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Marcel Proust, Mme Williams sa voisine et Reims.

On a oublié que Marcel Proust qui aimait tant se coucher de bonne heure fut aussi un voisin délicat. Mais comment le savoir si ce n’est écrit quelque part et comment aurait-on deviné que cet auteur renommé ait pu écrire à une voisine du troisième étage lorsqu’il résidait 102 boulevard Haussmann à Paris ? La découverte récente de quelques lettres retrouvées et publiées chez Gallimard et disponibles à notre lecture et plaisir ce jour, comble cette lacune et pour nous Rémois nous dit l’attachement de Proust envers notre cité.

références sur la première de couverture et ISBN = 978-2-07-014224-8
septembre 2013, 86 p.

L’intérêt autre que littéraire, est que Marcel Proust donne dans une de ces lettres datable de Noël 1914 son point de vue sur la récente destruction partielle de la cathédrale suite à l’incendie provoqué par un bombardement allemand en date du 19 septembre 1914.

L’affaire a fait grand bruit et Reims devient alors le symbole de la barbarie germanique. Au reste, astucieusement, Proust assure que « le désastre de Reims, mille fois plus funeste à l’humanité que celui de Louvain – et à l’Allemagne d’abord, dont Reims à cause de Bamberg était la cathédrale préférée – n’est-il pas un crime aussi froidement conçu. »

De fait l’incendie de Reims est relaté partout dans la presse et différents supports écrits, figuré et photographié, pendant et après l’incendie. Marcel Proust analyse ensuite ce qui lui fait apprécier Reims, comparativement à Amiens, Chartres ou Paris. Il évoque également des séjours à Reims qui : « …tant que ma santé me le permet fais aux pierres de Reims des pèlerinages aussi pieusement émerveillés qu’aux pierres de Venise… »

J »aimerais trouver la trace de ces pèlerinages ! Non spécialiste de littérature ma mémoire n’a pas retenu de telles citations chez cet auteur et un rapide parcours de mes notes, une brève excursion chez des amis plus au fait ne m’apporte rien non plus. Attendons la sagacité de quelque érudit concitoyen pour expertiser l’anecdote.

Evoquant ‘le sourire de Reims‘ Proust est dans la mouvance de ce qui s’écrit en son temps ou peu avant (Emile Mâle puis André Michel en particulier) sur cette superbe cathédrale. Peut-être a-t-il lu également dans ‘Le Matin‘ en date du 21 septembre 1914 le bel article d’Albert Londres : « ils ont bombardé Reims et nous avons vu cela ! »  où l’auteur établit également des comparaisons avec les cathédrales de Chartres et Paris ? Ce n’est qu’à cause de l’incendie et du bombardement volontaire que ce sourire va devenir à jamais ‘l’Ange au sourire‘. Cela dès 1915 à la suite d’un article du New-York Times relatant l’achat d’une tête d’ange de Reims par un riche industriel américain. Non fondée l’assertion déclenche des recherches à Reims et l’architecte Max Sainsaulieu retrouve la plus grande partie de la tête qui avait été mise à l’abri sitôt l’incendie par l’abbé Thinot. Cet ange, celui de Saint-Nicaise, la tête lui tourne et tourne désormais de par le monde, parfois en voisine  de nos non moins célèbres bulles. On ne choisit pas ses voisins.

 pastel réalisé par mes soins en 1996 avant que ne se soient répandues les reconstitutions virtuelles colorées sur les monuments. Ci-dessous l’ange au sourire projeté sur la façade de la cathédrale lors de l’une de ces soirées-spectacles par ailleurs évocatrices de certaines formes du passé, même si le contenu ‘scientifique’ est laissé de côté.

l’‘Ange au sourire’ tel qu’il sourit en 2013 sur le portail latéral nord de la façade de la cathédrale Notre-Dame de Reims

Alors, amis lecteurs, si vous trouvez chez Proust une allusion à ses ‘pèlerinages de Reims’ racontés autrement qu’à sa charmante voisine, Marie Williams, je vous serais reconnaissant de me le faire savoir.

-pour en savoir plus sur « l’Ange au sourire » vous pourrez lire nos bons auteurs historiens rémois aux références multiples sur le web, parmi lesquels MM. Patrick Demouy et Yann Harlaut.

-pour fréquenter la compagnie des principaux auteurs qui ont écrit sur ou autour de Reims la lecture de : Dominique Hoizey, Reims entre les lignes, Messene, 1995, 93 p. sera une excellente approche. On complètera utilement par un article récent du même Dominique Hoizey, précis dans sa documentation autant que par son écriture,  sur son blog :  http://lechatmurr.eklablog.com/recent .                                                                                         Il y expose une correspondance peu connue entre Romain Rolland, Stephan Zweig et Emile Verhaeren au sujet de la cathédrale de Reims. A lire absolument, y compris par des historiens.

 

 

 

Des médecins vaillysiens des XVIIIe et XIXe siècle

 

A l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, l’Association du Patrimoine et de l’Environnement Vaillysiens (APEV) a honoré la mémoire de deux médecins qui ont marqué la vie vaillysienne autrefois.

Il s’agit de Jean-Joseph Brocard et d’Edouard Ancelet.

Le docteur Brocard selon une inscription relevée par le général Vignier, notre principal informateur sur l’histoire de notre bourg,  serait décédé à Vailly le 18 juin 1847 à 67 ans. Or l’examen des actes de l’Etat civil conservés aux Archives départementales de l’Aisne ne mentionne aucun membre de la famille Brocard au milieu du XIXe siècle à Vailly. En revanche un Jean-Joseph Brocard décédé le 18 juin 1819 à Vailly, âgé de 67 ans est inscrit dans le registre des décès de cette ville.

Après plusieurs débats au sein de notre association et compte-tenu qu’il nous est apparu que deux Jean-Joseph Brocard décédés le même jour, le même mois, au même âge est hautement improbable nous avons arrêté notre choix sur ce qui est officiellement inscrit dans un acte officiel et non sur ce qui était sensé figurer autrefois sur le monument. Mais nous n’écartons aucune piste ultérieure qui remettrait en cause notre point de vue actuel.

pose d'une plaque en mémoire du Dr Brocard à Vailly-sur-Aisne

Jean-Pierre Boureux, président de l’Apev, Mme Annick Venet, maire de Vailly, des membres du Conseil municipal et de l’Apev dévoilent une plaque de pierre sur le monument du Dr Brocard.

