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Hommage aux infirmières de la Première Guerre Mondiale : Reims, Pierrefonds et dans les coeurs.

La lecture du titre laisse entendre que Reims et Pierrefonds ont quelque chose à montrer, en dehors de l’attachement tout à fait justifié à la cause du dévouement des infirmières lors des conflits et spécialement lors de la guerre de 14-18.

En effet ces deux villes à caractère historique sont, au moins selon les sources dont je dispose, les seules à avoir ériger un monument consacré à la cause des infirmières.

      Celui de Reims est installé Place Aristide Briand, ex Square de l’esplanade Cérès comme on disait avant 1932 et fut inauguré le 11 novembre 1924. Les photographies ci-dessous vous en offrent des vues assez précises. Un ajout y fut placé pour honorer la mémoire d’infirmières et brancardiers tués à proximité lors d’un bombardement allié sur la ville le 30 mai 1944. Ce blog présente des notes courtes et si vous souhaitez connaître dans le détail l’histoire de ce monument rendez-vous ici :

http://www.crdp-reims.fr/memoire/lieux/1GM_CA/monuments/reims_infirmieres.htm

monument aux infirmières à Reims place Aristide Briand

le monument de la Place Aristide Briand à Reims

 Outre ce monument la Ville de Reims conserve un Livre d’Or des Infirmières où sont recensées toutes les infirmières tuées dans leur service, en France et dans le monde lors de la Grande Guerre.

L’autre monument destiné à prolonger la mémoire du sacrifice des infirmières est celui qui fut érigé à Pierrefonds après la guerre, dans le même but que celui de Reims, avec une mention spéciale pour Elisabeth Jalaguier, infirmière de l’hôpital n°226 tuée en ce lieu le 20 août 1918 lors d’un bombardement. Inauguré après restauration en 1955 il intègre à sa base une statue en bronze de Real del Sarte dont le plâtre original est conservé dans l’église Saint-Sulpice de Pierrefonds.  Là encore vous aurez plus de renseignements sur ce monument dans le site mentionné ci-dessus, ainsi que sur celui fort connu des passionnés de 14-18 nommé ‘les découvertes du chamois’ auquel j’emprunte la photographie jointe ci-dessous, en voici la référence :

http://chamois.canalblog.com/archives/2008/01/30/7760497.html

Monument aux infirmières de Pierrefonds

Monument aux Infirmières, square de l'Hôtel des Bains à Pierrefonds, photographie "le Chamois"

Voilà pour les deux monuments français. En ce qui concerne les coeurs ce n’est pas cette note qui va épuiser ni le sujet ni la reconnaissance des soldats et de leur famille. Observons seulement quelques photographies souvenirs.

Bien entendu des infirmières ont tenu parfois des carnets ou des albums avec photographies. De l’un de ceux-ci je vous propose ces trois infirmières suisses dont je ne connais pas les noms et qui figurent dans l’un de ces recueils de souvenirs émouvants

trois infirmières suisses en repos lors d'une excursion

trois infirmières suisses en repos lors d'une excursion

autres photographies du même album

éclats d'obus enlevés dans la peau de blessés

assez étonnants ces éclats d'obus extraits du corps des blessés et cousus sur carte !

Eclats d’obus recueillis à l’infirmerie de la Gare Saint-Jean de Bordeaux et expédiés par le service. Je ne dispose pas d’autres renseignements liés à cette pratique.

image très connue d'un brassard d'infirmière

brassard officiel avec tampons d'affectation

Il arrivait fréquemment que des soldats rédigent des lettres de reconnaissance à leurs infirmières préférées, leur offrent des cadeaux. Quelques soldats ont épousé leur infirmière, rien d’étonnant au fait. Plus étonnant est un ensemble de témoignages annotés par 78 soldats et inscrits dans un carnet spécialement rédigé pour la circonstance. Certains ont accompagné leur texte ou poème d’un dessin, d’une aquarelle ou gouache, ce que permettait de faire ce registre qui alterne page pour écrire et page pour dessiner. Je place ici l’un des textes et l’une des illustrations extraits de ce recueil rédigé à l’hôpital auxiliaire n° 110 de Caluire, pensionnat de l’Oratoire, à l’attention de mademoiselle Paule Cordet en 1915.

remerciements du soldat Marius Bruchon à son infirmière

poème et peinture en reconnaissance de soins

poème en anglais et peinture du soldat Maurice Ducot à son infirmière

Il faut bien clore et je le fais en citant une nouvelle fois Vailly-sur-Aisne et deux infirmières du lieu honorées spécialement pour leur conduite exemplaire :

Mademoiselle Adèle-Olympe Crochard (en religion soeur Sainte-Geneviève) a reçu la Croix de Guerre et la Médaille de la Reconnaissance Française ainsi que la ‘British Red Cross War Medals‘.

Il en fut de même pour mademoiselle Anna Heinrich, aide de Mlle Crochard, qui reçut la Croix de Guerre, la ‘British REd Cross‘ et fut élevée au rang de chevalier de la Légion d’Honneur.

Ce onze novembre 2011 est l’occasion de rappeler l’immense dévouement de ces femmes dans la guerre. Ne les oublions pas !

