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Jeux de lumières depuis la tour : Vez.

      donjon de Vez depuis la courtine 

      Vez. Le toponyme dérive de « vadum », le gué ; v, g, et b se confondant bien souvent dans la prononciation. Le passage dont il est question est sur la bien jolie rivière d’Automne et il conduit au plateau passant par un éperon sur lequel est édifié le « donjon de Vez ».

     Délimité par un carré d’environ 60 à 70 m. de côté ce domaine seigneurial fortifié comprend murailles, donjon et logis. On sait que l’ensemble a été dévasté par les Jacques en 1358, puis reconstruit. Le logis l’a certainement été par Raoul d’Estrées dans les années 1360 alors que le donjon est une construction attribuée à Jean de Vez, sans doute entre 1380 et 1390. C’est ce donjon qui attire l’oeil dès l’entrée par la légéreté de son style et une froide élégance. La lumière s’accroche sur ses mâchicoulis et chute vers les courtines accessibles depuis son premier niveau. Lieu quelque peu stratégique mais de médiocre force durant la Guerre de Cent Ans, il est assez vite dénué de tout caractère militaire, sauf de celui d’observation. Crépy-en-Valois et Pierrefonds sont tout près, ainsi que Villers-Cotterêts.

donjon de Vez

américain l’X anime le vieux donjon

donjon de Vez

végétalisé comme pour conduire au jardin

jardin de M. Pascal Cribier

Du paysagiste M. Pascal Cribier le jardin et son bassin accueillent le « Pot doré » de M. Jean-Pierre Raynaud, ici vu de dessus, sans or apparent. ‘Tout ce qui brille n’est pas d’or’.

     Le logis et sa chapelle, beaucoup trop restaurés par Léon Dru

tombeau de Léon Dru

cosaque endormi, Léon Dru gardé par un drôle de hibou

au tournant du XXe s., ont perdu leur caractère de témoin d’époque mais non leurs charmes.

     Ces derniers sont notablement accentués par des présentations d’art contemporain que M. Francis Briest et l’association des « Amis du donjon de Vez » qu’il préside proposent chaque année, et qui enrichissent petit à petit le site depuis les années 1990. C’est pourquoi l’oeil vagabonde de découvertes en découvertes, se délectant d’un Bourdelle ou se vivifiant d’un Buren.

     Descendant du grenier abrité de sa charpente de fer -tiens Eiffel est aussi passé là !

charpente d'Eiffel

du fer agencé par Eiffel

mon regard fut attiré par de vives lumières colorées, d’abord entr’aperçues puis fixées. Bien qu’elles soient créées par un vitrail de M. Daniel Buren qui projette sur les parois des murs et le dallage du sol des bandes chaudes et froides ordonnées géométriquement, ce n’est pas à lui que j’aie d’abord pensé mais à Frantisek Kupka, à cause des couleurs, à cause de l’agencement des lignes :

F. Kupka série CVI

Kupka, « Série CVI », huile sur toile, 1935-1946, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, in revue « Beaux-Arts », 1989, N°74, p.95 

Daniel Buren, « Transparences colorées »

d’où l’on voit, en Art, que transparences et projections, autrement dit irréalité matérielle engendrée par l’artifice, sont tout un.

Ainsi quittons-nous VEZ, non sans regrets, mais illuminés.

JPB, visite du 27 juillet 2008

Au firmament du Chemin des Dames, des anges pour Martin.

     Depuis les collines qui dominent l’Ailette et ouvrent l’horizon du Chemin des Dames, d’un repli d’ailes ils surgissent et prennent place autour de l’écrin pour signifier que là est merveilleuse richesse enclose.

clocher de Martigny-Courpierre

     Trop loin des hommes ils s’ennuient. Je les appelle. Virevoltant et planant ils daignent descendre du piédestal céleste et entrent dans l’église dédiée à saint Martin, qui protège les Francs. Là, surprise, ils volent alors directement vers le maître-autel où ils se posent élégamment. Laissez-vous aller à chantonner avec le ténor : « Anges du paradis couvrez-là de votre aile… » in Mireille, de Charles Gounod » ou bien encore le plus connu « les anges dans nos campagnes » et son Gloria’ évoqué ici.

     Il faut dire qu’ici tout a été combiné pour impressionner le pèlerin. Pas un mètre carré laissé libre : verre, fer, terre cuite, terres des fresquistes, tout concourt à glorifier Dieu dans le travail des hommes de l’art.

céramique de Saint-Martin de Martigny

     Le céramiste Maurice Dhomme, les verriers Louis Barillet, Théodore Hanssen et Jacques Le Chevallier illustrent le Nouveau Testament dans ses messages simples, qu’accompagne également le fresquiste Eugène Chapleau.