L’autre médecin, connu pour ses publications scientifiques au nombre d’au moins 18 dans le cours du XIXe siècle, est totalement ignoré dans la mémoire colportée du bourg. Pourquoi ? Aucune autre supposition qu’une ‘mise en quarantaine’ par le général Vignier, ou à tout le moins un oubli, ne s’est révélée. Ce qui me fait penser à un rejet est le fait que ce médecin n’avait pas la langue dans sa poche comme le soulignent ses amis venus lui rendre hommage lors de ses obsèques (propos rapportés par le journal ‘l’Argus du Soissonnais »). Il se trouve que ce médecin, républicain convaincu en était venu à s’opposer au préfet de l’Aisne et à faire preuve de combativité à une époque où il ne faisait pas bon s’opposer par l’oral ou l’écrit aux décisions du gouvernement du Second Empire, même dans sa période libérale après 1862. Ainsi notre médecin contestataire d’un certain ordre établi s’est-il momentanément retrouvé en prison à la Maison d’Arrêt de Soissons en 1866, sans que j’aie pu toutefois retrouver le mandat d’écrou. Mais l’affaire est certaine et je suppose que là réside la raison du mutisme à son endroit.

Raison suffisante à mon sens et surtout motif dérisoire par rapport aux qualités humaines et au travail de recherche scientifique effectués par ce médecin décédé à Vailly en 1891, d’où notre décision associative de lui rendre hommage en même temps que celui que nous rendons à son prédécesseur lors de la journée du Patrimoine 2013.

Vous trouverez plus de renseignements sur ces hommes sur le blog de notre association :  http://apev-vailly.info/WordPress3/monument-docteur-brocard/

ou bien sur ce blog du Voirdit en tapant : ‘Brocard’ dans le rectangle de recherche.

Observer, questionner et déduire : cas d’une église rurale à Cuiry-Housse dans l’Aisne.

Ah, si les pierres pouvaient parler …  Et bien écoutons, sait-on jamais.

Etat des lieux tel qu’il apparaît, que l’on observe depuis l’extérieur ou de l’intérieur. D’une manière générale il est avantageux de tourner autour de l’édifice pour comprendre ses volumes et leur articulation entre eux.

face sud de l'église de Cuiry-HousseEntrons :

Le plan est celui d’une croix latine avec nef, transept et chœur. On entre par une nef ouverte sur deux bas-côtés constituée de quatre arcs en plein cintre dressés sur piles rectangulaires ; le plafond de la nef est à 7,93 m du sol et celui des bas-côtés à 4,10 et 4,18 m. Trois fenêtres non symétriques éclairent chaque bas-côté. L’ensemble de la nef et des bas-côtés s’apparente par son style aux constructions locales du milieu du XIIe siècle mais sa structure non homogène indique des reprises.

Cette nef se prolonge à l’orient par un transept avec une travée de clocher central. Le croisillon nord semble avoir été édifié en même temps que la nef. Il comprend une large niche d’autel en absidiole, visible également à l’extérieur, dans laquelle une porte a été percée à une époque indéterminée, puis rebouchée.

absidiole nord du transept. La photographie suivante montre cette forme à l’extérieur.

Il est fort probable que l’église du XIIe siècle s’ornait d’un transept et chevet ainsi équipés d’autels en absidioles comme fréquemment en Soissonnais. En revanche le clocher et le croisillon sud ont été élevés au XIIIe siècle, de même que le chœur qui se pare de deux travées voûtées, la seconde est en hémicycle à six fenêtres. Ici l’observation des détails de l’architecture et de l’ornementation montre bien la différence entre le style de la nef, massif et très sobre, qui fait référence au style roman de la dernière période, et celui du choeur avec décor présent et voûtes très différentes. Cela implique une autre étape dans la construction qui permet aux historiens de l’art de déterminer des ensembles qui n’ont pas été élevés en même temps, mais qui ont été différés ou repris ultérieurement. Ainsi le décor et les nervures de la clé de voûte du choeur autorisent son rattachement au style gothique, tel qu’on peut l’observer par exemple dans les églises de Braine ou de Lesges toutes proches et qui ont pu servir de modèle ou d’inspiration aux bâtisseurs de Cuiry.

Plan de l’église de Cuiry, repris et simplifié par Nicole et J.-Pierre Boureux à partir de celui dressé par Etienne Moreau-Nélaton au début du XX° siècle

Une fois les observations préliminaires effectuées il est tout à fait conseillé de dresser un plan d’ensemble dont l’intérêt est de se poser des questions à partir des observations et éventuellement d’isoler et caractériser les périodes de construction. Ainsi apparaît nettement à l’attention du promeneur attentif une anomalie de raccord de voûtes entre transept et choeur :

on voit manifestement ici que le raccord des voûtes a manqué de finitions, on ne connaît évidemment pas la raison de ces défauts.

et encore plus clairement le transept sud détruit.

transept sud ruiné, intérieur. Photographies suivantes = extérieur et décor

On est invité à se demander à ce moment de notre analyse quand a pu être construit ce bras de transept. Au vu du dessin des baies et du décor des chapiteaux le milieu du XIIIe siècle apparaît comme plausible. Plus difficile est la réponse à une autre question qui surgit : quand eut lieu sa destruction ? Mais…

Revenons à l’intérieur. Dans le choeur saute aux yeux un autre élément très décoré qui est une porte de chapelle venant se greffer sur ce choeur et ce transept détruit. Elle utilise le volume de ce bras de transept et a servi ensuite et jusqu’à ce jour de sacristie. De toute évidence son décor, très différent du reste du choeur indique à nouveau une autre période de construction. Le spécialiste y décèle d’emblée le style de la Renaissance, dans sa mémoire visuelle il a en effet enregistré une telle plastique et de tels décors. Lui vient à l’esprit par exemple et entre autres, les clôtures de chapelles de la cathédrale de Laon

clôture de chapelle ‘Renaissance’ à Cuiry-Housse

 

une clôture de chapelle dans la nef de la cathédrale de Laon. On lit sur le médaillon central dans l’axe de la porte la date de 1572 qui est presque lisible sur l’agrandissement dans l’angle inférieur gauche de notre photographie.