 

 

11/11/11/11

Ecrit ainsi on parvient à lire onze novembre deux mil onze onze heures selon le moyen d’écriture conventionnel de la date, hors des habitudes anglo-saxonnes. En poursuivant la même logique avec les heures et en ajoutant encore deux ’11’ on pourrait encore comprendre onze minutes onze secondes ce qui n’est d’ailleurs pas nécessaire ici puisque faux si l’on réfère au cessez-le-feu officiel sonné à onze heures, soit six heures après la signature officielle de l’armistice signé dans la clairière dite de « Rethondes » dans le célèbre wagon.

Tout cela est si connu que je ne vais pas développer cet aspect de la question mais deux autres thèmes qui retiennent plus spécialement mon attention cette année 2011 et que je présente dans deux notes distinctes qui suivent. L’une est consacrée à la mémoire de l’engagement souvent admirable des infirmières dans le secours aux blessés, vocation qui a fait perdre la vie à plusieurs centaines d’entre elles de par le monde et l’autre à un poète et dramaturge français aujourd’hui oublié, Raymond Genty, qui a connu ses heures de gloire dans les années vingt et trente et dont l’attachement sentimental à la petite ville de Vailly-sur-Aisne sera évoqué et sa mémoire rappelée par les enfants des écoles en ce 11 novembre 2011 en cette localité.

Vailly-sur Aisne : le cimetière des pauvres et le docteur Jean-Joseph Brocard.

monument audocteur Brocard en 2011

monument élevé par des Vaillysiens en 1847 en hommage au docteur Brocard

L’Ancien Régime et l’Eglise avaient institué l’obligation de réserver un endroit dédié à l’ensevelissement des plus démunis, à l’intérieur du cimetière paroissial ou en un autre lieu de la paroisse. Les nouvelles normes d’hygiène apparues dans le même temps et qui vont se développant à mesure que les découvertes scientifiques croissent vont amener le législateur à isoler le cimetière du centre des agglomérations. Il en est ainsi à Vailly en 1829. A cette date les inhumations ne se feront plus que dans le cimetière actuel dans lequel on trouve donc des sépultures datant du second tiers de ce siècle et notamment celle des généraux d’Empire.

Cependant un médecin du bourg philanthrope et soucieux de la dignité des plus pauvres leur avait légué sa fortune, souhaitant être enterré en leur voisinage en un lieu réservé à l’origine pour les défunts dits de « la maison des pauvres vieillards » (cette « Maison des pauvres vieillards » n’est pas documentée par les archives, j’ai seulement trouvé dans l’inventaire de la série B aux AD Aisne qu’elle avait été réparée en 1787, mais ces archives font hélas partie de celles  détruites lors du bombardement de Laon en 1940).

Ainsi, au-delà de la date de désaffection officielle, le docteur Brocard fut inhumé dans ce cimetière de la rue des Jardinets où des Vaillysiens reconnaissants lui élevèrent le monument que l’on voit toujours aujourd’hui et que le Général Vignier décrivait comme « en bien mauvais état » vers 1920, dans ses « documents pour servir à l’histoire de Vailly-sur-Aisne » publiés en 1927. On ne s’étonnera guère outre mesure que 90 ans plus tard il soit toujours dans un état dégradé.

A l’arrière de ce monument figurait la liste des donateurs et à l’avant une autre plaque portait le texte suivant :

                                                                    Ci -gît                                                                                      M. Jean-Joseph Brocard                                                                                                Maître en chirurg(ie) à Vailly décédé le 18 juin 1847                                                               Agé de 68 ans                           

     Le général Vignier  ajoute encore que « son zèle pour la vaccine lui mérita une médaille du gouvernement royal » dont je ne trouve pas trace. Soucieux de son prochain ce médecin examinait avec attention tout ce qui pouvait être nocif à l’être humain et nous pouvons lui en être reconnaissants. Aussi serait-il opportun que le texte de cette plaque retrouve sa place sur son monument. Réfléchissons-y, nous Vaillysiens amoureux du passé de notre bourg et trouvons une solution afin que nul n’ignore qui il fut ni ce qu’il fit.

La place où se trouve le monument est aujourd’hui réduite et l’implantation d’un cimetière, même de taille réduite apparaît peu. Autrefois cet espace était bien plus vaste comme a pu le lire le général Vignier avant la disparition de cette liasse d’archives. Ainsi en 1787 il était entouré d’une haie de 21 vieux ormes âgés de plus de 60 ans. Elle ne figure pas sur le cadastre ancien de 1832 car il n’y a alors aucune construction dans cette zone extérieure aux anciens remparts.

 

Paul Landowski, vos « Fantômes » sont revenants !

Dans le contre-jour d’un soir d’automne ils surgissent de l’argile enherbée de la Butte Chalmont’. Vers quel dernier assaut s’élancent-ils ? La mort ? Une nouvelle vie ? Ils sont huit et l’un d’entre eux n’appartient pas au même monde, il revêt la légèreté que seule la nudité habille. Tous scrutent les collines de ce Tardenois de juillet 1918 quand le sort des armes hésite entre vainqueurs décimés et vaincus agrippés au moindre relief dans une retraite solide et organisée ; un même panache ceint leurs casques d’acier.

les Fantômes de Landowski à Oulchy-le-Château      Sept hommes lourdement équipés, sept combattants des différentes armes engagées dans la Grande Guerre. On ne sait trop qui est le huitième, bien présent et tout aussi absent au groupe ; il s’envole. En bas, 250 mètres plus loin, « la France », forte femme que protègent trois boucliers assignés à la devise républicaine, les devance, leur montre la voie de la victoire tant attendue après quatre années de combats symbolisées par les quatre terrasses successives.