Christ de la voûte du choeur de Martigny

     Il ne serait pas judicieux que je vous dévoile tous les trésors de cette église d’un si petit village momentanément anéanti dans la grande tourmente que fut 1914-1918. Quand vous serez de passage dans la région, quand vous serez peut-être assez imprégnés des eaux tropicales du Center Parc de L’Ailette aux rives proches, pensez à venir ici plonger aux sources vives de l’Art Déco. Cherchez par vous-même la signification des symboles employés * et des phrases peintes. Partez à la chasse au trésor dans les ors rutilants, soyez assez observateurs pour dénicher quelque part les portraits des collaborateurs de l’architecte Paul Müller qui a oeuvré là, ainsi qu’au village de Monthenault à proximité, ou, à peine éloigné, dans celui de Brancourt-en-Laonnois.

les artistes de Martigny

     Et comme il n’est jamais interdit de rêver, planez donc et voletez de concert et de conserve avec les anges, tournoyez autour et dans Saint-Martin de Martigny-Courpierre. Cela décoiffe mais vous n’y laisserez aucune plumes, à la différence des pigeons qui s’abandonnent ici trop fréquemment, singeant malhabilement nos anges.

     « L’univers et l’histoire chantaient, dans un silence assourdissant, la gloire de l’Eternel. Toute une vallée de larmes coulait sur mon visage. J’étais plus mort que vif -mais j’étais déjà mort. … …L’archange qui se tenait dans l’ombre du Très-Haut se déplaçait avec la grâce que je lui connaissais, mais les ailes lui étaient revenues et un feu intérieur semblait le consumer. « 

Jean d’Ormesson, le rapport Gabriel, Gallimard, 1999, p. 414

clocher de Martigny-Courpierre

     * Bavard je ne résiste pas plus longuement et vous mets sur la voie. Les anges de l’autel sont des thuriféraires selon l’assemblage des mots latins qui signifie ‘porte -encensoir’. Ils font partie de cette cohorte innombrable si souvent représentée dans l’art religieux, notamment sur des pierres tombales car l’encens est utilisé pour manifester la part divine des corps humains. Les anges [du grec aggelos=messager] sont très présents dans l’Ancien Testament et semblent directement issus des cultes babyloniens et perses, le Nouveau Testament minimise leur part mais l’Apocalypse de Jean, par exemple, en est toute peuplée.

La « blessure de Vailly » et Joë Bousquet.

Vailly, qui se prononce ‘Véli’ est un bourg d’environ 2200 habitants situé à 18 km à l’est de Soissons et à 45 km à l’ouest de Reims. L’Aisne borde sa limite sud et le plateau du Chemin des Dames s’incline en de multiples découpes digitées sur son flanc nord. Au cours de l’Histoire sa position l’a souvent placé sur le trajet des troupes, 1914-1918 étant la période qui l’a vu presque totalement détruit.

Carte postale allemande célébrant la victoire de Vailly

carte postale allemande célébrant la victoire à Vailly le 31 octobre 1914

Prise et reprise la ville sera à nouveau sous le feu de l’ennemi lors de son avancée éclair du 27 mai 1918. Le général Ludendorff parvient quasiment à retrouver lors de cette offensive les positions allemandes de septembre 1914.

Dans ce contexte survient un épisode célèbre en littérature que l’Association du Patrimoine et de l’Environnement Vaillysiens mettra en valeur entre les 8 et 21 novembre prochain comme en témoigne l’affiche ci-dessous que j’ai conçue pour l’occasion.

Affiche relative à Joë Bousquet et Vailly

Nous appuyant sur l’aide du Centre Joë Bousquet de Carcassonne qui nous prête l’exposition relatant les deux rencontres entre Denise Bellon photographe et J. Bousquet en 1946 et 1947 et avec la participation des institutions représentées par leur logo sur l’affiche, nous présentons en effet un ensemble de photographies et de correspondances, moyen pour nous de mettre en avant et faire connaître l’événement singulier que fut la « blessure de Vailly » dans la vie littéraire de Joë Bousquet.

            Contexte affectif propre à Joë Bousquet en mai 1918 : 

Il a reçu trois jours auparavant, le 24 mai, une lettre de sa bien aimée Marthe qui lui fait part de la réaction de son père à l’annonce de leur amour, fait qui l’oblige à s’engager moralement. Il décide alors de la quitter et lui en fait part. Il se trouve donc en position de dépit et réagit en s’exposant inutilement à l’ennemi. Réaction isolée de sa part ? Non.

En juin 1917 et vers le même lieu il s’était déjà illustré par bravade, peu de temps après son baptême du feu le 16 avril 1917 car engagé le 10 janvier 1916, à l’âge de 19 ans, il n’avait pas encore eu l’occasion de combattre. Mais ce 2 juin 1917 donc, alors qu’il était en observation il prend seul la décision de tirer sur un Allemand de la tranchée adverse, ce qui déclenche une riposte immédiate et un assaut au cours duquel est tué son ami le sergent Canet et bien d’autres soldats français.

De plus en janvier 1918 il avait reçu une lettre de Marthe qui lui annonçait son intention de se suicider : sa réaction d’alors était encore et toujours la même, s’exposer et combattre. Par chance son engagement volontaire dans le combat lui vaut cette fois non la mort mais une nouvelle citation à l’ordre de l’armée.