Ici le sens de l’observation et son entraînement fréquent permet ce rapprochement stylistique qui laisse à penser que notre chapelle de Saint-Martin de Cuiry devrait avoir été bâtie vers cette date, tant la ressemblance est frappante entre les deux, ce qui n’est d’ailleurs pas si fréquent à ce degré de similitude. Cette chapelle au décor ciselé et extrêmement délicat dans son exécution a donc été installée en ce dernier quart du XVIe siècle et il serait parfaitement illogique de croire qu’elle ait pu être placée dans un espace détruit. Donc la destruction du transept est postérieure à cette date.

Pour l’historien du Soissonnais et Laonnois des dates habituelles de destructions conséquentes et fréquentes sont celles de la Guerre de Cent Ans, puis celles des guerres de Religion, de la Fronde et de la Guerre de Trente ans avant celles massives de la Grande Guerre. Le raisonnement précédent suggère ici Guerres de religion et/ou Fronde et Guerre de Trente Ans c’est-à-dire la fin du XVIe et la première moitié du XVIIe siècle.

Observons encore attentivement : le décor de notre porte, s’il ne porte pas de date dans son état actuel de conservation, présente pourtant un élément des plus intéressants, des lettres sculptées dans la pierre : R et H.

Lettres = Rh et RH, le H étant partiellement inclus dans le R comme il est fréquent dans la fantaisie de représentation à cette époque

Décrypter la signification de ce message en lettres n’est plus du registre de l’observation et nous évoquerons dans une seconde partie ‘historique’ (la note de blog suivante) cette nouvelle énigme à résoudre.

Y a-t-il encore autre chose à voir, à découvrir, à questionner dans cet édifice rural à notre connaissance guère étudié ? Levons donc ou baissons à nouveau les yeux. Dans la nef s’accroche, comme perdue d’y être seule, une longue barre de bois, sculptée sur ces deux faces. Les spécialistes désignent par le terme de ‘poutre de gloire‘ un support entre nef et transept ou choeur, élevé à la vue des fidèles et destiné à recevoir le plus souvent, le Christ en croix entouré de Marie et de l’apôtre bien aimé, Jean. A Cuiry ne subsiste hélas que la poutre, préférable au rien pourtant. La facture des végétaux indique une fois de plus le style de la Renaissance :

poutre de gloire, vue depuis la nef vers le choeur : pampres

vue depuis le choeur vers la nef : peut-être des feuilles de chardons

et on peut voir de semblables poutres aujourd’hui en différent lieux et notamment en Champagne du sud (par exemple à Ambrières et Charmont-sous-Barbuise, selon les fluctuations de ma mémoire mouvante).

Mais élevons encore le regard sinon nos prières. Une croix en fer forgé attire l’oeil. Observons de plus près.

Au-dessus du socle de la croix est riveté un petit panneau ajouré. Les jours affichent :  » 1713″ comme vous le constatez sur l’assemblage ci-dessous mais que vous auriez pu découvrir par vous même :

des trous bien bavards !

Il est bien probable que cette poutre ait été surmontée au XVIIIe siècle d’un ensemble en fer forgé alors très à la mode.

Baissons les yeux. Ailleurs dans l’église un bénitier encastré, un piedouche reflètent toujours le goût de la Renaissance (serait-il toutefois un peu plus récent ?). Dans un angle une cuve baptismale semble appartenir à la fin du gothique, peut-être au XIVe siècle, sinon au XVe.

Remarquons au passage que cet angelot a un air de famille avec celui de la clôture de chapelle mais peut-être plutôt cousin que frère ?  :

L’oeil vif, la récolte est abondante. Est-ce tout ? Pas encore. Comme le ramasseur d’oeufs de Pâques que vous fûtes, cherchez encore !

C’est là. Encastrée dans une pile de la nef une plaque porte de curieux signes, des lettres du temps jadis à n’en pas douter. J’ai fait un calque, puis un dessin que voici :

qu’est-il écrit ?

Cy devant gist honorable / homme Hierosme Le Vasseur / laboureur demeurant à Cuiry qui décéda le XVIIIe mars de l’an mil Vc LVIII et honeste femme [….] […des] femme dudict Le Vasseur qui décéda le IIIIe jour de janvier / mil Vc […]. Priez Dieu pour leurs ames [.]

Texte établi par l’auteur de cette note dans une transcription qui ne tient pas compte des abréviations d’époque. La lecture est rendue particulièrement difficile par des remontées de sels minéraux en bordure de lettres qui forment un calcin.

Nous sommes dans la seconde moitié du XVIe siècle (1558 et ?). Incontestablement il y eut de la richesse à ce moment de l’histoire à Cuiry.

Ce sera tout pour ce jour. A vous de découvrir encore d’autres signes et de me le faire savoir, de me poser des questions issues de votre observation. Je vous mets sur la voie : ce ne sera pas utile d’entrer dans l’église -bien que ce serait vraiment dommage de ne pas le faire, ne serait-ce que pour vérifier le bienfondé de ce que j’ai énoncé plus haut. Alors….

La prochaine note de ce blog traitera d’un moment de l’histoire de Cuiry, à cause du sens à donner aux lettres  » R et H« . A bientôt donc ! N’oubliez pas, la capacité d’observation est une qualité première à développer et vous la mettrez bien évidemment en avant dans toute forme d’étude. Suivie de réflexion et éventuellement d’une notation par le dessin et la photographie (plus rapide mais de moindre efficacité de mémorisation) elle vous guidera loin dans ‘les études’ en général. A méditer et surtout mettre en pratique dès que l’occasion s’en présentera, en fait dès que vous le voudrez.

Pierrefonds, Caroline et ses Jules, Séverine et son Jules.

