Archives pour la catégorie Lieux

Evry et Mennecy en lumières

L’automne est là et ses lumières. Celles que nous sommes venus chercher depuis Reims, et allumées par et pour vous tous présents ce jour du vendredi 12 octobre 2012.

Les aléas jamais prévisibles de l’autoroute nous ont conduits d’abord à Evry dans les pas de saint Corbinien, sur les parois rouge brique de la cathédrale élevée dans les dernières années du XXe siècle sous la houlette de Mgr Herbulot et la truelle de l’architecte Mario Botta. De l’esplanade où crépitent les jeux d’eau le ciel tantôt ouvrait, tantôt fermait sa voûte de lumières par le jeu subtil des nuages à la course ondulante et aux eaux galopantes. Derrière et au-dessus du cylindre tronqué la lumière est tellement énorme qu’elle brise les colonnes d’eau des jets en mille gouttes azur et argent.

jeux d'eaux et de lumières sur Saint-Corbinien d'Evry

jeux d'eaux, jeux de lumières : artifice ou nature indomptée ?

Dedans, en sa coque briquée, surgit le choeur, serti dans un écrin qu’un fermoir de verre et d’acier transfigure dans une étrange lumière moirée que l’élan des prières vacillantes mais soutenues par les lignes de force de l’alignement des clairs bancs de bois et des structures de briques auréole. Il règne dans une majesté contemporaine comme insensible au temps.

choeur de Saint-Corbinien d'Evry

lignes guidées, lumières capturées, miroirs des âmes

Et tout à coup, échappé des sauvages contrées d’antan, l’ours qui porte :

Cet ours est celui qui fut transformé par Corbinien de dévoreur en porteur, l’un de ces miracles appréciés de nos ancêtres. Corbinien né dans les parages de Saint-Germain-les-Arpajon en 680 se rendit à Rome où il fut nommé évêque de Freising, cité qu’il évangélisa et en fit le siège de la cathédrale de Bavière. L’animal est donc célèbre dans le diocèse de Münich-Freising et figure dans les armoiries du pape Benoît XVI. Celui qui marche sur cette tapisserie est l’oeuvre de Soeur Marie-Dominique de l’abbaye de Limon. Quant au saint il mourut en 730 au monastère de WeihenStephan et ses reliques reposent dans la cathédrale de Freising.

Nous ne sommes pas seulement venus ce 12 octobre 2102 pour Corbinien, du reste ignoré de nous jusque-là dans ce contexte d’Evry, mais pour Elin et Frédéric qui nous invitent à partager leur bonheur de mariés du jour. Ce sont les lumières du soir à Mennecy qui ont recueilli familles et amis en bordure de Seine.

Ces lumières sont l’alibi du photographe paresseux qui n’a voulu retenir qu’elles dans cette courte sélection fort subjective et volontairement anonymée, si ce n’est l’évocation de Corbinien.

Pour en savoir plus sur Evry et sa cathédrale de la Résurrection dédiée à saint Corbinien :                                      http://cathedrale-evry.cef.fr/ 

Renard de garde et chiens de chasse.

Laissons défiler la meute d’une quarantaine de chiens que l’on imagine donnant de la voix aux quatre vents. Pourtant certains sont assis, pourtant d’autres encore demeurent silencieux dans le ciel d’été. Agité paraît le sanglier, paisible le cerf. Bien curieuse meute en effet, originale et élégante, à jamais figée dans la pierre du Valois, à deux lieues au nord-est de Senlis. Les deux « « organisent ce courre inspiré de l’art toscan de la fin du XVIe siècle. Le seigneur du lieu, Nicolas de Lancy, avait épousé en 1594 Lucrèce de Lanchise, fille du banquier Bartolomeo Lancrisi, représentant à Paris du florentin Francesio degli Albizzi. Nicolas de Lancy est alors assez riche pour avoir édifié cette architecture, surtout depuis 1611 lorsqu’il obtînt la charge de ‘trésorier de l’ordinaire des guerres’.

Les photographies ci-dessous donnent idée de la sculpture et de l’architecture dans leurs découpes au cutter présentées en silhouettes.

aspect du château de Raraysanglier du château de Raraycerf et chien du château de Raraygalerie au cerf du château de RarayAinsi vont et viennent les chiens et les chasseurs depuis des siècles. Les uns privilégient à outrance le gibier noble et comestible au détriment de la faune locale, les autres, plus ou moins bien dressés accompagnent l’action de chasser, lui apportent aide, lui donnent couleurs.

