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Marcel Proust, Mme Williams sa voisine et Reims.

On a oublié que Marcel Proust qui aimait tant se coucher de bonne heure fut aussi un voisin délicat. Mais comment le savoir si ce n’est écrit quelque part et comment aurait-on deviné que cet auteur renommé ait pu écrire à une voisine du troisième étage lorsqu’il résidait 102 boulevard Haussmann à Paris ? La découverte récente de quelques lettres retrouvées et publiées chez Gallimard et disponibles à notre lecture et plaisir ce jour, comble cette lacune et pour nous Rémois nous dit l’attachement de Proust envers notre cité.

références sur la première de couverture et ISBN = 978-2-07-014224-8
septembre 2013, 86 p.

L’intérêt autre que littéraire, est que Marcel Proust donne dans une de ces lettres datable de Noël 1914 son point de vue sur la récente destruction partielle de la cathédrale suite à l’incendie provoqué par un bombardement allemand en date du 19 septembre 1914.

L’affaire a fait grand bruit et Reims devient alors le symbole de la barbarie germanique. Au reste, astucieusement, Proust assure que « le désastre de Reims, mille fois plus funeste à l’humanité que celui de Louvain – et à l’Allemagne d’abord, dont Reims à cause de Bamberg était la cathédrale préférée – n’est-il pas un crime aussi froidement conçu. »

De fait l’incendie de Reims est relaté partout dans la presse et différents supports écrits, figuré et photographié, pendant et après l’incendie. Marcel Proust analyse ensuite ce qui lui fait apprécier Reims, comparativement à Amiens, Chartres ou Paris. Il évoque également des séjours à Reims qui : « …tant que ma santé me le permet fais aux pierres de Reims des pèlerinages aussi pieusement émerveillés qu’aux pierres de Venise… »

J »aimerais trouver la trace de ces pèlerinages ! Non spécialiste de littérature ma mémoire n’a pas retenu de telles citations chez cet auteur et un rapide parcours de mes notes, une brève excursion chez des amis plus au fait ne m’apporte rien non plus. Attendons la sagacité de quelque érudit concitoyen pour expertiser l’anecdote.

Evoquant ‘le sourire de Reims‘ Proust est dans la mouvance de ce qui s’écrit en son temps ou peu avant (Emile Mâle puis André Michel en particulier) sur cette superbe cathédrale. Peut-être a-t-il lu également dans ‘Le Matin‘ en date du 21 septembre 1914 le bel article d’Albert Londres : « ils ont bombardé Reims et nous avons vu cela ! »  où l’auteur établit également des comparaisons avec les cathédrales de Chartres et Paris ? Ce n’est qu’à cause de l’incendie et du bombardement volontaire que ce sourire va devenir à jamais ‘l’Ange au sourire‘. Cela dès 1915 à la suite d’un article du New-York Times relatant l’achat d’une tête d’ange de Reims par un riche industriel américain. Non fondée l’assertion déclenche des recherches à Reims et l’architecte Max Sainsaulieu retrouve la plus grande partie de la tête qui avait été mise à l’abri sitôt l’incendie par l’abbé Thinot. Cet ange, celui de Saint-Nicaise, la tête lui tourne et tourne désormais de par le monde, parfois en voisine  de nos non moins célèbres bulles. On ne choisit pas ses voisins.

 pastel réalisé par mes soins en 1996 avant que ne se soient répandues les reconstitutions virtuelles colorées sur les monuments. Ci-dessous l’ange au sourire projeté sur la façade de la cathédrale lors de l’une de ces soirées-spectacles par ailleurs évocatrices de certaines formes du passé, même si le contenu ‘scientifique’ est laissé de côté.

l’‘Ange au sourire’ tel qu’il sourit en 2013 sur le portail latéral nord de la façade de la cathédrale Notre-Dame de Reims

Alors, amis lecteurs, si vous trouvez chez Proust une allusion à ses ‘pèlerinages de Reims’ racontés autrement qu’à sa charmante voisine, Marie Williams, je vous serais reconnaissant de me le faire savoir.

-pour en savoir plus sur « l’Ange au sourire » vous pourrez lire nos bons auteurs historiens rémois aux références multiples sur le web, parmi lesquels MM. Patrick Demouy et Yann Harlaut.

-pour fréquenter la compagnie des principaux auteurs qui ont écrit sur ou autour de Reims la lecture de : Dominique Hoizey, Reims entre les lignes, Messene, 1995, 93 p. sera une excellente approche. On complètera utilement par un article récent du même Dominique Hoizey, précis dans sa documentation autant que par son écriture,  sur son blog :  http://lechatmurr.eklablog.com/recent .                                                                                         Il y expose une correspondance peu connue entre Romain Rolland, Stephan Zweig et Emile Verhaeren au sujet de la cathédrale de Reims. A lire absolument, y compris par des historiens.

 

 

 

Des médecins vaillysiens des XVIIIe et XIXe siècle

 

A l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, l’Association du Patrimoine et de l’Environnement Vaillysiens (APEV) a honoré la mémoire de deux médecins qui ont marqué la vie vaillysienne autrefois.

Il s’agit de Jean-Joseph Brocard et d’Edouard Ancelet.

