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Penser à Hitler avec les pensées de Nabokov

Lisant Vladimir Nabokov, Autres rivages, souvenirs, nrf, Gallimard, Paris, 1961 (traduction = Yvonne Davet)

J’arrive dans les parcours à travers quelques jardins botaniques de villes européennes, juste avant l’exil en 1939. L’auteur relate alors ses souvenirs de jeune père lorsqu’avec sa femme ils promenaient leur jeune garçonnet :

« … Notre enfant devait avoir un peu moins de trois ans, ce jour de vent à Berlin (où naturellement il n’était possible à personne d’échapper à la familiarité avec le portrait omniprésent du Führer), ce jour de vent où, debout tous deux, mon fils et moi, devant une plate-bande de pâles pensées, dont les visages tous levés en l’air présentaient une tache noire en forme de moustache, nous avons bien ri, l’idée assez saugrenue m’étant venue de souligner leur ressemblance avec une foule de petits Hitler en train de se démener. »…

moustache d'Hitler dans la pensée de Nabokovtirées du catalogue de la Maison Fabre (graines, le grand jardin)Fabre, Metz, 2013, quelques variétés de Viola x…. dont l’une d’entre elles, hybridée sans doute des milliers de fois, a formé une image et suggéré un rapprochement dans le cerveau de Nabokov. On a ri nous aussi et vous probablement de même.

La percée de Galanthus

Les voici ! Les voilà ! la neige vient à peine de disparaître, quelques plaques d’arrière-garde en blanches guenilles s’accrochent encore sur les pentes nord du Chemin des Dames, sur les glacis de structures détruites dans le jardin contre le bois.

soufflées en congères lentes à fondre ces plaques font une guirlande sur l’horizon du Chemin des Dames, au niveau du Plateau de Paissy, à l’emplacement des premières lignes françaises en 14-18.

Un peu plus loin la glace sur la mare agonise mais tient encore la rive, sa peau desquamée suppure de bulles hier belliqueuses, elle semble vouloir faire retraite, comme le monstre, au fond de la creutte infernale.

glace en fusion sur la mareBlotties en troupes compactes et distantes des touffes de perce-neige laissent tomber leurs clochettes finement colorées d’un étroit liseré vert. Blêmes et transies elles attendent la secousse d’un prochain coup de vent qui fera tomber la goutte accrochée à leur moustache pistache. Voici de nouveau le Galanthus nivalis. Abondant dans le village il surprend chaque année le promeneur qui tape une dernière fois (?) ses bottes auréolées d’une pellicule de neige fondante. Son nom vient du grec = fleur de couleur blanche, des neiges. Il affectionne en effet les pentes fraiches où tardivement la neige recule en bon ordre comme un envahisseur germanique installé là quelque temps naguère, une fois ou l’autre.

liseré vert de la fleur de perce-neigele manque de lumière m’a amené à trop forcer la sensibilité, d’où une pixellisation excessive mais vous ne regardez pas souvent cette fleur par le dessous…

Dans le même temps, en même situation, sur la pente raide d’un ancien entonnoir de bombe perlent et jaillissent les gouttes de sang des pézizes écarlates (Peziza coccinea) accrochées sur des rameaux pourrissants. Comment en ces lieux ne pas penser à toutes ces blessures vaines, ces hémorragies inutiles que l’un et l’autre des belligérants ont parfois tenu comme un insigne honneur ? Pansons !

voir aussi sur le perce-neige un article de ce blog ici (un peu plus tardif en saison):

http://voirdit.blog.lemonde.fr/2008/02/28/dans-mon-jardin-lhiver/

Vailly, années d’avant la Grande Guerre

« A la Parisienne« , ainsi est nommé un commerce d’habillement situé à l’extrémité nord de la rue Alexandre Legry alors appelée ‘rue d’Aisne‘, côté est de cette rue. Notre document de référence est une photographie éditée en carte postale, support très en vogue en ces années de la période qualifiée de « Belle Epoque » par la suite.

