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Vendeuil-Caply : des dessins au Musée Archéologique de l’Oise.

Jusqu’en mars 2013 le Musée Archéologique de l’Oise présente une exposition sur un thème peu souvent abordé dans les musées archéologiques, celui du dessin en archéologie, du chantier à la publication.

Le nouveau musée de Vendeuil-Caply est situé sur le territoire de Vendeuil (canton de Breteuil et Communauté de Communes de Breche-Noye et il est notamment lié aux fouilles archéologiques de ce lieu qui ont mis en évidence un vaste habitat gallo-romain dont le théâtre est encore bien inscrit dans le paysage à quelques pas de cet établissement.

théâtre de Vendeuil-Caply

disposition actuelle du théâtre de Vendeuil-Caply après les fouilles et la restauration du siècle dernier

relevé des structures archéologiques de Vendeuil-Caplyplan des structures archéologiques relevées à Vendeuil-Caply

Tous détails sur la gestion et l’organisation du musée dont la direction est assurée par Madame Esclarmonde Monteil vous sont donnés sur ce site : http://www.m-a-o.org ; vous pouvez également téléphoner au 03 64 58 80 00

Tel un navire échoué en plaine picarde le musée navigue le plus souvent entre périodes celte et mérovingienne, principaux ports enfouis qu’il a fréquentés. Une bibliothèque, une salle pédagogique, des salles techniques et un espace d’exposition complété d’un coin vidéo sont les ponts que vous pourrez utiliser en fonction de vos besoins.

L’archéologue donc, dessine. Parfois pour le plaisir mais le plus souvent pour enregistrer les traces de ce qu’il découvre, les analyser et les mettre en valeur. En somme pour accentuer un point de vue, ce que ne fait ni la photographie, ni l’ordinateur ou les deux associés. Ce qu’il découvre ce sont des structures et des niveaux, en plans et en coupes, ainsi que du ‘matériel’ de toute nature, fabriqué par l’homme pour lui être utile ou pour satisfaire sont goût du beau et de l’esthétisme. En dessinant l’archéologue comprend mieux, en dessinant le fouilleur explique ou éclaircit ce qu’il a compris de la fonction d’un lieu ou d’un objet. Le fait n’est pas nouveau et d’entrée le visiteur admire ce que nos ancêtres nous ont transmis par le moyen de splendides peintures, lithographies, dessins… ainsi par exemple ces planches admirables des ‘albums Caranda’ , connus des spécialistes et nommés à partir d’un lieu-dit du Tardenois, après les fouilles de Frédéric Moreau :

Des fragments d’enduits colorés seront éventuellement restitués par le dessin, ce que ne permet pas l’examen visuel direct de la fresque; ainsi ce Pégase analysé par C. Allagh et Ph. Sestret

fibules mérovingiennes

photographie et dessin de fibules mérovingiennes de petite taille trouvées à La-Croix-Saint-Ouen, OIse.

Mais venez bien plutôt vous rendre compte par vous-même des prouesses artistiques, des compte-rendus techniques, des publications et des animations que proposent les archéologues en la matière. Cette exposition présentée dans la contrainte matérielle du lieu ne saurait évidemment épuiser le sujet mais sa mise en scène permet à tous de comprendre le pourquoi et le comment de l’activité cérébrale et manuelle de l’archéologue lorsqu’il dessine.

Les meubles de présentation appropriés aux besoins du jeune public autorisent largement l’exploitation pédagogique de cette exposition dans le cadre d’activités réfléchies en commun entre les enseignants et le service d’animation du musée :

le frottis exécuté à partir d'un relief est généralement apprécié des enfants. Ici ce relief permet également aux mal-voyants de se rendre compte par le toucher de certains éléments de l'exposition.

Chercher des clochettes à Soissons lors du premier mai

Agréable entre deux averses la cueillette de brins de muguet réserve toujours des surprises.

L’idée est-elle bonne d’en chercher là où chacun jette un oeil ici et là au cours de sa promenade ? A vérifier. Nous voici d’abord en un lieu cher aux Soissonnais et à d’autres aussi, un lieu et monument quasiment emblématique de la ville après le vase, les deux étant brisés : Saint-Jean-des-Vignes. Sa façade découpée captive toujours les regards, reliée au réfectoire qui lui est contemporain ; cet ensemble étant édifié autour des années 1220.

façade est de Saint-Jean-des-Vignescontre-jour sur la face est de la façade de l’église et sur le grand cloître

décor très abondant et naturaliste sur la façade, petit portail sud

intérieur du massif de façade de St-Jean-des-Vignes selon la prise de vue de M. Vincent Zénon ; cf son commentaire plus bas

le grand cloître de Saint-Jean-des-Vignes

cellier du cloître de Saint-Jean-des-Vignes

travée ouest du cellier, photographie de Guillaume Dhuicq

et vos clochettes alors ? en voici :

fleurs en clochettes du portail sud de l'église de Saint-Jean-des-Vignes

et d’autres encore dans les voussures des arches du grand cloître :

clochettes muettes du grand cloître

Pas assez pour un bouquet ? cherchons encore ailleurs :

trop sombre la crypte de Saint-Léger ?

plus haut dans la lumière des arches du cloître :

fleurs en clochettes dans le cloître de Saint-Léger

celles-ci encore sont certainement de muguet. En résumé :

à gauche St-Jean, au centre St-léger, à droite St-Jean

La période de mise en place de ces sculptures est dans la fourchette 1200-1220. Les fleurs peuvent être celles du muguet, ce qui est le plus probable, avec éventuellement la possibilité pour les sculpteurs de s’être inspirés des fleurs de fritillaire.

Par la pureté de sa couleur blanche et de son parfum le muguet a fréquemment été figuré par les peintres qui ont mis en scène des récits relatifs à la vie de la Vierge. La coutume d’en offrir au premier mai semble remonter à Charles IX.

Dans la continuité des deux dernières notes de ce blog j’ajoute encore une référence à Alan Seeger : « Vous qui aimez les fleurs acceptez celles-ci. Leurs fragiles clochettes ont frisonné au choc des obus explosant et dans les nuits obscures, lorsque, furtifs, les ennemis avancent, elles ont été éclairées par la lueur pâle des fusées qui, au-dessus des champs ravinés et des anciennes cités jetées bas, tracent de leur clarté blafarde les braves frontières de la France. » 22 mai 1916, Poèmes, Bellinglise, II.

