Archives pour la catégorie carnet personnel

Guerre aérienne dans les buddleias

Le gros porteur maintient sa suprématie dans les airs, de plus il est puissamment armé. Par chance pour ses proies il semble ne pas les détecter de loin. Dans un bruit soutenu de bi-moteurs à hélices il sillonne l’espace de cônes en cônes, sans programmation de vol arrêtée. La proie touchée il tente de s’en emparer mais le plus souvent c’est l’échec. Toutefois quelques agressions font mouche. Le frelon (Vespa crabro), car c’est de lui qu’il s’agit, notre frelon indigène et non l’asiatique en cours d’expansion sur le territoire, tombe alors au sol avec sa proie. Un coup de dard venimeux probable et l’ennemi est hors de combat instantanément. Commence alors le dépeçage. Les ailes sont découpées à leur point d’attache et finissent dans l’herbe, ce qui signale d’ailleurs à l’observateur averti la fréquence et le nombre approximatif des prises.

un frelon découpe les ailes d'un papillon

Dans un second temps le frelon gagne une position perchée, de préférence au sol enherbé qui le dérange dans ses manoeuvres , emporte avec lui le corps sans tête et sans ailes du papillon, c’est-à-dire le thorax et l’abdomen. Accroché à son support le frelon broie et aspire alors les entrailles du lépidoptère à grande vitesse, la scène entière se déroulant sur un temps d’environ trois à cinq minutes, selon dérangements ou obstacles imprévus :

Ne reste plus au final qu’une aile perdue d’un aéronef bien inoffensif qui n’a nullement la maîtrise des airs et ne dispose que de la fuite pour échapper à l’ennemi.

aile de petit tortue tombée après le dépeçage par le frelonIci une aile de Petite tortue, fragment dérisoire de ce combat aérien discret qui se déroule sous nos yeux chaque jour d’été. Encore faut-il que la tour de contrôle soit aux aguets.

Pour ce qui est du gros porteur il affectionne certains endroits pour établir son nid dans lequel les larves attendent leur repas que l’insecte adulte leur apporte sous la forme d’une bouillie obtenue comme on vient de voir et régurgitée. En général il construit dans un arbre creux, une cavité, plus rarement un grenier. Son nid est très fibreux, composé à partir d’écorces de bois triturées ; il ne comporte pas de cellulose de papiers divers comme celui de la guêpe commune. Lors de nos campagnes de fouilles je me chargeais de détruire les amorces de nid que les frelons prenaient plaisir à accrocher sur la toile de nos abris ‘marabout’ en épaisse toile odorante, comme on peut le constater ci-dessous :

On peut voir que la ‘maternité’ du frelon comprend un premier niveau et qu’un second étage vient d’être ajouté, il ne compte encore que quelques cellules. Regardez au fond des cellules supérieures : des oeufs sont visibles au fond de chacune.

Au bout de quelques semaines les larves bien nourries  ferment leurs cellules et plusieurs jours plus tard l’insecte adulte grignote le couvercle et s’échappe alors du nid petit à petit pour mener sa vie de frelon. Des femelles passeront l’hiver dans un abri et au printemps le cycle de vie reprendra garnissant l’espace de ces aéronefs que l’on craint à juste titre et bien que leur piqûre ‘ordinaire’ ne soit pas plus dangereuse que celle d’une guêpe. L’insecte est un grand prédateur de proies diverses et a son utilité. On peut cependant ne pas avoir envie de voisiner trop près de ces terrains d’aviation quand ils sont trop fréquentés.

J’ai noté, lorsque j’étais apiculteur amateur, le manège des frelons devant le trou de vol de mes ruches. Le frelon faisait du surplace devant la ruche et parvenait à attraper quelques abeilles en vol à la sortie de la ruche et à les tuer et dépecer comme on vient de voir. Je signale ce fait parce qu’aujourd’hui on considère que le frelon asiatique s’en prend à nos ruches mais la manoeuvre que j’ai observée à maintes reprises indique que notre frelon indigène pratique parfois de même.

Sens trompeurs et chenille du grand sphinx de la vigne : Deilephila elpenor

L’habitude devenue seconde nature nous fait voir les choses d’abord en fonction de l’idée que l’on a d’elles. Ainsi quelque chose qui remue et présente apparemment une tête et une queue montrera aussi des yeux si une forme proche les évoque. On ne cherche pas en premier lieu à interpréter différemment ce qui s’est proposé d’emblée à notre entendement.

Prenons l’exemple suivant : vous marchez dans un sentier herbeux et tout d’un coup votre regard est attiré par un masque étrange. Vous vous approchez et évidemment deux yeux vous observent, de plus près ils sont même quatre et voici ce que cela donne, une fois la scène capturée dans la mémoire numérique de votre appareil photographique qui ne fait qu’enregistrer de manière neutre ce que vous avez cru voir :

chenille du Grand sphinx de la vigneQuel être étrange peut bien m’observer ainsi ?

Alors intrigué vous attendez que cela remue, s’agite, tourne la tête…. au bout de quelques courtes minutes de patience, vous y voilà :

chenille du Grand sphinx de la vigneQuelle différence entre la première et la seconde photographie ? Ce que vous aviez perçu comme une tête avec des yeux est une pure illusion plus ou moins déclenchée par une analogie de forme et -un pas est vite franchi, de fonction. Le cliché du dessous vous le montre clairement : la tête est là, allongée au bout d’un cou tout droit sorti de la forme précédente qui était donc un leurre. La troisième photo vous permet de distinguer la chenille entière dont la queue est surmontée d’une sorte de petite corne comme il  est fréquent dans la famille des papillons nocturnes sphingidae.

