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Kodachrome : 1935-2010 = nostalgie

« Le Kodachrome est mort dans le Kansas » titre M. Michel Guerrin, un article étoffé et synthétique publié dans « le Monde » des 1-3 janvier 2011. Ainsi se manifeste l’influence des technologies dans le développement, l’essor et la mort des entreprises, dont ‘Kodachrome’, qui n’a pourtant démérité en rien. Simplement un changement de support qui rend peu à peu obsolète une technique qui s’était pourtant répandue sur toute la surface de la planète ou peu s’en faut. Ce faire-part a réveillé en moi des souvenirs qu’un bain dans les sels d’une enfance revisitée réactive. Laissons apparaître ces reflets d’antan. Des images dont je n’étais pas l’auteur avaient déjà fixé dans les années de l’après-guerre, entre autres ilustrations propres à résurgence, nos galopades insouciantes de cow-boys ou indiens des steppes :

au détour des années 50 des cow-boys en herbe

Mais très vite la passion de l’image me vint, elle commença je crois vers 1958 avec la boîte en bakélite toute carrée qui se nommait « Kodak Brownie Flash » et utilisait des rollfilm de 6×6. Au début surtout en noir et blanc, puis peu à peu en couleurs ; ainsi s’ébauchèrent sur le papier mes premières révélations d’une image que j’aimais aussi voir apparaître à la surface de la cuve, en une magie sombre à peine réveillée d’une lueur rouge. Tout un monde ! Les deux photographies suivantes témoignent de cet éveil à l’art photographique et l’on voit d’ailleurs que c’était presque une agence qui oeuvrait alors dans cette expérience qui prit fin en 1961, du moins avec cet appareil.

Kodak Brownie en bandoulière vers 1960

des apprentis photographes avec Kodak Brownie

L’intérêt de cette photographie est, outre son renvoi vers un passé connu de moi, de montrer ce qui reste aujourd’hui de l’une de ces photos enregistrées alors sur film 6×6 positif (peut-être un Agfachrome ?) et placée entre deux minces feuilles de verre dans un support destiné aux projections de diapositives qui allaient connaître une grande vogue dans les années 60.  J’ai encore de nombreuses diapositives de cette catégorie, certaines ont assez bien résisté à l’épreuve du temps (en gros 50 ans !), d’autres, à l’image d’un caméléon que je fréquentais alors, sont passées par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

En 1961 ou 1962, bénéficiant du concours d’un frère alors ‘sous les drapeaux’ en Algérie, secteur de l’Oranais, je m’équipe de mon premier reflex, un « Savoyflex Royer », objectif ‘Berthiot’ 50 mm – 1/2.8, svp !

appareil reflex Savoyflex

Dès lors des milliers de diapositives dont nombre de ‘Kodachrome’ se sont accumulées en boîtes rectangulaire plastique d’origine, en boîtes rectangulaires métalliques de rangement, en boîtes cylindriques de projection. La plupart sont répertoriées numériquement, beaucoup sont en excellent état de santé, quelques-unes ont un teint blafard virant au bleu, au verdâtre, ou même présentent des attaques de rougeole et autres ponctuations diaboliques et éruptives de maladies de peau.

diapositive Kodachrome des années 60

L’une de ces « diapos » du début des années 60 ; le fabricant, prudent, a bien imprimé sa marque. Si la photo se perd, au moins l’inscription survivra. Un temps.

Pour notre ‘Kodachrome’, 75 ans d’existence est déjà une longue vie, et radieuse : ce support disparaît en pleine possession de ses moyens.

Clic-clac. L’Histoire retiendra.

Il résulte de tout cela que la fin des choses et des êtres est inscrite dans leur commencement et que l’évolution fait naître, souvent à la marge, d’autres choses et êtres qui contiennent, dissimulés, les gènes tueurs de leurs géniteurs. Entrepreneurs souvenez-vous en, inventeurs prenez-en de la graine, révélez-vous !