Rousseau Jean-Jacques lu par Alan Seeger à Craonnelle

Si j’évoque Craonne vous entendrez peut-être la chanson, mais Craonnelle ? Sachez que ce village, sans doute à l’origine un petit ‘Craonne‘ est situé tout à côté du grand mais que le grand n’a jamais retrouvé sa taille du XIXe siècle depuis qu’il fut anéanti en 14-18 et bien que reconstruit légèrement déplacé après guerre. Alors le petit Craonnelle, pensez ! la prononciation aussi doit être humble : [krane et Kranel plutôt que kraOne et kraOnel]. Qui qu’il en soit c’est bien à Craonnelle, en son château encore peu détruit en 1915 que le jeune Alan Seeger lit les Confessions’ et les ‘Promenades’, un jour de printemps, le 15 avril exactement, comme il l’écrit à sa soeur sur des feuillets volants d’une publication genevoise de 1782 :

« Nous revenons juste de passer six jours à C…[raonnelle], où nous avons été cantonnés dans les caves du petit château que j’ai décrit dans ma dernière lettre au « Sun ». Nous avons passé là une très agréable semaine, neuf heures de garde de nuit dans nos postes avancés sur le versant de la colline ; pendant le jour, sommeil,allées et venues dans les villages en ruines, flâneries dans les jolis jardins du château, ou lecture dans la bibliothèque. Nous l’avons nettoyée maintenant et c’est une sensation tout à fait curieuse de s’y reposer dans un fauteuil, lisant quelque vieux livre précieux en prenant tout juste la précaution de ne pas se tenir devant les fenêtres sans vitres, à travers lesquelles d’habiles tireurs peuvent  vous atteindre de leurs postes dans les fourrés, sur les pentes du plateau, à moins de six cents mètres. … … Voici un volume de la bibliothèque ; j’espère qu’il deviendra l’un des trésors de vos étagères. Ce doit être une très ancienne édition, sinon la première, des ‘Confessions’. Vous voyez que c’est seulement la première moitié, publiée probablement avant que l’ouvrage fut complet. Je n’ai jamais lu les ‘Confessions’, si ce n’est à bâtons rompus, mais j’aime passionnément les ‘Promenades’ que vous y trouverez jointes, spécialement la cinquième, sur l’Île Saint-Pierre. Le printemps est venu enfin ici et nous avons un temps très beau. Je vais aller nager dans l’Aisne cet après-midi, pour la première fois. En bonne santé et de bonne humeur...« 

Extrait de l’ouvrage en français publié en 1918 relatif aux oeuvres de Seeger cité dans ma précédente note de blog : « Alan Seeger et le Chemin des Dames ».

Sur Craonnelle avant ou pendant la Première Guerre Mondiale vous pourriez consulter :

http://dumultien.over-blog.fr/

http://dictionnaireduchemindesdames.blogspot.fr/2009/01/c-comme-craonnelle.html

 

Alan Seeger et le Chemin des Dames

 

Portrait photographique d'Alan Seeger à Harvard vers 1910

photographie publiée dans l’ouvrage en français de 1918

AILLEURS  ET  AU-DELA : ALAN SEEGER  ET  LE  CHEMIN  DES  DAMES

        Mort trop jeune Alan Seeger (1888-1916) est peu connu en France bien qu’une statue soit érigée à sa mémoire Place des Etats-Unis à Paris, sur le monument dédié aux volontaires américains de la Grande Guerre. Ici même, au Chemin des Dames, le collège « ‘Alan Seeger’ » de Vailly-sur-Aisne manifeste sa présence dans notre région et honore ce combattant engagé volontaire dans la Légion Etrangère en 1914.

bandeau annonce du site du collège 'Alan Seeger' de Vailly-sur-Aisne : http://etablissements.ac-amiens.fr/0020065k/siteweb

Ses écrits de la période de guerre ont été publiés en français dès 1918 chez Payot. Ils comprennent son journal, des lettres adressées à diverses personnes et une vingtaine de poèmes. C’est donc assez peu mais ce fut suffisant pour que des hommes aimant la littérature retiennent son nom et son œuvre et aient eu envie ensuite de faire connaître cet auteur étranger ‘mort pour la France’.

Un jeune venu d’ailleurs.

        Alan Seeger est né le 22 juin 1888 à New-York. Les enfants Seeger sont incités très tôt à s’intéresser à l’art et à la littérature. Ils habitent une maison sur les coteaux de l’île de Staten, vers Richmond. En face, à leur vue, la célèbre colonne de la Statue de la Liberté et à droite le pont de Brooklyn : paysage maritime favorable à l’ouverture d’esprit aux forces jaillissantes du ‘nouveau monde’. A douze ans le jeune Alan accompagne ses parents à Mexico pendant une dizaine d’années. Du nouveau encore en 1902 quand Alan est envoyé aux Etats-Unis pour études, études qu’il réussit et qui lui ouvrent l’accès de l’Université d’Harvard en 1906, de laquelle il sort diplômé en 1910. Là le jeune Alan est tout entier tourné vers la littérature et la poésie, l’histoire médiévale et accessoirement le sport ; il vivait dans un ailleurs auréolé de passions littéraires, rêvé autant que vécu. Puis il séjourne à nouveau deux ans à New-York et se rend à Paris en 1912, tournant décisif de sa vie. Il y fréquente des artistes et écrivains et s’éprend de cette ville, l’un des phares de la civilisation occidentale. Ses poèmes ou articles pour le « Mercure de France » et autres revues sont lus par des abonnés attentifs qui repèrent vite cet écrivain. Le printemps et l’été 1914 le voient à Londres. En août il  s’engage dans la Légion Etrangère avec une cinquantaine de compatriotes pour défendre Paris et la France. 

Un combattant dans les tranchées, un littéraire : quand l’ailleurs rejoint des au-delà.         

Alan rejoint le 2 ème Régiment Etranger à Toulouse. Le 4 octobre il est en Champagne et le 20 dans les Marais de Saint-Gond. Le 27 on le voit à Fismes et Cuiry-les-Chaudardes. Dès lors Alan Seeger est un combattant du Chemin des Dames, cela jusqu’au 17 juin 1915, soit sept mois et demi passés sur notre territoire. L’été 1915 le voit en Haute-Saône et en Champagne à nouveau. Malade de février à avril 1916 il est hospitalisé à Paris et Biarritz puis rejoint le front en mai, celui de la Somme. De mai à juillet il combat autour de Péronne et est tué le 4 juillet à Belloy-en-Santerre.

Durant les sept mois et demi de son séjour en notre secteur Alan Seeger rédige son ‘journal‘, écrit aux intimes, compose des poèmes. Dans sa guerre il transfigure le monde qui l’entoure et s’échappe ainsi partiellement du quotidien, il n’est pas différent en cela de quelques artistes et écrivains combattants. Le 28 avril 1915 il envoie un long article au « New-York-Sun » dans lequel il décrit la vie quotidienne des troupes à Craonnelle, ce qu’il voit, ce qu’il fait. « …Nous partîmes quinze hommes il y a quelques nuits pour reconnaître un nouveau fossé apparu sur le haut du coteau, sous les lignes allemandes. La lune à son premier quartier, presque entièrement voilée de nuages, rendait les conditions favorables. … Encore une fois, le passage familier à travers ses rues barricadées, entre ses murs criblés et ses toits squelettiques, puis nous gravîmes la colline par un fossé de communication avec les tranchées avancées. … »

villages de Craonnelle et Craonnevillages de Craonnelle et Craonne depuis le plateau de Paissy

On y lit également une description de Paissy tout à fait juste : … »Suivi cette route jusqu’à Fismes, et ainsi de nouveau au plateau de Merval. … Tourné la route de Laon et, par Moulins, arrivés à Paissy sur le plateau où nous relevâmes le 6e de ligne qui était ici depuis octobre. Village pittoresque bâti le long d’une route qui surplombe un ravin en fer à cheval. Le fond tapissé de coquelicots, cascades, perspectives lointaines. «   ;

brouillard dans le ravin de Mourson à Paissy, situé entre le village de Paissy et le ravin de Troyon à Vendresse

de même que celle du ravin de Troyon :  » … Nous sommes à l’entrée d’un profond ravin qui commande une jolie perspective en triangle sur la vallée de l’Aisne et le plateau au-delà, à travers un cadre de feuillage. … une paresseuse période de repos presque complet. … ils appellent cela la guerre. » Son poème « des hommes en armes » dévoile une troupe assaillante presque comme l’aurait décrite un chroniqueur des croisades. Quasi indifférent aux horreurs de la guerre, ce qui l’intéresse c’est l’héroïsme, le sacrifice, la beauté de l’action combattante comme on peut le lire, entre autre, dans une strophe de la célèbre « Ode à la Mémoire des volontaires américains tombés pour la France » et lue à Paris le 30 mai 1916 devant les statues de Lafayette et de Washington.

