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Sexe et nature : un jour ordinaire de juillet

L’été 2013 entre en force, retardé qu’il fut pendant des semaines. Tout est paisible. Absents ou presque, les insectes naguère si vrombissants et dont le nombre ici est en chute libre, vaquent à leurs occupations usuelles. Dans le jardin les rosiers embaument, ainsi que les dernières pivoines herbacées ou en arbre.

Non loin d’un pied-mère des drageons de sumac encore revêtus de leur pelisse duveteuse se balancent au vent léger dans les herbes d’un ancien chemin.

 Le jaune safran bien vif d’une variété de millepertuis attire l’oeil. Le nôtre, à cause de la couleur et de la forêt d’étamines, celui du bourdon, probablement pour les mêmes raisons.

demandez donc le son à Nikolaï Rimski-Korsakov, comme en interlude !

alors qu’à deux pas une abeille refait sa pelote de pollen sur la touffe encore maigrement coiffée d’une tige florale de kniphofia en décrépitude colorée :

Agitation sur ma droite : sur les fleurs défraîchies d’un rosier viennent d’atterrir quatre longues ‘cornes’ ou plutôt antennes de deux Leptures tachetées, Ruptela maculata ou encore Leptura maculata ou même ‘Strangolia‘. De quoi s’y perdre. Pas elles, pas eux.

L’accouplement est rapide. Ici on voit un peu les crochets des tibias du mâle qui permettent de maintenir l’abdomen de la femelle.

Sur cette photographie est bien visible le pénis du mâle en cours de rétraction. D’une longueur démesurée il se range peu à peu après la copulation.

Les oeufs sont pondus dans des bois morts, de différents âges de décomposition ou plus récemment tombés et les larves peuvent avoir une vie larvaire de plusieurs années alors que les imagos vivent peu de temps, au mieux quelques semaines.

Vous pourrez voir de meilleures images sur le site entomologique de M. Alain Ramel et ses contributeurs talentueux à cette adresse :

http://aramel.free.fr

Et sur une page du ‘Journal le plus lu dans les terriers‘, savoir la gazette naturaliste « La Hulotte« , -toujours inventive et jamais prise en défaut- voyez le n° 84, ‘frissons d’Ombelles’ dont est extraite cette planche, p. 11.

Tous renseignements sur cette revue unique par son ton et ses illustrations,  dirigée par Christine Déom  : http://www.lahulotte.fr

Sexe et nature = sagesse ou précaution de l’orvet ?

Il est impératif que la reproduction fonctionne au mieux dans le grand jeu de l’évolution. A cette fin l’orvet mâle a plus d’un tour dans son sac et même, plus d’un pénis en main, si l’on peut formuler ainsi.

Entre avril et juin, le ‘serpent de verre‘, ‘orvet commun ou orvet fragile’ Anguis fragilis, ainsi nommé parce qu’il a la possibilité de s’autoamputer de la queue, une fois son corps réchauffé et ses sens de même, a coutume de s’accoupler. Opération discrète, plutôt longue et laborieuse, rarement vue, que l’on devine tortueuse, sinueuse, et reptilienne pour ce… lézard sans pattes. Comme l’animal ne peut savoir dans quel sens vont se positionner les corps qui s’enroulent l’un dans l’autre, c’est-à-dire l’un autour de l’autre, mère nature a paré un échec possible de l’entreprise au cas où le positionnement serait défectueux. Le mâle attrape la femelle derrière la tête dans sa gueule, ce qui crée apparemment un ancrage à peu près sûr et stable. A partir de là l’enroulement a lieu.

La queue d’un individu est cassée. Est-ce lors des enroulements de l’accouplement ou lors d’une bagarre antérieure ?