Par tempérament et culture j’ai une préférence marquée pour ladite faune locale. En ces nuits chaudes d’août, depuis une quinzaine de jours un renard monte la garde sur notre terrasse, devant la porte fenêtre de la cuisine ; il guette en espoir de lapereau, plus sûrement de mulots, de vers et insectes. De grands lombrics il raffole, de même de hannetons de la Saint-Jean déjà disparus à cette date et qu’il sait capturer au sortir de la mue, à ras du gazon. A la brune je le vois muloter dans les chaumes, gracile dans ses sauts bondissants. Je sais hélas qu’il sera dans les jours qui viennent l’objet d’un coup de fusil et voudrais que ce jour soit lendemains ou même ne soit point. Lorsqu’on a eu le privilège et la chance de vivre quelques années en compagnie de cet animal singulier, de lui parler en son langage, autrement dit de s’être apprivoisés l’un et l’autre, il ne semble guère possible de penser à lui autrement que dans l’esprit d’Antoine de Saint-Exupéry dans « le Petit Prince » :

– Ah ! dit le renard… je pleurerai                                                                                                               – C’est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise….  – Bien sûr, dit le renard. -Alors tu n’y gagnes rien.                                                    – J’y gagne dit le renard, à cause de la couleur du blé.   ….       

Dans ces nuits d’été quand des couches d’air tiède sont prises en sandwich dans des courants frais et glissent lentement le long des poils des jambes que le short a provisoirement libéré j’ai des renards plein la tête et des fouines, des blaireaux et des martres quand d’autres semblent se contenter de lièvres, de garennes et de faisans. Difficile ou même impossible de se séparer des éblouissements de l’enfance qui dérangent la vision de l’après. Tant mieux !

Donc ‘Renart‘ guette, sur la terrasse et dans ma tête comme le loup dans celle de l’enfant qui dans son cauchemar sait que la bête est et non sous le lit. Ceux qui me connaissent bien appréhendent à peu près la réalité de cette proximité entretenue au cours des ans entre la nature sauvage -du moins ce qu’il en reste c’est-à-dire un peu moins chaque année, et mon être pensant ou ressentant. Mais vous, lectrices et lecteurs, allez-vous me croire sur parole ou préférez-vous une preuve au moins partielle de ce que j’avance ? La voici pour votre contentement plus que votre certitude :

renard de garde assis sur une terrasse de jardin

et par ce lien, en vidéo =renard de garde sur la terrasse

Vous savez maintenant pourquoi la chasse au renard je l’apprécie fort peu voire uniquement quand elle est tatouée sur la peau comme le fut la scène de chasse au renard sur le corps du marin décrite par Pierre Loti dans son roman, ‘mon frère Yves‘. Et encore ! On n’y voyait que la moitié du renard qui était en partie entré dans son terrier.

Troyes dévoile un prodigieux paysage de création artistique contemporaine au MAMT

Cet été et l’automne prochain des oeuvres modelées, des oeuvres soufflées issues de la création artistique contemporaine sont accessibles au Musée d’Art Moderne de Troyes, qui fête ses trente années, et accompagnent les peintures accrochées aux cimaises pour la plus grande satisfaction des visiteurs. Deux donations, celle de Jeanne Buttner en mémoire de son mari Raymond (1923-2005) « collectionneur parce que peintre » (expression très juste de M. Bernard Rossignon), celle d’Isabelle Monod, donnent à voir d’excellents exemples de peinture souvent dans la mouvance de ‘COBRA‘ auxquels répondent les éclat captifs des verreries merveilleuses de Claude (1944-1990) et Isabelle Monod. Admirer ici la plus grande part de la collection R. Buttner est pour moi une émotion toute spéciale puisque l’amitié qui avait tissé entre nous des liens profonds m’offrait depuis des années l’immense satisfaction d’échanger autour de ces toiles dans la maison ‘forestière’ et atelier de la Montagne de Reims. Elles étaient alors support de débats et renvois quand Raymond m’initiait aux subtilités de la peinture, une peinture qu’il pratiquait avec passion et succès et dont il parlait avec entrain dans une langue forte et imagée.

affiche donation ButtnerL’objet de cette note n’est pas de dévoiler ces toiles achetées le plus souvent à Paris ou Antibes dans la seconde moitié du XXe siècle mais comme de coutume sur ce blog de donner à voir pour vous inciter à découvrir par vous même. Dans la même optique nous proposons seulement un coup d’oeil fugace sur les chatoiements de lumière, prisonniers splendides, qui s’échappent de la mystérieuse enveloppe de verre poli fondue par Isabelle Monod et/ou son mari.

Ces deux donations sont accompagnées d’un support papier, mini-catalogue richement illustré et documenté que vous pouvez vous procurer sur place pour moins de vingt euros. Votre visite sera facilitée par l’examen de cette page internet de la Ville de Troyes vous donnant tous renseignements utiles :

http://www.musees-troyes.com/crbst_38.html

Mais… ce n’est pas tout ! Depuis ce lundi 9 juillet ce bel ensemble est abondamment enrichi, s’il se peut que ce soit encore, par la présentation sur 1600 m2 de ‘céramique des peintres‘ relatifs à cette même période de l’Histoire de l’Art, qui à elle seule vaut un déplacement à Troyes. De ce fait les cimaises habituelles reçoivent des peintures en rapport avec cette remarquable présentation céramique, en partie redevable aux collectionneurs Marc et Pierre Larock-Granoff et mis en valeur par les partenaires usuels du MAMT.