Entre Noël 2010 et l’An nouveau 2011

neige sur le Chemin des Dames à Paissy

neige sur le Chemin des Dames à Paissy

traces d'oiseau dans la neige

 

croix dans la neige

Dans le ‘grand nord’ du sud laonnois, au royaume des garennes, des sangliers et du blaireau qui a freiné sa glissade sur la mare gelée,

traces de garenne dans la neige sur la mare gelée

traces de faisan sur la neige

trace de sanglier dans la neige

glissade de blaireau

incontestablement, tout juste sorti de son abri improvisé,

abri en forme d'igloo dans la neige

trappeur équipé de raquettes

le trappeur est roi. D’un pas assuré il part à la recherche d’autres traces, d’autres reliefs éoliens là-haut sur le plateau du Chemin des Dames surplombant les abris rupestres du village de Paissy. Il a en tête les hordes giboyeuses bondissantes peintes sur les parois par ses lointains ancêtres ou celle rassurante du traîneau tel que l’a vu de haut le peintre Adolf von Menzel (1815-1905) :

Adolf von Menzel, traîneau et attelage

Aquarelle sur papier de 1846, 16,1 x 25,9 cm du ‘Staatliche Museen, National Galerie de Berlin. Dans : Christopher Finch, l’aquarelle au XIXe siècle, Ed. Abbeville, 1994, n°219, p.166

Mais déjà la nuit tombe. Viennent les rêves, les espoirs du lendemain

couchant enneigé à Paissy

 

Presque étonnant un texte de Jean-Paul Sartre prenant pour thème d’une scène de théâtre celui de la Nativité, écrit il est vrai dans les circonstances spéciales d’une veillée de Noël dans le Stalag XII à Trêves, le 24 décembre 1940. Il s’intègre à la pièce : ‘Baronia ou le fils du tonnerre‘ :

 … »Elle le regarde et elle pense : « Ce Dieu est mon enfant. Cette chair divine est ma chair. Il est fait de moi, il a mes yeux, et cette forme de sa bouche, c’est la forme de la mienne, il me ressemble. Il est Dieu et il me ressemble…

…Aucune femme n’a eu de la sorte son Dieu pour elle seule, un Dieu tout petit qu’on peut couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu’on peut toucher et qui rit. »

La nuit venue la neige et les falaises s’illuminent et réfléchissent le bleu irréel glacé ponctuellement réchauffé du rouge des fonds de creutes :

éclairage nocturne sur fond de neige et de calcaire

A quelques pas Marie allaite et Joseph s’affaire près du berceau improvisé sous le souffle et le regard bienveillant -on penserait même goguenard, de l’âne et du boeuf. Mon Dieu quelle soirée ! Etrange action, curieux spectacle dans l’abri rocheux :

Nativité de lumière dans la creute

crèche dans la creute de Paissy

un âne et un boeuf ordinaires et devenus célèbres

crèche dans la creute de Paissy

Reims, bleu, blanc, froid : son histoire autrement.

neige à Reims rue Cérès Il a donc neigé à Reims ce 8 décembre 2010, comme il arrive en hiver. Pourtant on dit en ville et dans les fauxbourgs que le Général Hiver tente un blocus de notre bonne ville désormais en état de siège au point qu’on ne pourrait plus ni y entrer ni en sortir. Bigre, ça fait froid dans le dos et plus grave, on se les caille. Bien au chaud après avoir accueilli un rescapé de la route très habitué de nos murs j’ai attendu le lendemain pour apprécier la situation.

Par chance un soleil radieux illuminait la neige et un champ libre blanc abandonné par les voitures aux humains piétonnants s’étalait devant mes pas entre Forum, Place Royale et cathédrale. Que du beau, que du rêve, je vous y entraîne, glissons ici et là !

Forum rémois

Place du Forum le clair matin allume sa lanterne solaire et laisse dégouliner des pétales neigeuses depuis des suspensions florales, alors qu’en contrebas des palmes étoilées ploient sous la poudreuse. Quel décor de Noël arrivé tant à point avec la menue indélicatesse d’une légère avance que la maîtresse de maison pardonnera !