Cette série de photographies montre bien la difficulté pour la bête de prévoir par avance une connexion satisfaisante, à moins que les deux protagonistes ne connaissent leur ‘Kama Sutra’ par coeur…

Mais j’ai laissé entendre que la nature pouvait d’elle-même aider. Voyons comment. La réponse est en fait très simple, il suffit d’y penser. On sait par exemple que certaines inventions technologiques humaines, pointues et très onéreuses, jugulent la déficience potentielle du système en doublant les organes sensibles. Et bien chez l’orvet c’est la même chose. Pas de quoi en faire un plat, pas de quoi jouer des biceps et se parer des plumes du paon, il suffit d’en avoir deux, l’un servant de dépannage au cas où. Les zoologistes les nomment hémipénis, pourquoi pas. En résumé, si l’affaire ne tourne pas rond, pas comme prévu, l’outil de gauche remplacera celui de droite et l’affaire est dans le sac. Voici en images (rappelons que les photographies de ce blog ne sont pas libres de droit) ce que cela donne et remplace ce long discours :

hémipénis de l’orvet mâle, ici en cours d’érection

De plus, comme ça gigote beaucoup dans tous les sens deux précautions valent mieux qu’une et un gros plan montre que le pénis de la bête est hérissé de petits crochets qui assurent une sorte d’accroche. Décidément M. Orvet est plutôt bien équipé !

on remarque parfaitement ici la sphère globuleuse hérissée de pointes, pas de doute, ça doit tenir.

Encore une promenade autour de mon jardin qui montre l’intérêt de l’observation fine et patiente. Après chacun dispose de bien des moyens de le faire savoir, afin que nul n’ignore les finesses et adaptations étonnantes de notre environnement naturel. Rappelons à cette occasion que l’orvet est utile et que sa vie est menacée par l’emploi des pesticides et herbicides qui anéantissent ses proies, que son domaine de prédilection est un environnement varié et point trop entretenu et que s’il vous fait peur c’est parce que vous avez tendance, spontanément, à la ranger dans la famille des serpents. Et quand bien même il en serait ce ne serait pas une raison suffisante pour le détruire. Une remarque : depuis trois années je ne vois plus guère de couleuvres là où me conduisent mes pas presque chaque jour. Le fait est d’autant plus étrange qu’elles étaient relativement abondantes jusque-là. Avez-vous fait la même constatation ?

Terminons cette fois avec une citation empruntée à « Wikiquote » :

René Char, Fureur et mystère, 1948

Feuillets d’Hypnos

« Le peuple des prés m’enchante. Sa beauté frêle et dépouvue de venin, je ne me lasse pas de me la réciter. Le campagnol, la taupe, sombres enfants perdus dans la chimère de l’herbe, l’orvet, fils du verre, le grillon, moutonnier comme pas un, la sauterelle qui claque et compte son linge, le papillon qui simule l’ivresse et agace les fleurs de ses hoquets silencieux, les fourmis assagies par la grande étendue verte, et immédiatement au-dessus les météores hirondelles…
Prairie, vous êtes le boîtier du jour. »

Fureur et mystère (1948), René Char, Gallimard, coll. Poésie, 1962

Pierrefonds,Vailly-sur-Aisne…, des bourgs d’archerie.

Parmi bien des bourgs et villages du Valois, Vermandois et du Soissonnais Pierrefonds et Vailly-sur-Aisne honorent la tradition de l’archerie. De longue date incorporée aux coutumes ancestrales l’archerie a correspondu dans un premier temps à la nécessité pour le pouvoir de s’assurer le contrôle du territoire par l’intermédiaire de groupes armés sous contrôle. Il semble que dès 825, en lien avec le culte de saint Sébastien dont les reliques avaient été apportées à Saint-Médard de Soissons, cette abbaye et son abbé eurent le privilège d’être nommés’ grand maître des archers du royaume‘. Sans aller aussi loin dans le temps il n’est pas sans intérêt de noter la présence de miliciens de Vailly à Bouvines (dimanche 27 juillet 1214) par exemple, ou encore l’intérêt de l’archerie dans les armées anglaises et françaises durant la guerre de Cent-Ans. A Vailly une confrérie des archers existait au moins depuis 1666, elle avait offert à cette date un tableau représentant saint Sébastien pour la chapelle de ce saint.