Comment la chenille s’y prend-elle ? Elle rentre tout simplement la tête dans les sections immédiatement en arrière de sa tête qui de la sorte enrobent cette tête, gonflent et font apparaître les quatre ocelles qui présentent une analogie avec des sortes d’yeux comme vous avez pensé voir au départ. La chenille procède ainsi quand elle est perturbée, elle veut se protéger d’un prédateur éventuel qui raisonne moins que l’homme mais saura néanmoins associer la forme oeil à un signal de danger. L’homme ne devrait en principe pas réagir de la même manière mais avant d’observer finement et de raisonner il est abusé, tant par l’habitude que par la bête. La chenille pouvant se dresser et agiter neerveusement cette fausse tête les entomologistes du passé l’ont nommée sphinx par renvoi plus ou moins suggestif avec l’animal mythique mi-homme (ou femme) et mi-lion.

Le papillon qui sortira de la chrysalide issue de la chenille est le grand sphinx de la vigne, un joli insecte aux colorations rosées et finement pourprées. On peut le rencontrer à la tombée du jour virevoltant autour du chèvrefeuille par exemple. Sa chenille se nourrit essentiellement des feuilles des épilobes, de la vigne et de quelques autres plantes herbacées.

Le sujet ci-dessous a été photographié en diapositive dans un marais au nord de l’Argonne, à son réveil lors d’une matinée fraîche et humide. Le scan et l’agrandissement font ressortir par trop le grain de la diapo mais cela vous permet néanmoins d’avoir une représentation acceptable de l’espèce, dessus et dessous, avant que je ne photographie quand l’occasion s’en présentera un sujet dans la nature avec un appareil numérique.

Ce blog qui sans cesse fait l’éloge de l’observation met en garde ici contre l’habitude, contre les sens trompeurs. Le mythe du sphinx et plus encore celui de la caverne mis en scène par Platon sont des figures de la pensée dont il est précieux de temps à autre de revisiter les reflets pour ne pas être abusés à un moment de l’histoire des hommes où les écrans nous submergent d’images, de mots et d’animations, quand les sons sont également à portée de clavier. L’avantage de l’observation directe dans la nature est ici évident par rapport au virtuel : l’attente est telle que la réflexion et le secours mémoriel sont convoqués et par suite l’égarement s’en trouve limité.

 

Avec Piero di Cosimo les amours sont dans le pré, allons voir !

Sur la jambe droite de Vénus une Ecaille chinée (Euplagia quadripunctata) ou Callimorphe [en grec = belle forme], papillon tant diurne que nocturne, s’est posée. Un mignon lapin blanc renifle ses belles formes alanguies, des colombes se bécotent et Cupidon, fils de Vénus semble regarder l’astre solaire. Vénus songeuse, le regard vague, est éveillée, le jour s’est levé, la scène est paisible maintenant et des putti jouent tandis que dans le lointain des personnages s’affairent. Il fait beau. A droite cependant -je l’oubliai celui-là, endormi, détendu et appuyé sur un coussin moelleux : un homme. Sans aucun doute il est venu, a plus que vu, a vaincu. Toujours est-il qu’il dort, savourant en songe l’instant d’avant, essentiel moment de l’inceste avant le coup de filet de Vulcain, mari trompé qui va livrer aux dieux persifleurs de l’Olympe les protagonistes captifs de ses rets. Vous pensez bien qu’ils ne vont pas garder pour eux cette affriolante nouvelle. Hilares comme dieux taquins ou larrons en foire ils diffusent l’affaire comme un scoop.

C’est presque tout ce que j’ai à vous rapporter à partir de ce que je vois sur le panneau peint mais il est opportun de mentionner des éléments d’armure disposés par le peintre ici et là : celle de Mars car c’est bien lui le coupable, ainsi désigné, montré du doigt par Cupidon et de ses yeux par le soleil, l’un de ses attributs. De plus une mouche non visible à l’échelle de cette reproduction figure également près du visage de Mars. Pour aller plus avant dans l’interprétation il serait nécessaire de connaître, entre autres, le nom donné à ce papillon dans les années 1500 et savoir quelles vertus on lui attribuait.

La peinture est conservée à la Gemälde Galerie de Berlin, la voici :

Vénus, Mars et l'Amour par Pietro di Cosimo

( je place ici ces images capturées sur le web sans que j’aie pu trouver une référence assurée de leur origine sur la toile, ce que d’habitude je ne fais jamais)

Mais, allez-vous questionner avec raison, pourquoi Piero di Cosimo, en Toscane, au début du XVIe siècle, a-t-il peint ces curieux détails sur cette oeuvre devenue un classique des mises en scènes mythologiques si prisées alors des grands du monde, quitte à éloigner momentanément le commanditaire et ses amis, qui intrigués s’approchent de ces détails et risquent ainsi de détacher leurs pensées devenues vagabondes du sujet principal ? Et bien, à regret, je ne peux vous donner de réponse satisfaisante, renvoyant malicieusement votre question vers, par exemple, les ‘installations’ à la Koons Jeff au beau milieu de la ‘Galerie des glaces’ du non moins célèbre palais de Versailles, autre demeure des dieux.

Cependant, Daniel Arasse dans son essai Le Détail, pour une histoire rapprochée de la peinture, (1992) nous apporte beaucoup de pistes quant à l’interprétation de la peinture singulière de Piero di Cosimo, notamment quand elle satisfait aux exigences hélas peu documentées des commanditaires. Mais il n’a pas trouvé d’explications quant à la présence du papillon dont il est question ci-après.