Forum rémois : branchages enneigés

Alors j’ai voulu savoir ce que pense de ce temps d’hiver notre marchand en laines de la Place Royale, penseur accoutumé de mes déambulations citadines : l’esprit gelé et les bras chargés d’un blanc manteau il a la tête trop près du bonnet pour penser vraiment, à peine songe-t-il :

le marchand de la Place Royale de Reims

Nul doute qu’il songe à sa belle voisine au sein rond comme blanche boule et que le roi protège ou bénit de sa main, pauvre roi couvert de neige et qui hésite entre tenue de sortie romaine ou parure républicaine à la française mise à disposition à ses pieds ; ma pauvre dame quelle période vit-on ? !

monument en l'honneur de Louis XV

Louis XV en empereur romain à Reims

Si je n’avais presque froid je vous conterai et la Place et le roi et le sculpteur (1), mais là franchement je préfère suivre le pavé vers le soleil et d’un coup d’un seul surgit Jeanne qui caracole en tête, intrépide, l’épée levée. Mais quoi, se serait-elle rendormie, levée du mauvais pied ? Toujours est-il que son page ne lui a livré que la moitié de son caparaçon, bien séant du reste, de blanche couleur comme celle du cygne, du lis et de la vertu.

Jeanne d'Arc à Reims

Ah, Paul Dubois (1829-1905), vous n’aviez pas imaginé que cela fut possible, et bien si !

Remué par cette vision je m’en suis vite allé au-delà, trouver refuge vers l’Amérique et « Carnegie » était dans l’espérance du jour. En route cependant c’est d’abord une grille dantesque qui me barre le chemin ; qu’à cela ne tienne, outragé je passe outregrille du jardin de la bibliothèque municipale Carnegie de Reims

dans sa rigueur géométrique soulignée par les capelines neigeuses des ifs en topiaire, fermement assise en son jardin de ville, la façade majestueuse de notre bibliothèque municipale ‘Carnegie’ rayonne d’une fière assurance :

façade de la bibliothèque Carnegie à Reims

L’esprit trop lent pour lire je poursuis ma route citadine par le jardin qui mène au chevet de Notre-Dame et là encore, que du bonheur. Celui que suscite l’agencement presque naturel des troncs, celui qui organise l’ordre divin dans une architecture de pierre étonnante toujours renouvelée à mes yeux d’explorateur

jardin public au chevet de Notre-Dame de Reims

chapelle épiscopale de Reims

Une brodeuse au crochet a bordé les pinacles des arcs-boutants de jours lactés délicats et le vêtement neigeux entraîne l’architecture gothique vers des allures ordonnées de Grand Siècle,

pignon sud du transept de Notre-Dame de Reims

Rassuré de constater qu’une courageuse équipe de soignants en rappel veille sur elle

travaux d'entretien au chevet de ND de Reims

je quitte le chevet de la malade pour m’emplir le regard de sa face finement saupoudrée :

pas de doute Reims est un couronnement

couronnement de la Vierge à Reims

et bientôt la Cité, la Ville entière et le peuple vont célébrer le huitième centenaire de l’édification de cette cathédrale unique : mai 1211 – mai 2011

Souhaitez-vous être informé du contenu des journées commémoratives ?

http://amis-cathedrale-reims.fr/index.php/

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(1) « Il ne faut jamais dire aux gens : Ecoutez un bon mot, oyez une merveille.           Savez-vous si les écoutants en feront une estime à la vôtre pareille ? «                         Jean de La Fontaine, Les souris et le chat-huant

 

Sic transit gloria mundi

Rien n’échappe à la destruction, tout est question de temps. Tenez, voici l’exemple du lérot. Souvent je les vois, quant à les entendre … presque chaque nuit ils s’affairent sans gêne aucune.