Les archers s’entraînent au tir dans des ‘Jeux d’Arc‘, entre deux buttes avec cibles. D’où la présence de nombreux ‘Jeux d’Arc dans nos villages. Ils pratiquent également le ‘tir à l’oiseau‘ qui consiste à abattre une figurine d’oiseau fixée sur une haute perche. Celui qui l’abat est nommé ‘roi‘ ou même ‘empereur‘ s’il renouvelle son exploit trois fois de suite.

Une autre tradition est celle des ‘Bouquets provinciaux‘ qui sont des fêtes populaires très suivies au cours desquelles une compagnie en reçoit une autre de la même ‘Ronde‘ et offre un bouquet lors d’une parade organisée selon des règles très précises. Nos églises conservent souvent dans des chapelles ‘Saint-Sébastien’ ces vases et bouquets ainsi que les ‘fleurs cantonales‘, autres fêtes traditionnelles propres à l’archerie.

Des archers de Vailly s’entraînent au tir à l’arc au début du XXe siècle. Une statue de plâtre de Saint-Sébastien garnit le fond de l’allée. Elle a été enlevée pour la préserver, fausse solution aux problèmes sociétaux contemporains.

Les ‘promenades du Jeu d’arc’ ainsi que ‘les promenades’ constituent à Vailly un parcours piétonnier arboré qui occupe la place des anciens fossés de défense rebouchés. Ailleurs ils peuvent être nommés ‘mails’ ou ‘boulevards’ = ‘Bollen ward’ lieu de dépôt des boulets de canon sur la partie plate du talus de fossoyage.

A l’occasion des ‘fêtes Jeanne d’Arc’ issues de la canonisation de notre héroïne nationale au parcours très étrange les reconstitutions historiques, cavalcades et autres parades ont souvent présenté des archers sur le modèle supposé des temps médiévaux. La photographie ci-dessous tirée à partir d’une plaque négative sur verre montre l’une de ces fêtes à Vailly le dimanche premier août 1909 qui avait alors attiré une foule considérable.

fêtes Jeanne d'Arc en 1909 à Vailly-sur-Aisne

arc, flèches, housse et carquois

Arc d’acier, flèches, housse et carquois. Années Vingt, provenance Pierrefonds.

Oiseau de bois utilisé pour le ‘tir à l’oiseau’. Le ruban est posé après le tir.

Le lieu le plus approprié pour compléter vos connaissances sur les traditions de l’archerie est le ‘Musée de l’Archerie et du Valois‘ implanté à Crépy-en-Valois. Cette année il présente tout spécialement des pièces anciennes de ses collections et d’autres obtenues par prêt auprès de Compagnies locales. (30 mars -28 juillet 2013)

http://www.musee-archerie-valois.fr/

Il s’associe également cette année au ‘Musée Antoine Vivenel‘ de Compiègne qui lui aussi présente une exposition sur le thème de l’archerie. Compiègne vient en effet d’accueillir un ‘Bouquet provincial’ le 12 mai dernier, après ceux de 1905, 1923, 1951 et 1989. On constate que la fréquence de retour de ces ‘Bouquets’ est d’environ 20 à 30 ans.

http://www.musee-vivenel.fr

petit vase commémoratif de pacotille fabriqué pour le Bouquet provincial de 1933

Le Bouquet provincial du 28 mai 1933 à Pierrefonds a fait l’objet d’un rapport intéressant dans la revue de qualité ‘L’Illustration’, dont cette première de couverture tout à fait significative.

grand vase céramique conservé dans la chapelle Saint-Sébastien de l’église N.-D. de Vailly-sur-Aisne, fabriqué à l’occasion du Bouquet provincial du 2 juin 1935. Socle malheureusement brisé et recollé.

Enfants, à vos arcs ! parents ‘au berceau’ *! maintenons nos traditions.

* berceau : désigne ici le chemin couvert en forme de voûte conduisant au jeu d’arc ou au tir à l’oiseau. Orthographié « Bersaut » à Vailly-sur-Aisne

jeunes filles de Pierrefonds le 19 juin 1932 ; Renée Dennel porte le bouquet, à gauche.

19 juin 1932, Pierrefonds. Renée Dennel, en avant-plan

 

Pierrefonds d’or et de cuivre, de la dote à l’anecdote.