« … Il est juste de joncher de branches de lilas et des premières roses du printemps les cénotaphes de ceux qui, pour défendre la plus chère des causes de l’histoire, tombèrent au matin lumineux, à la fleur de leurs jeunes années ! « …

Oui, paradoxalement, Alan est heureux dans la guerre «antidote à la civilisation» qui lui fait oublier les médiocrités de l’ordinaire. Il vit largement dans l’ailleurs et le rêve, embellissant par avance la mort du combattant engagé, héros en devenir. Ainsi l’exprime-t-il dans une poésie devenue célèbre «J’ai un rendez-vous avec la mort» que nombre d’Américains connaissent par cœur et qui figurait sur le carnet personnel du Président Kennedy. Cette mort attendue, parfois désirée et rarement crainte il la trouve le 4 juillet 1916 lors de l’assaut de Belloy-en-Santerre par la Légion où les combats sont violents dans les ruines du village. Les pertes du régiment sont énormes, de l’ordre de 800 morts pour une victoire qu’Alan n’a pas connue. Nous reviendrons sur ce tragique épisode dans une autre note de ce blog.

Alan a combattu pour la France en référence à sa culture et en liens mémoriels avec La Fayette, il ne se bat pas contre l’Allemagne : «…je me suis rangé naturellement du côté où j’avais le plus d’obligations. Mais qu’il soit bien compris que je n’ai pas pris les armes par haine des Allemands ou de l’Allemagne, mais par amour pour la France. »  Journal, 31 juillet 1915.

Dans l’insouciance ordinaire de la jeunesse il transcende la guerre pour en faire quelque chose au-delà de l’ordinaire. Pas étonnant qu’il fut repéré parmi d’autres par Pierre Teilhard de Chardin : «… Rencontré aussi, dans un vieux numéro des Deux-Mondes une étude intéressante sur un jeune poète américain tué à la guerre (Alan Seiger –sic-) dont les ‘Juvenilia’ m’ont paru parcourues d’une sève de ‘passion cosmique’ authentique. »

Son écriture n’a pas le ton de la modernité telle que la mettent en scène d’autres auteurs contemporains. Toutefois il faut nuancer cette assertion du fait que la traduction française  au pied de la lettre ne rend pas la présence sonore des vers anglais. Lisez vous-même dans la dernière strophe du poème ‘Champagne’ :

« Drink to them –amorous of dear Earth as well,                                                                         They asked no tribute lovelier than this –                                                                                      And, in the wine that ripened where they fell,                                                                                     Oh, frame your lips as though it were a kiss»

[Champagne, France, july, 1915]

Traduction littérale : «Buvez à eux –pleins d’amour pour la terre chérie ! ils ne demandent pas de plus éloquent témoignage de tendresse – et dans le jus de la vigne qui a mûri à l’endroit même où ils tombèrent, oh ! trempez vos lèvres comme si vous leur donniez un baiser».

Traduction libre de Paul Rivoire :

«Buvez !… Dans le vin d’or où passe un reflet rose                                                                 Laissez plus longuement vos lèvres se poser                                                                                     En pensant qu’ils sont morts où la grappe est éclose,                                                                      Et ce sera pour eux comme un pieux baiser»

Principales sources :

– Alan Seeger, Le poète de la Légion Etrangère, ses lettres et poèmes écrits durant la guerre réunis par son père et traduits par Odette Raimondi-Matheron. Payot, Paris, 1918, 317 p.

– Irving Werstein, Sound No Trumpet, the life and death of Alan Seeger, Thomas Y. Crowell Company, New-York, 1967, 137 p.

sur internet la poésie d’Alan Seeger est largement présente ici :

http://www.theotherpages.org/poems/books/seeger

Jean-Jacques Rousseau à Braine

En cette année 2012 où l’on commémore le troisième centenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau à Genève (28 juin 1712) il me paraît important de signaler à nouveau son court séjour à Braine du 4 au 8 mai 1771.

Oublié l’événement fut pourtant décrit en 1930 dans l’ouvrage très documenté et joliment écrit de Maximilien Buffenoir, Sur les pas de la comtesse d’Egmont, publié par la Société archéologique de Soissons en 1930. Jean-Jacques Rousseau est alors dans sa soixantième année. Après un refuge en Suisse (1762-1765), une fuite en Angleterre (1765-1767) suivi d’un retour en France, il se trouve en 1770 à Paris où il réside en deux endroits et herborise ici ou là, parfois en compagnie de Bernard de Jussieu ou Malesherbes. Il y séjourne jusqu’en 1778 avant son ultime installation dans un pavillon proche du château d’Ermenonville où il décède le 2 juillet de la même année.

Qu’en est-il de Braine et de Rousseau en 1771 ? Le mieux, en tant que réponse, est de lire ce que l’auteur des « Confessions » raconte lui-même à la dernière page de cette œuvre renommée :

« J’ai dit la vérité. Si quelqu’un sait des choses contraires à ce que je viens d’exposer, fussent-elles mille fois prouvées, il sait des mensonges et des impostures, et s’il refuse de les approfondir et de les éclaircir avec moi tandis que je suis en vie il n’aime ni la justice ni la vérité. Pour moi je le déclare hautement et sans crainte : quiconque, même sans avoir lu mes écrits, examinera par ses propres yeux mon naturel, mon caractère, mes mœurs, mes penchants, mes plaisirs, mes habitudes et pourra me croire un malhonnête homme, est lui-même un homme à étouffer. J’achevai ainsi ma lecture [du texte des Confessions] et tout le monde se tut. Made d’Egmont fut la seule qui me parut émue ; elle tressaillit visiblement ; mais elle se remit bien vite, et garda le silence ainsi que toute la compagnie. Tel fut le fait que je tirai de cette lecture et de ma déclaration. »

Rousseau nous apprend en outre qu’il a lu ce texte devant le comte Casimir et la comtesse Sophie d’Egmont, le prince de Pignatelli ambassadeur du roi d’Espagne en France, la marquise de Mesme et le marquis de Juigné, lieutenant général des armées du roi. Entre novembre 1770 et mai 1771 il semble, selon L.–J. Courtois qu’il y ait eu quatre lectures des Confessions par leur auteur chez des hôtes illustres, dont cet épisode brainois qui nous intéresse plus spécialement. Nous avons tiré ce texte écrit par un homme tourmenté, qui se sent persécuté et qui est certainement psychologiquement malade, du tome 1 de ses œuvres complètes édité en 1969 dans la collection ‘Pléiade‘ par Bernard Gagnebin et Marcel Raymond.