les sept soldats évoquent les sept armes présentes lors des combats

      Déjà ils voient au-delà, contemplent, se recueillent, acquiescent. Immobiles dans l’attente comme ils furent habitués à être depuis tant de mois ; désormais ils semblent rassurés par la présence de ce jeune homme nu au regard volontaire, martyr parmi d’autres.

le paysage du Tardenois depuis la butte Chalmont

affrontement des masses d’ombres et de lumières, élans d’immobilité

En 1916 Paul Landowski était affecté à une section de camouflage. Il aurait un jour déclaré : « ces morts je les relèverai ! »

Mission accomplie est-on amené à affirmer devant un tel monument, peut-être l’un des plus émouvants qui ait été élevé après la guerre. Commande de l’Etat dès 1919, une maquette de plâtre est honorée au Salon des Artistes de 1923. Le lieu choisi, cette « butte Chalmont » s’ouvrant sur des horizons amples vers les villes de Soissons, Laon et Reims s’inscrit sur le territoire d’Oulchy-le-Château, à proximité de Fère-en-Tardenois, deux bourgs ayant connu quelque célébrité durant le Moyen-Age. Vers 1920 ils s’honorent de la proche et illustre présence de Paul Claudel et la force de son verbe ainsi que de celle d’Etienne Moreau-Nélaton pour son engagement dans l’art, l’histoire et l’écriture, que deux deuils cruels cruels enracinent à jamais dans cette terre. Ce lieu est le point de départ de la reconquête territoriale après le 28 juillet 1918 dans le mouvement qualifié de « seconde bataille de la Marne« .

Plus près de nous, le Général De Gaulle, libérateur de la France illustre par sa présence et un discours  l’exceptionnelle attraction et l’insigne symbole du lieu et du monument, en juillet 1968, à l’occasion du cinquantenaire de la fameuse bataille.

La commande officielle est passée en 1926 et Albert Lebrun, Président de la République, inaugure le monument le 27 juillet 1935, monument classé « Monument historique » en 1934, avant même son achèvement. Cette sculpture monumentale est placée dans un rectangle d’environ 260 m sur 100 mètres, qui la met en perspective et que le Conseil Général de l’Aisne a décidé avec raison de réaménager quelque peu car la nature avait repris beaucoup de vigueur autour d’elle depuis quelques 80 ans.

A titre d’information je souligne que ce secteur géographique au sens large a la chance de présenter dans l’église Saint-Martin du village de Ciry-Salsogne (une vingtaine de km au nord) une maquette de pierre (1924) haute de plus de deux mètres, du Christ Rédempteur du mont Corcovado dominant la baie de Rio de Janeiro par Paul Landowski.

Sur l’oeuvre de Paul Landowski et le Monument des Fantômes on lira avec profit : Thomas Compère-Morel, Paul Landowski, La pierre d’éternité, catalogue de l’exposition présentée à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, éditions Somogy, 2004.

Sur la bataille de l’été 1918 le site suivant fournit des détails historiques précis http://batmarn2.free.fr/chalmont.htm

détails soldats et homme du monument des Fantômes

L’écrivain Michel Bernard évoque et transcrit en phrases sensibles et précises ses impressions ressenties sur place au pied et autour de ce monument d’exception : « Ceux qui ont approché ce monument solitaire, campé au bord du désert, ont été frappés par sa troublante grandeur, par l’émotion violente qu’il impose. L’artiste officiel a dépassé son talent. Toute son oeuvre indiquait qu’il n’atteindrait jamais que la froide éloquence de la pierre. Il a produit avec les Fantômes, à l’effrayante mesure de la Grande Guerre, un monument essentiel de la miséricorde humaine. »        

Michel Bernard, Le Corps de la France, La Table Ronde, Paris, 2010, p. 179-190        

Braine : En son couronnement, en son assomption Notre-Dame veille, et saint Yved..

ne pas vous faire lanterner

Perfection géométrique de la tour-lanterne de Saint-Yved de Braine

 s’approcher en douceur

Saint-Yved depuis la route de Fère-en-Tardenois

paisible coup d'oeil la-haut, en montée vers 'La Folie'

Saint-Yved de Braine

nef raccourcie, flèche absente mais quelle présence !

Entrons enfin, car là est notre contentement

l'oeil parcourt l'espace agréablement flatté par la douce harmonie d'ensemble

Que Dieu vous bénisse !

Christ bénissant de Braine

Christ bénissant à la clé de la chapelle des fonts

et Marie de même, avec Jésus :

Notre-Dame de Braine

Vierge à l'enfant assise, en pierre, avec traces de polychromie, dernier quart du XIIe siècle, sauf la tête de la Vierge qui est moderne

cependant que les anges encensent :

ange thuriféraire de Braine

la fumée d'encens lancée par l'ange nuit à la netteté de la photographie mais embaume l'espace de la chapelle mariale de Braine. Habile sculpteur qui anime pour toujours la pierre.