Un jour l’un d’entre eux a terminé sa vie dans l’herbe du sous-bois, peut-être de mort naturelle, peut-être perdu par un rapace momentanément maladroit. Il gît là. Deux jours plus tard dans un bouillonnement malodorant j’observe quantité de vie sur ce cadavre en décomposition ; nous sommes le 17 juin 2010.

cadavre de lérot en décomposition

Deux jours plus tard encore, environné d’ une odeur beaucoup moins désagréable lors du gros plan, surprise, tout se passe comme si le cadavre s’enterrait. De fait les silphes -d’aucuns copulent, s’activent dessus, dedans et dessous, de sorte qu’un vide s’établit sous les restes du lérot et le cadavre s’enfonce légèrement dans le sol ameubli, effet d’autant plus sensible que les viscères disparaissent et que le corps dégonfle. Âmes sensibles tournez le regard et sautez des lignes.

silphes sur cadavre de lérot

Des médecins légistes vous préciseraient bien des points. Pour nous naturalistes le compte-rendu admirable qu’a rédigé Jean-Henri Fabre aux pages 611-615 du Tome II chez « Bouquins » par Robert Laffont dans les « Souvenirs entomologiques » (souvent cités ici) suffira. Vous lirez en ces pages l’oeuvre délicate des dermestes, silphes, asticots et autres Trox. Un régal pour eux apparemment.

Puis le temps passe. Le 28 août cependant des traces suffisantes me remémorent juin :

squelette de lérot os et feutrage confondus

tandis qu’un mois plus tard environ, le 24 septembre, seuls des os blanchis en connexion articulent encore le souvenir d’une vie qui fut :

squelette de lérot

Toutes choses égales par ailleurs avouez que trois mois d’existence post-mortem pour un si petit animal est au fond une aventure singulière et que si l’animal ne s’était trouvé mort à proximité de l’un de mes chemins d’exploration, jamais je n’aurais su ce que je viens de conter.

Pourquoi y aurait-il des scènes à mettre en valeur et d’autres à cacher dans le déroulement des vies naturelles qui croisent nos pas ?

Ceux qui ont l’esprit religieux transfigurent la mort dans la résurrection à venir. Elle ne concerne pas les animaux, du moins n’est-ce pas manifesté dans les textes fondateurs des trois religions du Livre. D’autres civilisations sont moins restrictives à cet égard. Tout cela cependant me fait penser, avec l’absence de retenue que vous me connaissez certains jours, à l’évocation bien singulière de « l’auto-ensevelissement de Saint-Jean » tel que raconté dans l’évangile de cet apôtre, apocryphe certes. La scène, peu coutumière, figure sur l’un des superbes vitraux de la chapelle castrale de Baye, dans la Marne, exécutée au début du XIIIe siècle. Il semble que la France ne compte que trois représentations de cette scène. Voyez plutôt, hélas avec un écrasement dû à une perspective difficile à amoindrir :

Baye, château, vitrail

Vous pourrez trouver des renseignements complémentaires sur ces vitraux et le Foyer de Charité qui les abrite ici :

http://foyer.de.charite.baye.pagesperso-orange.fr/stalpin.htm

Le Monde des blogs : retour dans leur univers

Une précédente note affichait une colère justifiée eu égard au temps considérable passé à rédiger nos notes de blog et suggérait de dénommer ‘Le Monde’ : ‘Lieudit’. Je n’enlève rien à ce que j’ai écrit mais constate toutefois depuis deux jours que le problème semble résolu ou en voie de l’être grâce au concours des techniciens informatiques qui ont dû avoir fort à faire et longuement travailler pour venir à bout de cet accident de parcours.La planète des blogs gravite donc à nouveau dans une lévitation enjouée, du moins dans la plupart des cas semble-t-il selon une maigre vérification personnelle à partir de blogs amis qui ne vaut généralité.

Je remercie ces techniciens de leur précieux concours et accepte avec compréhension les nouvelles demandes d’excuses formulées par le PDG du Monde interactif, M. Philippe Jannet. Il eut été fâcheux que Le Monde ne se soit montré à la hauteur de sa réputation en cette circonstance.