Le docteur Brocard selon une inscription relevée par le général Vignier, notre principal informateur sur l’histoire de notre bourg,  serait décédé à Vailly le 18 juin 1847 à 67 ans. Or l’examen des actes de l’Etat civil conservés aux Archives départementales de l’Aisne ne mentionne aucun membre de la famille Brocard au milieu du XIXe siècle à Vailly. En revanche un Jean-Joseph Brocard décédé le 18 juin 1819 à Vailly, âgé de 67 ans est inscrit dans le registre des décès de cette ville.

Après plusieurs débats au sein de notre association et compte-tenu qu’il nous est apparu que deux Jean-Joseph Brocard décédés le même jour, le même mois, au même âge est hautement improbable nous avons arrêté notre choix sur ce qui est officiellement inscrit dans un acte officiel et non sur ce qui était sensé figurer autrefois sur le monument. Mais nous n’écartons aucune piste ultérieure qui remettrait en cause notre point de vue actuel.

pose d'une plaque en mémoire du Dr Brocard à Vailly-sur-Aisne

Jean-Pierre Boureux, président de l’Apev, Mme Annick Venet, maire de Vailly, des membres du Conseil municipal et de l’Apev dévoilent une plaque de pierre sur le monument du Dr Brocard.

L’autre médecin, connu pour ses publications scientifiques au nombre d’au moins 18 dans le cours du XIXe siècle, est totalement ignoré dans la mémoire colportée du bourg. Pourquoi ? Aucune autre supposition qu’une ‘mise en quarantaine’ par le général Vignier, ou à tout le moins un oubli, ne s’est révélée. Ce qui me fait penser à un rejet est le fait que ce médecin n’avait pas la langue dans sa poche comme le soulignent ses amis venus lui rendre hommage lors de ses obsèques (propos rapportés par le journal ‘l’Argus du Soissonnais »). Il se trouve que ce médecin, républicain convaincu en était venu à s’opposer au préfet de l’Aisne et à faire preuve de combativité à une époque où il ne faisait pas bon s’opposer par l’oral ou l’écrit aux décisions du gouvernement du Second Empire, même dans sa période libérale après 1862. Ainsi notre médecin contestataire d’un certain ordre établi s’est-il momentanément retrouvé en prison à la Maison d’Arrêt de Soissons en 1866, sans que j’aie pu toutefois retrouver le mandat d’écrou. Mais l’affaire est certaine et je suppose que là réside la raison du mutisme à son endroit.

Raison suffisante à mon sens et surtout motif dérisoire par rapport aux qualités humaines et au travail de recherche scientifique effectués par ce médecin décédé à Vailly en 1891, d’où notre décision associative de lui rendre hommage en même temps que celui que nous rendons à son prédécesseur lors de la journée du Patrimoine 2013.

Vous trouverez plus de renseignements sur ces hommes sur le blog de notre association :  http://apev-vailly.info/WordPress3/monument-docteur-brocard/

ou bien sur ce blog du Voirdit en tapant : ‘Brocard’ dans le rectangle de recherche.

Avec Piero di Cosimo les amours sont dans le pré, allons voir !

Sur la jambe droite de Vénus une Ecaille chinée (Euplagia quadripunctata) ou Callimorphe [en grec = belle forme], papillon tant diurne que nocturne, s’est posée. Un mignon lapin blanc renifle ses belles formes alanguies, des colombes se bécotent et Cupidon, fils de Vénus semble regarder l’astre solaire. Vénus songeuse, le regard vague, est éveillée, le jour s’est levé, la scène est paisible maintenant et des putti jouent tandis que dans le lointain des personnages s’affairent. Il fait beau. A droite cependant -je l’oubliai celui-là, endormi, détendu et appuyé sur un coussin moelleux : un homme. Sans aucun doute il est venu, a plus que vu, a vaincu. Toujours est-il qu’il dort, savourant en songe l’instant d’avant, essentiel moment de l’inceste avant le coup de filet de Vulcain, mari trompé qui va livrer aux dieux persifleurs de l’Olympe les protagonistes captifs de ses rets. Vous pensez bien qu’ils ne vont pas garder pour eux cette affriolante nouvelle. Hilares comme dieux taquins ou larrons en foire ils diffusent l’affaire comme un scoop.

C’est presque tout ce que j’ai à vous rapporter à partir de ce que je vois sur le panneau peint mais il est opportun de mentionner des éléments d’armure disposés par le peintre ici et là : celle de Mars car c’est bien lui le coupable, ainsi désigné, montré du doigt par Cupidon et de ses yeux par le soleil, l’un de ses attributs. De plus une mouche non visible à l’échelle de cette reproduction figure également près du visage de Mars. Pour aller plus avant dans l’interprétation il serait nécessaire de connaître, entre autres, le nom donné à ce papillon dans les années 1500 et savoir quelles vertus on lui attribuait.

La peinture est conservée à la Gemälde Galerie de Berlin, la voici :

Vénus, Mars et l'Amour par Pietro di Cosimo

( je place ici ces images capturées sur le web sans que j’aie pu trouver une référence assurée de leur origine sur la toile, ce que d’habitude je ne fais jamais)

Mais, allez-vous questionner avec raison, pourquoi Piero di Cosimo, en Toscane, au début du XVIe siècle, a-t-il peint ces curieux détails sur cette oeuvre devenue un classique des mises en scènes mythologiques si prisées alors des grands du monde, quitte à éloigner momentanément le commanditaire et ses amis, qui intrigués s’approchent de ces détails et risquent ainsi de détacher leurs pensées devenues vagabondes du sujet principal ? Et bien, à regret, je ne peux vous donner de réponse satisfaisante, renvoyant malicieusement votre question vers, par exemple, les ‘installations’ à la Koons Jeff au beau milieu de la ‘Galerie des glaces’ du non moins célèbre palais de Versailles, autre demeure des dieux.

