant les couvées vont bon train. Juste au-dessus de cette mare un couple de sittelle torchepot (Sitta europaea L.) a pris possession -comme il se plaît à faire, d’un ancien nid de pic à environ six mètres de hauteur et dont il a maçonné l’entrée pour la rétrécir. L’oiseau rebondi, ocre et cendre, monte ou descend, parfois cul par dessus tête, poussant de petits sifflements et quelques roulades finales flûtées. J’aime à le rencontrer en toute saison ou presque ou à trouver, coincée dans l’écorce la noisette qu’il a oubliée là. On le sent vif, un maître dirait intelligent. En tous cas il s’active à nourrir sa nichée qui pour l’instant stridule doucement ; à peine l’entendrai-je si la roche proche ne faisait réflecteur dans ce cirque d’ordinaire paisible à peine troublé par les discrets chuintements brefs et répétitifs des écureuils.

sittelle nourrissant ses petits

sittelle devant l'entrée du nid

     Près de la maison l’agitation est à son comble dans le nichoir à mésanges. Des charbonnières (Parus major), les plus nombreuses, ravitaillent une colonie de becs oranges toujours grands ouverts et constamment en manque. Les vols se succèdent à une fréquence élevée (de l’ordre de 500 par jour) et le couple s’habitue à ma présence. Les cris ne cessent pas de l’aube au crépuscule et les jeunes commencent à utiliser le langage des parents. Ces derniers apportent surtout ce jour des chenilles vert tendre et des tipules.

adulte et jeunes mésanges au nid charbonnière au trou de vol

      Du balcon les adultes attendent parfois que l’un des deux soit sorti pour prendre la suite des becquées, ils doivent repousser les oisillons plus âgés qui occupent l’entrée et à leur sortie emportent dans leur bec l’enveloppe fécale qu’ils ont pincée depuis la source de manière à ne pas encombrer le nid qui serait vite un cloaque puant sans cette opération de salubrité familiale.

attente de nourrissage sur le balcon

mésange au trou de vol

que de contorsions pour parvenir à ses fins

opération de nettoyage

     Lorsque Mathieu 6, 26 fait dire à Jésus que :  » regardez les oiseaux du ciel, ils ne sèment ni ne moissonnent… » on constate là que l’image n’est pas celle d’un naturaliste d’aujourd’hui, encore moins d’un ornithologue mais uniquement celle de celui qui veut montrer que Dieu protège d’abord l’homme. Aujourd’hui on sait mais on ne pratique pas assez que c’est à l’homme qu’il revient de protéger les oiseaux du ciel (et la nature en général) s’il veut se préserver lui-même et seul des calamités qui vont advenir s’il continue à détruire la biodiversité. Du reste depuis peu l’Eglise a pris le train en marche et s’inquiète des dérives et excès du temps à ce sujet. Elle aurait pu ne pas oublier saint François, cela lui aurait fait prendre une longueur d’avance sur les naturalistes vigilants. Agir peut être une suite logique à l’observation.

     Dans le même temps d’autres couvent encore. Dans la discrétion comme la poule faisanne invisible à quelques pas du chemin

poule faisanne couvant

     ou en pleine visibilité comme cette merlette qui a installé son nid dans une niche de la creute

nid de merlette

    Il en est souvent de même des linottes qui construisent quantité de nids à des emplacements visibles de tous côtés de l’approche et d’où vient peut-être l’expression ‘avoir une tête de linotte’ ?

     Conclusion ‘à la Renard Jules’ :

…. »Tant qu’elle peut, elle nargue, piaille, siffle et s’égosille. Ainsi de l’aube au crépuscule, comme des mots railleurs, pinsons, mésanges, martins et pierrots s’échappent des jeunes arbres vers le vieux noyer. Mais parfois il s’impatiente, il remue ses dernières feuilles, lâche son oiseau noir et répond : Merle ! ».

Jules Renard, Histoires naturelles, Flammarion, 1967, p.161

Crachat et cratère, habitats inattendus.

     Crachat de coucou, ainsi est formulé l’avis de maison d’hôtes. Est-ce si surprenant ? Pas tant que cela quand on voit cette architecture au fond très contemporaine d’assemblage de bulles comme ferait tel poisson.

bulles de larve de cicadelle

 nid de bulles d’air de la cicadelle.