Qui ne connaît sa silhouette ‘troubadour’ encore debout grâce à Napoléon III et Viollet-le-Duc se détachant du plateau valoisien, son antique forêt parcourue des rois et des chasses sonnantes, ses étangs paisibles et la bourgade des Pétrifontains aux villas composites et aux maisons de pierre égayées de sauts de moineaux ?

ruines du château de Pierrefonds vers 1830

lithographie des ruines du château par Bernard et Frey dans : Notice historique sur Compiègne et Pierrefonds, Baillet, Compiègne, 1836, 84 p.

L’oubli s’est installé des riches heures des princes, des éclats d’eau dans les thermes promus à nouveau par le goût des eaux développé sous le Second Empire. Désormais il faut rechercher l’or d’antan dans des recoins discrets, les cuivres naguère polis dans des remises abandonnées.

Ainsi serez-vous sensibles aux charmes surannés des vierges peintes sur les magnifiques panneaux des trois ‘primitifs‘ conservés bien à l’abri dans l’église Saint-Sulpice, dans leur dorure éclatante, leur écrin sculpté dont l’or avive les arêtes derrière les ferrures et vitres blindées qui les protègent. Nul doute que l’école siennoise (?) survit ici, probablement à la suite d’une commande des Orléans, Louis, époux de Valentine Galeas Visconti qui dans sa dote… (?), pense et échafaude d’emblée l’historien *. Où entrent-ils dans la mouvance artistique de la papauté d’Avignon ? Mal documentés ils restent pour l’instant presque muets quant à leur origine et parcours mais bavards d’intentions sensibles aux yeux des touristes avertis qui entrent dans cette église où globalement le Moyen-Age laisse place à la Renaissance, le roman au gothique flamboyant.

La vierge à l’enfant tenant un oiseau a ici une parenté certaine d’inspiration et d’exécution avec un diptyque de la Pinacothèque nationale de Sienne attribué à Naddo Ceccarelli, peintre qui travaille en Avignon à la suite de Simone Martini, donc aux alentours du milieu du XIVe siècle.

Nullement spécialiste d’histoire de l’art je n’écris ceci qu’après avoir comparé ce tableau avec un nombre fort limité de reproductions d’oeuvres de cette époque. Le saint en bas à gauche pourrait être saint Jérôme, souvent présent sur les peintures contemporaines siennoises. A son pied rampe le lion auquel il a retiré l’épine qui lui meurtrissasit la patte. A droite, avec l’épée pointée au sol il pourrait s’agir de saint (?). M. Andrea de Marchi, professeur d’histoire de l’art à l’université d’Udine et donc spécialiste reconnu, évoque saint Julien pour ce porteur d’épée et attribue le tableau au « maestro del 1416 » oeuvrant à Sienne au XIVe siècle.  (source : base Palissy, qui renvoie à INHA RETIF 2011).

sur ce panneau la posture de l’enfant et le visage de Marie renvoient vers le peintre Paolo Di Giovanni Fei (Sienne, v. 1344 -1411) dont un diptyque de Sienne conservé au même lieu présente une attitude des personnages très proche. Il est attribué à la fin du XIVe siècle.

La prédelle montre neuf personnages, sans doute des apôtres, je n’ai pu la photographier. La même source que ci-dessus fait référence à l’artiste Giovanni di Francesco, de l’école florentine, v. 1370-1430. Elle porte l’inscription : « in gremio Matris residet sapientia Patris », soit : ‘dans le giron de la Mère siège la sagesse du Père’.

la position de l’enfant et les longues mains de la Vierge peuvent ici évoquer le style de Francesco di Vannuccio, toujours dans la mouvance de S. Martini et le milieu du XIVe siècle.

Plus ‘gothique international’ que les deux autres cette peinture me semble présenter moins de proximité apparente avec Sienne, mais la Toscane ne paraît pas faire de doute. M. de Marchi l’attribue volontiers au ‘maestro dell’ altare di san Niccolo’, école florentine du milieu du XIVe siècle.