Cependant, Daniel Arasse dans son essai Le Détail, pour une histoire rapprochée de la peinture, (1992) nous apporte beaucoup de pistes quant à l’interprétation de la peinture singulière de Piero di Cosimo, notamment quand elle satisfait aux exigences hélas peu documentées des commanditaires. Mais il n’a pas trouvé d’explications quant à la présence du papillon dont il est question ci-après.

Alors dans l’impossibilité de satisfaire votre curiosité envers l’art de Piero di Cosimo et son besoin de bavarder par le menu, je ne vais pas cependant vous quitter sans vous proposer d’admirer une scène de la nature photographiée ce premier juillet 2013, hot spot s’il en fut de cet imprévisible été. En effet, en plein midi zénital je m’en fus quérir un frais flacon dans une cave éloignée d’une vingtaine de mètres de notre séjour, et soudain, dans cette action mon regard de si lointain putti ayant moins mal vieilli que d’autres mineures qualités enfantines, fut attiré par un couple aux jolies formes de callimorphes batifolant dans l’herbe jaunissante et rase de la pelouse. Du reste leurs virevoltants ébats, tels les drapeaux agités des contrôleurs de course automobile ou les armoiries blasonnées d’écus de combat et d’oriflammes de Marignan et autres lieux, ne pouvaient qu’attirer mon attention vers eux comme si Cupidon venait de décocher une flèche vers cette cible. Voyez-plutôt ! :

accouplement d'Ecailles chinéesCe serait cependant tomber dans une grave confusion anthropomorphique que de laisser croire que ce couple d’Ecailles chinées pourrait être illégitime. Ce dont je suis sûr c’est que dans leur Olympe les dieux se racontent la callimorphie extraordinaire et merveilleuse de ces scènes et mises en scènes, et qu’en paradis, François d’Assise et pourquoi pas Piéro di Cosimo exultent de joie pour la création tandis qu’en enfer proche agonisent éternellement les assassins de la biodiversité. Faute de mieux, côté justice et morale, on s’y retrouve un peu bien que ce ne soit pas là le but de cette divagation.

Quant à nos Ecailles il leur arrive bien entendu de ‘nectariser’ comme tout un chacun des butineurs, comme on voit ci-dessous l’une d’elles dans son repas en compagnie d’un Paon du Jour ; remarquez au passage les dessous orangés de cette Callimorphe, à signaler aux fabricants de lingerie.

Si l’un(e) ou l’autre de mes lecteurs venait à connaître la raison d’être de l’Ecaille chinée sur la peinture de Piero di Cosimo je serais ravi qu’il me le fasse savoir.

Pierrefonds, Caroline et ses Jules, Séverine et son Jules.

Curieux titre pour une bien étrange femme. Oubliée aujourd’hui ou seulement connue des spécialistes du mouvement social ou de l’émancipation des femmes, Caroline Rémy, née à Paris le 27 avril 1855 est parvenue par le hasard des rencontres et sa force de caractère à sortir de son milieu et à épouser diverses causes, sinon plusieurs hommes. Pierrefonds fait partie d’un temps de sa vie ; sa tombe et celle d’Adrien Guebhard apportent dans le cimetière du village une note art-déco de massive fantaisie et de force tout en invitant au questionnement.

« Séverine » = Caroline Rémy, gravure de l’album Mariani

L’album Mariani met en avant des personnalités de tous bords qui ont accepté de promouvoir l’élixir Mariani créé en 1863 par Angelo Mariani. Il contenait du vin de Bordeaux et des extraits de coca.

Fille d’un petit fonctionnaire à la Préfecture de police de Paris, née à Paris en 1855, mariée contrainte en1872 à Antoine-Henri Montrobert, homme violent qui la bat, elle s’en sépare vite bien que mère d’un petit Louis. Elle devient bientôt l’amante d’un jeune bourgeois professeur de médecine, licencié en mathématiques et en physique, Adrien Guebhard dont la famille, amie de son oncle Vuillaume, l’emploie. Elle a avec lui un fils, Roland, né à Bruxelles car la famille Guebhard rejette cette union non conforme à la normalité en cours. Lors de  son séjour wallon elle rencontre en 1879 ou début 1880 à Bruxelles celui qui va donner à sa vie une orientation politique marquée, Jules Vallès. Elle devient sa secrétaire, sa confidente et une collaboratrice de premier plan. Elle a 25 ans, lui 48 ans. Lorsque ce dernier relance en 1883 « le Cri du peuple » elle lui en procure le financement par Adrien Guebhard et en dirige avec lui les feuilles. A la mort de Vallès en 1885 elle prend la direction de ce célèbre quotidien socialiste. La même année, le divorce étant rétabli, elle épouse Adrien. En 1888 à la suite d’une opposition vive avec Jules Guesde, marxiste, elle doit quitter le journal et écrit alors quantité d’articles dans diverses revues à caractère politico-sociales. Dans ce contexte elle tombe amoureuse du journaliste Georges de Labruyère, vit avec lui jusque sa mort en 1920, année au cours de laquelle elle reprend vie commune avec Adrien Guebhard jusque la mort de ce dernier en 1924. Elle a des choix d’amitiés qui aujourd’hui surprennent, comme par exemple lorsqu’elle soutient un moment le général Boulanger ou même, rarement, des idées antisémites alors qu’elle est dreyfusarde. Féministe remarquée elle combat également pour la défense des petits et des faibles contre les puissants, en politique ou par la richesse. Ainsi se bat-elle en 1927 pour Sacco et Vanzetti et prend-elle la cause du pacifisme après la loi sur ‘l’organisation générale de la Nation sur le temps de guerre’, rejoignant alors de célèbres personnalités militantes de ce mouvement dont Alain et Jules Romains notamment.