Curieux titre pour une bien étrange femme. Oubliée aujourd’hui ou seulement connue des spécialistes du mouvement social ou de l’émancipation des femmes, Caroline Rémy, née à Paris le 27 avril 1855 est parvenue par le hasard des rencontres et sa force de caractère à sortir de son milieu et à épouser diverses causes, sinon plusieurs hommes. Pierrefonds fait partie d’un temps de sa vie ; sa tombe et celle d’Adrien Guebhard apportent dans le cimetière du village une note art-déco de massive fantaisie et de force tout en invitant au questionnement.

« Séverine » = Caroline Rémy, gravure de l’album Mariani

L’album Mariani met en avant des personnalités de tous bords qui ont accepté de promouvoir l’élixir Mariani créé en 1863 par Angelo Mariani. Il contenait du vin de Bordeaux et des extraits de coca.

Fille d’un petit fonctionnaire à la Préfecture de police de Paris, née à Paris en 1855, mariée contrainte en1872 à Antoine-Henri Montrobert, homme violent qui la bat, elle s’en sépare vite bien que mère d’un petit Louis. Elle devient bientôt l’amante d’un jeune bourgeois professeur de médecine, licencié en mathématiques et en physique, Adrien Guebhard dont la famille, amie de son oncle Vuillaume, l’emploie. Elle a avec lui un fils, Roland, né à Bruxelles car la famille Guebhard rejette cette union non conforme à la normalité en cours. Lors de  son séjour wallon elle rencontre en 1879 ou début 1880 à Bruxelles celui qui va donner à sa vie une orientation politique marquée, Jules Vallès. Elle devient sa secrétaire, sa confidente et une collaboratrice de premier plan. Elle a 25 ans, lui 48 ans. Lorsque ce dernier relance en 1883 « le Cri du peuple » elle lui en procure le financement par Adrien Guebhard et en dirige avec lui les feuilles. A la mort de Vallès en 1885 elle prend la direction de ce célèbre quotidien socialiste. La même année, le divorce étant rétabli, elle épouse Adrien. En 1888 à la suite d’une opposition vive avec Jules Guesde, marxiste, elle doit quitter le journal et écrit alors quantité d’articles dans diverses revues à caractère politico-sociales. Dans ce contexte elle tombe amoureuse du journaliste Georges de Labruyère, vit avec lui jusque sa mort en 1920, année au cours de laquelle elle reprend vie commune avec Adrien Guebhard jusque la mort de ce dernier en 1924. Elle a des choix d’amitiés qui aujourd’hui surprennent, comme par exemple lorsqu’elle soutient un moment le général Boulanger ou même, rarement, des idées antisémites alors qu’elle est dreyfusarde. Féministe remarquée elle combat également pour la défense des petits et des faibles contre les puissants, en politique ou par la richesse. Ainsi se bat-elle en 1927 pour Sacco et Vanzetti et prend-elle la cause du pacifisme après la loi sur ‘l’organisation générale de la Nation sur le temps de guerre’, rejoignant alors de célèbres personnalités militantes de ce mouvement dont Alain et Jules Romains notamment.

Si vous doutez encore de la force de ce tempérament hors du commun lisez ces lignes qu’elle adresse, parmi quantité d’autres, à JulesVallès, celles-ci du 17 juillet 1883 :

« …Etoilé d’idées pour vous, étoilé de horions pour les autres ! Vivant en somnambule, vous parlez en somnambule, par interjections, par tiers de mot, par quart de syllabe. Vous croyez être très clair et vos phrase s’achèvent en dedans : vous pensez vos paroles, et elles ne sortent pas. Il en résulte pour ceux qui vous entourent une existence de clowns. … …Seulement je voudrais que vous vous rendiez compte de l’inconséquence, de la brièveté, du décousu et souvent même de l’illogisme des instructions ou des ordres que vous jetez à vos féales. » extrait de : Jules Vallès-Séverine, Correspondance, préface et notes de Lucien Scheler, EFR, 1972, p. 98-99

Et Pierrefonds dans tout cela ?

Figurent à l’état-civil de Pierrefonds des Rémy dont je n’aie pu vérifier l’éventuel lien de parenté avec notre Caroline ‘Séverine’. Toujours est-il qu’en 1896 elle quitte Paris pour s’installer dans cette paisible bourgade alors dans l’effervescence des bains et d’une certaine mode du thermalisme lancée en partie par l’impératrice et Napoléon III une trentaine d’années auparavant. Elle y loue des maisons puis en achète une, en face de la gare, qu’elle nomme « les trois marches ». Elle l’agrandit en réhaussant les ailes basses latérales, y reçoit ses nombreux amis et apprécie la compagnie de nombreux chiens.

villa 'Séverine' à Pierrefonds

La ‘villa Séverine’ en 2013 à Pierrefonds, face à la gare.

Outre cette villa, propriété privée qui ne se visite pas, demeurent encore à Pierrefonds dans le cimetière communal, la tombe d’Adrien Guebhard et, face à elle, légèrement décalée, celle de Séverine. La photographie suivante montre ces deux tombes, celle de Séverine étant contre le mur d’enceinte au nord-est du cimetière.

les deux tombes Guebhard, celle d’Adrien gris bleuté, celle de Séverine, ocre rosé

Sur la tombe de son mari Séverine a fait graver : « Il a vécu comme un sage et il est mort comme un juste »

monument funéraire de Caroline Rémy, dite Séverine, à Pierrefonds

J’ai toujours Lutté pour la Paix la Justice et la Fraternité

A côté de la tombe de son mari, à gauche vers l’ouest gît également Rosa Vignier, 1884-1932, dame de compagnie, fidèle compagne sans doute des époux Guebhard

« Rosa Vignier, 1884-1932, elle consacra sa vie à Séverine qui l’affectionnait et qui mourut dans ses bras »

Il me plaît de temps à autre de rechercher des lambeaux d’histoires humaines, des traces de l’Histoire, des fragments d’Art. Un jour peut-être mettrai-je ici ou là, aux pieds des tombes, des « Query codes » qui permettront aux promeneurs de s’informer sur tel ou tel parcours original, humaniste ou simplement attrayant ? Un jour peut-être car alors il y aura tant à écrire sur la toile que j’y laisserais ma vie. Mais d’ici là les Query codes ne seront sans doute plus de mode….

 

Pierrefonds,Vailly-sur-Aisne…, des bourgs d’archerie.