Alors dans l’impossibilité de satisfaire votre curiosité envers l’art de Piero di Cosimo et son besoin de bavarder par le menu, je ne vais pas cependant vous quitter sans vous proposer d’admirer une scène de la nature photographiée ce premier juillet 2013, hot spot s’il en fut de cet imprévisible été. En effet, en plein midi zénital je m’en fus quérir un frais flacon dans une cave éloignée d’une vingtaine de mètres de notre séjour, et soudain, dans cette action mon regard de si lointain putti ayant moins mal vieilli que d’autres mineures qualités enfantines, fut attiré par un couple aux jolies formes de callimorphes batifolant dans l’herbe jaunissante et rase de la pelouse. Du reste leurs virevoltants ébats, tels les drapeaux agités des contrôleurs de course automobile ou les armoiries blasonnées d’écus de combat et d’oriflammes de Marignan et autres lieux, ne pouvaient qu’attirer mon attention vers eux comme si Cupidon venait de décocher une flèche vers cette cible. Voyez-plutôt ! :

accouplement d'Ecailles chinéesCe serait cependant tomber dans une grave confusion anthropomorphique que de laisser croire que ce couple d’Ecailles chinées pourrait être illégitime. Ce dont je suis sûr c’est que dans leur Olympe les dieux se racontent la callimorphie extraordinaire et merveilleuse de ces scènes et mises en scènes, et qu’en paradis, François d’Assise et pourquoi pas Piéro di Cosimo exultent de joie pour la création tandis qu’en enfer proche agonisent éternellement les assassins de la biodiversité. Faute de mieux, côté justice et morale, on s’y retrouve un peu bien que ce ne soit pas là le but de cette divagation.

Quant à nos Ecailles il leur arrive bien entendu de ‘nectariser’ comme tout un chacun des butineurs, comme on voit ci-dessous l’une d’elles dans son repas en compagnie d’un Paon du Jour ; remarquez au passage les dessous orangés de cette Callimorphe, à signaler aux fabricants de lingerie.

Si l’un(e) ou l’autre de mes lecteurs venait à connaître la raison d’être de l’Ecaille chinée sur la peinture de Piero di Cosimo je serais ravi qu’il me le fasse savoir.

Pierrefonds, Caroline et ses Jules, Séverine et son Jules.

Curieux titre pour une bien étrange femme. Oubliée aujourd’hui ou seulement connue des spécialistes du mouvement social ou de l’émancipation des femmes, Caroline Rémy, née à Paris le 27 avril 1855 est parvenue par le hasard des rencontres et sa force de caractère à sortir de son milieu et à épouser diverses causes, sinon plusieurs hommes. Pierrefonds fait partie d’un temps de sa vie ; sa tombe et celle d’Adrien Guebhard apportent dans le cimetière du village une note art-déco de massive fantaisie et de force tout en invitant au questionnement.

« Séverine » = Caroline Rémy, gravure de l’album Mariani

L’album Mariani met en avant des personnalités de tous bords qui ont accepté de promouvoir l’élixir Mariani créé en 1863 par Angelo Mariani. Il contenait du vin de Bordeaux et des extraits de coca.

Fille d’un petit fonctionnaire à la Préfecture de police de Paris, née à Paris en 1855, mariée contrainte en1872 à Antoine-Henri Montrobert, homme violent qui la bat, elle s’en sépare vite bien que mère d’un petit Louis. Elle devient bientôt l’amante d’un jeune bourgeois professeur de médecine, licencié en mathématiques et en physique, Adrien Guebhard dont la famille, amie de son oncle Vuillaume, l’emploie. Elle a avec lui un fils, Roland, né à Bruxelles car la famille Guebhard rejette cette union non conforme à la normalité en cours. Lors de  son séjour wallon elle rencontre en 1879 ou début 1880 à Bruxelles celui qui va donner à sa vie une orientation politique marquée, Jules Vallès. Elle devient sa secrétaire, sa confidente et une collaboratrice de premier plan. Elle a 25 ans, lui 48 ans. Lorsque ce dernier relance en 1883 « le Cri du peuple » elle lui en procure le financement par Adrien Guebhard et en dirige avec lui les feuilles. A la mort de Vallès en 1885 elle prend la direction de ce célèbre quotidien socialiste. La même année, le divorce étant rétabli, elle épouse Adrien. En 1888 à la suite d’une opposition vive avec Jules Guesde, marxiste, elle doit quitter le journal et écrit alors quantité d’articles dans diverses revues à caractère politico-sociales. Dans ce contexte elle tombe amoureuse du journaliste Georges de Labruyère, vit avec lui jusque sa mort en 1920, année au cours de laquelle elle reprend vie commune avec Adrien Guebhard jusque la mort de ce dernier en 1924. Elle a des choix d’amitiés qui aujourd’hui surprennent, comme par exemple lorsqu’elle soutient un moment le général Boulanger ou même, rarement, des idées antisémites alors qu’elle est dreyfusarde. Féministe remarquée elle combat également pour la défense des petits et des faibles contre les puissants, en politique ou par la richesse. Ainsi se bat-elle en 1927 pour Sacco et Vanzetti et prend-elle la cause du pacifisme après la loi sur ‘l’organisation générale de la Nation sur le temps de guerre’, rejoignant alors de célèbres personnalités militantes de ce mouvement dont Alain et Jules Romains notamment.