Malicieux, le sculpteur a presque caché un autre ange décorant la clé des voûtes du choeur :

ange caché dans une boule de végétaux à Braine

inattendue exubérance végétale, dont a profité l'oiseau pour son nid et qui cache encore un peu plus un ange blotti là

tandis qu’un autre devient portefaix au tympan, à moins que, les anges étant asexués, elle ne soit cariatide. Traces de polychromie verte et pourpre :

ange supportant une charge, Braine

et que vibrent les couleurs mises en scène par Jacques Gruber à la fin des Années Vingt et jusqu’en 1934:

vitrail des béatitudes à Braine par Jacques Gruber

toutes les verrières de Braine ont été composées par le peintre verrier Jacques Gruber dans un style allant de l'Art Déco le plus vif à une figuration plus sage en référence aux imagiers du XIIIe siècle

rose du transept sud de Braine par Jacques Gruber

Notre-Dame de Braine vue par Jacques Gruber dans la rose du transept sud illustrant les Vertus de Marie

sculptures XVIe s Braine

sculptures du XVI e siècle, ayant sans doute orné une poutre de gloire, de nos jours dans la chapelle des fonts

vie de Marie par Jacques Gruber dans les verrières de Braine

deux scènes illustres inscrites dans un quadrilobe et une mise en scène toute médiévale pour les verrières de la chapelle mariale de Braine par Jacques Gruber

et maintenant retournez-vous, sortez en esprit et voyez :

tympan de Braine, le couronnement de la Vierge

comme si vous étiez dehors contemplez cette scène du Couronnement de Marie par le Christ, scène remontée à Braine en 1970 et présentée avec d'autres éléments au revers de la façade actuelle

Dormition de la Vierge au tympan de Braine

Dormition de la Vierge au tympan de Braine, sur le linteau, en vis-à-vis d'une Assomption aujourd'hui disparue

Cette trop courte présentation de l’abbatiale Saint-Yved de Braine devrait vous inciter à venir sur place observer l’un de ces joyaux médiévaux qui sont la renommée du Soissonnais et du Laonnois, en dépit des énormes destructions de 1914-1918. Elevée vers la fin du XIIe siècle ou le tout début du XIIIe siècle, l’abbatiale des ex-chanoines prémontrés de Braine fondée en ce lieu vers 1130 doit une part de sa splendeur à la richesse des initiateurs de la nouvelle église dont la tradition donne la date de 1216 pour sa consécration. Elle découle de la volonté d’Agnès et de Robert de Dreux, frère du roi de France Louis VII. Elle servit ensuite de nécropole à cette famille de Dreux et présentait dans l’église de splendides tombeaux de bronze émaillé dont nous n’avons conservé que des dessins aquarellés qui en disent assez la richesse et la dextérité d’exécution. Bâtie selon les proches modèles de Soissons et de Laon, elle inspira Saint-Michel en Thiérache, Notre-Dame de Trêves et la Sainte-Chapelle de Dijon. Malmenée lors des guerres du XVIe siècle elle fut vendue en 1793 et heureusement restaurée en grande partie sous la Monarchie de Juillet.

plaque marquant l'emplacement de l'ancienne façade de l'abbatiale

Utilisée chaque semaine lors des offices, elle est généralement ouverte au public lors des après-midi d’août et lors des Journées Européennes du Patrimoine en septembre (merci à celles et ceux qui assurent ces animations).

Dans un style proche on rencontre à proximité les églises de Mons-en-Laonnois, Orbais l’Abbaye et le souvenir de l’ancienne église détruite de Mont-Notre-Dame. Des vestiges de son tympan sont présents au Musée Saint-Léger de Soissons et des fragments de ses vitraux dans la cathédrale de Soissons.

Pour en savoir plus lire par exemple l’excellente synthèse rédigée par M. Dany Sandron dans :

Dany Sandron, La Picardie gothique, Autour de Laon et Soissons, l’Architecture religieuse, Paris, A. et J. Picard, 2001, p.110-119.

 

France et Allemagne à Cerny-en-Laonnois et Paissy

Samedi 21 mai 2011 le Mémorial de Cerny-en-Laonnois accueille une famille allemande venue manifester sa volonté d’honorer un ancêtre tué au Chemin des Dames en mai 1917. Une plaque de marbre fut posée dans le Mémorial. Après quelques brefs discours orientés dans le sens de la réconciliation franco-allemande, un moment de recueillement et des évocations historiques (dont la rencontre de De Gaulle et Adenauer en juillet 1962 *) se sont déroulés dans les cimetières français et allemands.

M. Edgar Gerstner, Mme de La Maisonneuve, M. le Général Pillon
personnalités présentes
délégation du VdK
délégation du VdK
famille Paul Dumont
présence de la famille « sergent Paul Dumont »
dévoilement d'une plaque au "sergent Eduard Miles"
dévoilement de la plaque « sergent Eduard Miles »
plaque au sergent Eduard Miles
sergent Eduard Miles tué ‘au Winterberg’ près de Craonne en mai 1917

Le thème de la journée trouvait un écho l’après-midi à Paissy : le sergent Dumont a en effet été blessé dans cette localité en avril 1917 et là encore une plaque fut posée en sa mémoire dans l’espace jouxtant la Salle Communale où figurent déjà des plaques d’émail relatant des épisodes de la Première Guerre Mondiale en ce village du front.

discours à Paissy
discours des officiels
discours des officiels à Paissy
M. le Général Pillon présente le sergent « Paul Dumont »
plaque "sergent Paul Dumont"

dévoilement de la plaque "Sergent Paul Dumont" à Paissy

"sergent Dumont"

plaque commémorative "sergent Paul Dumont"