Dans le cas contraire il serait évidemment utile et précieux au repos de l’esprit d’adopter en toute circonstance l’attitude de Thérèse d’Avila et de bien d’autres chrétiens, mais justement tout le monde n’est hélas pas de cette trempe :

« Ne pensez point aux fautes d’autrui, mais aux vertus seulement et à vos propres fautes et défauts ».

22/11/1890 – 09/11/1970 Qui ?

La seconde date, plus connue de nous, devrait vous mettre sur la voie, surtout ce jour.

Il s’agit en effet de Charles de Gaulle, né à Lille le 22 novembre 1890 comme l’annonce ce faire-part parental reproduit d’une collection particulière :

 

faire-part de naissance de Charles de Gaulle

Vous savez toute la suite et ce n’est pas ici que vous apprendrez aujourd’hui quelque chose de nouveau sur cet illustre Français.

Je l’ai vu et entendu un jour de juin 1964 à Soissons où j’étais alors un élève de dix-huit ans pensionnaire au lycée de garçons des Cordeliers. Assez âgé donc pour me souvenir de quelques impressions très ordinaires. Très chaude journée. Ayant quitté clandestinement le lycée vers midi je me suis rendu Place de l’Hôtel de Ville où le général devait prononcer un discours. Foule très dense et police de même dans les rues, exclamations favorables et spontanées, tendance bon enfant. Comme un camarade de classe m’avait remis le matin même une boîte de cartouches longues « 22 long rifle » , je l’avais en poche. Par précaution, ayant déjà eu à entrer en contact avec des représentants de l’ordre, il m’a semblé nécessaire de m’en défaire provisoirement dans un canal d’écoulement d’un dauphin d’une rue proche, ce qui fut fait et ce qui a sans doute contribué à enregistrer l’événement historique dans ma mémoire. Je suis ensuite parvenu à me faufiler jusqu’au niveau du cinquième rang de la foule environ et le Président de la République m’est apparu tout à fait conforme aux images des journaux télévisés, des hebdomadaires et des livres d’histoire : Le verbe haut, tout comme la stature, les bras mobiles et le visage animé. J’étais heureux d’être là, de partager des émotions avec une foule bruyante peuplée d’inconnus et ce fut la première fois de ma vie que j’ai approché d’aussi près un personnage d’importance. Aujourd’hui je ne saurais rien dire de plus, sinon d’ajouter : « j’étais là », autrement dit de certifier le fait volontaire d’avoir vu et entendu de près l’un de ceux qui ont fait l’histoire de ce pays.

Ce sont des mots qui font exister les deux, et l’Histoire et le Pays. Des mots du jour je n’ai aucun souvenir, sans doute furent-ils assez anoduns pour ne pas inscrire Soissons ce jour-là dans l’Histoire. Alors je me borne, ou plutôt m’ouvre l’esprit dans la citation de deux passages des « Mémoires d’espoir », ouvrage que je me suis procuré le 7 octobre 1970, ne sachant nullement que l’auteur ferait définitivement partie de l’histoire le mois suivant. Quant au livre, plus de cent mille exemplaires ont été vendus en deux jours ! Les première phrases sont toute gaulliennes évidemment : « La France vient du fond des âges. Elle vit. Les siècles l’appellent. Mais elle demeure elle-même au long du temps. »

J’en extrait une autre citation relative aux ‘allocutions à la nation‘, du chapitre ‘le chef de l’Etat‘ :

« Toujours je leur parle beaucoup moins d’eux-mêmes que de la France. Me gardant de dresser parmi eux ceux-ci contre ceux-là, de flatter l’une ou l’autre de leurs diverses fractions, de caresser tel ou tel de leurs intérêts particuliers, bref d’utiliser les vieilles recettes de la démagogie, je m’efforce au contraire de rassembler les coeurs et les esprits sur ce qui leur est commun, de faire sentir à tous qu’ils appartiennent au même ensemble, de susciter l’effort national. »

Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir, * Le renouveau 1958-1962, Plon, 1970, p.302.