Pourquoi Braine ? Sans aucun doute en raison de la culture et des relations parisiennes de ses hôtes d’Egmont-Pignatelli qui aiment à séjourner l’été dans leur château de Braine, installé dans un vaste parc baigné par les eaux de la Vesle, fort bien dessiné et entretenu, en vis-à-vis de la splendide abbatiale Saint-Yved, ensemble que surplombent de loin les ruines romantiques du château médiéval de ‘La Folie’. On sait que la comtesse avait eu l’occasion de rencontrer Rousseau chez son père puis dans les salons parisiens et également lors du séjour du roi de Suède Gustave III, prince avec lequel elle a entretenu une courte correspondance conservée à l’Université d’Upsala. De plus, si l’on en croit Madame de Necker dans ses ‘Mélanges’, Rousseau aurait été amoureux de la comtesse d’Egmont.

Qu’on imagine dès lors les salons de cette villégiature aux boiseries sculptées, le parc aux allées impeccablement binées et ratissées et le tableau presque idyllique du siècle des lumières se forme sous nos paupières mi-closes où bientôt apparaissent  le joli minois et la prestance de la jeune Sophie Septimanie. Exceptée l’architecture du château, sans grand intérêt semble-t-il, force est de constater que ce Braine d’alors et même d’aujourd’hui constitue un bourg où l’art et la culture ornent virtuellement ou réellement le quotidien, remèdes possibles bien qu’insuffisants face aux imprévisibles vicissitudes des temps.

Trois reproductions extraites du livre de Maximilien Buffenoir vont vous aider à contenir et brider votre imagination, à la rendre plus conforme à ce qui fut. Dans ce décor faites donc entrer Jean-Jacques et oubliez peut-être qu’il n’a plus que sept années de vie devant lui, et notre jeune comtesse deux seulement (+ 14 octobre 1773). Sic transit gloria mundi. Mais lisez donc et Rousseau et Buffenoir, notamment si vos pas vous mènent entre Aisne et Vesle, entre plateaux abrupts et sinueuses vallées aux confins du Soissonnais et du Laonnois, exceptionnelles terres d’Histoire.

parc de l'ancien château de Braine

 

 salon de l'ancien château de Braine

Sophie-Jeanne-Armande-Elisabeth-Septimanie de Wignerod du Plessis de Richelieu, comtesse d'Egmont

Pour connaître les séjours et déplacements de Jean-Jacques Rousseau et leur chronologie rendez-vous sur le site établi par le professeur de français à l’université de Waseda à Tokyo, M. Takuya Kobayashi, site qui comporte de nombreuses références et liens :

http://www.rousseau-chronologie.com/bibliographie.html

avec qui je me suis entretenu de Braine ainsi qu’ au sujet d’un ouvrage de botanique conservé par l’association « la Sirène » de Blainville-Crevon pour laquelle j’ai rédigé un article en 2010 : Jean-Pierre BoureuxLa botanique mise à la portée de tout le monde du Sieur et de la Dame Regnault….« La Sirène » bull. n°37, p.4-9, 2010, 76116 Blainville-Crevon. Dans cet article j’utilise partiellement la recherche de cet auteur :

Takuya Kobayashi, « L’Encyclopédie et Rousseau : dimension botanique », Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie, numéro 39 Varia, mis en ligne le 04 décembre 2008.

http://rde.revues.org/index318.html.

faites entrer Jean-Jacques Rousseau dans le salon, qu’il commence la lecture des ‘Confessions’

Jean-Jacques Rousseau, pastel du musée La Tour à Saint-Quentin

pastel des collections du Musée La Tour de Saint-Quentin, reproduit dans l'ouvrage de Lagarde et Michard, XVIIIe siècle, année 1964

Puis faites sortir le comte et ses hôtes en son jardin, lisant Rousseau :                                          LES JARDINS DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU par Pauline Prévost : “Je m’amusai quand j’y fus à orner la terrasse qu’ombrageaient déjà deux rangs de jeunes tilleuls, j’y en fis ajouter deux pour faire un cabinet de verdure ; j’y fis poser une table et des bancs de pierre ; je l’entourai de lilas, de seringa, de chèvrefeuille, j’y fis faire une belle platebande de fleurs parallèle aux deux rang d’arbres ; et cette terrasse… me servait de salle de compagnie

Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, livre dixième. Cité dans : « Société internationale des Amis du Musée J.-J. Rousseau » sur le Net ici : http://rousseau-2012.net

pour enfin vous plonger dans l’ambiance des jardins de la noblesse internationale du XVIIIe siècle avec Gainsborough :

huile sur toile (227,3 x 152,4 cm) le colonel John Bullock par Thomas Gainsborough (1727-1788). Vente Sotheby's, juillet 2002, cat. Sotheby's Preview, p.155

Un article de vulgarisation par le philosophe M. Roger-Pol Droit sur J.-J. Rousseau :

http://rpdroit.com/index.php?option=com_content&view=article&id=264:rousseau-eclaireur-de-notre-temps&catid=56:le-point&Itemid=96

Une page du photographe Arnaud Fiocret, qui a l’oeil juste, sait observer et rendre compte, sur Ermenonville, son parc René-Louis de Girardin et le souvenir de J.-J. Rousseau :

http://www.observation-et-imagerie.fr/portfolio/dossiers/parc_jean-jacques-rousseau_ermenonville.html

 

Collier digne d’un Vendredi-Saint

Un jour un ami m’a demandé une expertise au sujet d’un très étonnant objet dont je vous expose ce jour le descriptif ainsi que les fortes interrogations qu’il suscite. Vous allez être étonné comme je le fus et le suis encore.

Collier et pendentif.     Collier et pendentif en cuivre, acier, émail, or  et papier. Longueur, objet posé : 28 x 3,8 cm. Ce collier est composé de 22 plaques de cuivre (5 x 23 x 1,25 mm) et d’une vingt-troisième (11 x 18 mm) placée au sommet. Les douze premières à partir du pendentif sont reliées entre elles par des attaches d’acier nickelé, les autres par des attaches de cuivre ou, pour cinq d’entre elles, du fil de cuivre (réparation peut-être ? ).

Ces douze premières portent en gravure le nom de saints, les suivantes sont barrées de cinq traits ou bandes espacés régulièrement de 3 mm sur toute leur largeur.

Les noms des saints sont inscrits longitudinalement en deux lignes, saint et dessous le nom du saint. Ce sont, en vis à vis : saints Jean et Pierre, Jacques et André, Jacques le Mineur (par exception sur 3 lignes) et Matthieu, Thomas et Barthélemy, Jude et Philippe, Mathias et Simon. Il s’agit en fait de la liste des douze apôtres, du moins celle qui figure dans le Canon romain avant la consécration, modifiée toutefois ici par l’absence de Paul (qui n’est d’ailleurs pas un apôtre), compensée par celle de Mathias, qui apparaît dans le même Canon après la consécration, en présence de Barnabé. Cette liste est connue sous l’appellation de groupe spécifique des Douze qui symbolise la réunification eschatologique des douze tribus d’Israël.