      Toujours est-il qu’on est en présence d’un jeune combattant audacieux prêt à tout pour prouver sa bravoure et pensant de cette manière contrôler des sentiments personnels qui ont pour objet la passion amoureuse. Dit d’une manière plus abrupte cela donne : la mort il l’a bien cherchée ! Et de tout cela nous avons la preuve en recoupant tous les témoignages qu’il a lui-même donnés à ses correspondants et visiteurs au cours de sa vie d’écrivain et d’amateur d’art. On ajoute encore, s’il le fallait, que ce jour du 27 mai notre jeune homme (21 ans) agité portait une paire de bottes rouges, sans doute un modèle du genre : ‘bottes d’aviateur’ et de couleur sans doute plus proche du fauve que du rouge vif. Une façon bien voyante en tout cas de monter à l’attaque, plus proche de la tenue flamboyante des premiers mois de la guerre que des vêtements bleu horizon portés peu à peu depuis l’année 1916. 

Conséquences de « la blessure à Vailly » :

     Paralysé des membres inférieurs J. B. passera le restant de ses jours dans sa chambre aux volets fermés de la rue de Verdun ou dans quelques rares lieux proches. Il entre progressivement en littérature et fait du même coup entrer « la blessure de Vailly » dans la littérature française et internationale.

      Hier 8 novembre nous inaugurions cette exposition racontée ci-dessous par quelques instantanés numériques faisant écho en quelque sorte aux clichés argentiques de Denise Bellon  :

 Mme Annick Venet, Maire et M. Jean-Marie Lebrun, Président de l’APEV

partie de l’assistance

 quelques panneaux de l’exposition photographique

Joë Bousquet par Denise Bellon en 1947

 Joë Bousquet par Denise Bellon en 1947, collection du Centre J. Bousquet de Carcassonne

     Au moment où J. Bousquet fait retour dans la littérature par la publication récente de « Lettres à une jeune fille » par Nicolas Brimo chez Grasset, Vailly-sur-Aisne s’honore d’être associé aussi vivement et douleureusement à la littérature du XXe s. et notre association s’active pour que localement la vie et l’oeuvre de ce poète, écrivain et résistant, amoureux épistolaire des jeunes femmes faute de pouvoir l’être physiquement et passionné d’art, soit mieux connue et demeure vivante.

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     Parmi les nombreuses pages consacrées à J. Bousquet sur le Web on retiendra par exemple la présentation du Centre Joë Bousquet et la Maison des Mémoires de Carcassonne par le Conseil Général de l’Aude :

http://www.cg11.fr/www/contenu/perspectives/P131-05.pdf

Le blog très riche et précisément documenté ‘choses lues, choses vues’ de M. Alain Paire, galeriste et critique d’art aixois qui évoque dans plusieurs notes la singularité de Joë Bousquet, notamment dans un entretien avec Louis Pons ici :

http://www.galerie-alain-paire.com/index.php?option=com_content&view=article&id=35:louis-pons-parle-de-joe-bousquet-et-de-gerald-neveu&catid=7:choses-lues-choses-vues&Itemid=6

http://www.galerie-alain-paire.com/index.php?option=com_content&view=article&id=273:1928-1950-max-ernst-et-joe-bousquet&catid=7:choses-lues-choses-vues&Itemid=6

le site personnel très synthétique et à caractère pédagogique suivant :

http://poete.villalier.fr

La présentation de notre exposition par le Conseil Général de l’Aisne :

ici

Une évocation personnelle de Joë Bousquet sur le blogue original, littéraire et aux mille facettes que voici :

http://le-blog-a-vincent.blogspot.com/     (note en date du 7 août 2009)

Lumières d’automne.

     Dans le théâtre de roches, décor évolutif et grandiose pour pensées vagabondes, les rayons d’un soleil rasant burinent et sculptent les calcaires d’anciennes mers, agitent des guirlandes de lierre, mâts d’un havre repéré.

roches et lierres

enfilade de guirlandes de lierre

voûte et lierres

     Dans la quiétude du couchant, silencieux comme il se doit, froufroutant à peine comme l’aile de la hulotte, un ange passe, se réfugie dans le corridor du souterrain : je le cherche puis l’oublie.  

entrée ou sortie de souterrain refuge

     Vais-je appuyer sur la bonne case pour libérer mon djinn ? Serai-je le pigeon du boulin comme qui dirait le dindon de la farce ?

anciens boulins de pigeons

mangeoires dans la roche

     Où tout cela peut-il conduire ? A quelques mètres, perché sur le sumac de Virginie, le grand oiseau de feu va sans nul doute me renseigner :

feuilles d'automne du sumac

-demande aux enfants ! s’exclame-t-il tout feu tout flamme.