A la ParisienneLe bandeau de corniche porte : « A la Parisienne » et entre les fenêtres de l’étage se lisent : « chemises, corsets, cravates, foulards, articles de voyage, maroquinerie, vêtements, confection et sur mesure« . L’appellation est reproduite sur le front de vitrine, à sa gauche est illisible un article en vente, à sa droite on lit : « bonneterie« . Entre les vitres de vitrine on peut encore lire : « lingerie, chaussures, confection pour dames, soieries, doublures, brosserie, tapis« . D’autres titres ne sont pas lisibles.                                                                         Sur son ‘pas de porte’ la propriétaire est en discussion avec deux dames, un homme observe de loin le photographe en action. D’autres devantures annoncent une rue ‘commerçante’ active dans le cadre d’un chef-lieu de canton qui compte environ 2000 habitants. Le trottoir est étroit, la rue pavée. Elle le restera jusqu’aux années 50 bien que son tracé ait été rectifié après les destructions de la guerre. On aperçoit ci-dessous tout au bout de la rue une partie de ce magasin, dernière boutique en saillie avant la Place du Général Félix devant l’église. Suit une vue de cette rue détruite lors de la guerre.

Coincée entre deux montées latérales de toiture en ‘saut de moineaux’ comme il est fréquent dans notre région, la retombée du toit ‘à la Mansard’ indique une réfection sans doute récente. Plutôt d’appartenance urbaine, elle est rare dans notre petite ville à cette date où on la trouve également place de l’Hôtel de Ville essentiellement.

ruines dans Vailly vers 1920 (surgissement des années anciennes : je conserve encore en mémoire le claquement des fers de sabots des rares chevaux sur ces pavés ainsi que leurs nasaux fumants dans les matins glacés, leurs pieds entourés de chiffons pour atténuer les glissades sur le verglas. Images enregistrées avant leur disparition définitive vers 1955-60, le dernier véhicule hippomobile étant celui de l’éboueur, après ceux du livreur de charbon et du laitier ; images des derniers soubresauts de la civilisation du cheval, le vrai, avant celle de la traction automobile généralisée dans toutes les classes sociales au milieu du XXe siècle).

On peut imaginer que les clientes trouvaient là l’essentiel de leurs besoins en habillement et qu’il n’était pas nécessaire qu’elles entreprennent un déplacement à Paris ou à Reims. Elles pouvaient étoffer leur curiosité en consultant les catalogues illustrés des grands magasins parisiens par exemple dont voici des extraits d’exemplaires contemporains.

échantillons de tissus d'un catalogue en 1903

échantillons de tissus dans le catalogue du magasin ‘Le Printemps’, Paris, 1903

Sur cette autre photographie (carte postée en 1908)la rue se présente depuis le sens opposé à la précédente, regards tournés vers le sud de la rue d’Aisne. Le pignon du magasin porte des inscriptions de ‘réclame’ identiques à celles de la façade. On lit en complément : »[cha]pellerie, [parap]luies, ombrelles, couronnes mortuaires« 

Sur son échelle double, un peintre en bâtiments nettoie ou peint. Il pourrait être ‘peintre en lettres’, de ceux qui connaissent le tracé et l’exécution des écritures de publicité directement sur le support à l’aide de pinceaux aux soies démesurément longues. Il m’évoque une toile de Frédéric Bazille sur laquelle s’activent des compagnons peintres.

Une cliente potentielle, celle qui a rédigée la carte ci-dessus, demande qu’on lui apporte un vêtement acheté récemment :

« …dis à Ernestine qu’elle m’apporte le petit vêtement blanc d’Yvonne que j’ai acheté dernièrement, je lui ai montré avant de partir, dans un carton dans le petit cabinet. A demain Marguerite.« 

A l’époque des Parisiens originaires du bourg ou inspirés par sa tranquillité et la possibilité de venir depuis Paris par le train (Gare du Nord jusque Soissons, puis autre train « Chemin de fer de la Banlieue de Reims ») passaient des moments de détente à la campagne, par exemple au cours de promenades à pieds, à cheval ou à bicyclette ou encore lors d’activités de pêche ou de canotage. A la veillée tout les disposait à la lecture du célèbre ‘Almanach Vermot’ ci-dessous dans un exemplaire de 1902 :

almanach Vermot de 1902

« A la Parisienne« , une enseigne, une devanture, un magasin, un commerce qui ont fait rêver, à n’en pas douter, nombre de Vaillysiennes et Vaillysiens à la naissance du XXe siècle.

Des départs, une ronde d’échanges épistolaires.