     Toquons et entrons, chassant ces bulles précautionneusement. Au beau milieu est la larve, vert tendre aux yeux foncés. Sitôt repérée elle cherche à s’abriter du soleil en secrétant un liquide qu’elle insuffle d’air par une réserve qu’elle a dans l’abdomen. Ainsi se forme ce curieux cocon protecteur. Gonflé, non ? L’insecte adulte est celui qui saute plus qu’il ne marche et qui se pose parfois sur nous lors des chaudes journées d’été. Son nom est philène spumeuse ou cicadelle écumeuse [de Cicada = cigale, pour la forme générale] (Aphrophora spumaria L.), les deux adjectifs évoquant bien la mousse. Le maître en observation et description que fut Jean-Henri Fabre n’a pas manqué notre insecte : .. »L’insecte relève le bout du ventre hors du bain où il est noyé. La poche s’ouvre, hume l’air atmosphérique, s’emplit, se referme et plonge, riche de sa prise… l’air captif jaillit comme d’une tuyère et donne une première bulle d’écume… » Jean-Henri Fabre, Souvenirs entomologiques, T.II, Bouquins, R. Laffont, 1989, p.362 et ss.

larve de cicadelle

          Autres moeurs. A l’abri du promontoir rocheux, dans le sable provenant de l’érosion accumulé là au pied de la falaise s’étend une zone au relief lunaire : une multitude de cratères ponctue la surface terreuse.

cratères de fourmilions dans le sable

     Tout à coup l’entonnoir s’anime. Des jets de sable fusent du fond vers la surface car un insecte minuscule, une cicadelle en fait, a glissé le long de la paroi et n’en revient pas de ce qui lui arrive. Sous la force des grains de sable qui lui tombent dessus en permanence elle ne peut regagner la bordure du cratère. Bientôt deux longues pinces l’enserrent, son compte est bon.

piège mortel du fourmilion

on voit la bête retournée et saisie par des pinces dont l’une se devine à droite

     En fait la larve de fourmilion cachée au fond de ce piège diabolique jette du sable dès que des grains de sable parviennent au fond, sur son corps enfoui. Si elle sent une proie comestible elle s’empresse alors de la saisir et de s’en nourrir, aspirant ses sucs et vidant la proie dont on retrouve parfois l’enveloppe.

larve du fourmilion en gros plan

gros plan sur la larve, les pinces sont bien visibles.

Conclusion : ces architectes aiment l’habitat fonctionnel mais ne donnent pas dans le social ! Âmes sensibles passez votre chemin.

Concomitance et muguet (suite)

      Poursuivre l’action de regarder au-delà des brins du muguet, s’échapper du grillage rassurant qui supporte la clématite mais empêche l’aller et venir.

clématite 

     être attiré par un premier appel puis voir dedans, s’immiscer. Ainsi mon oeil est-il d’abord intrigué par cette chandelle verte qui émerge parmi le lierre, les aspérules, jeunes orties et vertes herbes. Puis m’approchant je vois certaines de ces bougies chlorophyllées entr’ouvertes et suis sûr que si j’étais un moucheron je tomberais dans le panneau, en fait l’entonnoir. A voir donc de plus prêt.

inflorescence du gouet  spathe du gouet  spathe et moucheron

     N’étant point mouche je découpe l’enveloppe et découvre ce piège bien surprenant. En effet l’insecte explorateur est d’abord retenu par une barrière de poils puis des fleurs mâles plus ou moins flêtries avant de marcher sur le rideau de boules des fleurs femelles. Quelle affaire ! Impossible de sortir. Puis deux ou trois jours plus tard l’enveloppe s’avachit, tout se rétrécit et la bestiole peut s’échapper.

pièces florales du gouet  gros plan sur les fleurs du gouet

     En fait les fleurs mâles sont actives avant les femelles et le visiteur tentant de fuir s’est frotté sur les étamines chargées de pollen. Puis s’est échappé à la première faiblesse de l’enveloppe. Il recommence son manège intéressé par l’odeur du cornet. Et là il se fait prendre à nouveau dans une deuxième inflorescence qu’il vient naturellement féconder en se frottant sur ses pièces femelles mûres. Et ainsi de suite. Belle invention ou adaptation des plantes durant les millénaires de l’évolution que l’inspection attentive d’un pied de gouët ou pied-de-veau ou arum tacheté (Arum maculatum) nous fait comprendre. Dans quelques semaines ne dépassera du sol qu’une tige surmontée d’un décor de boules rouge-orangé : on ne sait pas toujours que ce sont les fruits toxiques de cet arum.