     Je sais bien qu’ils ont levé le camp d’été, que l’accumulation des feuilles brouille la piste près de la cabane vite bâtie en août :

cabane d'été en automne

 

et que les jouets sont remisés dans l’ancien four à pain, attendant la venue des joies enfantines clamées dans la roche qui leur fait écho :

remise à jouets dans la creute

     Tout cela est de la faute de celles qui subitement se colorent en rouge, s’empourprent sans raison autre que de passer le temps

de pourpre vêtues

alors je préfère m’éloigner, voir le jour décliner,

coucher de soleil d'octobre

 tirer un peu la couette duveteuse des clématites en lianes

clématites en lianes indigènes

et une dernière fois contempler les faisceaux orangés des spots du couchant qui embrasent les frênes de la creute aux blaireaux près de l’antre des renardeaux :

rayons de feu sur écorce de frêne

chut ! tout s’endort enfin dans la paix d’un soir d’automne.

« Pendant que, déployant ses voiles,

l’ombre,ou se mêle une rumeur,

s’emble élargir jusqu’aux étoiles

le geste auguste du semeur ».

Victor Hugo, Les chansons des rues et des bois, Paris, Hachette, 1879, p.272

 

 

Merops apiaster L. : pour un portrait haut en couleurs

     Le nom français dit son mode alimentaire et localise l’espèce : Guêpier d’Europe. Il se peut que vous ne l’ayez jamais vu en France septentrionale car il y niche ou y séjourne localement seulement, depuis la fin des années soixante, quittant alors le couloir rhôdanien entre Avignon et le delta, sa zone de prédilection.

     Grégaire il ne passe pas inaperçu. Son vol d’abord, rapides ascensions, brusques virages, longs vol planés attirent l’oeil. Son perchement aussi sur de vieilles tiges sèches, des brindilles, des fils téléphoniques que souvent il fait ployer. Son chant permanent que vous n’oublierez plus sitôt entendu : comme un gazouillis ample, un peu roulant, liquide et qui pourrait trouver dans cette écriture une approche phonétique = kruii, kruik, gruil….répétés à l’infini par la meute en jeux, en chasse.

    L’individu est gracile, de forme allongée, de taille entre merle et tourterelle. Une paire de jumelles au thorax n’est pas de trop pour espérer distinguer un bec long et pointu à peine courbé et une queue effilée elle-même prolongée d’une pointe, comme une signature supplémentaire. La paire de jumelles est une précaution car le sujet est craintif et capricieux, un jour il s’approchera à dix mètres et le lendemain s’envolera à cinquante. Ou rentrera dans son terrier. Oui vous avez bien lu cet oiseau creuse des galeries à l’aplomb d’une berge, d’une falaise, profondes d’environ 2 mètres et parfois un peu plus, au fond desquelles il installe son nid. A force de l’écouter, de l’observer, de noter son comportement on finit par se languir de ce bel oiseau qui hélas disparaît au milieu d’août après un court séjour d’environ six à huit semaines. Pour moi il chante désormais l’été, depuis qu’il a pris l’habitude de nicher dans les ballastières abandonnées des terrasses de l’Aisne ou des sablières avoisinantes.

     Je sens que cette description commence à vous agacer car vous attendez son portrait photographique. Bien sûr il vient. Vais-je vous décrire ou vous laisser contempler ses splendides couleurs tropicales ? Par facilité, pour le plaisir des yeux, je vous les montre de suite, vous laissant le soin de tourner les pages d’un manuel d’ornithologie pour préciser ces lignes.

couple de guêpiers d'Europe

guêpier d'Europe

groupe de guêpiers

     Encore une ? J’ai tiré le portrait de cet oiseau magnifique après une longue attente, plusieurs heures à guetter immobile et dissimulé, peu après le lever d’un jour d’été, un affût d’incertitude puis, magique, imprévisible, merveilleux cadeau de la nature la pose soudaine d’un individu sur une tige de bouillon blanc (Verbascum trapsus).

guépier d'Europe

     Serait-ce une aile d’oiseau de cette espèce que Dürer a peinte en 1512 ? Non mais celle d’une espèce voisine, le rollier d’Europe aux couleurs tout aussi prononcées. Cette peinture au pinceau, encre et aquarelle sur parchemin est conservée à l’Albertina de Vienne et je la tire de l’ouvrage :

Madeleine Pinault, le peintre et l’histoire naturelle, Flammarion, 1990, p. 188.

rollier d'Europe par DÛrer en 1512

et voici le guêpier vu par John Gould en 1867 :

guêpiers par J. Gould en 1867

in « Les oiseaux, John Gould, CELIV, Paris, 1987, p. 60

A défaut de le contempler de visu, que ceux qui rêvent en couleurs l’engrangent dans leur mémoire et que ceux qui rêvent en noir et blanc reviennent une autre fois sur cette page !

Cette année, en ce mois de mai 2009, un aimable internaute m’offre l’une de ses photographies récentes, un portrait en gros plan, afin que nous partagions ensemble les joies de la découverte et de la photographie de cet oiseau. Je remercie par ces lignes l’auteur, M. Frédéric Florentin.

portrait d'un guêpier d'Europe

des gris

     Tout peintre a déja tenu un petit gris, ce pinceau formé des poils du ‘petit gris’, écureuil du nord de l’Europe qui fournit aussi le vair des héraldistes. Mais le peintre oeuvre-t-il en gris pour autant ? La difficulté est grande d’animer la toile par des gris, la baie par une grisaille.

vitrail à allure de grisaille

dans l’église de Glennes (02) l’Atelier rémois J. Simon a réalisé ce vitrail protégé en arrière par un grillage qui lui donne une allure de grisaille, ce qu’il n’est pas.