            Un pendentif de 36 x 35 x 6,30 mm est accroché à ces plaquettes. Il peut être dissocié en deux parties : un support d’acier avec ses oreilles de suspension dans lequel s’engage un boîtier de cuivre et d’acier qui coulisse dans deux rainures.

Le boîtier présente en face avant un couvercle dont la plaque d’acier ovoïde porte l’inscription suivante gravée en deux parties : « O Marie conçue sans péché » et dans le sens opposé de lecture : « Priez pour nous qui avons recours à vou(s) » ; le graveur n’a pas eu la place de mettre le S. Toutes les lettres, en capitales, sans espacement entre les mots sont ciselées d’un seul geste rapide, celui de l’artisan expérimenté :

fond du pendentif gravé d'une prière

fond du pendentif proprement dit sur lequel est gravé une prière inscrite dans un cercle puis dans un ovale : « O Marie conçue sans péché priez pour nous qui avons recours à vou(s) »

Il s’agit des paroles inscrites en lettres d’or vues par Catherine Labouré le 27 novembre 1830 comme s’il s’agissait d’un tableau entourant la Vierge et dont l’ordonnancement en oves lui a été dicté. L’artisan a voulu le représenter ici mais n’a pas souhaité empiéter sur la phrase de « l’Immaculée conception » pour corriger son erreur de positionnement des lettres de la prière inférieure.

Ce couvercle enlevé on découvre successivement trois morceaux de papier découpés à la taille du fond de la boîte  et une feuille de métal jaune brillant qui exerce une force de ressort ; elle épouse la forme générale du dessin qu’elle recouvre, ce dessin étant lui-même la reprise agrandie d’un motif -une coulée de sang- figurant sur la feuille du dessous comme nous décrivons ci-après.

les trois dessins renfermés dans le pendentif amovible

les trois dessins au trait (ou imprimés) contenus dans le médaillon pendentif

Le premier des trois dessins est une ‘Sainte-Face’, en fait exactement celle du « linceul de Turin », sur laquelle est peinte en rouge une coulée de sang.

Le deuxième est une ornementation de forme singulière, que l’on penserait abstraite au premier regard, mais qui n’est autre que la représentation agrandie sur fond strié de la coulée de sang de la Sainte Face décrite ci-dessus. Son tracé correspond à celui d’une découpe d’une plaquette d’or épaisse de 0,535 mm taillée pour se superposer à ce dessin et qui pourrait provenir d’un couvercle de boîtier de montre à gousset pour homme du milieu du XIXe siècle car l’épaisseur en est tout à fait comparable sinon identique.

BoitierAvecGoutteOrW

lame d'or découpée de même forme que la goutte de sang de la gravure imprimée sur papier et cette même lame positionnée dans le couvercle du pendentif, face interne.

lame d’or découpée, de même forme que la goutte de sang de la gravure imprimée sur papier, et dessus, cette même lame positionnée dans le couvercle du pendentif, face interne. Elle fait légèrement ressort, le poinçon est au verso.

L’artisan a pris soin de préserver un fragment de poinçon de marque estampillé ‘PG’ dans une extrémité de losange ainsi que le poinçon de garantie d’or, une tête d’aigle, quasiment centré sur la découpe, poinçon officiel de l’or dans la bijouterie contemporaine française mais également le rapace désignant saint Jean parmi les quatre évangélistes. De plus le fond noir hachuré autour de la coulée sanguine évoque un peu la chaîne et la trame d’un tissage de vêtement. Faut-il aller jusqu’à y découvrir les phrases des évangiles relatives au partage des vêtements du Christ et aux linges de lin ou au linceul de tête telles qu’on les lit dans Matthieu 27 : 35 ou dans Jean 20 : 5 ?

Poinçon or

Enfin le troisième représente un bois ou clairière avec des petits arbres et un grand, auprès duquel sont dessinés des rochers à gauche et à droite, l’un pouvant faire office de table. Sur le tronc de l’arbre sont figurés un crucifix et une niche pouvant recevoir une statue de saint. Un cartel devait indiquer le nom de ce saint, tellement infime dans sa représentation qu’il ne saurait être lisible. Tous les traits sont dessinés avec une encre noire épaisse, aux reflets brillants, d’aspect très semblable à de l’encre d’imprimerie et qui est peut-être de la nielle destinée à remplir les gravures sur métal.

Revenons au boîtier du pendentif. Le fond est orné d’émaux noirs très sombres (à reflets bleutés) et rouges, le motif du M marial surmonté de la croix se détachant sur un émail blanc. Le rouge constitue une grande croix dont le centre occupé par une petite croix est le « M » de Marie formant une sorte de table. Les couleurs des émaux renvoient sans aucun doute aux trois couleurs qui ont revêtu le cœur de saint Vincent de Paul durant l’une des ‘visions de Sainte-Catherine’ avant l’apparition de la Vierge, ou bien, si l’on considère que le noir est du bleu sombre, les trois couleurs françaises déjà bien présentes dès le début du XIVe siècle dans les enluminures par exemple. Le pied de la grande croix est orné d’une épée. De chaque côté de la croix sont la lance et peut-être le sceptre des ‘Arma Christi’.

les émaux du couvercle intérieur

les émaux du couvercle intérieur

Au-dessus de cette boîte est soudé un cartel gravé sur trois lignes. Cet écrit est gravé à l’envers sur le pendentif, on peut donc le lire à l’endroit avec un miroir posé perpendiculairement à ce dernier.

titulus de la croix de la crucifixion du Christ

les trois langues du titulus, grec et hébreu ici un peu approximatifs

Les inscriptions sont : JESUS NAZARENUS REX IVDEORVM, au-dessus sa transcription en grec et au-dessus encore sa transcription en une imitation d’hébreu. Il s’agit dès lors d’une figuration dans le désordre du célèbre texte (titulus) apposé sur la croix et dont Jean 19, 20 précise qu’il était rédigé en hébreu, latin et grec. On sait toujours par Jean (19 : 21-22) que ce texte fut critiqué mais que Pilate ne revînt pas sur ce qu’il avait décidé d’écrire ; la référence à Saint Jean est constante sur cet objet, s’agirait-il, outre la référence néotestamentaire, du prénom du commanditaire ?

La symbolique de l’ensemble s’inspire fortement de la représentation de l’apparition de Marie, rue du Bac en 1830, telle qu’on peut la voir encore de nos jours. En effet le M surmonté de la croix, la prière gravée du boîtier sont comme l’avers et le revers du tableau de la vision telle qu’elle est décrite par Catherine Labouré et les douze apôtres des plaquettes créent comme une symétrie aux douze étoiles de la vision, tout comme du reste l’inscription du cartel à lire ‘en inversant’ ou retournant l’image. Les six annelets qui relient les plaquettes gravées au nom d’un saint sont en nickel-chrome, les autres en cuivre, ce n’est pas non plus un hasard. On doit probablement considérer ce collier comme une assurance de protection divine pour celui qui le porte et même davantage pour un croyant. Ouvert par son porteur et expliqué ce pendentif constitue une véritable catéchèse, qu’un Lazariste, par exemple, aurait pu avoir fait réaliser. Très usé il fut longuement porté. L’image de la Sainte-Face avec sa coulée de sang expliciterait la couronne d’épines, absente en elle-même, alors que le glaive de la vision est présent. Le deuxième coeur de la ‘médaille miraculeuse’ figure un coeur transpercé d’un glaive même si les cœurs manquent par rapport à la figuration de la rue du Bac. En revanche l’inscription développée du titulus « INRI » vient en plus, elle complète bien la Sainte Face et le sang. Ce n’est donc pas intégralement la médaille de la rue du Bac, souvent présente chez les combattants, qui est reproduite ici stricto sensu, mais son contenu spirituel interprété autrement. Nous sommes en présence d’une véritable œuvre de l’esprit et de la main.