fruits du gouët en août

     Vous pouvez voir cette aquarelle et d’autres de plantes du bord des chemins sur le site internet que j’ai construit vers 2000 ici :

http://jpbrx.club.fr/arum.htm

     Dans le sous-bois, aux abords ou dans le savart les premières orchidées tout juste en boutons apparaissent. Ce sera l’occasion d’autres découvertes et peut-être émerveillement dans une note à venir. Admirons seulement ce jour, en conclusion, les fleurs de l’Orchis purpurea et celles non écloses de la listère à feuilles ovales = Listera ovata :

   Orchis pourpre

Listera ovata

     Vous êtes d’ordinaire aimables et indulgents envers l’auteur -ce pourquoi je vous suis reconnaissant, mais je vous recommande de délaisser la magie virtuelle de l’écran pour aller dans la nature, in situ, examiner de près ces ‘curiosa’ car rien ne vaut l’observation personnelle et le contact des choses : cela seul fait éclore des sentiments aptes à déclencher de fertiles passions. Car comme il est écrit magnifiquement ci-dessous :

     « C’était là que parfois, le samedi après-midi, les grands de l’école partaient pour une étude appelée leçon de choses, et je n’ai compris que plus tard combien les choses en effet ont à dire pour ceux qui les voient. »

Pierre Moinot, La Saint-Jean d’été, Gallimard, 2007

le fait de savoir observer et rendre compte est la clé de tout enseignement. Il est impératif devant le déferlement virtuel -dont pourtant j’use et abuse- de revenir à cette réalité, passionnément.

Bien roulées !

     Tandis que dans la grotte, drapée de ses ailes enroulées du manteau de la nuit, rêve la pipistrelle…

pipistrelle endormie

     Au-dehors voyez ces herbes comme roulées en un cylindre, presque une sphère de 7 cm de long et 6 cm de diamètre suspendue entre les branches griffues des épines noires au pied du talus pierreux. Une entrée -à peine plus d’un centimètre de diamètre, permet à l’architecte et constructeur d’aller et venir. L’occupant a pour nom muscardin (Muscardinus avellanarius L.), est de moeurs nocturnes et de grande discrétion. Sa famille est celle des gliridés, tout comme le loir et le lérot, il en a hérité une queue touffue, vous savez bien qu’on ne choisit pas son physique. Je ne l’ai vu qu’une seule fois au cours de mes balades naturalistes.

nid du muscardin

     Bien roulées encore ces curieuses frondes de fougère scolopendre (Scolopendra scolopendra L.). Les plus délurées évoquent des najas encapuchonnés dodelinant du chef au son du flûtiau.

jeunes frondes de scolopendre

     Les plus timides, faisant coeur, font penser aux crosses ornées médiévales des évêques et des abbés, aussi bien processionnent-elles tout au long du revers humide de la falaise tertiaire où les rayons du couchant les revêtent d’un placage argenté soyeux.

frondes de scolopendre

     J’attendrais bien là leur lent déroulement avec l’impatience du voyeur qui, transporté dans ses rêves illumine ses nuits d’une vision de filles bien roulées, sauvageonnes apprivoisées qu’a si bien fait surgir de ses toiles, dans la luxuriance d’une végétation tropicale chauffant la scène, le peintre Anders Zorn, comme ci-dessous dans une toile nommée ‘Hindar‘ :

peinture de A. Zorn

huile sur toile, in Sotheby’s Preview, 1998, p. 83

     A mon réveil la linotte mélodieuse égrène les notes pointées d’une roulade de symphonie pastorale qui s’égouttent depuis la jeune frondaison.

couple de linottes mélodieuse

     Pas de doute le printemps est bien là, se déroulant en majesté. Cafardeux s’abstenir d’y voir, enjoués promeneurs claironnez donc cette renaissance avec les cuivres les plus sonnants !