 

Ainsi votre voyage sera illuminé, à défaut du rayonnement solaire manquant quelque peu cet été 2012, par des matières et des couleurs si habilement organisées par de géniaux créateurs. Qui plus est, quelques pas plus au nord vous conduiront vers les richesses du Musée Saint-Loup et une présentation temporaire de céramique de Sèvres. Prévoyez le lendemain ou en soirée une errance dans les rues bordées de pans de bois, attardez-vous aux tables des placettes, respirez les effluves champenoises en songeant aux illustres foires d’antan ! Des sculptures Renaissance vous attendent dans nombre d’églises ainsi qu’une surface de vitraux exceptionnelle. Vous ne pouvez manquer Troyes cet été !

De l’aube à l’aurore ou des lueurs aux couleurs

Avez-vous déjà observé, en ces jours les plus longs leurs commencements et en ces nuits les plus courtes leurs disparitions ? Le passage de la nuit au jour a ceci de singulier qu’il emplit votre observation au point d’en annihiler le principe d’analyse : tout va très vite et se fixer sur un élément dérange la compréhension de l’ensemble. La photographie peut-elle aider ? Sans doute mais le rendu peu fidèle des couleurs par manque de lumière nuit (c’est le cas de l’écrire…).

Il faut rappeler d’abord le sens des mots : l’aube précède l’aurore, l’aube est affaire de lueurs. On n’y voit goutte mais on perçoit déjà des lueurs qui permettent l’identification de quelques formes. Il est 4 heures 8 minutes 42 secondes (heure légale en France), clic-clac voici le résultat :

aube du premier juilletPhotographie : f/2,8 ; 1/15 s. ; 6400 iso. Les deux suivantes sont prises dans les mêmes conditions techniques. On commence à distinguer les lignes du paysage et la forme des végétaux qui se découpent sur un ciel bleuté ; le vert de la végétation apparaît sur le fond de ciel le plus clair et sur certains reflets du feuillage, selon les espèces. Il s’agit bien de l’aube telle que définie dans les textes de maints observateurs depuis l’Antiquité. La coloration d’ensemble (et non des couleurs précises) est blanchâtre à bleutée, imprécise.

Le temps de noter et de réfléchir puis une minute plus tard tout bascule :

entre aube et aurore d'un premier juilletIl est 4 heures 09 minutes 34 secondes. Le ciel prend des tons bleus plus marqués qui font ressortir des tons rosés en lisière de ce bleu ou jaunâtres vers les verts mieux définis dans les lumières qu’à la minute précédente. Sur la roche calcaire que je sais parsemée de différents ocres certaines couleurs peuvent être observées et nommées. Toutefois un nuancier chromatique photographié dans la minute qui suit et dans les mêmes conditions techniques montre que toutes ses teintes ne sont pas encore identifiables :

couleurs entre aube et auroreOn parvient à isoler relativement bien certains bleus et violets, des jaunes et ocres et difficilement la gamme des verts et des rouges. Pour comparaison optique nous donnons ci-dessous ce nuancier photographié à 9 heures 26 minutes ce même jour et tempéré par charte de couleurs :

L’oeil est donc trompé quand il croit déceler beaucoup de couleurs à l’apparition du jour c’est à dire à l’aurore, moment pourtant où les roses, les ocres et des bleus commencent à illuminer la clarté du jour naissant. L’aurore a des couleurs que ne connaît pas l’aube.

Des écrivains, des peintres, des soldats en campagne, des ‘chemineaux’ ou marcheurs connaissent l’émotion de ces instants. Je retiens le célèbre Robert-Louis Stevenson qui avec Modestine contemple les Cévennes et note ses impressions de voyage en 1879. Il exprime le dernier temps de la nuit. Rappelons qu’à la même époque des peintres créent le mouvement  ‘impressionniste’ dont l’une des toiles fut presque involontairement nommée : ‘impression, soleil levant’ ; école ou courant qui s’appuie en particulier sur l’observation des couleurs physiquement explorée antérieurement par les travaux de Chevreul.

….Il s’y découvrait un gris rougeâtre derrière les pins jusqu’à l’endroit où apparaissait un vernis d’un noir bleuté entre les étoiles. …je portais une bague d’argent, je pouvais la voir briller doucement, lorsque je levais ou abaissais ma cigarette…Le monde extérieur de qui nous nous défendons dans nos demeures semblait somme toute un endroit délicieusement habitable. Chaque nuit, un lit y était préparé, eût-on dit, pour attendre l’homme dans les champs où Dieu tient maison ouverte. »

Et l’aurore, vue par Chateaubriand, quelque part vers Arlon en septembre 1792, lorsque blessé et malade il quitte « l’Armée des Princes » pour gagner bientôt Jersey :

… « Je me levai néanmoins dans l’intention de faire ma cour à l’aurore : elle était bien belle, et j’étais bien laid ; son visage rose annonçait sa bonne santé ; elle se portait mieux que le pauvre Céphale de l’Armorique ».