La couleur du métal est ici exagérée, c’est un réglage numérique qui fait ressortir le dessin

On constate que le fond arrière de ce boîtier a été décoré de figures gravées peu profondément qui sont devenues illisibles par frottement. Exécutées sans soin elles ne peuvent être de la même main que le reste du collier. Des traces de peinture rouge figurent en deux points et dans le fond de quelques traits gravés. Un autre possesseur ? A n’en pas douter ce boîtier a été montré et ouvert de très nombreuses fois. L’artiste qui l’a fabriqué est un véritable orfèvre tant la réalisation est précise et habile, de plus la pose de l’émail a sous doute nécessité un four à température contrôlée. Est-on encore dans l’artisanat de tranchée –les métaux utilisés sont de nature ‘trench art’- ou déjà dans un travail de commande réalisé peut-être à l’extérieur ? On sait cependant que certains ateliers d’artistes des tranchées étaient bien équipés, de plus un orfèvre aurait fort bien pu apporter ses propres outils. Le fragment découpé dans une plaquette d’or suggère en effet que l’artiste est un orfèvre, bijoutier ou graveur. L’artisan et/ou le commanditaire sont très au fait de la culture religieuse et l’inversion suggérée : face et fond du boîtier = avers et revers du tableau de 1830 indiquent une réflexion profonde avant la mise en œuvre de l’objet. Cependant quelques imperfections plaident en faveur d’une réalisation possible ‘sur le terrain’, par un artiste qui exécute à mesure, dans la foulée, sans tracé préalable complet. Chose que peut faire un habile praticien, pas un amateur. La gravure des trois petites scènes va en revanche dans le sens d’un travail abouti qui ne supporte pas d’improvisation.

Hypothèse : ce collier pourrait avoir été réalisé pour un aumônier militaire, sans aucune certitude cependant. En tout cas par quelqu’un qui était très au fait des apparitions de la ‘Rue du Bac’ et de la spiritualité religieuse en générale.

Autre questionnement : les trois motifs dessinés semblent être plutôt des gravures estampées à partir d’une ciselure initiale, tant les traits sont fins et quasiment impossibles à obtenir à la plume selon moi, sur ce type de papier. Rien ne prouve que le boîtier soit complet – l’ensemble des trois dessins et la plaquette d’or n’occupent que 1,3 mm sur les 2,56 mm disponibles- d’autres dessins ou plaquettes auraient pu également figurer. Les gravures originales étaient peut-être présentes dans ce boîtier, à moins qu’elles n’aient été utilisées ailleurs, ou même, qu’elles aient servi pour plusieurs tirages. En ce cas d’autres exemplaires de ce collier seraient peut-être conservés quelque part. Quant à la plaquette d’or dans laquelle est découpée la coulée de sang, pourquoi avoir choisi le morceau poinçonné de l’aigle certifiant l’or ? Serait-ce à nouveau un renvoi vers l’évangéliste Jean dont il est le symbole ? C’est plus que probable ! Le fond du dessin à la coulée de sang figure également une croix qui n’entame pas les contours de la coulée, ainsi que deux fragments de cercle, le tout très discrètement exécuté. Le possesseur de l’objet ou le réalisateur se serait-il prénommé Jean ?

Conclusion : nous sommes en présence d’un objet exceptionnel dans sa catégorie. Fabriqué à partir des métaux du champ de bataille, il fait référence à une solide culture religieuse associant diverses sources d’inspiration ; il est réalisé, au moins en partie par un professionnel.

Ci-dessous : ensemble des éléments qui composent ce collier pendentif, presque un reliquaire

Avis aux exégètes, aux croyants, aux artisans, aux collectionneurs de ‘Trench Art’ : vous avez sans doute bien des choses à me communiquer sur cet extraordinaire collier !

Merci d’avance pour votre participation éventuelle au décryptage de cet objet peu commun.

 

Nous colverts de Troyes avons l’oeil…

Ce mardi matin sous un soleil radieux de mars, quelque part dans le fameux ‘bouchon’ et donc dans le coeur historique de la cité comtale, à quelques pas de la majestueuse et bien assise cathédrale Saint-Pierre

transept sud et nef de Saint-Pierre de Troyes

nef gothique de Saint-Pierre de Troyesje déambulai l’oeil aux aguets dans l’air vif des heures matinales.

M’interrogeant sur la propreté de la ville, j’eus bientôt la réponse : les badauds craignent les amendes depuis des siècles, ils ont la propreté qui préserve leur bourse

plaque d'ordonnance de police publique en 1706« …défense à toutes personnes de faire aucune ordure… …à peine de 100 sous d’amande… »

Sans doute une amande amère ? Toutefois j’étais fixé sur ce qu’il adviendrait en cas d’irresponsabilité, et que chacun en prenne conscience.

Alors propre comme un sou neuf je me suis attardé sur les reflets, ceux des eaux, ceux des façades ; quelques-uns ont spécialement retenu mon attention rue Linard Gonthier :

reflets de colombages sur verreet désargenté en quête je vous offre le revers de la médaille, à votre bon coeur, MsieurDame

Attaché à ce quartier parcouru en tous sens dans les années 80 lors d’un stage d’habilitation au Musée des Beaux-Arts, Saint-Loup pour les intimes, j’ai prolongé mes pas vers la Préfecture et la nouvelle place de la Libération qui a fourni aux archéologues de quoi remplir leurs carnets de chantier, leurs réserves, et satisfaire leur curiosité légendaire.

En effet ce lieu a fourni nombre d’indices et objets précieux entre époques antique et médiévale. Pour infos ce sera pour vous ici :

http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Sites-archeologiques/p-938-Place-de-la-Liberation.htm

Laissons s’écouler ce temps d’Histoire et prenons le nôtre encore. Ce jour un couple de canards ‘colvert’, Anas platyrhynchos navigue sur le ci-devant « Saint-Jacques-aux-Nonnains ». Lui ne quitte pas la femelle d’une palme, qui cancane doucettement, devant Saint-Urbain impassible.

couple de colverts Ils viennent de quitter l’onde, se perchent à peine au-dessus. Ils ont forcément quelque chose en tête, quelque projet en vue. Mais quoi ?

Inquiet de cette soudaine ignorance j’essaie de suivre leur regard, en coin, puis tout à coup je perçois l’objet de leurs désirs, celui de leur émergence au monde aquatique qui leur ouvre des perspectives sur l’humanité que trop souvent ils côtoient sans la comprendre.