Dans le même temps une exposition de documents racontait dans la Salle Communale la présence à Paissy en guerre de Pierre Teilhard de Chardin, celle de l’ancien « Arbre de Paissy » et évoquait la vie des deux sergents :

Pierre Teilhard de Chardin à Paissy
évocation de « l’arbre de Paissy » et de Pierre Teilhard de Chardin
Paul Dumont vu par M. Marc Cola
le sergent Paul Dumont librement interprété en peinture par M. Marc Cola
chope de réserviste 'sergent Miles'

la chope de réserviste du sergent Eduard Miles

carte de décès du sergent Eduard Miles

carte du décès du sergent Eduard Miles

Auparavant, selon les souhaits du Conseil municipal un nouvel « Arbre de Paissy » a été planté à proximité de l’endroit où il était jusqu’en 1914, sur le plateau surplombant Paissy :

explications historiques par M. J.-P. Boureux à côté de M. F. Béroudiaux maire de Paissy

M. Fabrice Béroudiaux maire de Paissy

discours de M. F. Béroudiaux maire de Paissy

extrait du Journal des Marche et Opérations du 4ème RTA en septembre 1914 mentionnant "l'arbre de Paissy" et le décès du Commandant Barrois

En soirée une messe fut célébrée en l’église saint-Remy de Paissy par M. l’abbé S. Servais, aumônier militaire, autour du thème de la paix, de la réconciliation et des textes extraits de l’oeuvre de Pierre Teilhard de Chardin ont été lus par des membres de la famille du Passage-Teilhard.

Que toutes les personnes qui d’une manière ou d’une autre nous ont apporté leur aide ou soutenu par leur présence soient remerciées.

Les photographies de cette page sont de MM. J.-Pierre Boureux et Edgar Gerstner

* cette rencontre n’a pas eu lieu. Dans « La lettre du Chemin des Dames », n°25, été 2012, M. Guy Marival explique comment il est arrivé à cette certitude. En historien objectif il rétablit la vérité sur cet épisode inventé et propagé entre 1962 et aujourd’hui. Pour décevante qu’elle soit, peut-être, seule la vérité importe.

Guy Marival, Enquête sur sur un événement qui n’a pas eu lieu, dans « La lettre du Chemin des Dames », n°25, été 2012, p.3-7.

 

Pour deux sergents au Chemin des Dames

L’un, Paul Dumont, connu par son fait d’armes peu ordinaire d’avoir libéré le Fort de Douaumont, a été blessé à Paissy, canton de Craonne sur le Chemin des Dames, le 16 avril 1917, l’autre, Eduard Miles, sergent de l’armée allemande, fut tué au « Winterberg » près de Craonne le 5 mai 1917. L’un héros presque malgré lui ne s’est jamais lui-même auréolé de sa bravoure, l’autre a trouvé une mort qu’il ne recherchait pas. Les deux sont des soldats du rang entraînés dans une guerre atroce.

Ces faits, ainsi que la décision du Conseil municipal de Paissy de replanter un arbre vers le lieu-dit « l’arbre de Paissy » nous ont incité à organiser une journée franco-allemande du souvenir, placée sous l’égide du Comité du Mémorial de Cerny-en-Laonnois et soutenue par des fondations, associations et dons privés. Elle s’est dès l’origine positionnée dans un esprit participatif familial et non officiel et étayée pour ceux qui le souhaitent par une remembrance religieuse d’inspiration oecuménique dans la lignée de la création du Mémorial et de la volonté de construire une Europe fraternelle.

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Sous l’égide du Comité du Mémorial du Chemin des Dames et des communes de Cerny-en-Laonnois et Paissy 

JOURNEE DU SOUVENIR  FRANCO-ALLEMAND

AU CHEMIN DES DAMES 

Samedi 21 mai 2011

MATIN 

Mémorial de Cerny-en-Laonnois 

10 H 30 : début de la cérémonie

Allocution de Madame de La Maisonneuve Présidente du Comité du Mémorial

Evocation du Sergent allemand Eduard MILES (1885 – 1917) par Monsieur Edgar                       GERSTNER, son petit-fils, puis dévoilement d’une plaque

11 H : fin de la cérémonie officielle au Mémorial


11 H 10 : Evocations historiques dans les cimetières français et allemands : Sergent Paul Dumont (1895 – 1976), héros de Douaumont blessé à Paissy le 16 avril 1917, parrain de la 273ème promotion de l’ENSOA « Sergent DUMONT » avec allocution du Général (2S) Baudouin PILLON. Rappel de la visite de Charles De Gaulle et Konrad Adenauer au Mémorial le 8 juillet 1962 (*)

APRES-MIDI

Commune de Paissy 

15 H :

– Plantation d’un nouvel « Arbre de Paissy » vers son précédent emplacement sur le plateau à la sortie de Paissy vers le ‘Poteau d’Ailles’ (D102), premier chemin pierré à droite ; allocutions de la Municipalité et de M. Jean-Pierre Boureux, historien

15 H 45 :

Hommage de Paissy à Paul Dumont et à des officiers, sous-officiers et soldats de la 38ème Division d’Infanterie du Général Guyot d’Asnières de Salins.