Si vous doutez encore de la force de ce tempérament hors du commun lisez ces lignes qu’elle adresse, parmi quantité d’autres, à JulesVallès, celles-ci du 17 juillet 1883 :

« …Etoilé d’idées pour vous, étoilé de horions pour les autres ! Vivant en somnambule, vous parlez en somnambule, par interjections, par tiers de mot, par quart de syllabe. Vous croyez être très clair et vos phrase s’achèvent en dedans : vous pensez vos paroles, et elles ne sortent pas. Il en résulte pour ceux qui vous entourent une existence de clowns. … …Seulement je voudrais que vous vous rendiez compte de l’inconséquence, de la brièveté, du décousu et souvent même de l’illogisme des instructions ou des ordres que vous jetez à vos féales. » extrait de : Jules Vallès-Séverine, Correspondance, préface et notes de Lucien Scheler, EFR, 1972, p. 98-99

Et Pierrefonds dans tout cela ?

Figurent à l’état-civil de Pierrefonds des Rémy dont je n’aie pu vérifier l’éventuel lien de parenté avec notre Caroline ‘Séverine’. Toujours est-il qu’en 1896 elle quitte Paris pour s’installer dans cette paisible bourgade alors dans l’effervescence des bains et d’une certaine mode du thermalisme lancée en partie par l’impératrice et Napoléon III une trentaine d’années auparavant. Elle y loue des maisons puis en achète une, en face de la gare, qu’elle nomme « les trois marches ». Elle l’agrandit en réhaussant les ailes basses latérales, y reçoit ses nombreux amis et apprécie la compagnie de nombreux chiens.

villa 'Séverine' à Pierrefonds

La ‘villa Séverine’ en 2013 à Pierrefonds, face à la gare.

Outre cette villa, propriété privée qui ne se visite pas, demeurent encore à Pierrefonds dans le cimetière communal, la tombe d’Adrien Guebhard et, face à elle, légèrement décalée, celle de Séverine. La photographie suivante montre ces deux tombes, celle de Séverine étant contre le mur d’enceinte au nord-est du cimetière.

les deux tombes Guebhard, celle d’Adrien gris bleuté, celle de Séverine, ocre rosé

Sur la tombe de son mari Séverine a fait graver : « Il a vécu comme un sage et il est mort comme un juste »

monument funéraire de Caroline Rémy, dite Séverine, à Pierrefonds

J’ai toujours Lutté pour la Paix la Justice et la Fraternité

A côté de la tombe de son mari, à gauche vers l’ouest gît également Rosa Vignier, 1884-1932, dame de compagnie, fidèle compagne sans doute des époux Guebhard

« Rosa Vignier, 1884-1932, elle consacra sa vie à Séverine qui l’affectionnait et qui mourut dans ses bras »

Il me plaît de temps à autre de rechercher des lambeaux d’histoires humaines, des traces de l’Histoire, des fragments d’Art. Un jour peut-être mettrai-je ici ou là, aux pieds des tombes, des « Query codes » qui permettront aux promeneurs de s’informer sur tel ou tel parcours original, humaniste ou simplement attrayant ? Un jour peut-être car alors il y aura tant à écrire sur la toile que j’y laisserais ma vie. Mais d’ici là les Query codes ne seront sans doute plus de mode….

 

Sexe et nature : un jour ordinaire de juillet

L’été 2013 entre en force, retardé qu’il fut pendant des semaines. Tout est paisible. Absents ou presque, les insectes naguère si vrombissants et dont le nombre ici est en chute libre, vaquent à leurs occupations usuelles. Dans le jardin les rosiers embaument, ainsi que les dernières pivoines herbacées ou en arbre.

Non loin d’un pied-mère des drageons de sumac encore revêtus de leur pelisse duveteuse se balancent au vent léger dans les herbes d’un ancien chemin.

 Le jaune safran bien vif d’une variété de millepertuis attire l’oeil. Le nôtre, à cause de la couleur et de la forêt d’étamines, celui du bourdon, probablement pour les mêmes raisons.

demandez donc le son à Nikolaï Rimski-Korsakov, comme en interlude !

alors qu’à deux pas une abeille refait sa pelote de pollen sur la touffe encore maigrement coiffée d’une tige florale de kniphofia en décrépitude colorée :

Agitation sur ma droite : sur les fleurs défraîchies d’un rosier viennent d’atterrir quatre longues ‘cornes’ ou plutôt antennes de deux Leptures tachetées, Ruptela maculata ou encore Leptura maculata ou même ‘Strangolia‘. De quoi s’y perdre. Pas elles, pas eux.

L’accouplement est rapide. Ici on voit un peu les crochets des tibias du mâle qui permettent de maintenir l’abdomen de la femelle.

Sur cette photographie est bien visible le pénis du mâle en cours de rétraction. D’une longueur démesurée il se range peu à peu après la copulation.

Les oeufs sont pondus dans des bois morts, de différents âges de décomposition ou plus récemment tombés et les larves peuvent avoir une vie larvaire de plusieurs années alors que les imagos vivent peu de temps, au mieux quelques semaines.

Vous pourrez voir de meilleures images sur le site entomologique de M. Alain Ramel et ses contributeurs talentueux à cette adresse :

http://aramel.free.fr

Et sur une page du ‘Journal le plus lu dans les terriers‘, savoir la gazette naturaliste « La Hulotte« , -toujours inventive et jamais prise en défaut- voyez le n° 84, ‘frissons d’Ombelles’ dont est extraite cette planche, p. 11.

Tous renseignements sur cette revue unique par son ton et ses illustrations,  dirigée par Christine Déom  : http://www.lahulotte.fr

Sexe et nature = sagesse ou précaution de l’orvet ?