A ce moment de ma vie ce Président n’était pas pour moi « l’Homme du 18 juin », ni le Libérateur de Paris, épisodes que je n’avais pas vécus mais celui qui avait permis à la France de sortir tout récemment du bourbier algérien, quel qu’en fut le coût pour lui, militaire d’abord. Alors pour cela entre autre j’étais gaulliste.

Rubans, vignettes et paillettes d’or d’automne

coucher de soleil novembre Paissy      Ce jour à la recherche de la lumière changeante de novembre me voici attrapant ces paillettes que les feuillages et la roche dérobent au soleil quand il daigne émerger des sombres nuages pourtant somptueusement colorés.

coucher de soleil novembre Paissy

un ruban d’or flotte au-dessus des falaises

feuillages d'or de  novembre

or et bronze des feuillages

ou bien des post-it sont déplacés au fil des heures sur la roche, dedans et dehors :

éclats végétaux et éclats solaires

projections solaires sur la roche

projections solaires au-dedans

pustules de lichens sur écorce de frêne

Vers quelle représentation en image, en peinture, orienter ma mémoire visuelle en référence à ces coloris métalliques d’automne ? L’évidence est de se tourner vers une scène automnale et nous y cédons plus bas. Mais avant cela nous souhaitons échapper un peu au tout prêt et avons pensé à une scène angélique toute parée d’or. Il s’agit d’une Annonciation exposée au Petit-Palais d’Avignon. Elle est l’oeuvre de Gherardo Starnina, de l’Ecole de Florence au tout début du XVe s. et appartient au style gothique international. Le fond doré à la feuille convient tout à fait à nos ors du moment.

Annonciation par Gh. Starnina, Avignon

Annonciation de Gh. Starnina, AvignonAnnonciation de Gh. Starnina, AvignonJean-Pierre Boureux, d’après G. Starnina, huile sur toile marouflée sur panneau et dorure à la feuille

Fermons la journée par une chasse interprétée par Claude Monet, 1876, huile sur toile de 170 x 137 cm publiée dans « Caillebotte au jardin » de Pierre Wittmer, Editions d’Art Monelle Hayot, 1990, p. 39. (original de collection privée)

une chasse vue par Claude Monet

une chasse par Claude Monet

Paissy et les Journées européennes du patrimoine

Essai réussi dans ce village où nous souhaitions partager avec nos visiteurs nos découvertes depuis 2002. Que montrer en effet devant et au pied de la falaise lutétienne qui borde bien des côteaux en bordure du Chemin des Dames ? Selon les groupes et l’inspiration du moment Nicole et moi avons abordé la géologie, l’environnement, l’histoire et la littérature. Le thème de l’année a été évoqué à l’intérieur de ce schéma directeur, notre modeste village de 70 habitants ne pouvant avoir hébergé suffisamment de grands hommes pour  remplir intégralement notre présentation :

affiche des journées du patrimoine 2010

journées européennes du patrimoine Paissy

programme partiel de la visite

un groupe de visiteurs

Adapter le discours à l’auditoire et capter son attention. Montrer et démontrer, faire toucher presque. Ici pas de tableaux de maître, pas de mobilier précieux, pas de tympans ciselés : de la roche grossièrement excavée, adroitement adaptée à des épisodes de vie quotidienne souvent difficile et parfois tragique. L’histoire révèle l’ordinaire de la vie sous terre, la littérature émeut le visiteur sous la plume d’Alain ou de Teilhard de Chardin qui ont illustré magiquement ces lieux (voir nos notes des 14 avril 2008, 16 mars 2009, 13 mai 2009 et 7 octobre 2009).

     Le paysage reflète tantôt l’âpreté des combats, tantôt la quiétude d’un sous-bois où jaillissent, apprivoisées, les eaux vives, où gîtent les blaireaux incivils (voir par exemple les notes des 30 juin et 24 octobre 2008). Le guide se veut émoustilleur culturel qui place l’humour comme vertu d’échange avec ses visiteurs : ils n’ont pas vu les 45 minutes annnoncées devenir 60 ou 100. Magie des lieux et du verbe.