La qualité très médiocre de mes clichés dénature quelque peu celle des panneaux peints et je vous demande pardon pour cette faute de goût. Je comprends par ailleurs la nécessité d’une protection forte qui n’empêche ni la vision directe par le visiteur ni ses prières que peuvent susciter la délicatesse des traits et des teintes, en souvenir d’une imagerie paradisiaque médiévale réanimée derrière l’objectif. De meilleurs clichés seraient nécessaires pour tenter d’aller plus avant dans l’étude stylistique. Toujours est-il que je vous recommande de visiter cette église et ses panneaux peints lors d’un passage à Pierrefonds : ils ont de plus le mérite d’être quasiment contemporains de la construction du nouveau château voulu par Louis d’Orléans et donnent ainsi à voir ce que les princes aimaient alors posséder derrière leurs murs de plus en plus résidentiels et ouverts au monde. S’ils n’ont été commandités par lui, du moins sont-ils à leur place ici.

Voilà pour l’or. Quant au cuivre il m’est tout personnel, n’a plus d’éclat mais reprend vie dans l’évocation de souvenirs mémorisés depuis le grenier de la maison de la rue ‘des chiens rouges‘, aujourd’hui de l’impératrice Eugénie, qui fut nôtre et donc mienne en partie jusqu’au dernier quart du siècle précédent. De quoi s’agit-il ? Pour continuer sur les pas des grands du monde,  » et bien je vais vous le dire » : d’une casserole, rien moins que cela. L’un de ces récipients à cuire, de cuivre épais (2,30 mm) qui fut étamé, d’un diamètre de 19 cm, d’un poids de 1,310 kg et que l’on agrippait par un manche de fer long de 24 cm solidement riveté de cuivre au récipient. Rien que du banal dans sa robustesse.

Qu’ai-je à traîner des gamelles, des casseroles de cette sorte ? J’entraîne en fait avec elle des propos rapportés par ma grand-mère, Sophie Dennel-Fayard, dite Mariette, qui habita ladite maison des ‘Chiens rouges’, semble-t-il construite par des ancêtres qui oeuvraient à la restauration du château devenu impérial ; les Fayard exploitaient un équarrissage et géraient différents petits commerces familiaux dans une autre maison un peu plus récente dénommée ‘la carrière‘, à l’écart du bourg, en partie sur le finage de la commune voisine de Saint-Etienne-Roilaye. Et cette casserole est en fait un don de l’impératrice Eugénie à des personnes qui la servaient lors de ses très rares séjours à Pierrefonds et Compiègne. Ma grand-mère se souvenait également, pour l’avoir entendu de ses parents, que la Cour impériale était venue au moins une fois à Pierrefonds depuis Compiègne en un cortège de traîneaux attelés lors d’un épisode froid et neigeux. Les mystères du fonctionnement cérébral font que j’ai parfaitement mémorisé ces faits, les ayant enregistrés avec des images mouvantes et imprécises mais comme issues d’une réalité presque vécue. Etrange ustensile, pensées lointaines d’un Second Empire ayant brutalement sombré dans les terres ardennaises. Les caricaturistes de l’époque ne se sont pas privés de jouer avec la défaite de Sedan. Voyez plutôt.

Ainsi, toujours dans le cuivre, trouve-t-on des monnaies surchargées ou regravées ou bien encore des jetons et médailles frappées pour la cause, suivant l’imitation des pièces de 5 et 10 centimes de l’Empire français de Napoléon III. Avant la guerre de 1914 ces pièces de monnaie impériales étaient toujours utilisées à Pierrefonds (selon la même source orale), et l’on parlait alors de ‘20 sous‘ ou ‘100 sous‘, suivant une expression commune que j’entendais encore à la fin des années Cinquante pour désigner des pièces d’aluminium de 5 et 10 francs, dernière trace de la manière de compter ancienne : 12 deniers = 1 sou ; 20 sous = 1 livre.

L’empereur est affublé d’un collier de chien inscrit « Sedan » et porte un casque à pointe. La légende est : « Napoléon III le misérable » et « 80000 prisonniers« .

« 

Ici l’aigle impérial est remplacé par une chouette effraie et la légende porte : « Vampire français » et 2 déc(embre) 1851 – 2 sept(embre) 1870.