Parmi bien des bourgs et villages du Valois, Vermandois et du Soissonnais Pierrefonds et Vailly-sur-Aisne honorent la tradition de l’archerie. De longue date incorporée aux coutumes ancestrales l’archerie a correspondu dans un premier temps à la nécessité pour le pouvoir de s’assurer le contrôle du territoire par l’intermédiaire de groupes armés sous contrôle. Il semble que dès 825, en lien avec le culte de saint Sébastien dont les reliques avaient été apportées à Saint-Médard de Soissons, cette abbaye et son abbé eurent le privilège d’être nommés’ grand maître des archers du royaume‘. Sans aller aussi loin dans le temps il n’est pas sans intérêt de noter la présence de miliciens de Vailly à Bouvines (dimanche 27 juillet 1214) par exemple, ou encore l’intérêt de l’archerie dans les armées anglaises et françaises durant la guerre de Cent-Ans. A Vailly une confrérie des archers existait au moins depuis 1666, elle avait offert à cette date un tableau représentant saint Sébastien pour la chapelle de ce saint.

Les archers s’entraînent au tir dans des ‘Jeux d’Arc‘, entre deux buttes avec cibles. D’où la présence de nombreux ‘Jeux d’Arc dans nos villages. Ils pratiquent également le ‘tir à l’oiseau‘ qui consiste à abattre une figurine d’oiseau fixée sur une haute perche. Celui qui l’abat est nommé ‘roi‘ ou même ‘empereur‘ s’il renouvelle son exploit trois fois de suite.

Une autre tradition est celle des ‘Bouquets provinciaux‘ qui sont des fêtes populaires très suivies au cours desquelles une compagnie en reçoit une autre de la même ‘Ronde‘ et offre un bouquet lors d’une parade organisée selon des règles très précises. Nos églises conservent souvent dans des chapelles ‘Saint-Sébastien’ ces vases et bouquets ainsi que les ‘fleurs cantonales‘, autres fêtes traditionnelles propres à l’archerie.

Des archers de Vailly s’entraînent au tir à l’arc au début du XXe siècle. Une statue de plâtre de Saint-Sébastien garnit le fond de l’allée. Elle a été enlevée pour la préserver, fausse solution aux problèmes sociétaux contemporains.

Les ‘promenades du Jeu d’arc’ ainsi que ‘les promenades’ constituent à Vailly un parcours piétonnier arboré qui occupe la place des anciens fossés de défense rebouchés. Ailleurs ils peuvent être nommés ‘mails’ ou ‘boulevards’ = ‘Bollen ward’ lieu de dépôt des boulets de canon sur la partie plate du talus de fossoyage.

A l’occasion des ‘fêtes Jeanne d’Arc’ issues de la canonisation de notre héroïne nationale au parcours très étrange les reconstitutions historiques, cavalcades et autres parades ont souvent présenté des archers sur le modèle supposé des temps médiévaux. La photographie ci-dessous tirée à partir d’une plaque négative sur verre montre l’une de ces fêtes à Vailly le dimanche premier août 1909 qui avait alors attiré une foule considérable.

fêtes Jeanne d'Arc en 1909 à Vailly-sur-Aisne

arc, flèches, housse et carquois

Arc d’acier, flèches, housse et carquois. Années Vingt, provenance Pierrefonds.

Oiseau de bois utilisé pour le ‘tir à l’oiseau’. Le ruban est posé après le tir.

Le lieu le plus approprié pour compléter vos connaissances sur les traditions de l’archerie est le ‘Musée de l’Archerie et du Valois‘ implanté à Crépy-en-Valois. Cette année il présente tout spécialement des pièces anciennes de ses collections et d’autres obtenues par prêt auprès de Compagnies locales. (30 mars -28 juillet 2013)

http://www.musee-archerie-valois.fr/

Il s’associe également cette année au ‘Musée Antoine Vivenel‘ de Compiègne qui lui aussi présente une exposition sur le thème de l’archerie. Compiègne vient en effet d’accueillir un ‘Bouquet provincial’ le 12 mai dernier, après ceux de 1905, 1923, 1951 et 1989. On constate que la fréquence de retour de ces ‘Bouquets’ est d’environ 20 à 30 ans.

http://www.musee-vivenel.fr

petit vase commémoratif de pacotille fabriqué pour le Bouquet provincial de 1933

Le Bouquet provincial du 28 mai 1933 à Pierrefonds a fait l’objet d’un rapport intéressant dans la revue de qualité ‘L’Illustration’, dont cette première de couverture tout à fait significative.

grand vase céramique conservé dans la chapelle Saint-Sébastien de l’église N.-D. de Vailly-sur-Aisne, fabriqué à l’occasion du Bouquet provincial du 2 juin 1935. Socle malheureusement brisé et recollé.

Enfants, à vos arcs ! parents ‘au berceau’ *! maintenons nos traditions.

* berceau : désigne ici le chemin couvert en forme de voûte conduisant au jeu d’arc ou au tir à l’oiseau. Orthographié « Bersaut » à Vailly-sur-Aisne

jeunes filles de Pierrefonds le 19 juin 1932 ; Renée Dennel porte le bouquet, à gauche.

19 juin 1932, Pierrefonds. Renée Dennel, en avant-plan

 

Pierrefonds d’or et de cuivre, de la dote à l’anecdote.

Qui ne connaît sa silhouette ‘troubadour’ encore debout grâce à Napoléon III et Viollet-le-Duc se détachant du plateau valoisien, son antique forêt parcourue des rois et des chasses sonnantes, ses étangs paisibles et la bourgade des Pétrifontains aux villas composites et aux maisons de pierre égayées de sauts de moineaux ?

ruines du château de Pierrefonds vers 1830

lithographie des ruines du château par Bernard et Frey dans : Notice historique sur Compiègne et Pierrefonds, Baillet, Compiègne, 1836, 84 p.

L’oubli s’est installé des riches heures des princes, des éclats d’eau dans les thermes promus à nouveau par le goût des eaux développé sous le Second Empire. Désormais il faut rechercher l’or d’antan dans des recoins discrets, les cuivres naguère polis dans des remises abandonnées.