Si vous doutez encore de la force de ce tempérament hors du commun lisez ces lignes qu’elle adresse, parmi quantité d’autres, à JulesVallès, celles-ci du 17 juillet 1883 :

« …Etoilé d’idées pour vous, étoilé de horions pour les autres ! Vivant en somnambule, vous parlez en somnambule, par interjections, par tiers de mot, par quart de syllabe. Vous croyez être très clair et vos phrase s’achèvent en dedans : vous pensez vos paroles, et elles ne sortent pas. Il en résulte pour ceux qui vous entourent une existence de clowns. … …Seulement je voudrais que vous vous rendiez compte de l’inconséquence, de la brièveté, du décousu et souvent même de l’illogisme des instructions ou des ordres que vous jetez à vos féales. » extrait de : Jules Vallès-Séverine, Correspondance, préface et notes de Lucien Scheler, EFR, 1972, p. 98-99

Et Pierrefonds dans tout cela ?

Figurent à l’état-civil de Pierrefonds des Rémy dont je n’aie pu vérifier l’éventuel lien de parenté avec notre Caroline ‘Séverine’. Toujours est-il qu’en 1896 elle quitte Paris pour s’installer dans cette paisible bourgade alors dans l’effervescence des bains et d’une certaine mode du thermalisme lancée en partie par l’impératrice et Napoléon III une trentaine d’années auparavant. Elle y loue des maisons puis en achète une, en face de la gare, qu’elle nomme « les trois marches ». Elle l’agrandit en réhaussant les ailes basses latérales, y reçoit ses nombreux amis et apprécie la compagnie de nombreux chiens.

villa 'Séverine' à Pierrefonds

La ‘villa Séverine’ en 2013 à Pierrefonds, face à la gare.

Outre cette villa, propriété privée qui ne se visite pas, demeurent encore à Pierrefonds dans le cimetière communal, la tombe d’Adrien Guebhard et, face à elle, légèrement décalée, celle de Séverine. La photographie suivante montre ces deux tombes, celle de Séverine étant contre le mur d’enceinte au nord-est du cimetière.

les deux tombes Guebhard, celle d’Adrien gris bleuté, celle de Séverine, ocre rosé

Sur la tombe de son mari Séverine a fait graver : « Il a vécu comme un sage et il est mort comme un juste »

monument funéraire de Caroline Rémy, dite Séverine, à Pierrefonds

J’ai toujours Lutté pour la Paix la Justice et la Fraternité

A côté de la tombe de son mari, à gauche vers l’ouest gît également Rosa Vignier, 1884-1932, dame de compagnie, fidèle compagne sans doute des époux Guebhard

« Rosa Vignier, 1884-1932, elle consacra sa vie à Séverine qui l’affectionnait et qui mourut dans ses bras »

Il me plaît de temps à autre de rechercher des lambeaux d’histoires humaines, des traces de l’Histoire, des fragments d’Art. Un jour peut-être mettrai-je ici ou là, aux pieds des tombes, des « Query codes » qui permettront aux promeneurs de s’informer sur tel ou tel parcours original, humaniste ou simplement attrayant ? Un jour peut-être car alors il y aura tant à écrire sur la toile que j’y laisserais ma vie. Mais d’ici là les Query codes ne seront sans doute plus de mode….

 

Sexe et nature : un jour ordinaire de juillet

L’été 2013 entre en force, retardé qu’il fut pendant des semaines. Tout est paisible. Absents ou presque, les insectes naguère si vrombissants et dont le nombre ici est en chute libre, vaquent à leurs occupations usuelles. Dans le jardin les rosiers embaument, ainsi que les dernières pivoines herbacées ou en arbre.

Non loin d’un pied-mère des drageons de sumac encore revêtus de leur pelisse duveteuse se balancent au vent léger dans les herbes d’un ancien chemin.

 Le jaune safran bien vif d’une variété de millepertuis attire l’oeil. Le nôtre, à cause de la couleur et de la forêt d’étamines, celui du bourdon, probablement pour les mêmes raisons.

demandez donc le son à Nikolaï Rimski-Korsakov, comme en interlude !

alors qu’à deux pas une abeille refait sa pelote de pollen sur la touffe encore maigrement coiffée d’une tige florale de kniphofia en décrépitude colorée :

Agitation sur ma droite : sur les fleurs défraîchies d’un rosier viennent d’atterrir quatre longues ‘cornes’ ou plutôt antennes de deux Leptures tachetées, Ruptela maculata ou encore Leptura maculata ou même ‘Strangolia‘. De quoi s’y perdre. Pas elles, pas eux.