Pour en savoir plus sur les travaux de l’Ecole de Sienne en lien avec Avignon et Simone Martini le lecteur pourra se reporter au catalogue : « l’Héritage artistique de Simone Martini, Avignon-Sienne« , éditions Petit Palais diffusion, 2009, 111 p.

* toutefois le parcours de ces panneaux n’étant pas assuré, peut-être n’ont-ils pas de rapport direct avec le château et ses seigneurs. Selon une source que je n’aie pu vérifier ils pourraient être le don d’une famille de Palesne, hameau de Pierrefonds. Faute de preuves…

Quant aux jetons et médailles de caricature d’époque Napoléon III on trouve de nombreux exemplaires chez les numismates professionnels.

Ortie, mais blanche ou morte = Lamium album L., 1753.

On ne le regarde pas ou on l’arrache en tant que mauvaise herbe. De son nom ordinaire ‘Lamier blanc‘ il est également plus connu de tous sous les appellations de : ortie blanche, ou morte ou folle et même d’herbe archangélique. Fréquent mais non présent partout.

Les jeunes enfants qui ont eu à connaitre le désagrément des orties courantes sont parfois victimes de la farce qui consiste à les leurrer en leur faisant prendre en mains cette plante si proche de l’ortie quand elle n’est pas en fleurs. Très caractéristique des labiées la fleur présente des lèvres bien marquées et ouvertes, la supérieure abritant les étamines sombres. Une tige quadrangulaire et des feuilles cordiformes presque glabres marquent encore la différence avec l’ortie commune, qui n’est pas de la même famille botanique.

Autrefois utilisée dans la pharmacopée la plante est toujours utilisée de nos jours, ses propriétés thérapeutiques vont de l’emploi digestif ou assimilé, à l’épuration organique (contre la goutte notamment) et à l’expectoration.

Tout récemment les éditions ‘Le libre Feuille éditions‘, ont publié un livre d’artiste contenant des poésies de Ile Eniger et des gravures et aquatintes de Michel Boucaut dont le titre est : « Une ortie blanche« .

Reims, Cérès et Bélus convoqués

Dans le tourbillon infernal de la grande lessiveuse astrale de courts instants d’embellie ouvrent des cieux nouveaux. Ainsi en fut-il à Reims, hier soir vers 20 h15, rue Cérès, en direction de la Place, détrônée par Aristide le pacifiste.

Tandis que la Hollandie s’arc-boute et crisse, que ses opposants naturels avancent les mains et poches vides en hurlant au loup, les extrêmes, effrayés du vide sidéral aux marges, allument des feux attisés par la brise légère des lendemains atones. L’Occident sans espoir attend, comme foudroyé, l’émergence d’un renouveau.

A l’ouest, du nouveau :

alors qu’à l’est les éléments encore furieux proclament l’ire des dieux entonnée par le choeur des bergers : « Les éclairs embrasent les cieux ; la foudre menace la terre, déclarez-vous, grands dieux, par la voix du tonnerre, que Bélus arrive en ces lieux ! » (Rameau, Le temple de la Gloire, livret de Voltaire), dans les sillons sur la vieille platine, depuis la Grande Ecurie & la Chambre du Roy, CBS D2 37858, 1982 :

Pendant ce temps je pratique mentalement l’accrobranche. Rassuré par le harnais de la médecine, protégé et réconforté par le filet aux mille amitiés nouées, j’avance et tends la main à celle qui accompagne mes pas depuis quarante ans et qui risque un faux pas sur le fil de la vie qu’elle suit, tel l’équilibriste, les yeux fixés sur l’horizon (désembué ?). En haut, vers la cime, le feuillage naissant tremblote et fait entendre des réminiscences du « Credo du paysan » de Goublier et Borel oubliés, mêlés aux gouttes d’eau de l’averse qui me renvoient plutôt vers Eric Satie ou Debussy. En effet les temps sont incertains, les goûts mélangés mais demain sera un autre jour. ‘Morgen ist auch ein Tag’.