François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, 1ère partie, Livre VII.

C’est avec ces formulations très inspirées que je clos cette note, vous incitant sinon à marcher comme Stevenson, du moins à prendre le temps, l’un de ces matins, entre aube et aurore,  de décrire vous aussi ces précieux instants où l’émotion prend le pas sur l’observation et que l’univers entier semble offert à votre contentement. Simple, gratuit, onirique et hautement mémorisable. Essayez donc !

Nature croquée, nature racontée

Quoi de plus changeant que la nature et pourtant l’homme a toujours tenté de la mettre en images avec plusieurs intentions en tête. A cet exercice je me suis essayé, complétant des aquarelles, pastels ou dessins « d’Eclats de nature » par de courts textes descriptifs précisant ou mettant en scène un caractère qui m’a frappé. Après tout cela correspond parfaitement au titre de ce blog, « voir et dire mais comment ? »

Dans un premier temps l’ensemble des planches et textes a constitué un carnet originel rédigé au fil des saisons, entièrement manuscrit et donc exemplaire unique. Dans un second temps j’ai regroupé les données et repris les textes de manière à les rendre disponibles pour tous, à la demande d’amis qui souhaitaient obtenir ce carnet. Les planches ont été photographiées de manière à délivrer un rendu le plus proche possible de l’original.

Ainsi ai-je réuni dans un ‘carnet naturaliste‘ une quarantaine de planches dans un livret de 80 pages, à votre disposition si vous le souhaitez. Quelques exemples suivent ici :

exuvie de Grande aeschne bleueSi cela vous intéresse vous pourrez compléter votre information sur ce carnet et le moyen de l’obtenir par ce lien :

http://boureux.fr

Pourquoi pas une idée de cadeau ? Et si par aventure vous y trouviez beaucoup d’intérêt je vous serez reconnaissant de bien vouloir diffuser l’information autour de vous !

Longpré, qui fut prieuré.

Situé à environ 5 km au nord-ouest de Villers-Cotterêts à l’écart du village de Haramont l’ancien prieuré de moniales de Longpré, de l’ordre de Fontevraud, fondé en 1180 par Aliénor de Vermandois, n’était plus que ruines dans les années cinquante et suivantes. Devenu exclusivement une ferme durant le XIXe siècle il a subi au cours des siècles toutes sortes de modifications architecturales et a brûlé en partie en 1946. Seul un bâtiment initialement destiné à l’aumônier des religieuses et édifié au XVIIe siècle a été relativement préservé bien que passablement remanié au XIXe siècle. Quant à l’église n’en subsistent que des parties en demie élévation vers le choeur qui correspondent à l’édifice ancien toutefois plaqué de neuf au XVIe siècle.

En ce lieu l’historien ne trouve pas totalement son compte de véracité immobilière, ni de satisfaction dans le décryptage de documents anciens : quantité de reprises au cours des siècles, de plus le site n’est pas ou très peu documenté par les archives. Y serait-il pour autant en déplaisir ? Certainement pas. L’intérêt du site est déjà dans son implantation paysagère. Sans doute clairière dans la forêt dans ses origines il est toujours voisin d’une sylve bien présente, ouverte sur des pâtures et des étangs en chapelet, initiateurs de lignes horizontales qui structurent agréablement l’espace. Voilà pour le cadre général, temporel et géographique.

Longpré surgit d’un coup d’un seul au long du chemin : l’enchantement visuel occupe l’espace. Comme un rideau qui s’ouvre sur la scène de théâtre les arbres ont glissé à droite et laissé place à un tableau que l’on dirait de Poussin. Tout s’ordonne en une subtile élévation qui depuis l’eau rejoint le ciel en une habile perspective qui habille la nature apprivoisée de vêtements ajustés sobrement. Là réagissent ensemble constructions venues d’entre Moyen-âge et Renaissance et jardins strictement conduits.

LongpréLes photographies qui suivent sont une incitation à découvrir par vous-même. L’endroit ne gagne pas à être longuement commenté mais s’apprécie par sentiments, il devient le miroir flou que peuple l’empreinte d’un passé riche de sens. Une procession de moniales accompagne votre déambulation, ici dans le cloître, là dans la salle capitulaire et ailleurs au travers des portails et jusque la surface de leurs pierres tombales. La restitution des volumes intérieurs ouverts à la visite ne choque pas, elle fut assez réfléchie pour cela. Sans elle ce serait un désert, avec elle acceptons le décor nouveau qui s’offre à nous. Toute restauration est un casse-tête alors une restitution ! …. Louons alors l’oeuvre immense accomplie, jamais finie cependant et remercions nos hôtes de partager un peu avec nous ce sauvetage et sa mise en scène.

vestiges de la nef et du choeur de l'église du XVIe siècle

formation d'un tuf sur la fontaine

quand l'ordre géométrique crée de l'esthétisme

Pour en savoir plus sur l’histoire du site et pour connaître les modalités de visite :

http://www.prieuredelongpre.com

http://www.parcsetjardins.fr/picardie/aisne/prieure_de_longpre-1357.html

un élégant guide de visite (payante, libre et fléchée) de quatre pages avec illustrations et plan est donné à l’entrée, il suffit pour la compréhension de l’ensemble.