     Quand le peintre appelle un gris mille s’approchent. Ils sont riches, chauds ou froids. Certes ajouter du blanc au noir donne un gris, fade et qui va tirer vers la teinte qui a permis de donner le noir, un noir forcément particulier et non un noir absolu. C’est pourquoi on peut pratiquement écrire que la majorité des peintres peignent en gris colorés séparés par quelques teintes primaires pures. 

     La souris peut être grise, la taupe et la musaraigne également ainsi que nombre d’animaux.

musaraigne

     Sorex araneus L., la musaraigne ou musette (ci-dessous) appartient à la famille des soricidae ; longue queue et museau de même animé de vibrisses et se terminant presque en trompe. Agile et rapide vous la repérez facilement dans l’herbe du jardin à la recherche de nombreux insectes.

  La prochaine fois que vous verrez un gris, pensez qu’il n’y en pas deux pareils et essayez de préciser sa teinte. Le métal délivre de jolis gris, voyez cet étain et cet argent mis en  médaille et pièce.

médaille d'étain

ici l’effet de lumière inverse le volume : on voit en creux ce qui est en relief ! Sans être gris pour autant…. Médaille d’étain réalisée à l’occasion de la naissance de notre aîné.

Ci-dessous des gris chauds animent les reliefs poinçonnés d’un denier de Charles VI :

pièce de monnaie dite 'gros' du roi Charles VI

     L’exercice est tentant, effectivement, de peindre en gris. Un jour d’été, en plein soleil, sur le versant sud d’une de ces collines de la Montagne de Reims si apte à l’élevage des trois cépages réservés au champagne je me suis entraîné à cette forme d’expression si chère à tant de grands peintres -Morandi, Le Greco, Millet, Cézanne,  noms qui m’arrivent sur le champ en mémoire et ouvrent l’une de leurs oeuvres avec abondance de gris. Voici le résultat exprimé au pastel tendre sur fond de papier gris bleuté sur lequel vibrent et miroitent nombre de gris argentés qui évoquent la vapeur chaude faisant danser les images au midi caniculaire. Mirage de gris que même les Mirages gris de la B.A. 112 de Reims ne parviennent à disloquer dans leur vrombissement de flèches d’acier. Brisant parfois le mur du son ils font momentanément éclater la pacifique beauté de l’ordonnancement de cette bourgade proche d’Ay et d’Epernay au pied du Val d’Or, bordée par le ruisseau de la Livre que naguère Berthe avait fait jaillir. Touches colorées qui éclatent à la surface du gris, harmoniques sonores qui s’échappent du verre quand, en fête et en liesse, mille bulles diffusent vers le monde entier le nom de ma Champagne. J’aurai bien l’occasion de revenir vers ces bulles un autre jour et d’ici là je vous souhaite, amis lecteurs et fidèles lectrices une soirée à l’esprit festif à laquelle la couleur grise n’est pas généralement associée. D’où la sottise de ce blog sans queue ni tête.

Avenay, pastel JPB

Solstice

     En nos creutes bien souvent, intéressé, le soleil pérégrine. Avec la faconde des puissants il mégote, espérant trouver le gîte et le couvert. Plusieurs fois je l’ai surpris tel un rôdeur, passant de l’ombre, s’excusant à peine une fois la lumière faite sur ses véritables intentions : dormir à l’oeil mais pas à la belle étoile. Un jour il est entré par effraction dans la chambre :

soleil au travers du volet roulant

un autre, franchissant le portail grand ouvert, ce qui lui permit d’explorer chaque cavité :

couchant automnal

porte

roche ensoleillée

     En chemin, inquisiteur, il demande l’heure à l’horloge de Yannick, non remontée ce jour-là, et quelque peu déconfit de la farce,

horloge

 

s’en inquiète auprès de la Piéride du chou qui, flattée du peu mais honorée, lui répond négligemment d’un signe de tête, cinq heures moins deux :

horloge de la piéride du chou

     dubitatif il questionne l’escargot qui se languit de la fraîcheur vespérale et lui rétorque : « -six heures et quart ! »

horloge d'escargot

 

     Enfin, incommodé par tant d’irrévérence, s’en est allé sonner à d’autres portes. Curieux il s’attarde un long moment dans l’axe de l’entrée de la vieille carrière -est-ce un hasard ?

entrée de la carrière

     éclabousse un oeil dedans, histoire de marquer son territoire

gouttes de soleil dans le vestibule de la carrière

     Il est déjà 21 heures (heure de Paris) lorsque reprenant sa course de char solaire, blindé qu’il est des réactions des créatures terrestres, il franchit le ravin du Mourson qu’il éclaire parcimonieusement, sans dérangement

ravin du Mourson, solstice d'été

avant de le saluer, majestueusement de ses rayons du 21 juin, à 21 h 40, heure de ce royal coucher paissois du solstice d’été.