Amis de passage (139), si vous souhaitez voir figurer ici l’une ou l’autre de vos photos, envoyez-les nous !  

Merci à l’office de tourisme du pays de Laon pour la gestion des visites.

http://www.tourisme-paysdelaon.com

Vitré : anno Domini 1513

De passage à Vitré, l’oeil attentif aux lumières et aux formes, j’ai retenu dessinés dans le bois, dans la pierre quelques appels signifiants. L’un d’eux portait gravé dans la pierre comme il aurait pu l’être cursivement noté sur un parchemin une lettre, trois lettres puis quatre chiffres. Assez pour rappeler la fuite du temps aux passants du futur, en l’esprit du propriétaire qui n’imaginait pas sans doute qu’en 2010 encore quelqu’un lirait son message… Puis-je moi-même savoir si en 2507 cette pierre sera en place ? Non mais j’espère seulement qu’il en sera ainsi et qu’en 2013, tout près de nous donc, certains fêteront le demi millénaire. Assez écrit, de quoi s’agit-il ?

maison 1513 à Vitré

Au premier regard vous pensez être devant une toile abstraite. Il n’en est rien, que du concret mais abrégé. Il faut lire en effet, selon l’habitude des temps médiévaux : A(nno) D(omi)ni 1513 et ces signes sont gravés sur une pierre bien apparente d’un hôtel particulier que voici dans son entier :

hôtel particulier 1513

Un autre encore, à peine éloigné, jetait dans le ciel d’août une bien curieuse tourelle et des brillances d’ardoises fantastiques et même fantasmagoriques car elles m’ont fait penser aussitôt à l’un ou l’autre de ces lavis rouillés que Victor Hugo a tant aimé laisser à l’imagination de ses lecteurs.

Hôtel du Bol d'Or à Vitré

Un dernier appel encore, en bout de rue, en fin de parcours, laissait entendre qu’après le repas je pourrais reprendre ma quête de signes et de sens dans cette ville riche en inattendues demeures alors que dans ma mémoire ne restait apparemment inscrites que les lignes structurantes de son château, assez connu pour que je ne livre ici que deux photos ‘souvenir’.

vieilles maisons de Vitré

cour intérieure du château de Vitré

façade du château de Vitré

 

Comme nous le fait judicieusement remarqué Jeandler, ami du web (http://jeandler.blog.lemonde.fr) ces toitures de Vitré sont probablement sorties de quelque rêve. Et bien oui et c’est à Victor Hugo que j’ai pensé en les photographiant car qui mieux que lui sait illustrer des rêves par les mots ou par le dessin, le lavis ; ces encres diluées se meuvent dans les volutes cérébrales de ses lecteurs et l’emmènent en songe. Ainsi, retrouvant sa Juliette en des circonstances agitées que nous relate fort précisément et avec talent M. Jean-Pierre Montier dans « Deux voyages amoureux en Bretagne, Victor Hugo » ; Ed. Ouest-France, 2009 ; notre écrivain a profité de son séjour breton pour crayonner et j’ai extrait du livre de M. Montier une ‘plume et encre brune du Vieux saint-Malo’ où les toits surgissent :

 

 

vieux Saint-Malo

Il m’a semblé que les maisons et toitures de Saint-Malo ancien et disparu vues par Victor Hugo ont un air de parenté certain avec celles du Vitré d’aujourd’hui, restaurées et bien vivantes. Rien que pour cela quittez donc l’autoroute et parcourez les vieilles rues de Vitré. Graphitez, lavissez vous aussi !