Ce vendredi,  pour les Vases communicants de février (merci à Scriptopolis, Tiers Livre et à Brigitte Célérier) une ronde, un échange à sept plumes sur le thème des départs avec Elise L.JW.Chan, Dangrek, Quotiriens, Dominique Autrou,

Sur ma page publie ce jour Dominique Autrou : http://dom-a.blogspot.fr/ sous la forme de son récit intitulé « la bouée en caoutchouc » :

«… dans les champs de l’observation, le hasard ne favorise que les esprits préparés …»

                                                                                      (Louis Pasteur, conférence du 7 déc. 1854)

On n’allait pas partir comme ça, de gaieté de cœur. Il fallait un motif solide. La guerre, par exemple. Ou plutôt une campagne de pacification, euphémisme accablant du langage militaire. Partir c’était, bien sûr, partir presqu’à poil, emmenant juste avec soi les casseroles, névroses, complexes, tout cela dans la même carcasse qui nous vaut carrosserie ; inconsciemment, malgré la volonté (ou la contrainte) qui nous font bouger, un lourd bagage qui peut s’ouvrir, patatras, au meilleur moment, un encombrant qui se rappelle à nous. Quand le bagage est beau, il risque tout de même de répandre sa nostalgie n’importe où, quitte à provoquer le fiasco. Revenir avec un paludisme serait un moindre mal, une syphilis n’y pensons même pas.

Horizontalité, assez revêche, d’un côté ; plan romantique certes, un peu trop même, on sent l’opportunité d’une pose dans la ruine. Crozon (ou Morgat) n’inspirent pas d’emblée la lascivité. Vêtements d’hiver, allure fixe  (déterminée ?) on entendrait presque un silence — plein — dans une sonate de Brahms. Et c’est une respiration sans les parents, ni les enfants apparemment (ou alors ils ont été délimités). En tous cas il y a eu plaisir, plaisir de circonstance mais plaisir, on se garderait de toute critique formelle si l’idée nous en venait. C’est une caresse, une tendresse d’œil. Le départ est proche et l’absence sera longue, très longue.

Et puis il y a, à dix mille km de là (et le mois suivant, et sur le même film 35 mm dont  on comprendra bientôt la solitude parmi les autres bobines accompagnées de leurs tirages) cette inconnue dansant avec sa chambre à air – bouée (Michelin, forcément) et qui semble — on se souvient de l’expression — ne pas avoir froid aux yeux. Son regard, à l’instar de la mise en scène bretonne, dit aussi la pose, manifestement elle la tient le temps de la photo, docile sous le photographe, immobile autant qu’elle le peut dans un élément liquide familier si l’on en croit la position des jambes et des pieds, dont les doigts, on l’aura vu immédiatement, sont faits. Des ongles de pied vernis, à Chup, dans la jungle ? Improbable, on doit être à Kampong Cham, ou alors au Cap Saint-Jacques ? En butte à tant de conjectures, inutile de se perdre, l’interrogation est troublante, d’ailleurs, et l’insolite n’est pas tant dans la question que dans son motif. Il serait plus judicieux de simplement se laisser aller, se perdre dans ces yeux ; de noyer son imagination au chaud, par procuration, ailleurs. Proust préconisait de laisser les jolies femmes aux hommes sans imagination ; aux militaires, par exemple ?

photographies : coll. de l’auteur

 

 

Emile Despax : pensée pour lui ce 17 janvier 2013 en référence au 17 janvier 1915 à la ferme du Metz de Moussy-Verneuil (02)

Mort à 33 ans dans les combats du Chemin des Dames (249e R.I.) Emile Despax, poète élégant, mérite assurément une pensée en ce jour anniversaire de sa mort. Sa courte carrière est connue, sa mort également. Cependant la découverte d’un témoignage supplémentaire est l’objet de cette note. Ce témoignage nouveau est extrait d’un ouvrage des plus intéressants paru tout récemment : Thierry Secretan, 1914-1918, Le temps de nous aimer, La Martinière, Paris, 2012, 332 p.