N.B. : photographies de l’auteur publiées ici avec l’aimable autorisation des propriétaires

Vendeuil-Caply : des dessins au Musée Archéologique de l’Oise.

Jusqu’en mars 2013 le Musée Archéologique de l’Oise présente une exposition sur un thème peu souvent abordé dans les musées archéologiques, celui du dessin en archéologie, du chantier à la publication.

Le nouveau musée de Vendeuil-Caply est situé sur le territoire de Vendeuil (canton de Breteuil et Communauté de Communes de Breche-Noye et il est notamment lié aux fouilles archéologiques de ce lieu qui ont mis en évidence un vaste habitat gallo-romain dont le théâtre est encore bien inscrit dans le paysage à quelques pas de cet établissement.

théâtre de Vendeuil-Caply

disposition actuelle du théâtre de Vendeuil-Caply après les fouilles et la restauration du siècle dernier

relevé des structures archéologiques de Vendeuil-Caplyplan des structures archéologiques relevées à Vendeuil-Caply

Tous détails sur la gestion et l’organisation du musée dont la direction est assurée par Madame Esclarmonde Monteil vous sont donnés sur ce site : http://www.m-a-o.org ; vous pouvez également téléphoner au 03 64 58 80 00

Tel un navire échoué en plaine picarde le musée navigue le plus souvent entre périodes celte et mérovingienne, principaux ports enfouis qu’il a fréquentés. Une bibliothèque, une salle pédagogique, des salles techniques et un espace d’exposition complété d’un coin vidéo sont les ponts que vous pourrez utiliser en fonction de vos besoins.

L’archéologue donc, dessine. Parfois pour le plaisir mais le plus souvent pour enregistrer les traces de ce qu’il découvre, les analyser et les mettre en valeur. En somme pour accentuer un point de vue, ce que ne fait ni la photographie, ni l’ordinateur ou les deux associés. Ce qu’il découvre ce sont des structures et des niveaux, en plans et en coupes, ainsi que du ‘matériel’ de toute nature, fabriqué par l’homme pour lui être utile ou pour satisfaire sont goût du beau et de l’esthétisme. En dessinant l’archéologue comprend mieux, en dessinant le fouilleur explique ou éclaircit ce qu’il a compris de la fonction d’un lieu ou d’un objet. Le fait n’est pas nouveau et d’entrée le visiteur admire ce que nos ancêtres nous ont transmis par le moyen de splendides peintures, lithographies, dessins… ainsi par exemple ces planches admirables des ‘albums Caranda’ , connus des spécialistes et nommés à partir d’un lieu-dit du Tardenois, après les fouilles de Frédéric Moreau :

Des fragments d’enduits colorés seront éventuellement restitués par le dessin, ce que ne permet pas l’examen visuel direct de la fresque; ainsi ce Pégase analysé par C. Allagh et Ph. Sestret

fibules mérovingiennes

photographie et dessin de fibules mérovingiennes de petite taille trouvées à La-Croix-Saint-Ouen, OIse.

Mais venez bien plutôt vous rendre compte par vous-même des prouesses artistiques, des compte-rendus techniques, des publications et des animations que proposent les archéologues en la matière. Cette exposition présentée dans la contrainte matérielle du lieu ne saurait évidemment épuiser le sujet mais sa mise en scène permet à tous de comprendre le pourquoi et le comment de l’activité cérébrale et manuelle de l’archéologue lorsqu’il dessine.

Les meubles de présentation appropriés aux besoins du jeune public autorisent largement l’exploitation pédagogique de cette exposition dans le cadre d’activités réfléchies en commun entre les enseignants et le service d’animation du musée :

le frottis exécuté à partir d'un relief est généralement apprécié des enfants. Ici ce relief permet également aux mal-voyants de se rendre compte par le toucher de certains éléments de l'exposition.

Chercher des clochettes à Soissons lors du premier mai

Agréable entre deux averses la cueillette de brins de muguet réserve toujours des surprises.