21 juin 2008 solstice et couchant

(aucun montage, la diffraction des rayons sur la lentille de l’objectif a produit cet effet)

     Toujours aussi à l’aise, fier du prestige millénaire que son aura clame au monde, il se couche dans de beaux draps, assuré d’un réveil royal. La cour applaudit, un héraut d’or vêtu lit quelques lignes d’au-revoir :

     « J’ai beaucoup aimé ce monde qui est si dur et les horreurs de la vie. Je n’ai jamais pensé, comme Cioran, que le mieux, pour un homme, était de ne pas être né. J’étais content d’être né et d’avoir vu des arbres, des chats, la mer, le soleil qui n’en finit pas de se coucher le soir pour se relever le matin, les étoiles et la lune dans le ciel de la nuit, des coccinelles sur les feuilles blanches où je racontais Gabriel et de grandes catastrophes. »

Jean d’Ormesson, Le rapport Gabriel. Gallimard, 1999, p.256

et tire le rideau sur cette royale journée, découvrant ainsi le char d’Apollon auquel déjà le Grand Roi avait naguère songé, abandonnant momentanément à Morphée les rênes du pouvoir :

Werner, Louis XIV sur le char d'Apollon

Werner, Louis XIV sur le char d’Apollon

     Chers lectrices et lecteurs le rideau sera également tiré sur ce blog pendant la période estivale et s’ouvrira de nouveau en septembre prochain. Cependant quelques rappels offriront peut-être une scène ou une autre. Bonnes vacances et bel été à tous !  

Circonvolutions

     Ces mots étranges qui invitent à parler autour, en circonlocution donc, conviennent assez à l’esprit de ce blog apparemment sans queue ni tête qui comme l’abeille butine ici et là. Peut-être après tout l’ordinaire fonctionnement cérébral qui à partir de sensations multiples organise tant bien que mal une pelote parfois bien ficelée. Ainsi a procédé l’antique apothicaire fort de la théorie des signatures, ainsi l’écrivain sculpte  des images dans le corps des phrases.

     Pas si étonnant en la circonstance qu’après l’abondance d’eau qui permît l’apparition de nombreuses trémelles et autres champignons apparentés me soit venue au cerveau circonvolutionné comme on sait, l’image non de la noix, mais une autre plus étonnante. D’abord la trémelle.

Tremella mesenterica

     Cette trémelle mésentérique (Tremella mesenterica Retz) est bien plaisante à voir sinon à toucher. Couleur plus ou moins orangée, toucher gélatineux et tremblant. Apparaît sur bois de feuillus, mort ou non, aux périodes fraîches et humides. D’une famille proche, celle des Auriculariaceae, on rencontre parfois, aux mêmes périodes, mais sur du bois mort et la plupart du temps du bois de sureau, lAuricularia auricula-judae Wettstein ou Oreille de Judas. Par grande pluie elle accroche ses oreilles plus ou moins translucides, gélatineuses violacées-ocrées sur le bois nu qu’elle envahit en quelques heures alors que la sécheresse la recroqueville au point de la rendre quasiment invisible. Séchée et réduite en poudre elle rivalise tout à fait avec sa cousine asiatique dans la préparation des sauces auxquelles elle donne texture.

oreille de Judas

     Mais c’est bien vers la trémelle que ma pensée s’est orientée ce dimanche 15 juin 2008 à Reims. Car je l’avoue maintenant l’idée associée est partie de là et non de l’inverse, elle a pris naissance d’abord à cause de la couleur et ensuite de la forme. Ce purent être des voix -nous Rémois fêtions alors Jeanne d’Arc- et donc un renvoi inattendu vers les oreilles de Judas (sa traîtrise vaut bien celle de Cauchon) était dans l’ordre des choses, mais non ce furent des formes virevoltantes et des couleurs vives et chatoyantes qui firent surgir la trémelle en image de fond d’écran dans ma mémoire. Je vous les livre.

robes de danse

danses folkloriques du Vénézuela

     Par beau temps elles colonisent le macadam en groupes compacts. Les circonvolutions dessous la taille présentent des marges ourlées pourprées sur fond translucide orangé. La pluie, qu’elles craignent, les rend d’humeur maussade. Leur toucher est … non gélatineux, non tremblant ?

Ne m’en veuillez pas de ce commentaire imparfait : c’est la première description de l’espèce et rédigée en français elle ne sera pas recevable. Et sans elles pourtant, sans l’attrait du mouvement et des couleurs mon esprit n’aurait pas vagabondé vers la trémelle. C’est pourquoi lorsque j’ai l’air songeur et que ma femme, faute de réponse me dit : « à quoi penses-tu ? », je n’ai pas toujours la possibilité de donner une explication logique au cours de ma pensée. Peut-être ai-je des circonvolutions cérébrales contournées ? Ayez s.v.p. l’amabilité d’y songer dans la suite de la lecture de ce blog.