 

 

Au-dessus des chaumes jaune paille

Au-dessus des chaumes jaune paille piquetées de rares brins encore verts surgit sur le plateau l’angle vif du vieux clocher ruiné encadré de grands arbres.

le clocher ruiné de Bourgon

A l’approche, intrigué après avoir lu sur la carte IGN au 100 000e que se tient là une ruine nommée exagérément « cathédrale », le promeneur découvre d’abord un chemin qui longe un étroit ravin et débouche à proximité du sol en place d’une ancienne carrière de pierres à ciel ouvert que l’on croirait une ma&re asséchée :

sol de base d'une ancienne carrière de pierres

Derrière des arbres apparaît bientôt ce qui reste d’un choeur d’église et d’une nef

choeur de Notre-Dame de Bourgon

 

nef et choeur

Des commentaires reproduits sur panneaux nous permettent de comprendre l’histoire du lieu. Nous sommes ici en présence d’un village des XI-XIVe siècles nommé Bourgon, détruit et donc abandonné en grande partie lors d’un épisode de la Guerre de Cent-Ans puis revigoré au XVIe siècle, moment où l’on fait quelques extensions à l’église alors réparée et toujours accompagnée de son cimetière.

Puis peu à peu le village décline à nouveau, est abondonné au bénéfice de Morcourt à moins de 500 mètres au nord-ouest. Morcourt modeste hameau dépendant de Feigneux qui a attiré quelques peintres au tournant du XXe siècle.

Après avoir salué et félicité en pensée le propriétaire du terrain et des ruines qui entretient joliment ce site d’allure très romantique nous lisons la description relatée en 1851 par un certain Victor Offroy, de Dammartin et publiée le 28 octobre dans « le Journal de Senlis« 

« …Bientôt on arrive à Morcourt ; ce village s’adosse sur le versant de la plaine qui descend dans la vallée, ses chaumières s’isolent chacune dans le petit champ qui l’enferme, et fument parmi les arbres qui les abritent ; on dirait des nids d’homme se cachant là, dans les touffes de végétation. Ses habitants vivent de la terre qu’ils cultivent, ils ne connaissent d’autres biens que ceux de leurs récoltes, d’autres révolutions que celles des saisons : c’est une petite colonie séparée du monde et demeurant étrangère à tout ce qui s’y passe ; heureux qui se plaît là ! »  

Ici encore debouts une pierre tombale de 1857, quelques bases de monuments funéraires, un chemin pierré et même la vieille porte du cimetière dorment en paix entre althéas et hybiscus.

Passants qui passez là laissez les choses en l’état et ne pensez qu’au repos des os et des pierres d’ici ; les uns attendent la résurrection annoncée, les autres repoussent grâce aux soins attentionnés de nos contemporains la lente érosion dans le temps !

J’attendais Froissard et les Chroniqueurs mais je suis plutôt chez Gérard de Nerval et ses « Filles du feu » et « Sylvie ».  Entre chevauchées et rêveries il faut choisir pour préserver au mieux ces pierres, dentelle mîtée du temps qui est, qui était et qui fut.

Le sujet des ruines peint évoque chez l’amateur Hubert Robert parmi d’autres peintres. Pourtant je choisis une église de Rouen, en ruines, dessinée par Corot, sans doute lors de sa jeunesse. Il doit s’agir de l’église Saint-Pierre de Rouen et je la prends dans : Dessins français, de Prud’hon à Daumier par André Vantoura et coll., Ed. Art et dessins S.A., Fribourg, 1966, n°79.

église Saint-Pierre de Rouen, dessin par Corot

mine de plomb du Musée du Louvre ; 28,4 x 22,9 cm

Un extrait d’un poème de Pierre Seghers s’accorde à l’harmonie du site :

« Qui passe renaîtra                                                     Se fera mot, couleur, musique, sera pierre                     et poussière demain, mais la vie reviendra                      et tous les incendies, les guerres, les massacres              la corrosive écume,les pollens et les vents                     en vain seront sur nous. Rien ne nous atteindra. » 

Pierre Seghers, Derniers écrits, Poèmes pour après           Eclats. Postface de Colette Seghers.                               Editions Fanlac, 2002, p.66