L’idée est-elle bonne d’en chercher là où chacun jette un oeil ici et là au cours de sa promenade ? A vérifier. Nous voici d’abord en un lieu cher aux Soissonnais et à d’autres aussi, un lieu et monument quasiment emblématique de la ville après le vase, les deux étant brisés : Saint-Jean-des-Vignes. Sa façade découpée captive toujours les regards, reliée au réfectoire qui lui est contemporain ; cet ensemble étant édifié autour des années 1220.

façade est de Saint-Jean-des-Vignescontre-jour sur la face est de la façade de l’église et sur le grand cloître

décor très abondant et naturaliste sur la façade, petit portail sud

intérieur du massif de façade de St-Jean-des-Vignes selon la prise de vue de M. Vincent Zénon ; cf son commentaire plus bas

le grand cloître de Saint-Jean-des-Vignes

cellier du cloître de Saint-Jean-des-Vignes

travée ouest du cellier, photographie de Guillaume Dhuicq

et vos clochettes alors ? en voici :

fleurs en clochettes du portail sud de l'église de Saint-Jean-des-Vignes

et d’autres encore dans les voussures des arches du grand cloître :

clochettes muettes du grand cloître

Pas assez pour un bouquet ? cherchons encore ailleurs :

trop sombre la crypte de Saint-Léger ?

plus haut dans la lumière des arches du cloître :

fleurs en clochettes dans le cloître de Saint-Léger

celles-ci encore sont certainement de muguet. En résumé :

à gauche St-Jean, au centre St-léger, à droite St-Jean

La période de mise en place de ces sculptures est dans la fourchette 1200-1220. Les fleurs peuvent être celles du muguet, ce qui est le plus probable, avec éventuellement la possibilité pour les sculpteurs de s’être inspirés des fleurs de fritillaire.

Par la pureté de sa couleur blanche et de son parfum le muguet a fréquemment été figuré par les peintres qui ont mis en scène des récits relatifs à la vie de la Vierge. La coutume d’en offrir au premier mai semble remonter à Charles IX.

Dans la continuité des deux dernières notes de ce blog j’ajoute encore une référence à Alan Seeger : « Vous qui aimez les fleurs acceptez celles-ci. Leurs fragiles clochettes ont frisonné au choc des obus explosant et dans les nuits obscures, lorsque, furtifs, les ennemis avancent, elles ont été éclairées par la lueur pâle des fusées qui, au-dessus des champs ravinés et des anciennes cités jetées bas, tracent de leur clarté blafarde les braves frontières de la France. » 22 mai 1916, Poèmes, Bellinglise, II.

Rousseau Jean-Jacques lu par Alan Seeger à Craonnelle

Si j’évoque Craonne vous entendrez peut-être la chanson, mais Craonnelle ? Sachez que ce village, sans doute à l’origine un petit ‘Craonne‘ est situé tout à côté du grand mais que le grand n’a jamais retrouvé sa taille du XIXe siècle depuis qu’il fut anéanti en 14-18 et bien que reconstruit légèrement déplacé après guerre. Alors le petit Craonnelle, pensez ! la prononciation aussi doit être humble : [krane et Kranel plutôt que kraOne et kraOnel]. Qui qu’il en soit c’est bien à Craonnelle, en son château encore peu détruit en 1915 que le jeune Alan Seeger lit les Confessions’ et les ‘Promenades’, un jour de printemps, le 15 avril exactement, comme il l’écrit à sa soeur sur des feuillets volants d’une publication genevoise de 1782 :

« Nous revenons juste de passer six jours à C…[raonnelle], où nous avons été cantonnés dans les caves du petit château que j’ai décrit dans ma dernière lettre au « Sun ». Nous avons passé là une très agréable semaine, neuf heures de garde de nuit dans nos postes avancés sur le versant de la colline ; pendant le jour, sommeil,allées et venues dans les villages en ruines, flâneries dans les jolis jardins du château, ou lecture dans la bibliothèque. Nous l’avons nettoyée maintenant et c’est une sensation tout à fait curieuse de s’y reposer dans un fauteuil, lisant quelque vieux livre précieux en prenant tout juste la précaution de ne pas se tenir devant les fenêtres sans vitres, à travers lesquelles d’habiles tireurs peuvent  vous atteindre de leurs postes dans les fourrés, sur les pentes du plateau, à moins de six cents mètres. … … Voici un volume de la bibliothèque ; j’espère qu’il deviendra l’un des trésors de vos étagères. Ce doit être une très ancienne édition, sinon la première, des ‘Confessions’. Vous voyez que c’est seulement la première moitié, publiée probablement avant que l’ouvrage fut complet. Je n’ai jamais lu les ‘Confessions’, si ce n’est à bâtons rompus, mais j’aime passionnément les ‘Promenades’ que vous y trouverez jointes, spécialement la cinquième, sur l’Île Saint-Pierre. Le printemps est venu enfin ici et nous avons un temps très beau. Je vais aller nager dans l’Aisne cet après-midi, pour la première fois. En bonne santé et de bonne humeur...« 

Extrait de l’ouvrage en français publié en 1918 relatif aux oeuvres de Seeger cité dans ma précédente note de blog : « Alan Seeger et le Chemin des Dames ».