Allocutions et dévoilement d’une plaque commémorative « Paul Dumont »
Visite patrimoniale de Paissy avec exposition d’objets symboliques prêtés par les familles DUMONT et GERSTNER et présentation de documents audiovisuels dont certains inédits.

18 H :

-Messe en l’église de Paissy, en hommage aux combattants de tous les belligérants du Chemin des Dames, et en mémoire des deux sergents E. MILES et P. DUMONT.
L’homélie du Père Servais sera accompagnée de la lecture de textes de Pierre Teilhard de Chardin, caporal brancardier au 4ème RMZT de la 38ème DI durant toute
la Grande Guerre.

sergent Paul Dumont

Photographie officielle du sergent Paul Dumont effectuée par le service photographique des armées en 1916

 (*) cette rencontre n’a pas eu lieu. Dans « La lettre du Chemin des Dames », n°25, été 2012, M. Guy Marival explique comment il est arrivé à cette certitude. En historien objectif il rétablit la vérité sur cet épisode inventé et propagé entre 1962 et aujourd’hui. Pour décevante qu’elle soit, peut-être, seule la vérité importe.

Guy Marival, Enquête sur sur un événement qui n’a pas eu lieu, dans « La lettre du Chemin des Dames », n°25, été 2012, p.3-7.

Organisation :

Jean-Pierre Boureux : jp[arobase]boureux.fr

André Peltre : ajpeltre[arobase]aol.com

Cormicy et Jehan Froissart

 

Des Cormiciens sont à la recherche de leur passé, entreprise louable qui a la vertu de fortifier un ancrage positionné dans le temps et assuré par des références historiques fiables. Pour ce faire ils rassemblent des données et engagent des inspections topographiques notamment avec l’implication déterminée d’une association locale nommée « Cormicy, ma ville, son histoire » ou « Cmvsh ».

C’est pourquoi je n’ai pas hésité, devant autant de détermination, à leur apporter mon concours sous la forme d’une visite des dessous de Cormicy d’abord, puis, à cause du peu de ressemblance de ses dessous avec ceux que j’ai pu connaître jusque-là, sous la forme d’une conférence qui se tiendra à Cormicy le vendredi 25 mars prochain à 20 h 30 en la salle ‘omnisports’ de cette bourgade.

affiche conférence JP Boureux à Cormicy

Cette conférence visera à montrer comment travaillent les historiens, bien évidemment à partir des textes mais aussi à partir de l’existant topographique souvent constitué de vestiges ‘virtuels’ qu’il convient d’apprendre à déchiffrer.

Des textes des chroniqueurs Froissart et Knighton décrivant la prise de Cormicy en décembre 1359  seront utilisés à titre de sources patrimoniales pour cette commune et seront interprétés dans une mise en scène présentée par des jeunes de classe de cinquième de Cormicy.

Nous donnons ci-dessous le texte de Jehan Froissart, extrait des « Grandes chroniques de France », dans l’édition de Siméon Luce, Livre 1, 466

  « Quant messire Bietremieus, qui le chastel avoit assieget, l’ot bien aviset et consideret le force et le manière, et que par assaut il ne le poroit avoir, il fit apparillier avec quantité de mineurs que il avoit avoecques lui et à ses gages, et leur commanda qu’ils vosissent faire leur pooir de le forterèce miner, et trop bien il les paieroit. Cilz respondirent : ‘volontiers !’ Adonc entrèrent cil ouvrier en leur mine et minèrent continuelment nuit et jour, et fisent tant que il vinrent moult avant par devant le grosse tour ; et, à le mesure que il minoient, il estançonnoient, et cil dou fort riens n’en savoient. Quant ils furent au dessus de leur mine que pour faire reverser le tour, quant il vorroient, il vinrent à monsigneur Biètremieu, et li disent : ‘sire, nous avons telement appareilliet nostre ouvrage que ceste grosse tour trebuchera, quant il vous plaira’. – ‘Bien est, respondi li chevaliers, n’en faites plus riens sans mon commandement. Et cil disent :’volontiers’.
Adonc monta à cheval messires Bietremieulz et enmena monsigneur Jehan de Ghistelles avoecques li, qui estoit de sa compagnie, et s’en vinrent jusques au chastiel. Messires Bietremieus fit signe que il voloit parlementer à chiaus dedens. Tantost messires Henris de Vaus se traist avant et vint as crestiaus et demanda qu’il voloit. ‘Je voeil dist messires Bietremieus, que vous vos rendès ou aultrement vous estes tout mort sans remède.’ -‘et comment ? respondi li chevaliers françois qui prist à rire ? Jà sommes nous ceens tout hetiet et assès bien pourveu de toutes coses ; et vous volès que nous nos rendons si simplement : ce ne sera jà’. -‘Messire Henri, repondi li chevalier d’Engleterre, se vous saviés en quel parti vous estes, vous vos renderiés tantost et à peu de parolles.’ -‘en quel parti poons nous estre, sire ? respondi li chevaliers françois. ‘Vous isterès hors, dist messire Bietremieus et je vous mousterai, par condition que se vous volès retourner en vostre tour, je le vous acorderai et assegurance jusques adonc’.
Messire Henris entra en ce trettiet et crut le chevaliers englès et issi hors de son fort, lui quatrime tant seulement, et vint là où messires Bietremieulz et messires Jehan de Gistelles le veurent mener. Sitost comme il fu là venus, il le menèrent à leur mine et li monstrèrent comment la grosse tour ne tenoit, fors sus estançons de bos. Quant li chevaliers françois vei le peril, si dist à monsigneur Bietremieu : ‘certainement sire vous avès bonne cause ; et ce que fait en avès, vous vient de grant gentillèce : si nous mettons en vostre volenté et le nostre ossi’. Là les prist messires Bietremieus comme ses prisonniers et les fist partir hors de le tour, uns et aultres, et le leur ossi, et puis fit bouter le feu en le mine.
Si ardirent li estançon ; et quant ils furent tous ars, li tours qui estoit malement grosse et quarrée, ouvri et se parti en deux et reversa d’autre part. ‘Or regardès, ce dist messire Bietremieus à monsigneur Henri de Vaus et à chiaus de le forterèce, se je vous disoie verité’. Il respondirent : ‘sire, oil, nous demorons vostre prisonnier à vostre volenté, et vous remercions de votre courtoisie, car li Jake Bonhomme qui jadis regnèrent en ce pays, se il euissent ensi esté de nous au deseure que vous estiés orains, il ne nous euissent mies fait la cause parelle que vous avès’. »