P.S. Cette note de blogue est dédiée, en remerciements chaleureux, à tous ceux qui, nombreux, soutiennent notre marche depuis quelques semaines.

Reims et la gastro.

neige du 13 mars 2013 à ReimsViolente en février, une grippe avec symptômes de gastro-entérite a frappé la Champagne et ses villes. On la pensait éradiquée. Las, elle accourt de nouveau mais par un phénomène de transmission mal détectée elle semble véhiculée surtout par des animaux. Les plus monstrueux d’entre eux semblent les plus affectés. En raison des intempéries des 12 et 13.03.2013 aucun vétérinaire n’était disponible. Devant l’urgence nous avons consulté plusieurs intervenants non assermentés.

Dans sa paisible retraite Le Vergeur dort et à proximité, sur l’antique Forum, un félin s’apprête à bondir. Nous les laissons à leurs méditations.

Hôtel Le Vergeur à Reims sous la neige

Escomptant autre conseil  nous nous transférons vers le sud, tout près, Place Royale. Là, emmitouflé sous sa houppelande de laine blanche et assis sur son ballot de même nature, le Marchand pense sans mot dire ni maudire.

Le Marchand Place Royale à Reims sous la statue de Louis XVAlors nous continuons l’enquête et questionnons quelques elfes, trolls et autres créatures sylvestres réfugiés en ville à cause desdites intempéries, que nous croisons au hasard de notre promenade, prolongée maintenant vers la cathédrale Notre-Dame.

Même Jeanne, notre bonne Jeanne de Paul Dubois, qui caracole, prétend ne rien entendre en l’affaire et passe son chemin, vers sa haute mission, vers le sacre.

Aurons-nous plus de satisfaction avec les doctes conseils des milliers d’ouvrages abrités dans les rayonnages de notre « Médiathèque Jean Falala » ?

Ou bien devrons-nous nous contenter de l’implacable et dure LOI proclamée sans cesse en face de nous ? Nous ne savons. Les pigeons savent mais demeurent muets, de toute manière nous ne pouvons faire confiance à ces volatiles encombrants (155 ce jour en ce lieu) plus enclins à roucouler et chier sur nos pierres qu’à orner nos réflexions.

Quant au Palais du Tau, célébrité rémoise, contaminé, sans doute vacciné, il ne souffre que d’une pelade légère et des baumes appropriés sans effets secondaires sauront en venir à bout dans les plus brefs délais, surtout si le soleil aide la médecine :

toiture du Tau à ReimsBien que sans réponses nous décidons d’ausculter enfin nos animaux, hors du secours de quiconque, si ce n’est celui des anges de l’immense cortège et host qui garde Notre-Dame : et bien, oui, ils sont terriblement malades nos animaux, affreusement touchés et monstrueusement dégueulants et vomissants. Nous ne sommes pas venus pour rien.

Le constat, pour préoccupant qu’il soit, n’est pourtant pas catastrophique. Il s’agit bien d’une épizootie, même d’une gargouillozotie ou gargantuazootie mais elle ne devient pas, apparemment du moins, une anthropo-épizootie, c’est-à-dire qu’elle ne contamine pas (encore ?) l’homme. Par précaution je m’éloigne cependant des gouttes qui tombent des naseaux secs (signe que la maladie est bien là) et m’ébroue. Il semblerait qu’un remède puisse venir à bout de ce mal rapidement. La Ville fait ce qu’elle peut, ne serait-ce qu’en permettant aux services sanitaires ainsi qu’à toute personne bienveillante de se transporter en sécurité autour et alentour de ce zoo contaminé mais soucieux de continuer son séjour au milieu des hommes. Afin que nul n’en ignore !

« Le poete, dit Platon, assis sur le trepied des muses, verse de furie tout ce qui lui vient en la bouche, comme la gargouille d’une fontaine« …
Montaigne, Essais, IV.

Toucan et autres oiseaux exotiques.