En date du 23 février 1915 Robert Rey note dans un courrier à sa femme Denise que le commandant Weiller a évoqué la mort du lieutenant Despax devant son père. Voici ce que Robert en a retenu : … »Il arriva donc comme officier, n’ayant pas encore vu le feu, sur un secteur particulièrement délicat et scabreux. Le courage certes ne lui faisait pas défaut, mais il ne connaissait pas les mille et un trucs de la tranchée que connaît le dernier des fantassins de deuxième classe. Il y a dans les tranchées boches comme dans les nôtres d’ailleurs, des guetteurs toujours prêts à faire feu et des mitrailleuses toujours braquées. A un moment, pour voir avec plus de facilités quelque chose en avant de la tranchée, un sergent, auprès de Despax, se haussa quelques secondes au-dessus du parapet de la tranchée, puis redescendit. Despax en fit autant, mais il commit, sans s’en douter, l’énorme imprudence de se montrer au même endroit où le sergent venait de se montrer. Une balle en pleine tête l’abattit aussitôt. C’était je crois, la première ou la deuxième fois qu’il descendait aux tranchées. »                                                                                                     ouvrage mentionné ci-dessus, p. 50 ; la photographie ci-dessous montre la ferme du Metz, elle est extraite du même livre, p. 56

Moussy-Verneuil est un village situé sur le rebord sud du Chemin des Dames, entre Bourg-et-Comin et Cerny-en-Laonnois. La ferme du Metz n’a pas été reconstruite après la guerre.

acte de décès d'Emile Despax

Acte militaire de décès d’Emile Despax issu du site « Mémoire des hommes ».

Carpe Diem  

Aime la vie. Et cueille au penchant de la treille,

 Le matin clair, le midi fauve et le soir blond,

 De l’heure transparente où sortent les abeilles,

 A l’heure déjà trouble où rentrent les frelons.

 Les Heures aux beaux pieds, dans leurs danses vermeilles,

 Mènent au ciel nacré la ronde des saisons.

 Suivant le mois, jouis en paix dans ta maison,

 De l’âtre en feu, des fleurs, de l’ombre ou des corbeilles.

 Le silence, coulant de la lande au verger,

 Posera son poids bleu sur ton sommeil léger.

 Vis sans douleur. Écoute et vois. Sache sourire.

 Et bénis la beauté de la vie, en pensant

Que ton coeur est pareil au jardin, où l’on sent

 Tant de roses s’ouvrir et tant d’ailes bruire.

Extrait de « La maison des glycines » 1899-1905, Mercure de France, 1926

Vous trouverez de nombreux renseignements sur plusieurs sites internet ; l’étude de Louis Férin, Emile Despax, le sous-préfet aux champs, Graines d’histoire, n°5, mars 1999 est une synthèse intéressante sur cet auteur et son bref mais définitif séjour au Chemin des Dames. Sa tombe est au cimetière de Moussy-Verneuil, la commune lui rend hommage chaque 11 novembre et une plaque émaillée raconte son parcours. Sa composition, texte et graphisme, est de Louis et Olivier Férin.

ensemble iconographique relatant la vie d’Emile Despax imprimé dans l’émail d’un panneau près de la tombe, au pied de l’église de Verneuil, dans le prolongement de la ‘Place Rillart de Verneuil’.


 

Champ de Mars en chiffres

Ces jours-ci la polémique enfle au sujet du nombre de participants à la « Manif-pour-tous » et plus particulièrement du nombre de personnes présentes au ‘Champ de Mars’. Très intrigué par les nombreux mails reçus et le contenu de la presse j’essaie de raisonner autrement qu’en avançant des chiffres hypothétiques et qui deviennent d’expression quasi biblique à mesure que les heures passent, ainsi arrivait-on hier soir à 700 et même 800000 personnes sur ce même Champ de Mars. Impossible.

D’abord la surface : le Champ de Mars dans sa surface potentiellement accessible à des personnes, c’est-à-dire comprenant les avenues Thomy-Thierry et A. Lecouvreur mais pas les avenues latérales (Reclus, Deschanel, Floquet) correspond à un rectangle d’environ 700 m x 270 m soit 189000 m2 ou 19 ha. Il s’agit là d’un maximum quasiment impossible à garnir par une foule très comprimée mais supposons que cela puisse être et en dépit de la dangerosité que cela représenterait.

Ensuite le nombre : on obtiendrait alors en comptant 3 individus par m2 un nombre de 570000 personnes qui rend plausible par exemple le nombre de 500000 évoqué souvent pour la visite de Jean-Paul II et bien que ce soit déjà une évaluation très haute, compte-tenu du fait que 3 personnes au m2 c’est proche de la boîte de sardines. Mais ce jour-là la foule était bien dense comme le démontrent les photos aériennes. Quant au nombre de 4 par m2 parfois avancé c’est celui d’un compartiment de métro aux heures de pointe, pas tout à fait comparable à celui d’une foule, même postée. Ces remarques rendent le nombre de 700000 avancé pour le concert de J. Halliday quelque peu douteux à moins de compter des personnes à l’extérieur de ce périmètre.