Sur Craonnelle avant ou pendant la Première Guerre Mondiale vous pourriez consulter :

http://dumultien.over-blog.fr/

http://dictionnaireduchemindesdames.blogspot.fr/2009/01/c-comme-craonnelle.html

 

Alan Seeger et le Chemin des Dames

 

Portrait photographique d'Alan Seeger à Harvard vers 1910

photographie publiée dans l’ouvrage en français de 1918

AILLEURS  ET  AU-DELA : ALAN SEEGER  ET  LE  CHEMIN  DES  DAMES

        Mort trop jeune Alan Seeger (1888-1916) est peu connu en France bien qu’une statue soit érigée à sa mémoire Place des Etats-Unis à Paris, sur le monument dédié aux volontaires américains de la Grande Guerre. Ici même, au Chemin des Dames, le collège « ‘Alan Seeger’ » de Vailly-sur-Aisne manifeste sa présence dans notre région et honore ce combattant engagé volontaire dans la Légion Etrangère en 1914.

bandeau annonce du site du collège 'Alan Seeger' de Vailly-sur-Aisne : http://etablissements.ac-amiens.fr/0020065k/siteweb

Ses écrits de la période de guerre ont été publiés en français dès 1918 chez Payot. Ils comprennent son journal, des lettres adressées à diverses personnes et une vingtaine de poèmes. C’est donc assez peu mais ce fut suffisant pour que des hommes aimant la littérature retiennent son nom et son œuvre et aient eu envie ensuite de faire connaître cet auteur étranger ‘mort pour la France’.

Un jeune venu d’ailleurs.

        Alan Seeger est né le 22 juin 1888 à New-York. Les enfants Seeger sont incités très tôt à s’intéresser à l’art et à la littérature. Ils habitent une maison sur les coteaux de l’île de Staten, vers Richmond. En face, à leur vue, la célèbre colonne de la Statue de la Liberté et à droite le pont de Brooklyn : paysage maritime favorable à l’ouverture d’esprit aux forces jaillissantes du ‘nouveau monde’. A douze ans le jeune Alan accompagne ses parents à Mexico pendant une dizaine d’années. Du nouveau encore en 1902 quand Alan est envoyé aux Etats-Unis pour études, études qu’il réussit et qui lui ouvrent l’accès de l’Université d’Harvard en 1906, de laquelle il sort diplômé en 1910. Là le jeune Alan est tout entier tourné vers la littérature et la poésie, l’histoire médiévale et accessoirement le sport ; il vivait dans un ailleurs auréolé de passions littéraires, rêvé autant que vécu. Puis il séjourne à nouveau deux ans à New-York et se rend à Paris en 1912, tournant décisif de sa vie. Il y fréquente des artistes et écrivains et s’éprend de cette ville, l’un des phares de la civilisation occidentale. Ses poèmes ou articles pour le « Mercure de France » et autres revues sont lus par des abonnés attentifs qui repèrent vite cet écrivain. Le printemps et l’été 1914 le voient à Londres. En août il  s’engage dans la Légion Etrangère avec une cinquantaine de compatriotes pour défendre Paris et la France. 

Un combattant dans les tranchées, un littéraire : quand l’ailleurs rejoint des au-delà.         

Alan rejoint le 2 ème Régiment Etranger à Toulouse. Le 4 octobre il est en Champagne et le 20 dans les Marais de Saint-Gond. Le 27 on le voit à Fismes et Cuiry-les-Chaudardes. Dès lors Alan Seeger est un combattant du Chemin des Dames, cela jusqu’au 17 juin 1915, soit sept mois et demi passés sur notre territoire. L’été 1915 le voit en Haute-Saône et en Champagne à nouveau. Malade de février à avril 1916 il est hospitalisé à Paris et Biarritz puis rejoint le front en mai, celui de la Somme. De mai à juillet il combat autour de Péronne et est tué le 4 juillet à Belloy-en-Santerre.

Durant les sept mois et demi de son séjour en notre secteur Alan Seeger rédige son ‘journal‘, écrit aux intimes, compose des poèmes. Dans sa guerre il transfigure le monde qui l’entoure et s’échappe ainsi partiellement du quotidien, il n’est pas différent en cela de quelques artistes et écrivains combattants. Le 28 avril 1915 il envoie un long article au « New-York-Sun » dans lequel il décrit la vie quotidienne des troupes à Craonnelle, ce qu’il voit, ce qu’il fait. « …Nous partîmes quinze hommes il y a quelques nuits pour reconnaître un nouveau fossé apparu sur le haut du coteau, sous les lignes allemandes. La lune à son premier quartier, presque entièrement voilée de nuages, rendait les conditions favorables. … Encore une fois, le passage familier à travers ses rues barricadées, entre ses murs criblés et ses toits squelettiques, puis nous gravîmes la colline par un fossé de communication avec les tranchées avancées. … »

villages de Craonnelle et Craonnevillages de Craonnelle et Craonne depuis le plateau de Paissy