Que la vigueur jeune des rayons solaires singulièrement absents depuis des semaines s’épande d’un coup sur la nature et nappe déjà les soyeux pétales des primevères, il n’en faut pas davantage pour provoquer des rêves exotiques aux vives couleurs. Ainsi virevoltent dans l’esprit toutes sortes d’oiseaux des tropiques ou de l’équateur qui ont attiré depuis des siècles le regard et la main de nos ancêtres à l’affût de ces merveilles.

En 1806 Jacques Barraband grave un toucan toco (Ramphastos toco) que d’habiles imprimeurs  magnifient d’une coloration ‘à la poupée’ pour l’ouvrage de François Le Vaillant, Histoire naturelle des oiseaux de paradis, vol. II, 1ère partie : histoire naturelle des toucans, planche 2. Cette gravure parmi quantité d’autres est reproduite avec grand soin dans l’ouvrage « Oiseaux » de Katrina Cook, Citadelles variations, 2008, p.57 ( depuis’the Stapleton Collection‘ pour cette planche),

Ainsi des artisans colombiens reproduisent des figurines de ces oiseaux au profil inoubliable et aux couleurs chatoyantes :

Ainsi encore une artiste graveuse rémoise, Emmanuelle Lemaire, sculpte sur linoleum et imprime en fort gaufrage un ‘oiseau’ qu’il me plaît de nommer encore ‘toucan’ :

Ainsi enfin citons les vers inspirés et nouveaux dans leur tonalité de Jean de La Ville de Mirmont écrits en 1911-1912 sous l’appellation « Horizon chimérique » composé de cinq grandes parties à plusieurs séquences. Dans la seconde, V, on lit :

« L’oiseau de paradis, l’ibis, le flamant rose, / Le choucas, le toucan, la pie et le pivert, Eployant tour à tour leurs plumages divers,/ Volètent sur mon coeur mais jamais ne s’y posent ».

Jean de La Ville de Mirmont, oeuvres complètes, Champ Vallon, 1992.

Alors le casoar et l’ibis (?) interprétés par Louis Vuitton peuvent becqueter tout à loisir les anneaux de la célèbre Maison de joaillerie sans qu’aucun toucan n’y trouve malice :

in quatrième page de couverture du magazine « M, le magazine du Monde » en date du 2 mars 2013. Je ne suis pas parvenu à trouver de crédits d’aucune sorte dans cette livraison pour cette page.

Neige : pendant et après parce qu’il y eut un avant.

J’aime parcourir mes neiges d’antan recouvertes par celles du jour. Banalité froide. L’étendue de bourre blanche ouatée renvoie aux plus anciens souvenirs d’enfance, sans doute en raison du froid et de ses brûlures, de la glisse et des bonhommes. J’aime encore davantage prévoir ce qui sera parce que je sais que cela fut. Ainsi prévenus, lisez vous aussi dans le présent le devenir par le biais de l’image réelle d’un passé supposé reproductible tel :

enveloppes plumeuses et fruits de la clématite en hiver

graines de la clématite des haies en été (Clematis Vitalba), font suite aux inflorescences en cymes que l’on voit ci-dessous

un chasseur-pêcheur a brisé la glace mais aucun phoque n’est venu

Multiplier les exemples à l’infini ne servirait de rien. A l’échelle de nos vies la nature semble immuable, de même les paysages. Un leurre. Voilà pourquoi je préfère rêver dans l’incertitude du devenir. Qui me dit que sous la neige de cette souche va naître tel champignon plutôt que tel autre, quand bien même l’an passé certaine espèce a éclos ici plutôt que là :

tronc gisant recouvert de neige

Lycogala epidendron

comme des perles de corail une éclosion de Lycogala epidendron

Ils étaient bien là l’été dernier. Moi de même. A l’heure chaude méridienne n’est-il rien de plus confortable, de plus excitant aussi, que de s’adosser là, tout contre, tout près, dans l’impatience de l’éveil de la nature car il se pourrait que sous l’influence des génies du lieu et des démons de midi la belle endormie au collier de perles vienne à se dévêtir ?

P.S. le naturaliste averti verra de suite que cette écorce de bouleau n’est pas celle du grisard du dessus. Effectivement cette curieuse apparition résulte de la soudure de deux branches, ici en position inverse des lois de la croissance ordinaire.