D’un coup d’un seul ils sont rassurés parce que l’innommable des canards n’existe pas, pas même dans la danse du même nom. Ils sont venus, ils ont vu et n’ont rien ni personne à vaincre, ils se suffisent dans la contemplation. En somme un peu comme nous.

sculpture de SuchetetEtais-je assez sot pour ne pas avoir saisi d’emblée leur quête, alors que le sculpteur, Auguste Suchetet (1854-1932) portait quasi un nom de palmipède, Suchetet pouvant fort bien être assimilé à un diminutif de souchet. Quoi qu’il en soit, ce « Rapt : le Triton et la Naïade » d’abord en bronze avant que l’ennemi ne l’enlève pour la fonte durant l’Occupation, maintenant dans le marbre offert par la Ville de Paris, trône sur l’onde de Troyes et nous libère momentanément de tout souci.

Venez vite dans cette ville où les petits bâteaux marchent sur l’eau et les canards sur terre, découvrez par vous-même les trésors qu’elle abrite en tant de lieux, cette face n’offrant après tout qu’un modeste aperçu des vertus de la cité.

Rapt ou le Triton et la Naïade

Vailly-sur-Aisne a gagné en beauté classique vers 1920

Tout récemment j’ai débusqué au détour du Web un projet de construction de la mairie, de la poste et de la gare de Vailly en 1919. Doit-on regretter le choix tel qu’il fut fait et que nous connaissons aujourd’hui ou bien s’en réjouir ? Il est parfois difficile de se prononcer quand il s’agit d’art ou d’architecture mais la vue de la revue « Le Petit Proriétaire » N°1 du 20 avril 1919 m’incite à penser que l’esprit ‘restauration‘ plutôt que ‘création‘ a parfois du bon s’agissant du rapport de voisinage d’une oeuvre avec ses voisines.

revue 'le petit propriétaire'et voici ce à quoi nous avons échappé :

projet de mairie pour Vailly en 1919quant à la gare c’eût été moins critiquable mais très solennel cependant :

projet de la gare de Vailly en 1919Chacun aura son point de vue sur la question mais dans la mesure où il avait été décidé de restaurer l’église plutôt que d’en bâtir une nouvelle peut-être dans le goût ‘art déco’, il semble judicieux d’avoir fait un choix allant dans le même sens pour notre Hôtel de Ville. Bien qu’audacieux et ne manquant pas d’élan le projet de l’architecte Fournier semble bien peu adapté au centre ville d’un Vailly reconstruit sur les bases et souvent les élévations partielles des maisons de l’avant-guerre. La gare, isolée, aurait beaucoup moins choqué dans sa forme du projet. En effet Vailly n’a pas été reconstruit selon un plan urbanistique d’ensemble mais au coup par coup, selon la volonté des propriétaires privés. Dès lors le projet de l’architecte Fournier (sans doute Gabriel Fournier architecte connu qui a oeuvré dans bien des villes dont Reims et Romans entre autres) aurait implanté en centre ville une construction en opposition avec tout le voisinage qui aurait créé en permanence une rupture et un désaccord visuel violents.

Hôtel de Ville de Vailly en 1914Place de l'Hôtel de Ville de Vailly en 1914Vous constatez que l’ancien Hôtel de Ville, bâti en 1840 * à l’emplacement de la Halle au blé était enclavé dans un lot de maisons formant place, au sud et en avant de sa disposition actuelle. Vous remarquez surtout que la nouvelle mairie présente dans son élévation bien des réminiscences de l’ancienne bâtisse détruite dès le 30 octobre 1914.

Hôtel de Ville de Vailly la nuit en décembre 2011* comme en témoignait une plaque de plomb scellée dans l’un des piliers et retrouvée en 1920 par Paul Batier ; elle mentionnait la date du 30 mars 1840 comme étant celle de la pose de la première pierre de cet édifice communal.

Vailly-sur-Aisne a les jetons ! Jeanne d’Arc n’est plus de ce monde

Restons un peu dans la commémoration johannique en revenant autrement à son temps, toujours à Vailly-sur-Aisne. L’époque est très troublée, de nombreuses bandes armées pillent, violent, tuent dans le désordre d’un royaume en recherche de légitimité du pouvoir. En effet le roi de France et celui d’Angleterre prétendent chacun pouvoir le gouverner. Les deux recherchent et trouvent des alliés féodaux dans des intrigues qui vont des traités aux meurtres. Calamités sans fin pour la population amenée souvent à se réfugier temporairement dans les caves creusées sous les maisons bourgeoises de la ville ceinte d’un rempart.

Dans les caves destinées semble-t-il au stockage des vivres et du vin, peut-être parfois à celui des textiles les Vaillysiens d’alors séjournent donc plus que d’ordinaire, y mangent, y dorment. Des puits souvent mitoyens permettent le ravitaillement en eau et parfois des communications sont établies sous terre entre maisons voisines sans que l’on puisse affirmer ou vérifier la présence d’un véritable réseau, loin s’en faut.

Nous avons vérifié ces faits lors de l’installation d’une cuve à fuel dans l’une de ces caves vers la fin des années soixante. L’oeil averti de l’archéologue avait alors identifié un niveau d’incendie et un niveau d’occupation renfermant des tessons de poterie des XIVe et XVe siècles, quelques fragments de verres à boire, des crânes de moutons découpés pour en extraire la cervelle ainsi que quelques rares pièces de monnaie et jetons.

Parmi ces pièces figuraient une maille et un denier tournoi quasiment illisibles se rattachant avec certitude à la monnaie de Charles VII (1422-1461) émise vers 1436. On parvient avec peine à lire sur le denier : KAROLUS : FRANCORV : REX : et à constater la présence d’un trilobe avec 2 fleurs de lys. Ont été également trouvés deux jetons -sorte de pièce à usage de monnaie, d’échange ou de propagande souvent fabriqués dans l’Empire à Nüremberg, d’où leur appellation fréquente de « jeton de Nüremberg » et bien que d’autres ateliers de frappe aient été identifiés. Les voici en photographies et un commentaire aidera à en comprendre sinon l’usage, du moins le sens.

jeton du duc de Bourgogne Philippe-le- Bon

champ de 12 fleurs de lys autour d’un losange à quatre fleurs de lys. La légende est :  *+/VIVE*LE*ROI*VIVE*BOURGONGNE

jeton du duc de Bourgogne Philippe-le-Bon

Croix fleurdelisée cantonnée de quatre lys couronnés. La légende est :

*+/VIVE*AMANT*VIVE*AMOUR*VIVE

Nous pensons pouvoir attribuer ce jeton au duc de Bourgogne Philippe-le-Bon (1419-1467) et sans doute s’agit-il d’une forme de propagande politique en faveur du parti bourguignon. En effet des écus de ce duc ont pour légende un texte proche.

jeton à l'imitation de la monnaie de Paris navire (nef) sur l’eau (à l’imitation de la monnaie des échevins de Paris) et légende illisible ou légende volontairement incompréhensible

jeton                                9 cercles entourent un losange double avec quatre fleurs de lys, légende sans signification apparente? L’examen attentif montre que l’un des coins a glissé durant la frappe ce qui rend le centre de la pièce d’une lecture confuse.