L’accouplement est rapide. Ici on voit un peu les crochets des tibias du mâle qui permettent de maintenir l’abdomen de la femelle.

Sur cette photographie est bien visible le pénis du mâle en cours de rétraction. D’une longueur démesurée il se range peu à peu après la copulation.

Les oeufs sont pondus dans des bois morts, de différents âges de décomposition ou plus récemment tombés et les larves peuvent avoir une vie larvaire de plusieurs années alors que les imagos vivent peu de temps, au mieux quelques semaines.

Vous pourrez voir de meilleures images sur le site entomologique de M. Alain Ramel et ses contributeurs talentueux à cette adresse :

http://aramel.free.fr

Et sur une page du ‘Journal le plus lu dans les terriers‘, savoir la gazette naturaliste « La Hulotte« , -toujours inventive et jamais prise en défaut- voyez le n° 84, ‘frissons d’Ombelles’ dont est extraite cette planche, p. 11.

Tous renseignements sur cette revue unique par son ton et ses illustrations,  dirigée par Christine Déom  : http://www.lahulotte.fr

Pierrefonds d’or et de cuivre, de la dote à l’anecdote.

Qui ne connaît sa silhouette ‘troubadour’ encore debout grâce à Napoléon III et Viollet-le-Duc se détachant du plateau valoisien, son antique forêt parcourue des rois et des chasses sonnantes, ses étangs paisibles et la bourgade des Pétrifontains aux villas composites et aux maisons de pierre égayées de sauts de moineaux ?

ruines du château de Pierrefonds vers 1830

lithographie des ruines du château par Bernard et Frey dans : Notice historique sur Compiègne et Pierrefonds, Baillet, Compiègne, 1836, 84 p.

L’oubli s’est installé des riches heures des princes, des éclats d’eau dans les thermes promus à nouveau par le goût des eaux développé sous le Second Empire. Désormais il faut rechercher l’or d’antan dans des recoins discrets, les cuivres naguère polis dans des remises abandonnées.

Ainsi serez-vous sensibles aux charmes surannés des vierges peintes sur les magnifiques panneaux des trois ‘primitifs‘ conservés bien à l’abri dans l’église Saint-Sulpice, dans leur dorure éclatante, leur écrin sculpté dont l’or avive les arêtes derrière les ferrures et vitres blindées qui les protègent. Nul doute que l’école siennoise (?) survit ici, probablement à la suite d’une commande des Orléans, Louis, époux de Valentine Galeas Visconti qui dans sa dote… (?), pense et échafaude d’emblée l’historien *. Où entrent-ils dans la mouvance artistique de la papauté d’Avignon ? Mal documentés ils restent pour l’instant presque muets quant à leur origine et parcours mais bavards d’intentions sensibles aux yeux des touristes avertis qui entrent dans cette église où globalement le Moyen-Age laisse place à la Renaissance, le roman au gothique flamboyant.

La vierge à l’enfant tenant un oiseau a ici une parenté certaine d’inspiration et d’exécution avec un diptyque de la Pinacothèque nationale de Sienne attribué à Naddo Ceccarelli, peintre qui travaille en Avignon à la suite de Simone Martini, donc aux alentours du milieu du XIVe siècle.

Nullement spécialiste d’histoire de l’art je n’écris ceci qu’après avoir comparé ce tableau avec un nombre fort limité de reproductions d’oeuvres de cette époque. Le saint en bas à gauche pourrait être saint Jérôme, souvent présent sur les peintures contemporaines siennoises. A son pied rampe le lion auquel il a retiré l’épine qui lui meurtrissasit la patte. A droite, avec l’épée pointée au sol il pourrait s’agir de saint (?). M. Andrea de Marchi, professeur d’histoire de l’art à l’université d’Udine et donc spécialiste reconnu, évoque saint Julien pour ce porteur d’épée et attribue le tableau au « maestro del 1416 » oeuvrant à Sienne au XIVe siècle.  (source : base Palissy, qui renvoie à INHA RETIF 2011).

sur ce panneau la posture de l’enfant et le visage de Marie renvoient vers le peintre Paolo Di Giovanni Fei (Sienne, v. 1344 -1411) dont un diptyque de Sienne conservé au même lieu présente une attitude des personnages très proche. Il est attribué à la fin du XIVe siècle.

La prédelle montre neuf personnages, sans doute des apôtres, je n’ai pu la photographier. La même source que ci-dessus fait référence à l’artiste Giovanni di Francesco, de l’école florentine, v. 1370-1430. Elle porte l’inscription : « in gremio Matris residet sapientia Patris », soit : ‘dans le giron de la Mère siège la sagesse du Père’.

la position de l’enfant et les longues mains de la Vierge peuvent ici évoquer le style de Francesco di Vannuccio, toujours dans la mouvance de S. Martini et le milieu du XIVe siècle.

Plus ‘gothique international’ que les deux autres cette peinture me semble présenter moins de proximité apparente avec Sienne, mais la Toscane ne paraît pas faire de doute. M. de Marchi l’attribue volontiers au ‘maestro dell’ altare di san Niccolo’, école florentine du milieu du XIVe siècle.