Ainsi serez-vous sensibles aux charmes surannés des vierges peintes sur les magnifiques panneaux des trois ‘primitifs‘ conservés bien à l’abri dans l’église Saint-Sulpice, dans leur dorure éclatante, leur écrin sculpté dont l’or avive les arêtes derrière les ferrures et vitres blindées qui les protègent. Nul doute que l’école siennoise (?) survit ici, probablement à la suite d’une commande des Orléans, Louis, époux de Valentine Galeas Visconti qui dans sa dote… (?), pense et échafaude d’emblée l’historien *. Où entrent-ils dans la mouvance artistique de la papauté d’Avignon ? Mal documentés ils restent pour l’instant presque muets quant à leur origine et parcours mais bavards d’intentions sensibles aux yeux des touristes avertis qui entrent dans cette église où globalement le Moyen-Age laisse place à la Renaissance, le roman au gothique flamboyant.

La vierge à l’enfant tenant un oiseau a ici une parenté certaine d’inspiration et d’exécution avec un diptyque de la Pinacothèque nationale de Sienne attribué à Naddo Ceccarelli, peintre qui travaille en Avignon à la suite de Simone Martini, donc aux alentours du milieu du XIVe siècle.

Nullement spécialiste d’histoire de l’art je n’écris ceci qu’après avoir comparé ce tableau avec un nombre fort limité de reproductions d’oeuvres de cette époque. Le saint en bas à gauche pourrait être saint Jérôme, souvent présent sur les peintures contemporaines siennoises. A son pied rampe le lion auquel il a retiré l’épine qui lui meurtrissasit la patte. A droite, avec l’épée pointée au sol il pourrait s’agir de saint (?). M. Andrea de Marchi, professeur d’histoire de l’art à l’université d’Udine et donc spécialiste reconnu, évoque saint Julien pour ce porteur d’épée et attribue le tableau au « maestro del 1416 » oeuvrant à Sienne au XIVe siècle.  (source : base Palissy, qui renvoie à INHA RETIF 2011).

sur ce panneau la posture de l’enfant et le visage de Marie renvoient vers le peintre Paolo Di Giovanni Fei (Sienne, v. 1344 -1411) dont un diptyque de Sienne conservé au même lieu présente une attitude des personnages très proche. Il est attribué à la fin du XIVe siècle.

La prédelle montre neuf personnages, sans doute des apôtres, je n’ai pu la photographier. La même source que ci-dessus fait référence à l’artiste Giovanni di Francesco, de l’école florentine, v. 1370-1430. Elle porte l’inscription : « in gremio Matris residet sapientia Patris », soit : ‘dans le giron de la Mère siège la sagesse du Père’.

la position de l’enfant et les longues mains de la Vierge peuvent ici évoquer le style de Francesco di Vannuccio, toujours dans la mouvance de S. Martini et le milieu du XIVe siècle.

Plus ‘gothique international’ que les deux autres cette peinture me semble présenter moins de proximité apparente avec Sienne, mais la Toscane ne paraît pas faire de doute. M. de Marchi l’attribue volontiers au ‘maestro dell’ altare di san Niccolo’, école florentine du milieu du XIVe siècle.

La qualité très médiocre de mes clichés dénature quelque peu celle des panneaux peints et je vous demande pardon pour cette faute de goût. Je comprends par ailleurs la nécessité d’une protection forte qui n’empêche ni la vision directe par le visiteur ni ses prières que peuvent susciter la délicatesse des traits et des teintes, en souvenir d’une imagerie paradisiaque médiévale réanimée derrière l’objectif. De meilleurs clichés seraient nécessaires pour tenter d’aller plus avant dans l’étude stylistique. Toujours est-il que je vous recommande de visiter cette église et ses panneaux peints lors d’un passage à Pierrefonds : ils ont de plus le mérite d’être quasiment contemporains de la construction du nouveau château voulu par Louis d’Orléans et donnent ainsi à voir ce que les princes aimaient alors posséder derrière leurs murs de plus en plus résidentiels et ouverts au monde. S’ils n’ont été commandités par lui, du moins sont-ils à leur place ici.

Voilà pour l’or. Quant au cuivre il m’est tout personnel, n’a plus d’éclat mais reprend vie dans l’évocation de souvenirs mémorisés depuis le grenier de la maison de la rue ‘des chiens rouges‘, aujourd’hui de l’impératrice Eugénie, qui fut nôtre et donc mienne en partie jusqu’au dernier quart du siècle précédent. De quoi s’agit-il ? Pour continuer sur les pas des grands du monde,  » et bien je vais vous le dire » : d’une casserole, rien moins que cela. L’un de ces récipients à cuire, de cuivre épais (2,30 mm) qui fut étamé, d’un diamètre de 19 cm, d’un poids de 1,310 kg et que l’on agrippait par un manche de fer long de 24 cm solidement riveté de cuivre au récipient. Rien que du banal dans sa robustesse.

Qu’ai-je à traîner des gamelles, des casseroles de cette sorte ? J’entraîne en fait avec elle des propos rapportés par ma grand-mère, Sophie Dennel-Fayard, dite Mariette, qui habita ladite maison des ‘Chiens rouges’, semble-t-il construite par des ancêtres qui oeuvraient à la restauration du château devenu impérial ; les Fayard exploitaient un équarrissage et géraient différents petits commerces familiaux dans une autre maison un peu plus récente dénommée ‘la carrière‘, à l’écart du bourg, en partie sur le finage de la commune voisine de Saint-Etienne-Roilaye. Et cette casserole est en fait un don de l’impératrice Eugénie à des personnes qui la servaient lors de ses très rares séjours à Pierrefonds et Compiègne. Ma grand-mère se souvenait également, pour l’avoir entendu de ses parents, que la Cour impériale était venue au moins une fois à Pierrefonds depuis Compiègne en un cortège de traîneaux attelés lors d’un épisode froid et neigeux. Les mystères du fonctionnement cérébral font que j’ai parfaitement mémorisé ces faits, les ayant enregistrés avec des images mouvantes et imprécises mais comme issues d’une réalité presque vécue. Etrange ustensile, pensées lointaines d’un Second Empire ayant brutalement sombré dans les terres ardennaises. Les caricaturistes de l’époque ne se sont pas privés de jouer avec la défaite de Sedan. Voyez plutôt.