    Château de Montmirail, 19 juin 1940, Ernst Jünger songe :

     « …Des vitres à travers lesquelles je contemple cette image, celle du milieu a éclaté de telle façon que le morceau resté dans le mastic reproduit exactement en silhouette la tête de la reine Victoria. Sa bouche un peu hautaine est figurée par une délicate fêlure du verre. »

Ernst Jünger, Jardins et routes, Plon, 1942.

 

Sexe et graphisme

     Entre pré et bois l’idée m’est venue. La chaleur d’été ? Non, la vue d’un couple enlacé. Pas n’importe lequel certes mais une paire de limaces accouplée en une curieuse ronde immobile, un graphisme d’agence de com. On connaît leurs moeurs, un jour mâle, un jour femelle, en tout cas pas les deux à la fois. Ce jour des mâles échangeaient leurs spermatophores qu’ils stockent jusqu’à ce que devenus femelles ils puissent ainsi féconder leurs oeufs à pondre dans un minuscule terrier bien au frais. Notre espèce commune a ces habitudes que vous avez tous vues ou entr’aperçues sans être certains d’y voir bien clair dans l’expression de ces corps flasques et humides agglutinés.

limaces accouplées

     Si la limace luisante vous fait lever le coeur je vous propose une figure plus cordiale. Pas tout à fait d’accouplement car je n’ai pas d’image de bonne qualité mais de ponte en couple. La scène vous l’avez vue, justement en croyant peut-être faussement deviner un accouplement. En effet le mâle des ‘demoiselles, agrions et autres petites nymphes à corps de feu’ tient par ses pinces abdominales la femelle qu’il déplace ainsi de feuilles en feuilles sur la surface de l’étang et cette dernière dépose ses oeufs généralement sous la feuille qui touche l’eau ou le long de la tige sous l’eau. Romantique non ? Et superbement graphique :

libellules en ponte

     Pyrrhosoma nymphula ou ‘petite nymphe à corps de feu’ que vous pouvez également retrouver sur un autre de mes sites ici = http://jpbrx.club.fr/juin.htm

     Et plus loin, plein soleil et forte chaleur voici, je vous l’offre en solde, le dernier costume ‘in’ que la carotte sauvage exhibe avec superbe, noeud pap compris. Oh, punaises ! (pour de vrai) disent les intéressés qui ajoutent rouges de honte et rayés d’inutile crainte : vus, mais pas pris ! (car les oiseaux se méfient de cet éclat coloré qui annonce mauvaise saveur en bec)

accouplement de punaises

Graphosoma italicum ou scutellère rayée

     Les papillons aussi, en position d’accouplement, engendrent souvent une forme inattendue, bien avant leur progéniture. Tous ces graphismes d’instants, nouveaux à l’oeil font que la nature est une perpétuelle invention, au sens où il nous appartient de découvrir et de décrire ces phénomènes. Les plus grands observateurs et écrivains l’ont fait. J’ai déjà cité ici Fabre et ce jour je retiens Maurice Genevoix, précurseur d’un certain écologisme non radical.

          

accouplement de papillons nocturnes

       

papillons accouplés

  

     « ….deux bombyx de l’ailante accouplés, opposés, ne se touchant que par la pointe de l’abdomen, mais chacun étalant ses ailes en un demi-cercle parfait, les bords inférieurs de ces ailes rapprochant leurs franges frémissantes et faisant surgir à mes yeux une créature inconnue, double et une, admirable, un cercle fauve, vivant, d’une perfection inoubliable. »       Maurice Genevoix, Bestiaire sans oubli, Plon, 1971, p.156

     Je vais en rester là du thème sexe et graphisme dans la nature, objet d’énumération presque infinie. Toutefois me direz-vous, et l’homme ? Bien. Je vous laisse choisir le graphe le plus adapté à vos fantasmes, à vos besoins. Vais-je de ce pas vers l’érotisme ? Sans doute. Modérément et par idée graphique de rapprochement évocateur, le propre de l’érotisme en somme. Car dans le sous-bois une odeur pestilentielle chagrine mon nez, ne serai-je pas en présence d’une charogne sans la découvrir encore ? Que nenni mais d’un impudent, d’un fatigué, et ça arrive, de la panne manifeste. Quoi, allez-vous dire, vous osez dévoiler ici sur ce blog d’ordinaire propret et bien tenu la luxure et j’en passe ? Phallus impudicus cachez ce signe que je ne saurais voir, même en cet état….

phallus impudicus 

     Quitte à poursuivre sur ce chemin autant vous dire que je préfère m’adresser aux peintres et autres artistes pour clore cette notule sexy. Picasso m’est venu en tête, après la limace. Le voici dans un « couple« , brossé à l’huile en 1969 sur une toile de 162 x 130 cm que je subtilise à « Picasso laureatus » de Klaus Gallwitz, ed. La bibliothèque des arts, Paris et Lausanne, 1971, N°312 p.197.