A titre de comparaison avec la monnaie officielle d’argent nous donnons ci-dessous la photographie d’un denier tournoi de Charles VI (1380-1422) :

denier d'argent de Charles VI

Avers : Ecu de France à 3 fleurs de lys dont la légende se lit : ++KAROLVS : FRANCORV : REX [Karolus Francoru(m) Rex = Charles roi des Francs

Revers : croix pattée cantonnée de 2 felurs de lys et 2 couronnes dont la légende est :           : BENEDICTU + SIT : NOME : DNI [benedictus sit nomen Domini = béni soit le nom du Seigneur

Quelques maigres éléments donc qui mettent en lumière des années difficiles pour les habitants de notre bourgade, alors assurément une ville comme l’attestent la présence des remparts, celle de trois églises, des réglements administratifs de corporations et d’autres trop longs à développer et qui n’entrent pas dans le point de vue de ce blog. Rappelons encore que la ville était directement de la juridiction royale jusqu’en 1379 date d’un échange entre le roi et l’archevêque de Reims, le roi souhaitant gérer la ville de Mouzon en position de frontière avec l’Empire plutôt que Vailly qu’il cède alors à l’archevêque de Reims. La suite des temps indique que cet échange fut peu favorable à notre ville.

Pour clore cette note je place la signature de Jeanne d’Arc telle qu’on peut la voir dans une lettre adressée aux habitants de Reims le 16 mars 1430 depuis Sully sur Loire, lettre conservée avec deux autres puis mise en vente mais préemptée et remise à Jean Taittinger en tant que maire de Reims le 17 février 1970. Elle est depuis conservée aux Archives municipales de la Ville de Reims.  La photographie ci-dessous est extraite d’un plaquette écrite par l’abbé Jean Goy et publiée par la Direction des relations publiques de la ville de Reims en 1984.

signature de Jeanne d'Arc

Jeanne d’Arc et Vailly-sur-Aisne

Jeanne d’Arc (6 janvier 1412 – 30 mai 1431) 

            Inutile de présenter cette femme d’exception, une des personnalités les plus attachantes de l’Histoire de France, de plus le sixième centenaire de sa naissance la met en avant de la scène ces jours derniers. Quantité d’auteurs ont tenté de retracer son parcours singulier ; des metteurs en scène, des peintres et des sculpteurs, des compositeurs modèlent d’elle des portraits sans cesse renouvelés. 

            Son séjour vaillysien, assuré, se place dans le contexte de la reconnaissance de Charles VII en tant que roi légitime de France. De toute évidence la royauté s’est servie de Jeanne dans la reconquête du pays et du pouvoir. Aussitôt le sacre reçu dans la tradition à Reims le roi se rend à Corbeny et manifeste son pouvoir potentiel de guérison au prieuré Saint-Marcoul lors de la cérémonie du toucher des écrouelles’. Il touche alors les malades de la peau en leur disant : « le roi te touche, Dieu te guérit ! » 

            Le cortège royal auquel se mêlaient alors les troupes des capitaines dans la mouvance de Jeanne d’Arc se rend ensuite à Soissons avec une halte à Vailly dans l’après-midi et la nuit des 22-23 juillet 1429. Il est probable que le trajet suivi fut celui de la vallée de l’Aisne, par Pontavert, Beaurieux, Bourg et le ‘chemin du Roy’ puis la ‘ porte de la Rivière’»  (avec des variantes ce parcours est commun aux sacres des rois et l’étape vaillysienne attestée plusieurs fois). La tradition orale rapporte que Jeanne a couché dans la maison du ‘coin Thierry’, cette demeure à colombages détruite par le feu en septembre 1914 est probablement la propriété de Thierry Quatresols, bourgeois de la ville mentionné par des actes écrits. C’est une possibilité parmi d’autres : l’archevêque de Reims, seigneur de Vailly depuis 1379 après l’échange de Vailly contre Mouzon avec le roi, possédait à Vailly des immeubles sis au long du ‘passage de l’église’ et en face du ‘coin Thierry’ sur l’espace devenu parvis, dont l’hôtel de l’homme sauvage’. Tenons-nous en à la tradition non vérifiée. Peu importe du reste puisque ces immeubles sont situés dans le même espace et que, surtout, ils ont disparu aujourd’hui à cause de la Première Guerre mondiale.

maison à colombages de Vailly

Maison médiévale du XV e siècle à Vailly, gravure de Truchy, fin XIX e siècle

De Vailly le roi envoie à Laon ses hérauts et lieutenants afin de recevoir la soumission de ladite ville, ce qui fut fait. 

Lisons une chronique du temps, celle dite ‘chronique de la pucelle’ et publiée en 1859 par Vallet de Viriville : « …de ladite église [Saint-Marcoul] il print son chemin à aller en une petite ville fermée appartenant à l’archevesque de Rheims nommée Vailly qui est à quatre lieues de Soissons et aussy quatre lieues de Laon. Et les habitans de ladite ville luy fisrent pleine obeyssance et le receurent grandement bien selon leur pouvoir et se logea pour le jour luy et son ost (armée), audist pays … » 

En 1929, « l’association nationale pour la commémoration du cinquième centenaire de l’épopée de Jeanne d’Arc » organise des cérémonies dans les lieux en lien direct avec Jeanne et une plaque –modèle n° 1 dit de Domrémy- est proposée en souscription. Vailly l’adopte et illustre ainsi, avec bien d’autres villes et villages de France, un trajet cumulé historique d’environ 5000 km.

plaque commémorative de Jeanne d'Arc à Vailly apposée en 1929

plaque commémorative apposée en 1929 sur le flanc d'une chapelle nord de l'église N.-D. de Vailly

Déjà en 1909, en lien avec la béatification solennelle de Jeanne, des fêtes johanniques s’étaient déroulées à Vailly ; le général Vignier a publié dans ses « Documents et souvenirs… » les pages que le journal ‘l’Argus soissonnais’ leur avait réservées et les cartophiles connaissent la longue série de photographies alors réalisées.

1909 fêtes jeanne d'Arc Vailly

Tirage d'un négatif sur plaque de verre ; fêtes Jeanne d'Arc de 1909 à Vailly

tirage d'un négatif sur plaque de verre, Vailly, 1909, fêtes 'Jeanne d'Arc'

Statue de Jeanne d'Arc en 1909 à Vailly

statue de Jeanne d'Arc présente dans l'église de Vailly en 1909 et disparue lors de la guerre

Pour conter Jeanne sur le registre de la chansons je me souviens de ‘Jeanne d’Arc‘ de Graeme Allwright et ces jours-ci me trottent en tête, lancinantes, les paroles d’Alain Souchon sur la musique de Laurent Voulzy que ces troubadours ont lancé ‘Jeanne’et que nos compatriotes attrapent avec bonheur :

« Et je chante ma peine                                                                                                                       loin de celle que j’aime                                                                                                                        l’âme pleine de                                                                                                                                     mélancolie »

Vous pouvez l’écouter par exemple et entre autre, ici : http://www.musictory.fr/musique/Laurent+Voulzy/Jeanne

Pour en savoir plus :

Colette Beaune, Jeanne d’Arc, vérités et légendes, Perrrin, ‘Tempus’, 247 p.                            Philippe Contamine, O. Bouzy, X. Hélary, Jeanne d’Arc, Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, ‘Bouquins’, 1214 p.

Alain Vauge, J’ai nom Jeanne la Pucelle, journal d’une courte vie, Ed. Bénévent, 2012 http://jeannedarc.monsite-orange.fr/