Il est impératif que la reproduction fonctionne au mieux dans le grand jeu de l’évolution. A cette fin l’orvet mâle a plus d’un tour dans son sac et même, plus d’un pénis en main, si l’on peut formuler ainsi.

Entre avril et juin, le ‘serpent de verre‘, ‘orvet commun ou orvet fragile’ Anguis fragilis, ainsi nommé parce qu’il a la possibilité de s’autoamputer de la queue, une fois son corps réchauffé et ses sens de même, a coutume de s’accoupler. Opération discrète, plutôt longue et laborieuse, rarement vue, que l’on devine tortueuse, sinueuse, et reptilienne pour ce… lézard sans pattes. Comme l’animal ne peut savoir dans quel sens vont se positionner les corps qui s’enroulent l’un dans l’autre, c’est-à-dire l’un autour de l’autre, mère nature a paré un échec possible de l’entreprise au cas où le positionnement serait défectueux. Le mâle attrape la femelle derrière la tête dans sa gueule, ce qui crée apparemment un ancrage à peu près sûr et stable. A partir de là l’enroulement a lieu.

La queue d’un individu est cassée. Est-ce lors des enroulements de l’accouplement ou lors d’une bagarre antérieure ?

Cette série de photographies montre bien la difficulté pour la bête de prévoir par avance une connexion satisfaisante, à moins que les deux protagonistes ne connaissent leur ‘Kama Sutra’ par coeur…

Mais j’ai laissé entendre que la nature pouvait d’elle-même aider. Voyons comment. La réponse est en fait très simple, il suffit d’y penser. On sait par exemple que certaines inventions technologiques humaines, pointues et très onéreuses, jugulent la déficience potentielle du système en doublant les organes sensibles. Et bien chez l’orvet c’est la même chose. Pas de quoi en faire un plat, pas de quoi jouer des biceps et se parer des plumes du paon, il suffit d’en avoir deux, l’un servant de dépannage au cas où. Les zoologistes les nomment hémipénis, pourquoi pas. En résumé, si l’affaire ne tourne pas rond, pas comme prévu, l’outil de gauche remplacera celui de droite et l’affaire est dans le sac. Voici en images (rappelons que les photographies de ce blog ne sont pas libres de droit) ce que cela donne et remplace ce long discours :

hémipénis de l’orvet mâle, ici en cours d’érection

De plus, comme ça gigote beaucoup dans tous les sens deux précautions valent mieux qu’une et un gros plan montre que le pénis de la bête est hérissé de petits crochets qui assurent une sorte d’accroche. Décidément M. Orvet est plutôt bien équipé !

on remarque parfaitement ici la sphère globuleuse hérissée de pointes, pas de doute, ça doit tenir.

Encore une promenade autour de mon jardin qui montre l’intérêt de l’observation fine et patiente. Après chacun dispose de bien des moyens de le faire savoir, afin que nul n’ignore les finesses et adaptations étonnantes de notre environnement naturel. Rappelons à cette occasion que l’orvet est utile et que sa vie est menacée par l’emploi des pesticides et herbicides qui anéantissent ses proies, que son domaine de prédilection est un environnement varié et point trop entretenu et que s’il vous fait peur c’est parce que vous avez tendance, spontanément, à la ranger dans la famille des serpents. Et quand bien même il en serait ce ne serait pas une raison suffisante pour le détruire. Une remarque : depuis trois années je ne vois plus guère de couleuvres là où me conduisent mes pas presque chaque jour. Le fait est d’autant plus étrange qu’elles étaient relativement abondantes jusque-là. Avez-vous fait la même constatation ?

Terminons cette fois avec une citation empruntée à « Wikiquote » :

René Char, Fureur et mystère, 1948

Feuillets d’Hypnos

« Le peuple des prés m’enchante. Sa beauté frêle et dépouvue de venin, je ne me lasse pas de me la réciter. Le campagnol, la taupe, sombres enfants perdus dans la chimère de l’herbe, l’orvet, fils du verre, le grillon, moutonnier comme pas un, la sauterelle qui claque et compte son linge, le papillon qui simule l’ivresse et agace les fleurs de ses hoquets silencieux, les fourmis assagies par la grande étendue verte, et immédiatement au-dessus les météores hirondelles…
Prairie, vous êtes le boîtier du jour. »

Fureur et mystère (1948), René Char, Gallimard, coll. Poésie, 1962

Pierrefonds,Vailly-sur-Aisne…, des bourgs d’archerie.

Parmi bien des bourgs et villages du Valois, Vermandois et du Soissonnais Pierrefonds et Vailly-sur-Aisne honorent la tradition de l’archerie. De longue date incorporée aux coutumes ancestrales l’archerie a correspondu dans un premier temps à la nécessité pour le pouvoir de s’assurer le contrôle du territoire par l’intermédiaire de groupes armés sous contrôle. Il semble que dès 825, en lien avec le culte de saint Sébastien dont les reliques avaient été apportées à Saint-Médard de Soissons, cette abbaye et son abbé eurent le privilège d’être nommés’ grand maître des archers du royaume‘. Sans aller aussi loin dans le temps il n’est pas sans intérêt de noter la présence de miliciens de Vailly à Bouvines (dimanche 27 juillet 1214) par exemple, ou encore l’intérêt de l’archerie dans les armées anglaises et françaises durant la guerre de Cent-Ans. A Vailly une confrérie des archers existait au moins depuis 1666, elle avait offert à cette date un tableau représentant saint Sébastien pour la chapelle de ce saint.