La qualité très médiocre de mes clichés dénature quelque peu celle des panneaux peints et je vous demande pardon pour cette faute de goût. Je comprends par ailleurs la nécessité d’une protection forte qui n’empêche ni la vision directe par le visiteur ni ses prières que peuvent susciter la délicatesse des traits et des teintes, en souvenir d’une imagerie paradisiaque médiévale réanimée derrière l’objectif. De meilleurs clichés seraient nécessaires pour tenter d’aller plus avant dans l’étude stylistique. Toujours est-il que je vous recommande de visiter cette église et ses panneaux peints lors d’un passage à Pierrefonds : ils ont de plus le mérite d’être quasiment contemporains de la construction du nouveau château voulu par Louis d’Orléans et donnent ainsi à voir ce que les princes aimaient alors posséder derrière leurs murs de plus en plus résidentiels et ouverts au monde. S’ils n’ont été commandités par lui, du moins sont-ils à leur place ici.

Voilà pour l’or. Quant au cuivre il m’est tout personnel, n’a plus d’éclat mais reprend vie dans l’évocation de souvenirs mémorisés depuis le grenier de la maison de la rue ‘des chiens rouges‘, aujourd’hui de l’impératrice Eugénie, qui fut nôtre et donc mienne en partie jusqu’au dernier quart du siècle précédent. De quoi s’agit-il ? Pour continuer sur les pas des grands du monde,  » et bien je vais vous le dire » : d’une casserole, rien moins que cela. L’un de ces récipients à cuire, de cuivre épais (2,30 mm) qui fut étamé, d’un diamètre de 19 cm, d’un poids de 1,310 kg et que l’on agrippait par un manche de fer long de 24 cm solidement riveté de cuivre au récipient. Rien que du banal dans sa robustesse.

Qu’ai-je à traîner des gamelles, des casseroles de cette sorte ? J’entraîne en fait avec elle des propos rapportés par ma grand-mère, Sophie Dennel-Fayard, dite Mariette, qui habita ladite maison des ‘Chiens rouges’, semble-t-il construite par des ancêtres qui oeuvraient à la restauration du château devenu impérial ; les Fayard exploitaient un équarrissage et géraient différents petits commerces familiaux dans une autre maison un peu plus récente dénommée ‘la carrière‘, à l’écart du bourg, en partie sur le finage de la commune voisine de Saint-Etienne-Roilaye. Et cette casserole est en fait un don de l’impératrice Eugénie à des personnes qui la servaient lors de ses très rares séjours à Pierrefonds et Compiègne. Ma grand-mère se souvenait également, pour l’avoir entendu de ses parents, que la Cour impériale était venue au moins une fois à Pierrefonds depuis Compiègne en un cortège de traîneaux attelés lors d’un épisode froid et neigeux. Les mystères du fonctionnement cérébral font que j’ai parfaitement mémorisé ces faits, les ayant enregistrés avec des images mouvantes et imprécises mais comme issues d’une réalité presque vécue. Etrange ustensile, pensées lointaines d’un Second Empire ayant brutalement sombré dans les terres ardennaises. Les caricaturistes de l’époque ne se sont pas privés de jouer avec la défaite de Sedan. Voyez plutôt.

Ainsi, toujours dans le cuivre, trouve-t-on des monnaies surchargées ou regravées ou bien encore des jetons et médailles frappées pour la cause, suivant l’imitation des pièces de 5 et 10 centimes de l’Empire français de Napoléon III. Avant la guerre de 1914 ces pièces de monnaie impériales étaient toujours utilisées à Pierrefonds (selon la même source orale), et l’on parlait alors de ‘20 sous‘ ou ‘100 sous‘, suivant une expression commune que j’entendais encore à la fin des années Cinquante pour désigner des pièces d’aluminium de 5 et 10 francs, dernière trace de la manière de compter ancienne : 12 deniers = 1 sou ; 20 sous = 1 livre.

L’empereur est affublé d’un collier de chien inscrit « Sedan » et porte un casque à pointe. La légende est : « Napoléon III le misérable » et « 80000 prisonniers« .

« 

Ici l’aigle impérial est remplacé par une chouette effraie et la légende porte : « Vampire français » et 2 déc(embre) 1851 – 2 sept(embre) 1870.

Pour en savoir plus sur les travaux de l’Ecole de Sienne en lien avec Avignon et Simone Martini le lecteur pourra se reporter au catalogue : « l’Héritage artistique de Simone Martini, Avignon-Sienne« , éditions Petit Palais diffusion, 2009, 111 p.

* toutefois le parcours de ces panneaux n’étant pas assuré, peut-être n’ont-ils pas de rapport direct avec le château et ses seigneurs. Selon une source que je n’aie pu vérifier ils pourraient être le don d’une famille de Palesne, hameau de Pierrefonds. Faute de preuves…

Quant aux jetons et médailles de caricature d’époque Napoléon III on trouve de nombreux exemplaires chez les numismates professionnels.

Reims et la gastro.

neige du 13 mars 2013 à ReimsViolente en février, une grippe avec symptômes de gastro-entérite a frappé la Champagne et ses villes. On la pensait éradiquée. Las, elle accourt de nouveau mais par un phénomène de transmission mal détectée elle semble véhiculée surtout par des animaux. Les plus monstrueux d’entre eux semblent les plus affectés. En raison des intempéries des 12 et 13.03.2013 aucun vétérinaire n’était disponible. Devant l’urgence nous avons consulté plusieurs intervenants non assermentés.

Dans sa paisible retraite Le Vergeur dort et à proximité, sur l’antique Forum, un félin s’apprête à bondir. Nous les laissons à leurs méditations.