Bien entendu c’est une transcription en français moderne qui sera présentée par les élèves !

La seconde partie de la conférence portera sur les rapports existants entre le sol et le sous-sol dans la transmission de vestiges du passé qu’il convient de décrypter. Ainsi sera abordée la question de la datation des souterrains, thème difficile s’il en est, à cause du manque de documents écrits et de la similitude des manières de faire dans le temps. L’historien propose des pistes de réflexion et n’avance pas de certitudes, toutefois des hypothèses très fragiles peuvent être abandonnées au profit de recoupements d’idées allant vers un même sens d’interprétation.

La conclusion abordera les thèmes de la conservation et de la mise en valeur de tels vestiges apparents ou cachés, thèmes par ailleurs chers à l’association ‘Cmvsh’.

Cormicy sens dessus dessous ? ou bien plutôt : Cormicy, du sens dessus et dessous ! A entendre pour admettre ou contester.

Bien que ma proposition de dater la plupart des souterrains de la seconde moitié du XVIII e siècle, période fort proche alors que les habitants eussent préférer une haute antiquité à leur vestige, l’accueil de mes propos s’est vu entouré d’écoute attentive. J’ai retenu par ailleurs que les élèves qui ont eu la possibilité, grâce à l’aide de leurs parents et de membres de l’association, de participer à la courte expérience théâtrale, en furent ravis.

Que tous soient remerciés !

éléves de cinquième de Cormicy

élèves de Cormicy et de sa région revisitant Froissart

Rapportée par M. Karl Lagerfeld dans un numéro publicitaire du Monde de mars 2011 la citation du photographe de mode Richard Avedon (1923-2004) :

« il faut s’occuper de la surface pour trouver ce qu’il y a dessous » résume, dans sa simplicité et son in-à propos contextuel, tout l’intérêt de l’observation approfondie dans une perspective d’étude. Nul doute que les souterrains de Cormicy referont surface un jour ou l’autre.

Compte-rendu de cette conférence par lke journal « L »union » en date du vendredi premier avril 2011 à retrouver sur le site du journal ici :

http://www.lunion.presse.fr/article/autres-actus/cormicy-histoire-du-village-les-5e-tres-impliques

photographie et article reproduit à partir du journal :

 

 

 

 

 

 

 

22/11/1890 – 09/11/1970 Qui ?

La seconde date, plus connue de nous, devrait vous mettre sur la voie, surtout ce jour.

Il s’agit en effet de Charles de Gaulle, né à Lille le 22 novembre 1890 comme l’annonce ce faire-part parental reproduit d’une collection particulière :

 

faire-part de naissance de Charles de Gaulle

Vous savez toute la suite et ce n’est pas ici que vous apprendrez aujourd’hui quelque chose de nouveau sur cet illustre Français.

Je l’ai vu et entendu un jour de juin 1964 à Soissons où j’étais alors un élève de dix-huit ans pensionnaire au lycée de garçons des Cordeliers. Assez âgé donc pour me souvenir de quelques impressions très ordinaires. Très chaude journée. Ayant quitté clandestinement le lycée vers midi je me suis rendu Place de l’Hôtel de Ville où le général devait prononcer un discours. Foule très dense et police de même dans les rues, exclamations favorables et spontanées, tendance bon enfant. Comme un camarade de classe m’avait remis le matin même une boîte de cartouches longues « 22 long rifle » , je l’avais en poche. Par précaution, ayant déjà eu à entrer en contact avec des représentants de l’ordre, il m’a semblé nécessaire de m’en défaire provisoirement dans un canal d’écoulement d’un dauphin d’une rue proche, ce qui fut fait et ce qui a sans doute contribué à enregistrer l’événement historique dans ma mémoire. Je suis ensuite parvenu à me faufiler jusqu’au niveau du cinquième rang de la foule environ et le Président de la République m’est apparu tout à fait conforme aux images des journaux télévisés, des hebdomadaires et des livres d’histoire : Le verbe haut, tout comme la stature, les bras mobiles et le visage animé. J’étais heureux d’être là, de partager des émotions avec une foule bruyante peuplée d’inconnus et ce fut la première fois de ma vie que j’ai approché d’aussi près un personnage d’importance. Aujourd’hui je ne saurais rien dire de plus, sinon d’ajouter : « j’étais là », autrement dit de certifier le fait volontaire d’avoir vu et entendu de près l’un de ceux qui ont fait l’histoire de ce pays.