Couple par Picasso, 1969

     ou encore cette encre suméi sur papier peinte par Robert Guinan en 1963, ‘effigies of Adonis and Aphrodite’ publiée par le Cercle d’Art par Agnès de Maistre en 1991 dans Guinan

Robert Guinan, encre sur papier

     Enfin, parmi quantité d’artistes présents sur la toile j’ai flashé pour Marie-Lydie Joffre, ses peintures et encres qui par suggestion laissent place aux rêves :

encre sur pierre de Marie-Lydie Joffre M.-L. Joffre, encre sur pierre

site de M.-L. Joffre  (cf.blogroll) et http://www.marielydiejoffre.com/

Paissy, ses cavernes et son philosophe.

Le lien est connu entre philo et caverne. Beaucoup moins celui tissé entre Alain (Emile Chartier 1868-1951) et le village troglodyte de Paissy qui apparaît souvent sur ce blog, au moins en toile de fond, en habitat pour la faune et la flore.

En dépit d’une pluie tenace qui semble-t-il aurait réjoui le philosophe selon ce qu’il écrit dans l’un de ses Propos, un après-midi culturel célébrait ici ce samedi 31 mai 2008 le centenaire de l’achat d’une maison le 30 mai 1908 en ce village par Alain et sa soeur Louise.

Placée sous le patronage de M. le Président du Conseil Général de l’Aisne, Yves Daudigny, une cérémonie eut lieu avec dévoilement d’une plaque commémorative sur la maison appartenant aujourd’hui à M. et Mme François Cureau

discours de Mme C. Guimond

photographie M. F.-M. Legoeuil

pose d'une palque sur la maison du philosophe Alain

M. Cureau, M. F. Béroudiaux maire de Paissy, Mme C. Guimond, Directrice du Musée Alain et de Mortagne-au-Perche, M. le P. Y. Daudigny

aquarelle d'Alain et sa maison vers 1908

Aquarelle d’Alain sur Paissy ; Alain, sa mère Juliette et sa soeur Louise

plaque apposée sur la maison d’Alain à Paissy, par les propriétaires en 2008

L’Association des Amis d’Alain et de Mortagne a prété une exposition installée en mairie et ouverte ces deux jours,

exposition sur Alain

exposition relatant la vie et l’oeuvre d’Alain

     M. Pierre Zachary, éditeur scientifique de l’intégrale des Propos d’Alain a prononcé une conférence sur Alain dans la Première Guerre Mondiale (août 1914-octobre 1917)

conférence de M. P. Zachary

     Quant à moi j’ai tenté, entre les gouttes et ne pouvant appuyer mon propos sur l’aspect du paysage comme j’avais prévu de procéder, d’évoquer sous l’abri rocheux à la fois l’histoire de Paissy, ses liens avec l’environnement et l’attachement que lui portaient Alain et ses amis. Entre géologie et habitat troglodyte défilèrent trop rapidement Teilhard, Apollinaire, Despujols, Owen et quelques autres soldats de passage à Paissy ou sur le Chemin des Dames.

commentaires sous la roche

commentaire de Jean-Pierre Boureux

photographies M. F.-M. Legoeuil

Terminons cette note avec Alain ou ses amis :

     « …fait déjà 3 aquarelles. Beau temps. Pas une goutte de pluie. Rayon de soleil un peu chaque jour. Musique. Joie de la vieille amie. Tout cela est bien. … »

Lettre à Marie-Monique Morre-Lambelin, Paissy, 3 novembre 1907

     « Ma Chérie, j’étais hier un vrai bûcheron. J’ai émondé les sureaux immenses qui finissaient par être galeux ; je les ai mis à bois neuf sur les têtes, comme on fait pour les ormeaux ; et tu penses après cela si j’étais sale et suant ; un grand lavage du linge blanc et une bonne pipe m’ont mis dans un état d’heureuse rêverie, où je dormais à moitié… »   [22 septembre 1932, Paissy]

     « Ma Chérie, je t’écris de Paissy, dans ce même fauteuil, devant cette même vallée. Je chante les poèmes qui sont nés ici. Je pense au grand horizon, à la trouée de Soissons pleine de brume, à la lune de Ciry. Y a-t-il changement ? Oui, car ce matin à l’épaule la brûlure ou zona qui ne m’était pas connue en ce temps-là !… » [24 juillet 1933, Paissy]

     Florence Halévy, femme d’Elie, amis d’Alain, écrit dans une note ultérieure relative à un séjour paissois d’août 1910 :

« … La maison des Chartier était si petite qu’il alla coucher chez les amis Maréchal et nous céda sa chambre : un grenier tout blanc aux rideaux d’andrinople rouge. Belles, bonnes, joyeuses journées. Longues causeries couchés dans l’herbe, à l’ombre de la jolie église. Longues promenades. Chartier nous mena au chemin des Dames, et dans l’auberge où Napoléon avait couché la veille de la bataille de Craonne. Je crois que cette auberge a disparu au cours d’une autre bataille. Et la jolie petite église aussi. »

 Alain, correspondance à Elie et Florence Halévy, Gallimard, 1958

pour en savoir plus sur Alain :

site Alinalia :                                http://alinalia.free.fr

site des Amis du Musée Alain et de Mortagne :

 http://pagesperso-orange.fr/fb/amisdu.htm