Les archers s’entraînent au tir dans des ‘Jeux d’Arc‘, entre deux buttes avec cibles. D’où la présence de nombreux ‘Jeux d’Arc dans nos villages. Ils pratiquent également le ‘tir à l’oiseau‘ qui consiste à abattre une figurine d’oiseau fixée sur une haute perche. Celui qui l’abat est nommé ‘roi‘ ou même ‘empereur‘ s’il renouvelle son exploit trois fois de suite.

Une autre tradition est celle des ‘Bouquets provinciaux‘ qui sont des fêtes populaires très suivies au cours desquelles une compagnie en reçoit une autre de la même ‘Ronde‘ et offre un bouquet lors d’une parade organisée selon des règles très précises. Nos églises conservent souvent dans des chapelles ‘Saint-Sébastien’ ces vases et bouquets ainsi que les ‘fleurs cantonales‘, autres fêtes traditionnelles propres à l’archerie.

Des archers de Vailly s’entraînent au tir à l’arc au début du XXe siècle. Une statue de plâtre de Saint-Sébastien garnit le fond de l’allée. Elle a été enlevée pour la préserver, fausse solution aux problèmes sociétaux contemporains.

Les ‘promenades du Jeu d’arc’ ainsi que ‘les promenades’ constituent à Vailly un parcours piétonnier arboré qui occupe la place des anciens fossés de défense rebouchés. Ailleurs ils peuvent être nommés ‘mails’ ou ‘boulevards’ = ‘Bollen ward’ lieu de dépôt des boulets de canon sur la partie plate du talus de fossoyage.

A l’occasion des ‘fêtes Jeanne d’Arc’ issues de la canonisation de notre héroïne nationale au parcours très étrange les reconstitutions historiques, cavalcades et autres parades ont souvent présenté des archers sur le modèle supposé des temps médiévaux. La photographie ci-dessous tirée à partir d’une plaque négative sur verre montre l’une de ces fêtes à Vailly le dimanche premier août 1909 qui avait alors attiré une foule considérable.

fêtes Jeanne d'Arc en 1909 à Vailly-sur-Aisne

arc, flèches, housse et carquois

Arc d’acier, flèches, housse et carquois. Années Vingt, provenance Pierrefonds.

Oiseau de bois utilisé pour le ‘tir à l’oiseau’. Le ruban est posé après le tir.

Le lieu le plus approprié pour compléter vos connaissances sur les traditions de l’archerie est le ‘Musée de l’Archerie et du Valois‘ implanté à Crépy-en-Valois. Cette année il présente tout spécialement des pièces anciennes de ses collections et d’autres obtenues par prêt auprès de Compagnies locales. (30 mars -28 juillet 2013)

http://www.musee-archerie-valois.fr/

Il s’associe également cette année au ‘Musée Antoine Vivenel‘ de Compiègne qui lui aussi présente une exposition sur le thème de l’archerie. Compiègne vient en effet d’accueillir un ‘Bouquet provincial’ le 12 mai dernier, après ceux de 1905, 1923, 1951 et 1989. On constate que la fréquence de retour de ces ‘Bouquets’ est d’environ 20 à 30 ans.

http://www.musee-vivenel.fr

petit vase commémoratif de pacotille fabriqué pour le Bouquet provincial de 1933

Le Bouquet provincial du 28 mai 1933 à Pierrefonds a fait l’objet d’un rapport intéressant dans la revue de qualité ‘L’Illustration’, dont cette première de couverture tout à fait significative.

grand vase céramique conservé dans la chapelle Saint-Sébastien de l’église N.-D. de Vailly-sur-Aisne, fabriqué à l’occasion du Bouquet provincial du 2 juin 1935. Socle malheureusement brisé et recollé.

Enfants, à vos arcs ! parents ‘au berceau’ *! maintenons nos traditions.

* berceau : désigne ici le chemin couvert en forme de voûte conduisant au jeu d’arc ou au tir à l’oiseau. Orthographié « Bersaut » à Vailly-sur-Aisne

jeunes filles de Pierrefonds le 19 juin 1932 ; Renée Dennel porte le bouquet, à gauche.

19 juin 1932, Pierrefonds. Renée Dennel, en avant-plan

 

Pierrefonds d’or et de cuivre, de la dote à l’anecdote.

Qui ne connaît sa silhouette ‘troubadour’ encore debout grâce à Napoléon III et Viollet-le-Duc se détachant du plateau valoisien, son antique forêt parcourue des rois et des chasses sonnantes, ses étangs paisibles et la bourgade des Pétrifontains aux villas composites et aux maisons de pierre égayées de sauts de moineaux ?

ruines du château de Pierrefonds vers 1830

lithographie des ruines du château par Bernard et Frey dans : Notice historique sur Compiègne et Pierrefonds, Baillet, Compiègne, 1836, 84 p.

L’oubli s’est installé des riches heures des princes, des éclats d’eau dans les thermes promus à nouveau par le goût des eaux développé sous le Second Empire. Désormais il faut rechercher l’or d’antan dans des recoins discrets, les cuivres naguère polis dans des remises abandonnées.