Hôtel Le Vergeur à Reims sous la neige

Escomptant autre conseil  nous nous transférons vers le sud, tout près, Place Royale. Là, emmitouflé sous sa houppelande de laine blanche et assis sur son ballot de même nature, le Marchand pense sans mot dire ni maudire.

Le Marchand Place Royale à Reims sous la statue de Louis XVAlors nous continuons l’enquête et questionnons quelques elfes, trolls et autres créatures sylvestres réfugiés en ville à cause desdites intempéries, que nous croisons au hasard de notre promenade, prolongée maintenant vers la cathédrale Notre-Dame.

Même Jeanne, notre bonne Jeanne de Paul Dubois, qui caracole, prétend ne rien entendre en l’affaire et passe son chemin, vers sa haute mission, vers le sacre.

Aurons-nous plus de satisfaction avec les doctes conseils des milliers d’ouvrages abrités dans les rayonnages de notre « Médiathèque Jean Falala » ?

Ou bien devrons-nous nous contenter de l’implacable et dure LOI proclamée sans cesse en face de nous ? Nous ne savons. Les pigeons savent mais demeurent muets, de toute manière nous ne pouvons faire confiance à ces volatiles encombrants (155 ce jour en ce lieu) plus enclins à roucouler et chier sur nos pierres qu’à orner nos réflexions.

Quant au Palais du Tau, célébrité rémoise, contaminé, sans doute vacciné, il ne souffre que d’une pelade légère et des baumes appropriés sans effets secondaires sauront en venir à bout dans les plus brefs délais, surtout si le soleil aide la médecine :

toiture du Tau à ReimsBien que sans réponses nous décidons d’ausculter enfin nos animaux, hors du secours de quiconque, si ce n’est celui des anges de l’immense cortège et host qui garde Notre-Dame : et bien, oui, ils sont terriblement malades nos animaux, affreusement touchés et monstrueusement dégueulants et vomissants. Nous ne sommes pas venus pour rien.

Le constat, pour préoccupant qu’il soit, n’est pourtant pas catastrophique. Il s’agit bien d’une épizootie, même d’une gargouillozotie ou gargantuazootie mais elle ne devient pas, apparemment du moins, une anthropo-épizootie, c’est-à-dire qu’elle ne contamine pas (encore ?) l’homme. Par précaution je m’éloigne cependant des gouttes qui tombent des naseaux secs (signe que la maladie est bien là) et m’ébroue. Il semblerait qu’un remède puisse venir à bout de ce mal rapidement. La Ville fait ce qu’elle peut, ne serait-ce qu’en permettant aux services sanitaires ainsi qu’à toute personne bienveillante de se transporter en sécurité autour et alentour de ce zoo contaminé mais soucieux de continuer son séjour au milieu des hommes. Afin que nul n’en ignore !

« Le poete, dit Platon, assis sur le trepied des muses, verse de furie tout ce qui lui vient en la bouche, comme la gargouille d’une fontaine« …
Montaigne, Essais, IV.

Toucan et autres oiseaux exotiques.

Que la vigueur jeune des rayons solaires singulièrement absents depuis des semaines s’épande d’un coup sur la nature et nappe déjà les soyeux pétales des primevères, il n’en faut pas davantage pour provoquer des rêves exotiques aux vives couleurs. Ainsi virevoltent dans l’esprit toutes sortes d’oiseaux des tropiques ou de l’équateur qui ont attiré depuis des siècles le regard et la main de nos ancêtres à l’affût de ces merveilles.

En 1806 Jacques Barraband grave un toucan toco (Ramphastos toco) que d’habiles imprimeurs  magnifient d’une coloration ‘à la poupée’ pour l’ouvrage de François Le Vaillant, Histoire naturelle des oiseaux de paradis, vol. II, 1ère partie : histoire naturelle des toucans, planche 2. Cette gravure parmi quantité d’autres est reproduite avec grand soin dans l’ouvrage « Oiseaux » de Katrina Cook, Citadelles variations, 2008, p.57 ( depuis’the Stapleton Collection‘ pour cette planche),

Ainsi des artisans colombiens reproduisent des figurines de ces oiseaux au profil inoubliable et aux couleurs chatoyantes :

Ainsi encore une artiste graveuse rémoise, Emmanuelle Lemaire, sculpte sur linoleum et imprime en fort gaufrage un ‘oiseau’ qu’il me plaît de nommer encore ‘toucan’ :

Ainsi enfin citons les vers inspirés et nouveaux dans leur tonalité de Jean de La Ville de Mirmont écrits en 1911-1912 sous l’appellation « Horizon chimérique » composé de cinq grandes parties à plusieurs séquences. Dans la seconde, V, on lit :

« L’oiseau de paradis, l’ibis, le flamant rose, / Le choucas, le toucan, la pie et le pivert, Eployant tour à tour leurs plumages divers,/ Volètent sur mon coeur mais jamais ne s’y posent ».

Jean de La Ville de Mirmont, oeuvres complètes, Champ Vallon, 1992.

Alors le casoar et l’ibis (?) interprétés par Louis Vuitton peuvent becqueter tout à loisir les anneaux de la célèbre Maison de joaillerie sans qu’aucun toucan n’y trouve malice :

in quatrième page de couverture du magazine « M, le magazine du Monde » en date du 2 mars 2013. Je ne suis pas parvenu à trouver de crédits d’aucune sorte dans cette livraison pour cette page.