Les photos jointes dans les messages de ces jours derniers sont loin de montrer la même étendue occupée et la même densité que lors de cette cérémonie papale. Je ne dispose pas d’autres clichés. Raisonnablement il faut cette fois considérer une surface occupée (avec bien des vides cependant) maximale de 700 x 65 m soit 45500 m2 ou 4,5 ha. Si on prend le même chiffre de 3 personnes par m2 on aurait au mieux 135ooo personnes mais au vu des images le chiffre de 2 personnes par m2 (sur l’ensemble) semble plus exact, ce qui donne un peu moins de 100000 personnes. C’est déjà beaucoup mais on aboutit par ces calculs théoriques et pratiques à des chiffres finalement proches de ceux fournis par la police. Cela ne signifie pas qu’il n’y ait eu également des groupes de personnes disséminés ici et là, ni que d’autres ne soient pas encore parvenues sur le Champ de Mars au moment de la photo. On pourrait ainsi encore grossir un peu et sans tomber dans la démesure les chiffres officiels. Mais ne tombons pas dans l’excès contre-productif qui nuit à la cause qu’il défend ; en tout savoir raison garder semble être un adage honnête alors qu’il est bien connu que ce qui est exagéré est insignifiant.

Champ de Mars

image Google Earth modifiée. En vert clair la surface théorique totale, en rouge la surface occupée plus ou moins densément ce dimanche, selon l’observation des photos disponibles. La longueur maximale mesurée se lit entre les points rouges et sur le tableau.

Le débat sur les chiffres est permanent et sans solution immédiate (bien que scientifiquement ce soit aujourd’hui possible d’estimer d’assez près une foule stationnaire). Tout organisateur augmente la participation et tout opposant la diminue, ce fait perdurera. Cette note n’a pas pour objet de mettre en avant un point de vue plutôt qu’un autre mais de s’élever contre des appréciations absolument fantaisistes et sans fondement qui, répandues sur le web, en viennent à discréditer toute cause par l’excès colporté à l’infini.

 

Ips ! ou voeux 2013 typographiés.

Dans le sous-bois vert de mousse, gluant de boues, luisant de gouttes la souche rougeâtre attire l’oeil. Gratter l’écorce pour faire apparaître l’essentiel semble être le message du jour : j’exfolie. Belle idée. L’ips typographe (Ips typographus L.), ou bostryche typographe ou encore grand scolyte de l’épicéa a encore crayonné entre écorce et aubier durci :

ips typographegaleries à trois branches de l'ipsNotre ips donc gribouille avec frénésie, comme l’enfant sur le papier, le mur, sur tout. Savoir à quoi il ressemble vous sera de peu d’usage ce jour mais allez voir par exemple ici pour satisfaire votre légitime curiosité :

http://www.srpv-midi-pyrenees.com/_publique/sante_vgtx/organismes_nuisibles_et_lutte_obligatoire/fiches/ips_typographus.htm

Sur ce l’idée m’est venue d’utiliser ce thème quasi abstrait et modérément ordonné pour vous offrir un message écrit et virtuel. Un peu de bidouillage pour exagérer les tracés, une pointe de crayon numérique afin de rendre le message compréhensible et la carte est remplie.

Bonne et heureuse année 2013 à toutes les lectrices et tous les lecteurs de ce blog, fidèles ou de passage et que 2013 vous permette de vous réjouir du spectacle infini de la nature, même si parfois il faut gratter un peu pour lire son message revigorant !

carte de voeux 2013 par Jean-Pierre Boureux

Et pour conclure typographiquement et en l’espoir d’une année 2013 forte de culture vivante je vous propose ce souvenir d’adolescence de Vladimir Nabokov : [ce souvenir est de Pâques 1915]

« …Les yeux me cuisant encore d’avoir été éblouis par la neige, je ne cessais d’essayer de déchiffrer, sur le mur proche, un portrait dit « typographique » de Tolstoï. Comme la queue de la souris sur une certaine page d’Alice au pays des merveilles, il était entièrement composé de caractère d’imprimerie. On avait employé une nouvelle entière de Tolstoï (Maitre et serviteur) pour faire le visage barbu de son auteur, qui, soit dit en passant, avait quelque ressemblance avec notre hôte. »

Vladimir Nabokov, Autres rivages, nrf, Gallimard, Paris, 1961, p.159

Néchin et son seigneur

Néchin fait parler de lui ces jours derniers, jaser même, chant d’un jaseur quasiment boréal forcément une fois passés la Loire, la Seine et même l’Escaut. Chansons de gestes et de films qui font leur cinéma. Assez dit là-dessus et entendu, le citoyen dont il est question devait s’attendre à autant de bruit autour de sa personne en prenant la décision de migrer là.