Ainsi, toujours dans le cuivre, trouve-t-on des monnaies surchargées ou regravées ou bien encore des jetons et médailles frappées pour la cause, suivant l’imitation des pièces de 5 et 10 centimes de l’Empire français de Napoléon III. Avant la guerre de 1914 ces pièces de monnaie impériales étaient toujours utilisées à Pierrefonds (selon la même source orale), et l’on parlait alors de ‘20 sous‘ ou ‘100 sous‘, suivant une expression commune que j’entendais encore à la fin des années Cinquante pour désigner des pièces d’aluminium de 5 et 10 francs, dernière trace de la manière de compter ancienne : 12 deniers = 1 sou ; 20 sous = 1 livre.

L’empereur est affublé d’un collier de chien inscrit « Sedan » et porte un casque à pointe. La légende est : « Napoléon III le misérable » et « 80000 prisonniers« .

« 

Ici l’aigle impérial est remplacé par une chouette effraie et la légende porte : « Vampire français » et 2 déc(embre) 1851 – 2 sept(embre) 1870.

Pour en savoir plus sur les travaux de l’Ecole de Sienne en lien avec Avignon et Simone Martini le lecteur pourra se reporter au catalogue : « l’Héritage artistique de Simone Martini, Avignon-Sienne« , éditions Petit Palais diffusion, 2009, 111 p.

* toutefois le parcours de ces panneaux n’étant pas assuré, peut-être n’ont-ils pas de rapport direct avec le château et ses seigneurs. Selon une source que je n’aie pu vérifier ils pourraient être le don d’une famille de Palesne, hameau de Pierrefonds. Faute de preuves…

Quant aux jetons et médailles de caricature d’époque Napoléon III on trouve de nombreux exemplaires chez les numismates professionnels.

Reims et la gastro.

neige du 13 mars 2013 à ReimsViolente en février, une grippe avec symptômes de gastro-entérite a frappé la Champagne et ses villes. On la pensait éradiquée. Las, elle accourt de nouveau mais par un phénomène de transmission mal détectée elle semble véhiculée surtout par des animaux. Les plus monstrueux d’entre eux semblent les plus affectés. En raison des intempéries des 12 et 13.03.2013 aucun vétérinaire n’était disponible. Devant l’urgence nous avons consulté plusieurs intervenants non assermentés.

Dans sa paisible retraite Le Vergeur dort et à proximité, sur l’antique Forum, un félin s’apprête à bondir. Nous les laissons à leurs méditations.

Hôtel Le Vergeur à Reims sous la neige

Escomptant autre conseil  nous nous transférons vers le sud, tout près, Place Royale. Là, emmitouflé sous sa houppelande de laine blanche et assis sur son ballot de même nature, le Marchand pense sans mot dire ni maudire.

Le Marchand Place Royale à Reims sous la statue de Louis XVAlors nous continuons l’enquête et questionnons quelques elfes, trolls et autres créatures sylvestres réfugiés en ville à cause desdites intempéries, que nous croisons au hasard de notre promenade, prolongée maintenant vers la cathédrale Notre-Dame.

Même Jeanne, notre bonne Jeanne de Paul Dubois, qui caracole, prétend ne rien entendre en l’affaire et passe son chemin, vers sa haute mission, vers le sacre.

Aurons-nous plus de satisfaction avec les doctes conseils des milliers d’ouvrages abrités dans les rayonnages de notre « Médiathèque Jean Falala » ?

Ou bien devrons-nous nous contenter de l’implacable et dure LOI proclamée sans cesse en face de nous ? Nous ne savons. Les pigeons savent mais demeurent muets, de toute manière nous ne pouvons faire confiance à ces volatiles encombrants (155 ce jour en ce lieu) plus enclins à roucouler et chier sur nos pierres qu’à orner nos réflexions.

Quant au Palais du Tau, célébrité rémoise, contaminé, sans doute vacciné, il ne souffre que d’une pelade légère et des baumes appropriés sans effets secondaires sauront en venir à bout dans les plus brefs délais, surtout si le soleil aide la médecine :

toiture du Tau à ReimsBien que sans réponses nous décidons d’ausculter enfin nos animaux, hors du secours de quiconque, si ce n’est celui des anges de l’immense cortège et host qui garde Notre-Dame : et bien, oui, ils sont terriblement malades nos animaux, affreusement touchés et monstrueusement dégueulants et vomissants. Nous ne sommes pas venus pour rien.

Le constat, pour préoccupant qu’il soit, n’est pourtant pas catastrophique. Il s’agit bien d’une épizootie, même d’une gargouillozotie ou gargantuazootie mais elle ne devient pas, apparemment du moins, une anthropo-épizootie, c’est-à-dire qu’elle ne contamine pas (encore ?) l’homme. Par précaution je m’éloigne cependant des gouttes qui tombent des naseaux secs (signe que la maladie est bien là) et m’ébroue. Il semblerait qu’un remède puisse venir à bout de ce mal rapidement. La Ville fait ce qu’elle peut, ne serait-ce qu’en permettant aux services sanitaires ainsi qu’à toute personne bienveillante de se transporter en sécurité autour et alentour de ce zoo contaminé mais soucieux de continuer son séjour au milieu des hommes. Afin que nul n’en ignore !

« Le poete, dit Platon, assis sur le trepied des muses, verse de furie tout ce qui lui vient en la bouche, comme la gargouille d’une fontaine« …
Montaigne, Essais, IV.

Penser à Hitler avec les pensées de Nabokov

Lisant Vladimir Nabokov, Autres rivages, souvenirs, nrf, Gallimard, Paris, 1961 (traduction = Yvonne Davet)

J’arrive dans les parcours à travers quelques jardins botaniques de villes européennes, juste avant l’exil en 1939. L’auteur relate alors ses souvenirs de jeune père lorsqu’avec sa femme ils promenaient leur jeune garçonnet :

« … Notre enfant devait avoir un peu moins de trois ans, ce jour de vent à Berlin (où naturellement il n’était possible à personne d’échapper à la familiarité avec le portrait omniprésent du Führer), ce jour de vent où, debout tous deux, mon fils et moi, devant une plate-bande de pâles pensées, dont les visages tous levés en l’air présentaient une tache noire en forme de moustache, nous avons bien ri, l’idée assez saugrenue m’étant venue de souligner leur ressemblance avec une foule de petits Hitler en train de se démener. »…

moustache d'Hitler dans la pensée de Nabokovtirées du catalogue de la Maison Fabre (graines, le grand jardin)Fabre, Metz, 2013, quelques variétés de Viola x…. dont l’une d’entre elles, hybridée sans doute des milliers de fois, a formé une image et suggéré un rapprochement dans le cerveau de Nabokov. On a ri nous aussi et vous probablement de même.