On y lit également une description de Paissy tout à fait juste : … »Suivi cette route jusqu’à Fismes, et ainsi de nouveau au plateau de Merval. … Tourné la route de Laon et, par Moulins, arrivés à Paissy sur le plateau où nous relevâmes le 6e de ligne qui était ici depuis octobre. Village pittoresque bâti le long d’une route qui surplombe un ravin en fer à cheval. Le fond tapissé de coquelicots, cascades, perspectives lointaines. «   ;

brouillard dans le ravin de Mourson à Paissy, situé entre le village de Paissy et le ravin de Troyon à Vendresse

de même que celle du ravin de Troyon :  » … Nous sommes à l’entrée d’un profond ravin qui commande une jolie perspective en triangle sur la vallée de l’Aisne et le plateau au-delà, à travers un cadre de feuillage. … une paresseuse période de repos presque complet. … ils appellent cela la guerre. » Son poème « des hommes en armes » dévoile une troupe assaillante presque comme l’aurait décrite un chroniqueur des croisades. Quasi indifférent aux horreurs de la guerre, ce qui l’intéresse c’est l’héroïsme, le sacrifice, la beauté de l’action combattante comme on peut le lire, entre autre, dans une strophe de la célèbre « Ode à la Mémoire des volontaires américains tombés pour la France » et lue à Paris le 30 mai 1916 devant les statues de Lafayette et de Washington.

« … Il est juste de joncher de branches de lilas et des premières roses du printemps les cénotaphes de ceux qui, pour défendre la plus chère des causes de l’histoire, tombèrent au matin lumineux, à la fleur de leurs jeunes années ! « …

Oui, paradoxalement, Alan est heureux dans la guerre «antidote à la civilisation» qui lui fait oublier les médiocrités de l’ordinaire. Il vit largement dans l’ailleurs et le rêve, embellissant par avance la mort du combattant engagé, héros en devenir. Ainsi l’exprime-t-il dans une poésie devenue célèbre «J’ai un rendez-vous avec la mort» que nombre d’Américains connaissent par cœur et qui figurait sur le carnet personnel du Président Kennedy. Cette mort attendue, parfois désirée et rarement crainte il la trouve le 4 juillet 1916 lors de l’assaut de Belloy-en-Santerre par la Légion où les combats sont violents dans les ruines du village. Les pertes du régiment sont énormes, de l’ordre de 800 morts pour une victoire qu’Alan n’a pas connue. Nous reviendrons sur ce tragique épisode dans une autre note de ce blog.

Alan a combattu pour la France en référence à sa culture et en liens mémoriels avec La Fayette, il ne se bat pas contre l’Allemagne : «…je me suis rangé naturellement du côté où j’avais le plus d’obligations. Mais qu’il soit bien compris que je n’ai pas pris les armes par haine des Allemands ou de l’Allemagne, mais par amour pour la France. »  Journal, 31 juillet 1915.

Dans l’insouciance ordinaire de la jeunesse il transcende la guerre pour en faire quelque chose au-delà de l’ordinaire. Pas étonnant qu’il fut repéré parmi d’autres par Pierre Teilhard de Chardin : «… Rencontré aussi, dans un vieux numéro des Deux-Mondes une étude intéressante sur un jeune poète américain tué à la guerre (Alan Seiger –sic-) dont les ‘Juvenilia’ m’ont paru parcourues d’une sève de ‘passion cosmique’ authentique. »

Son écriture n’a pas le ton de la modernité telle que la mettent en scène d’autres auteurs contemporains. Toutefois il faut nuancer cette assertion du fait que la traduction française  au pied de la lettre ne rend pas la présence sonore des vers anglais. Lisez vous-même dans la dernière strophe du poème ‘Champagne’ :

« Drink to them –amorous of dear Earth as well,                                                                         They asked no tribute lovelier than this –                                                                                      And, in the wine that ripened where they fell,                                                                                     Oh, frame your lips as though it were a kiss»

[Champagne, France, july, 1915]

Traduction littérale : «Buvez à eux –pleins d’amour pour la terre chérie ! ils ne demandent pas de plus éloquent témoignage de tendresse – et dans le jus de la vigne qui a mûri à l’endroit même où ils tombèrent, oh ! trempez vos lèvres comme si vous leur donniez un baiser».

Traduction libre de Paul Rivoire :

«Buvez !… Dans le vin d’or où passe un reflet rose                                                                 Laissez plus longuement vos lèvres se poser                                                                                     En pensant qu’ils sont morts où la grappe est éclose,                                                                      Et ce sera pour eux comme un pieux baiser»

Principales sources :

– Alan Seeger, Le poète de la Légion Etrangère, ses lettres et poèmes écrits durant la guerre réunis par son père et traduits par Odette Raimondi-Matheron. Payot, Paris, 1918, 317 p.

– Irving Werstein, Sound No Trumpet, the life and death of Alan Seeger, Thomas Y. Crowell Company, New-York, 1967, 137 p.

sur internet la poésie d’Alan Seeger est largement présente ici :

http://www.theotherpages.org/poems/books/seeger