Oh bien peu étrangère cette terre, contre la limite d’anciennes et toujours présentes circonscriptions politiques et administratives. Par curiosité naturelle d’historien archéologue j’ai voulu voir sans me déplacer de quoi il est question dans toutes ces colonnes de presse, tous ces écrans. Ma surprise fut grande de découvrir que Néchin Estaimpuis, province actuelle du Hainaut, royaume de Belgique eut son seigneur constructeur. Parfaitement, et je n’avais donc plus à chercher d’autres illustres propriétaires. Assez riche pour laisser des traces au sol  pendant huit siècles environ, ce qui ne sera peut-être pas le cas des nouveaux et également riches propriétaires de la contrée. Sa construction se voit comme le nez au milieu de la figure de son propriétaire. Voyez vous-même !

château en ruine d'Arnould IV d'Audenarde

château en ruines d’Arnould IV d’Audenarde, grand bailli de Flandre

Vous constatez qu’il s’agit d’une muraille en forme de polygone à onze côtés d’environ 12 à 14 m. avec porte-châtelet à deux tours et comprenant encore des vestiges de tours très saillantes. L’ensemble est situé à 1100 m. au nord-nord-est de l’église du village et semble indiquer la présence d’un espace seigneurial comprenant ces murs et un donjon excentré quadrangulaire d’environ 9 x 7 m de côté. Le maître des lieux, vassal du roi de France fut riche et au courant de l’art de bâtir puisque ce type de vestiges s’inscrit dans la typologie bien connu par les historiens médiévistes du château de type ‘Philippe-Auguste’. Toutefois il semble qu’ici le donjon soit plus ancien que la muraille l’enserrant, peut-être serait-il des XI ou XII e siècle et non du XIII e siècle comme les autres vestiges, à vérifier par fouilles. Le lieu est nommé « château de la Royère » en référence avec la notion de limite et séparation. Ces vestiges ne manquent pas d’intérêt car l’ensemble bien que détruit n’a pas ou peu évolué après sa destruction, ce qui est assez rare.

Son propriétaire actuel est connu et la presse belge en a parlé l’an passé surtout en mettant en avant sa passion de l’histoire et son souhait de réédifier en tout ou partie ce château dont sa famille est propriétaire depuis de nombreuses années en tant qu’agriculteurs. Il se dit vouloir agir seul en vulgarisant au mieux l’esprit et la culture médiévale mais évidemment ne serait pas opposé à un mécénat qui lui permettrait d’avancer plus vite sa reconstruction. A bon entendeur ! Il sait où frapper mais sera-t-il entendu ? Un éventuel donateur devra se faire discret en tout cas s’il ne veut pas paraître nouveau seigneur des lieux. Nul n’est prophète en son pays, c’est bien connu. Comment pouvaient bien faire ces grands du monde naguère pour bâtir ainsi ? Mais ils levaient l’impôt, eux, pardi, au lieu de le fuire !

 

Première neige

Quelque agitation scolaire et quelque impatience devant la première neige attendue. Les services météos de plus en plus fiables, annoncée elle vient et dans une température voisine de 0°O°O°0°C, bien collante elle nappe tout alentour, du proche au lointain. Charme indéniable, blancheur ouatée satinée sucrée. Que du bonheur visuel et corporel. Si l’environnement présente quelques structures volumétriques marquées, des lignes audacieuses et des renfoncements sombres alors place au tableau, à l’image parlante qui dit autant et plus que le verbe.

neige et roches calcaires

cordon de neige brisé sur main-courante

cordon de neige brisé sur main-courante

Quels génies, quels élémentals ont-ils fait tourner et brisé le cordon spiralé ? En lieu de réponse, dans sa magnificence vespérale, le soleil jette un clin d’oeil orangé :

Au lendemain vers la mare subsistent pour quelques heures encore des napperons ourlés, des guenilles dépecées, des aplats déchirés qui en leurs reflets s’estompent dans la fusion soudaine et les vaguelettes du temps sur les eaux éternelles :

j’attends la prochaine dans l’impatience de l’enfance

Les textes littéraires sur le thème de la première neige sont des plus nombreux. Je cite en conclusion celui de Maupassant, Première neige, extrait du site de l’Association des Amis de Maupassant et publié le 11 décembre 1883 dans le Gaulois. Il se trouve être dans un ton beaucoup plus triste que cette simple note de blog. C’est ainsi et la neige est dure aux plus démunis, ce que notre civilisation des loisirs nous fait parfois oublier. Dans le texte de Maupassant en question la démunie est une délaissée involontaire.