Ips ! ou voeux 2013 typographiés.

Dans le sous-bois vert de mousse, gluant de boues, luisant de gouttes la souche rougeâtre attire l’oeil. Gratter l’écorce pour faire apparaître l’essentiel semble être le message du jour : j’exfolie. Belle idée. L’ips typographe (Ips typographus L.), ou bostryche typographe ou encore grand scolyte de l’épicéa a encore crayonné entre écorce et aubier durci :

ips typographegaleries à trois branches de l'ipsNotre ips donc gribouille avec frénésie, comme l’enfant sur le papier, le mur, sur tout. Savoir à quoi il ressemble vous sera de peu d’usage ce jour mais allez voir par exemple ici pour satisfaire votre légitime curiosité :

http://www.srpv-midi-pyrenees.com/_publique/sante_vgtx/organismes_nuisibles_et_lutte_obligatoire/fiches/ips_typographus.htm

Sur ce l’idée m’est venue d’utiliser ce thème quasi abstrait et modérément ordonné pour vous offrir un message écrit et virtuel. Un peu de bidouillage pour exagérer les tracés, une pointe de crayon numérique afin de rendre le message compréhensible et la carte est remplie.

Bonne et heureuse année 2013 à toutes les lectrices et tous les lecteurs de ce blog, fidèles ou de passage et que 2013 vous permette de vous réjouir du spectacle infini de la nature, même si parfois il faut gratter un peu pour lire son message revigorant !

carte de voeux 2013 par Jean-Pierre Boureux

Et pour conclure typographiquement et en l’espoir d’une année 2013 forte de culture vivante je vous propose ce souvenir d’adolescence de Vladimir Nabokov : [ce souvenir est de Pâques 1915]

« …Les yeux me cuisant encore d’avoir été éblouis par la neige, je ne cessais d’essayer de déchiffrer, sur le mur proche, un portrait dit « typographique » de Tolstoï. Comme la queue de la souris sur une certaine page d’Alice au pays des merveilles, il était entièrement composé de caractère d’imprimerie. On avait employé une nouvelle entière de Tolstoï (Maitre et serviteur) pour faire le visage barbu de son auteur, qui, soit dit en passant, avait quelque ressemblance avec notre hôte. »

Vladimir Nabokov, Autres rivages, nrf, Gallimard, Paris, 1961, p.159

Néchin et son seigneur

Néchin fait parler de lui ces jours derniers, jaser même, chant d’un jaseur quasiment boréal forcément une fois passés la Loire, la Seine et même l’Escaut. Chansons de gestes et de films qui font leur cinéma. Assez dit là-dessus et entendu, le citoyen dont il est question devait s’attendre à autant de bruit autour de sa personne en prenant la décision de migrer là.

Oh bien peu étrangère cette terre, contre la limite d’anciennes et toujours présentes circonscriptions politiques et administratives. Par curiosité naturelle d’historien archéologue j’ai voulu voir sans me déplacer de quoi il est question dans toutes ces colonnes de presse, tous ces écrans. Ma surprise fut grande de découvrir que Néchin Estaimpuis, province actuelle du Hainaut, royaume de Belgique eut son seigneur constructeur. Parfaitement, et je n’avais donc plus à chercher d’autres illustres propriétaires. Assez riche pour laisser des traces au sol  pendant huit siècles environ, ce qui ne sera peut-être pas le cas des nouveaux et également riches propriétaires de la contrée. Sa construction se voit comme le nez au milieu de la figure de son propriétaire. Voyez vous-même !

château en ruine d'Arnould IV d'Audenarde

château en ruines d’Arnould IV d’Audenarde, grand bailli de Flandre

Vous constatez qu’il s’agit d’une muraille en forme de polygone à onze côtés d’environ 12 à 14 m. avec porte-châtelet à deux tours et comprenant encore des vestiges de tours très saillantes. L’ensemble est situé à 1100 m. au nord-nord-est de l’église du village et semble indiquer la présence d’un espace seigneurial comprenant ces murs et un donjon excentré quadrangulaire d’environ 9 x 7 m de côté. Le maître des lieux, vassal du roi de France fut riche et au courant de l’art de bâtir puisque ce type de vestiges s’inscrit dans la typologie bien connu par les historiens médiévistes du château de type ‘Philippe-Auguste’. Toutefois il semble qu’ici le donjon soit plus ancien que la muraille l’enserrant, peut-être serait-il des XI ou XII e siècle et non du XIII e siècle comme les autres vestiges, à vérifier par fouilles. Le lieu est nommé « château de la Royère » en référence avec la notion de limite et séparation. Ces vestiges ne manquent pas d’intérêt car l’ensemble bien que détruit n’a pas ou peu évolué après sa destruction, ce qui est assez rare.

Son propriétaire actuel est connu et la presse belge en a parlé l’an passé surtout en mettant en avant sa passion de l’histoire et son souhait de réédifier en tout ou partie ce château dont sa famille est propriétaire depuis de nombreuses années en tant qu’agriculteurs. Il se dit vouloir agir seul en vulgarisant au mieux l’esprit et la culture médiévale mais évidemment ne serait pas opposé à un mécénat qui lui permettrait d’avancer plus vite sa reconstruction. A bon entendeur ! Il sait où frapper mais sera-t-il entendu ? Un éventuel donateur devra se faire discret en tout cas s’il ne veut pas paraître nouveau seigneur des lieux. Nul n’est prophète en son pays, c’est bien connu. Comment pouvaient bien faire ces grands du monde naguère pour bâtir ainsi ? Mais ils levaient l’impôt, eux, pardi, au lieu de le fuire !