Ainsi serez-vous sensibles aux charmes surannés des vierges peintes sur les magnifiques panneaux des trois ‘primitifs‘ conservés bien à l’abri dans l’église Saint-Sulpice, dans leur dorure éclatante, leur écrin sculpté dont l’or avive les arêtes derrière les ferrures et vitres blindées qui les protègent. Nul doute que l’école siennoise (?) survit ici, probablement à la suite d’une commande des Orléans, Louis, époux de Valentine Galeas Visconti qui dans sa dote… (?), pense et échafaude d’emblée l’historien *. Où entrent-ils dans la mouvance artistique de la papauté d’Avignon ? Mal documentés ils restent pour l’instant presque muets quant à leur origine et parcours mais bavards d’intentions sensibles aux yeux des touristes avertis qui entrent dans cette église où globalement le Moyen-Age laisse place à la Renaissance, le roman au gothique flamboyant.

La vierge à l’enfant tenant un oiseau a ici une parenté certaine d’inspiration et d’exécution avec un diptyque de la Pinacothèque nationale de Sienne attribué à Naddo Ceccarelli, peintre qui travaille en Avignon à la suite de Simone Martini, donc aux alentours du milieu du XIVe siècle.

Nullement spécialiste d’histoire de l’art je n’écris ceci qu’après avoir comparé ce tableau avec un nombre fort limité de reproductions d’oeuvres de cette époque. Le saint en bas à gauche pourrait être saint Jérôme, souvent présent sur les peintures contemporaines siennoises. A son pied rampe le lion auquel il a retiré l’épine qui lui meurtrissasit la patte. A droite, avec l’épée pointée au sol il pourrait s’agir de saint (?). M. Andrea de Marchi, professeur d’histoire de l’art à l’université d’Udine et donc spécialiste reconnu, évoque saint Julien pour ce porteur d’épée et attribue le tableau au « maestro del 1416 » oeuvrant à Sienne au XIVe siècle.  (source : base Palissy, qui renvoie à INHA RETIF 2011).

sur ce panneau la posture de l’enfant et le visage de Marie renvoient vers le peintre Paolo Di Giovanni Fei (Sienne, v. 1344 -1411) dont un diptyque de Sienne conservé au même lieu présente une attitude des personnages très proche. Il est attribué à la fin du XIVe siècle.

La prédelle montre neuf personnages, sans doute des apôtres, je n’ai pu la photographier. La même source que ci-dessus fait référence à l’artiste Giovanni di Francesco, de l’école florentine, v. 1370-1430. Elle porte l’inscription : « in gremio Matris residet sapientia Patris », soit : ‘dans le giron de la Mère siège la sagesse du Père’.

la position de l’enfant et les longues mains de la Vierge peuvent ici évoquer le style de Francesco di Vannuccio, toujours dans la mouvance de S. Martini et le milieu du XIVe siècle.

Plus ‘gothique international’ que les deux autres cette peinture me semble présenter moins de proximité apparente avec Sienne, mais la Toscane ne paraît pas faire de doute. M. de Marchi l’attribue volontiers au ‘maestro dell’ altare di san Niccolo’, école florentine du milieu du XIVe siècle.

La qualité très médiocre de mes clichés dénature quelque peu celle des panneaux peints et je vous demande pardon pour cette faute de goût. Je comprends par ailleurs la nécessité d’une protection forte qui n’empêche ni la vision directe par le visiteur ni ses prières que peuvent susciter la délicatesse des traits et des teintes, en souvenir d’une imagerie paradisiaque médiévale réanimée derrière l’objectif. De meilleurs clichés seraient nécessaires pour tenter d’aller plus avant dans l’étude stylistique. Toujours est-il que je vous recommande de visiter cette église et ses panneaux peints lors d’un passage à Pierrefonds : ils ont de plus le mérite d’être quasiment contemporains de la construction du nouveau château voulu par Louis d’Orléans et donnent ainsi à voir ce que les princes aimaient alors posséder derrière leurs murs de plus en plus résidentiels et ouverts au monde. S’ils n’ont été commandités par lui, du moins sont-ils à leur place ici.

Voilà pour l’or. Quant au cuivre il m’est tout personnel, n’a plus d’éclat mais reprend vie dans l’évocation de souvenirs mémorisés depuis le grenier de la maison de la rue ‘des chiens rouges‘, aujourd’hui de l’impératrice Eugénie, qui fut nôtre et donc mienne en partie jusqu’au dernier quart du siècle précédent. De quoi s’agit-il ? Pour continuer sur les pas des grands du monde,  » et bien je vais vous le dire » : d’une casserole, rien moins que cela. L’un de ces récipients à cuire, de cuivre épais (2,30 mm) qui fut étamé, d’un diamètre de 19 cm, d’un poids de 1,310 kg et que l’on agrippait par un manche de fer long de 24 cm solidement riveté de cuivre au récipient. Rien que du banal dans sa robustesse.

Qu’ai-je à traîner des gamelles, des casseroles de cette sorte ? J’entraîne en fait avec elle des propos rapportés par ma grand-mère, Sophie Dennel-Fayard, dite Mariette, qui habita ladite maison des ‘Chiens rouges’, semble-t-il construite par des ancêtres qui oeuvraient à la restauration du château devenu impérial ; les Fayard exploitaient un équarrissage et géraient différents petits commerces familiaux dans une autre maison un peu plus récente dénommée ‘la carrière‘, à l’écart du bourg, en partie sur le finage de la commune voisine de Saint-Etienne-Roilaye. Et cette casserole est en fait un don de l’impératrice Eugénie à des personnes qui la servaient lors de ses très rares séjours à Pierrefonds et Compiègne. Ma grand-mère se souvenait également, pour l’avoir entendu de ses parents, que la Cour impériale était venue au moins une fois à Pierrefonds depuis Compiègne en un cortège de traîneaux attelés lors d’un épisode froid et neigeux. Les mystères du fonctionnement cérébral font que j’ai parfaitement mémorisé ces faits, les ayant enregistrés avec des images mouvantes et imprécises mais comme issues d’une réalité presque vécue. Etrange ustensile, pensées lointaines d’un Second Empire ayant brutalement sombré dans les terres ardennaises. Les caricaturistes de l’époque ne se sont pas privés de jouer avec la défaite de Sedan. Voyez plutôt.