Le site de l’association est en lien ici, à la page de ce texte où vous pourrez le lire en entier :

http://maupassant.free.fr/textes/neige.html :

« … … A présent, elle va mourir, elle le sait. Elle est heureuse.
    Elle déploie un journal qu’elle n’avait point ouvert, et lit ce titre : « La première neige à Paris. »
    Alors elle frissonne, et puis sourit. Elle regarde là-bas l’Esterel qui devient rose sous le soleil couchant ; elle regarde le vaste ciel bleu, si bleu, la vaste mer bleue, si bleue, et se lève.
    Et puis elle rentre, à pas lents, s’arrêtant seulement pour tousser, car elle est demeurée trop tard dehors, et elle a eu froid, un peu froid. … …. »

Le désert de M. Villani.

Dans ‘le Monde des Livres‘du vendredi 14 septembre 2012 M. Cédric Villani présente aux lecteurs par le biais de Mme Julie Clarini son livre « Théorème vivant« , Grasset, 2012, 288 p.

Parmi les divers arguments que l’auteur avance figure l’idée des mathématiques vivantes. Je le cite : … Et puis ce titre c’est aussi une façon d’insister sur le caractère vivant des mathématiques. Les mathématiques pour les gens, c’est mort, immuable depuis des siècles. Or ce n’est pas du tout cela, c’est foisonnant, c’est en perpétuelle évolution. La référence qui me vient à l’esprit, c’est un livre que je lisais quand j’étais enfant, de la collection « Walt Disney Nature » qui s’appelait Désert vivant. … …Personne n’imagine le désert ainsi et personne n’imagine un théorème comme quelque chose de vivant. …

Et bien ce livre a également peuplé mes rêves de gamin, m’entraînant au-delà des réalités usuelles et aguichantes de la nature peuplée des rives d’Aisne, des plateaux ensoleillés qui surplombent exposés au sud le cours de cette rivière. Quand par des étés très chauds stridulait la cigale de Bourgogne, quand en ces mêmes heures je parvenais à distinguer parmi les tiges herbacées la silhouette à nulle autre pareille de la mante religieuse, alors oui j’étais comme emporté vers ce désert vivant imaginaire et présent tout à la fois.

Walt Disney, Désert vivant, texte de P.-A. Gruénais, Hachette, 1955, 94 p.

Je me souviens que cet ouvrage, luxueux pour l’époque avec quelques illustrations pleine page en couleurs, visuel encore bien rare, voisinait avec une publication de Larousse intitulée : ‘ Beautés de la flore exotique‘ qui produisait sur moi le même effet. J’ai conservé ces deux ouvrages, le second porte encore son prix de 1955 : 1600 fr. Sans doute une somme élevée pour l’époque. Ci-dessus ce livre de Walt Disney et Hachette, encore sous sa protection en papier cristal dont nous usions pour revêtir nos plus précieux livres. Gestes oubliés gestes d’attention et de délicatesse que la richesse déshabitue des moeurs du temps présent.

combat d'un rat kangourou et d'un crotale

combat d’un rat kangourou et d’un crotale

Nous baignons aujourd’hui dans un océan d’images duquel émergent quelques clichés dignes d’intérêt mais la magie n’opère plus de la même façon puisque l’abondance entraîne immanquablement lassitude, affaiblissement et manque d’appêtit. C’est pourquoi j’essaie d’expliquer un peu de cela cela à nos petits-enfants lorsque je leur confie ces menus trésors d’antan. Et si la lecture de ces anciens livres leur ouvre la voie des mathématiques, de la science et de la connaissance alors M. Villani sera sans doute ravi d’avoir confié ses souvenirs personnels aux lecteurs et de m’avoir donné l’occasion de rédiger ces lignes, ce pourquoi je luis suis redevable et l’en remercie.