Penser à Hitler avec les pensées de Nabokov

Lisant Vladimir Nabokov, Autres rivages, souvenirs, nrf, Gallimard, Paris, 1961 (traduction = Yvonne Davet)

J’arrive dans les parcours à travers quelques jardins botaniques de villes européennes, juste avant l’exil en 1939. L’auteur relate alors ses souvenirs de jeune père lorsqu’avec sa femme ils promenaient leur jeune garçonnet :

« … Notre enfant devait avoir un peu moins de trois ans, ce jour de vent à Berlin (où naturellement il n’était possible à personne d’échapper à la familiarité avec le portrait omniprésent du Führer), ce jour de vent où, debout tous deux, mon fils et moi, devant une plate-bande de pâles pensées, dont les visages tous levés en l’air présentaient une tache noire en forme de moustache, nous avons bien ri, l’idée assez saugrenue m’étant venue de souligner leur ressemblance avec une foule de petits Hitler en train de se démener. »…

moustache d'Hitler dans la pensée de Nabokovtirées du catalogue de la Maison Fabre (graines, le grand jardin)Fabre, Metz, 2013, quelques variétés de Viola x…. dont l’une d’entre elles, hybridée sans doute des milliers de fois, a formé une image et suggéré un rapprochement dans le cerveau de Nabokov. On a ri nous aussi et vous probablement de même.

Emile Despax : pensée pour lui ce 17 janvier 2013 en référence au 17 janvier 1915 à la ferme du Metz de Moussy-Verneuil (02)

Mort à 33 ans dans les combats du Chemin des Dames (249e R.I.) Emile Despax, poète élégant, mérite assurément une pensée en ce jour anniversaire de sa mort. Sa courte carrière est connue, sa mort également. Cependant la découverte d’un témoignage supplémentaire est l’objet de cette note. Ce témoignage nouveau est extrait d’un ouvrage des plus intéressants paru tout récemment : Thierry Secretan, 1914-1918, Le temps de nous aimer, La Martinière, Paris, 2012, 332 p.

En date du 23 février 1915 Robert Rey note dans un courrier à sa femme Denise que le commandant Weiller a évoqué la mort du lieutenant Despax devant son père. Voici ce que Robert en a retenu : … »Il arriva donc comme officier, n’ayant pas encore vu le feu, sur un secteur particulièrement délicat et scabreux. Le courage certes ne lui faisait pas défaut, mais il ne connaissait pas les mille et un trucs de la tranchée que connaît le dernier des fantassins de deuxième classe. Il y a dans les tranchées boches comme dans les nôtres d’ailleurs, des guetteurs toujours prêts à faire feu et des mitrailleuses toujours braquées. A un moment, pour voir avec plus de facilités quelque chose en avant de la tranchée, un sergent, auprès de Despax, se haussa quelques secondes au-dessus du parapet de la tranchée, puis redescendit. Despax en fit autant, mais il commit, sans s’en douter, l’énorme imprudence de se montrer au même endroit où le sergent venait de se montrer. Une balle en pleine tête l’abattit aussitôt. C’était je crois, la première ou la deuxième fois qu’il descendait aux tranchées. »                                                                                                     ouvrage mentionné ci-dessus, p. 50 ; la photographie ci-dessous montre la ferme du Metz, elle est extraite du même livre, p. 56

Moussy-Verneuil est un village situé sur le rebord sud du Chemin des Dames, entre Bourg-et-Comin et Cerny-en-Laonnois. La ferme du Metz n’a pas été reconstruite après la guerre.

acte de décès d'Emile Despax

Acte militaire de décès d’Emile Despax issu du site « Mémoire des hommes ».

Carpe Diem  

Aime la vie. Et cueille au penchant de la treille,

 Le matin clair, le midi fauve et le soir blond,

 De l’heure transparente où sortent les abeilles,

 A l’heure déjà trouble où rentrent les frelons.

 Les Heures aux beaux pieds, dans leurs danses vermeilles,

 Mènent au ciel nacré la ronde des saisons.

 Suivant le mois, jouis en paix dans ta maison,

 De l’âtre en feu, des fleurs, de l’ombre ou des corbeilles.

 Le silence, coulant de la lande au verger,

 Posera son poids bleu sur ton sommeil léger.

 Vis sans douleur. Écoute et vois. Sache sourire.

 Et bénis la beauté de la vie, en pensant

Que ton coeur est pareil au jardin, où l’on sent

 Tant de roses s’ouvrir et tant d’ailes bruire.

Extrait de « La maison des glycines » 1899-1905, Mercure de France, 1926

Vous trouverez de nombreux renseignements sur plusieurs sites internet ; l’étude de Louis Férin, Emile Despax, le sous-préfet aux champs, Graines d’histoire, n°5, mars 1999 est une synthèse intéressante sur cet auteur et son bref mais définitif séjour au Chemin des Dames. Sa tombe est au cimetière de Moussy-Verneuil, la commune lui rend hommage chaque 11 novembre et une plaque émaillée raconte son parcours. Sa composition, texte et graphisme, est de Louis et Olivier Férin.

ensemble iconographique relatant la vie d’Emile Despax imprimé dans l’émail d’un panneau près de la tombe, au pied de l’église de Verneuil, dans le prolongement de la ‘Place Rillart de Verneuil’.