Ainsi, toujours dans le cuivre, trouve-t-on des monnaies surchargées ou regravées ou bien encore des jetons et médailles frappées pour la cause, suivant l’imitation des pièces de 5 et 10 centimes de l’Empire français de Napoléon III. Avant la guerre de 1914 ces pièces de monnaie impériales étaient toujours utilisées à Pierrefonds (selon la même source orale), et l’on parlait alors de ‘20 sous‘ ou ‘100 sous‘, suivant une expression commune que j’entendais encore à la fin des années Cinquante pour désigner des pièces d’aluminium de 5 et 10 francs, dernière trace de la manière de compter ancienne : 12 deniers = 1 sou ; 20 sous = 1 livre.

L’empereur est affublé d’un collier de chien inscrit « Sedan » et porte un casque à pointe. La légende est : « Napoléon III le misérable » et « 80000 prisonniers« .

« 

Ici l’aigle impérial est remplacé par une chouette effraie et la légende porte : « Vampire français » et 2 déc(embre) 1851 – 2 sept(embre) 1870.

Pour en savoir plus sur les travaux de l’Ecole de Sienne en lien avec Avignon et Simone Martini le lecteur pourra se reporter au catalogue : « l’Héritage artistique de Simone Martini, Avignon-Sienne« , éditions Petit Palais diffusion, 2009, 111 p.

* toutefois le parcours de ces panneaux n’étant pas assuré, peut-être n’ont-ils pas de rapport direct avec le château et ses seigneurs. Selon une source que je n’aie pu vérifier ils pourraient être le don d’une famille de Palesne, hameau de Pierrefonds. Faute de preuves…

Quant aux jetons et médailles de caricature d’époque Napoléon III on trouve de nombreux exemplaires chez les numismates professionnels.

Ortie, mais blanche ou morte = Lamium album L., 1753.

On ne le regarde pas ou on l’arrache en tant que mauvaise herbe. De son nom ordinaire ‘Lamier blanc‘ il est également plus connu de tous sous les appellations de : ortie blanche, ou morte ou folle et même d’herbe archangélique. Fréquent mais non présent partout.

Les jeunes enfants qui ont eu à connaitre le désagrément des orties courantes sont parfois victimes de la farce qui consiste à les leurrer en leur faisant prendre en mains cette plante si proche de l’ortie quand elle n’est pas en fleurs. Très caractéristique des labiées la fleur présente des lèvres bien marquées et ouvertes, la supérieure abritant les étamines sombres. Une tige quadrangulaire et des feuilles cordiformes presque glabres marquent encore la différence avec l’ortie commune, qui n’est pas de la même famille botanique.

Autrefois utilisée dans la pharmacopée la plante est toujours utilisée de nos jours, ses propriétés thérapeutiques vont de l’emploi digestif ou assimilé, à l’épuration organique (contre la goutte notamment) et à l’expectoration.

Tout récemment les éditions ‘Le libre Feuille éditions‘, ont publié un livre d’artiste contenant des poésies de Ile Eniger et des gravures et aquatintes de Michel Boucaut dont le titre est : « Une ortie blanche« .

Reims, Cérès et Bélus convoqués

Dans le tourbillon infernal de la grande lessiveuse astrale de courts instants d’embellie ouvrent des cieux nouveaux. Ainsi en fut-il à Reims, hier soir vers 20 h15, rue Cérès, en direction de la Place, détrônée par Aristide le pacifiste.

Tandis que la Hollandie s’arc-boute et crisse, que ses opposants naturels avancent les mains et poches vides en hurlant au loup, les extrêmes, effrayés du vide sidéral aux marges, allument des feux attisés par la brise légère des lendemains atones. L’Occident sans espoir attend, comme foudroyé, l’émergence d’un renouveau.

A l’ouest, du nouveau :

alors qu’à l’est les éléments encore furieux proclament l’ire des dieux entonnée par le choeur des bergers : « Les éclairs embrasent les cieux ; la foudre menace la terre, déclarez-vous, grands dieux, par la voix du tonnerre, que Bélus arrive en ces lieux ! » (Rameau, Le temple de la Gloire, livret de Voltaire), dans les sillons sur la vieille platine, depuis la Grande Ecurie & la Chambre du Roy, CBS D2 37858, 1982 :

Pendant ce temps je pratique mentalement l’accrobranche. Rassuré par le harnais de la médecine, protégé et réconforté par le filet aux mille amitiés nouées, j’avance et tends la main à celle qui accompagne mes pas depuis quarante ans et qui risque un faux pas sur le fil de la vie qu’elle suit, tel l’équilibriste, les yeux fixés sur l’horizon (désembué ?). En haut, vers la cime, le feuillage naissant tremblote et fait entendre des réminiscences du « Credo du paysan » de Goublier et Borel oubliés, mêlés aux gouttes d’eau de l’averse qui me renvoient plutôt vers Eric Satie ou Debussy. En effet les temps sont incertains, les goûts mélangés mais demain sera un autre jour. ‘Morgen ist auch ein Tag’.

P.S. Cette note de blogue est dédiée, en remerciements chaleureux, à tous ceux qui, nombreux, soutiennent notre marche depuis quelques semaines.