Ce sont des mots qui font exister les deux, et l’Histoire et le Pays. Des mots du jour je n’ai aucun souvenir, sans doute furent-ils assez anoduns pour ne pas inscrire Soissons ce jour-là dans l’Histoire. Alors je me borne, ou plutôt m’ouvre l’esprit dans la citation de deux passages des « Mémoires d’espoir », ouvrage que je me suis procuré le 7 octobre 1970, ne sachant nullement que l’auteur ferait définitivement partie de l’histoire le mois suivant. Quant au livre, plus de cent mille exemplaires ont été vendus en deux jours ! Les première phrases sont toute gaulliennes évidemment : « La France vient du fond des âges. Elle vit. Les siècles l’appellent. Mais elle demeure elle-même au long du temps. »

J’en extrait une autre citation relative aux ‘allocutions à la nation‘, du chapitre ‘le chef de l’Etat‘ :

« Toujours je leur parle beaucoup moins d’eux-mêmes que de la France. Me gardant de dresser parmi eux ceux-ci contre ceux-là, de flatter l’une ou l’autre de leurs diverses fractions, de caresser tel ou tel de leurs intérêts particuliers, bref d’utiliser les vieilles recettes de la démagogie, je m’efforce au contraire de rassembler les coeurs et les esprits sur ce qui leur est commun, de faire sentir à tous qu’ils appartiennent au même ensemble, de susciter l’effort national. »

Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir, * Le renouveau 1958-1962, Plon, 1970, p.302.

A ce moment de ma vie ce Président n’était pas pour moi « l’Homme du 18 juin », ni le Libérateur de Paris, épisodes que je n’avais pas vécus mais celui qui avait permis à la France de sortir tout récemment du bourbier algérien, quel qu’en fut le coût pour lui, militaire d’abord. Alors pour cela entre autre j’étais gaulliste.

Ma tonkiki matonkiki ma tonkinoise…

jonque tonkinoise, maquette du XIXe s.

Comme vous le voyez, ma tonkinoise est cette jonque. Elle me vient d’un arrière-grand-oncle côté maternel qui selon la tradition orale familiale aurait participé à l’une des guerres du Tonkin, il était du reste surnommé le Tonkinois. Loin dans le temps et l’espace mais essayons d’y comprendre quelque chose. Le Tonkin est une ancienne province annamite, aujourd’hui rattachée au Viêt-nam, lui même issu d’une partie de l’Indochine française.

France et Tonkin sur un globe allemand de 1869

La France est intervenue dans cette région à partir de 1873. Elle a lutté (Garnier, Courbet) contre des troupes irrégulières chinoises nommées les ‘Pavillons noirs’ -T’ai-P’ing jusqu’en 1885 (Lang Son) puis la Chine accorde à la France le Tonkin et un protectorat sur l’Annam. A la fin du siècle la Chine est démantelée, la France et la Grande-Bretagne dominent le monde et l’Europe est la première puissance mondiale.

image d'Epinal représentant la guerre du Tonkin

troupes françaises contre ‘Pavillons noirs’ sur une image d’Epinal.

 

le Tonkin sur une carte d'atlas en 1923

carte du Bas-Tonkin sur l’Atlas Universel Quillet, le Monde français, 1923

 

Voilà comment à partir d’un objet on peut refaire le monde, s’interroger sur l’histoire, voyager jusqu’à cette magnifique Baie d’Along (orthographe française) et ses étranges pains de sucre surgissant des flots, formation karstique que l’on retrouve aussi dans la province de Guangxi, à Guilin en Chine. Bien des souvenirs de la colonisation demeurent, amers ou heureux, témoins d’une page de notre histoire souvent disputés avec nos voisins, britanniques en premier lieu car on ne prête qu’aux riches. Il est vain de débattre des avantages et inconvénients de la colonisation car c’est le principe même de colonisation qui est vicié dès l’origine ; il ne pouvait aboutir qu’à la décolonisation. Entre les deux points des êtres humains ont souffert pendant que d’autres ont amassé des biens, souvent dans des zones de non droit où règne la loi du plus fort.

carte postale de la présence française au Tonkin

carte postale extraite de l’ouvrage d’E. et G. Deroo et M.-C. de Taillac « Aux Colonies, où l’on découvre les vestiges d’un empire englouti », France-Loisirs, Paris, 1992, p.99

Je ne saurais clore sans évoquer l’illustre chanson ‘Ma tonkinoise’ musique de Vincent Scotto et paroles d’Henri Christiné, inspirée par ‘le Navigatore’ de G. Villard. Chantée par Polin en 1906 elle a intégré le répertoire de nombreux artistes dont Mistinguett, M. Chevalier puis Joséphine Baker en 1930. Ses paroles ont été détournées par Théodore Botrel qui en fit une romance d’amour troupier également célèbre. Si vous souhaitez en savoir plus sur cette chanson qui fait partie du répertoire culturel français en chansons vous pourriez consulter avec profit :

http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Petite_Tonkinoise

et sur l’Indochine le très beau et riche site lié ci-dessous où vous pourrez admirer entre autres quelques clichés d’époque coloniale et lire des écrits des plus signifiants :

http://belleindochine.free.fr/sommaire.htm